‹ Inscriptions de la cite des LemovicesChapitre 12 sur 129 · I. — ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

I. — ÉTRANGERS

D- M- ET- M

PAETI - PAETIN / DECVRIONIS CIVITATIS-A " LERCORVM. /If R-IPSE-SIBI- //// POSVI /

D'après la copie restituée de Florian Vallentin.

Var. — Millin et Duroux : Allou et l'abbé Texier :

D. M. ET M

PAET PAETINI

DECVRIONIS CIVITATIS AV LERCORVM* E. B.

R. IPSE SIBIVIVS POSVIT.

D. M. ET M

PAET. PAETINI

DECVRIONIS CIVITATIS AV LERCORVM E. B.

R. IPSE SIBIVIVS POSVIT.

Mérimée supprime tous les points séparatifs et ajoute un V à la fin de la 5e ligne.

L'abbé Texier ajoute un point après le mot ET de la première ligne et deux points après l'M qui suit.

INSCRIPTIONS DE LA CITÉ DES LEMOVICES 51 Maurice Ardant :

D. M. ET. M

PAET. PAETINI.

DECVRIONIS.

CIVITATIS. AV LERCORVM. EBV R. IPSE. SIBI. VIVS.

POSVIT.

Descr. — « Cippe carré, sans encadrement de moulures, en granit grossier du pays retaillé du côté droit : hauteur, 0 m. 85, larg. Om.75, ép. Om.57, haut, des lettres, lra ligne, 0 m. 08 les autres, 0m. 06. » (Florian Vallentin). La cassure delà pierre, du côté droit, est assez récente ; à la quatrième ligne, on ne voit qu'une très faible partie de la partie supérieure de VSf final.

Hist. — Cette inscription fut découverte en 1790, dans les fondations du clocher de l'église abbatiale de Saint-Martial, à Limoges, avec'celles que je rapporte plus loin, parmi les inscriptions perdues. Elle fut transportée dans la pépinière des Arènes, où elle était encore lors de la création du musée céramique. A cette époque, MmeBardy, héritière de son père, M. Juge-Saint-Martin, la donna, avec deux autres, à la Société archéologique du Limousin qui la fit déposer dans le jardin du nouvel établissement. Elle y est restée jusqu'à ces dernières années, et elle gît aujourd'hui, entassée avec tout ce qui fut le musée lapidaire de Limoges, dans une construction en briques ayant environ cinq mètres de long sur deux mètres de large. Il ne m'a pas été possible de l'apercevoir et d'en prendre copie sous les blocs de pierre qui la recouvraient (1).

Bibl. — Millin, Magasin encyclopédique, fév. 1808, p. 1. —

(1) Dans son article, Le musée épigraphique de Limoges, publié en 1882, dans le Bulletin épigraphique de la Gaule (pp. 5 à 16), Florian Vallentin a vivement blâmé « l'insouciant dédain » de la ville de Limoges pour les monuments épigraphiques qui nous apprennent « ce qu'on sait sur les Lemovices ». La critique est très méritée si elle s'adresse à la municipalité , mais elle n'est pas juste si elle s'applique à la Société archéologique et historique du Limousin. Le passage suivant des comptes rendus de ses séances en fournira la meilleure preuve :

« ...Sur l'observation de M. Nivet-Fontaubert, la Société exprime de nouveau le regret de voir le musée lapidaire exposé aux intempéries et aux accidents de toute sorte, et elle délègue un de ses membres pour prier M. le Maire de faire couvrir d'un abri cette précieuse collection. » {Bull, de la Soc. arch. du Limousin, t. XXV, 1876, p. 422.)

Avant Florian Vallentin, M. Palustre avait déjà pris fortement à partie la municipalité de Limoges « que les lauriers d'Erostrate empêchent de dormir ». (Cf. à ce sujet : Le défunt musée de Limoges, dans Bull, mon., 1877, p. 781.)

Duroux, Essai historique sur la sénatorerie de Limoges, p. 270. — Allou, Descript. des monum. des différents âges observés dans La Haute-Vienne, p. 8 j. — Mérimée, Notes d'un voyage en Auvergne. Paris, 1838, in-12, p. 99. — Abbé Texier, Recueil des inscript, du Limousin, p. 77. — Maurice Ardant, Bull, de la Soc. archéol. du Limousin, t. III, p. 123. — Ë. Desjardins, Table de Peutinger, p. 149. — Nivet-Fontaubert, Catalogue ms. dumusée de Limoges, n° 1 (pas de pagination). — Florian Vallentin, Bull, épigr. de la Gaule, t. H, 1882, j'p. 10.

D(iis) m(an?bus) et m(emoriae) Paeti (i) Paetin[i] decurionis civitatis Aulercorum [Ebu]r(ovicum) , ipse, sibi [vi(v)us] posui[t].

Aux dieux Mânes et à la mémoire de Paetius Paetinus, decurion delà cité des Aulerci Eburovices; lui-même s'est fait construire (ce tombeau) de son vivant.

(c La cité des Aulerci Eburovices, a dit Florian Vallentin, correspond assez vraisemblablement au diocèse actuel d'Évreux. Plusieurs peuplades de la Gaule portaient le nom à' Aulerci et se divisaient en Brannovices, en Cenomani, en Diablintes et en Eburovices. Ces derniers sontcités deux fois par César, De Bell. Gall., 111,17, et VII, 75; PHne les mentionne en ces termes : Aulerci qui cognominantur Eburovices, IV, xvni, 32. Ptolémée fait connaître le nom de la ville principale : . . . Av\îpxioi oî Eêoupaïxoî, wv nôli<; MsStoXâvtov qu'il place au 20°40' de longitude, et au 48° de latitude (II, vm, îi). Mediolanum figure sur l'itinéraire d'Antonin et sur la Table de Peutinger; il devint plus tard Eburovices ou Ebroici ; c'est Évreux ou peut-être St-Aubin- du-Vieil-É vreux . . .

« La civitas Aulercorum Eburovicum faisait partie de la provincia Lugdunensis, et elle fut ensuite comprise dans la seconde Lyonnaise.

« Cette inscription présente une réelle importance ; c'est la seule, je crois, qui mentionne la Civitas Aulercorum Eburovicum et qui fait connaître en même temps son ordo decurionum ; elle paraît appartenir au iie siècle. »

Les Aulerci Brannovices étaient clients des Éduéens, et ne sont connus que parles Commentair es de César (B. G., vu, 75). Les trois autres peuples constituaient chacun une cité.

L'inscription que je viens de rapporter se termine par une formule qui se rencontre fréquemment sur les monuments funéraires, mais n'en mérite pas moins pour cela d'être signalée. Elle indique que le personnage défunt avait pris soin de se faire construire un tombeau, et par ces mots ipse sibi vivus positit, il faut sous-entendre, non seulement l'érection du cippe, qui n'était en quelque sorte que l'accessoire, d'une dernière demeure, mais encore et surtout l'achat et la délimination du terrain sur lequel ce cippe devait être posé. Pour être bien persuadés que leurs cendres jouiraient indéfiniment de la paix du sépulcre, et qu'aucune main profane ne viendrait irriter leurs Mânes, les anciens tenaient à s'assurer, de leur vivant, que le lopin de terre où ils reposeraient serait à l'abri de toute contestation, et c'est pour établir leur droit de propriété qu'ils faisaient euxmêmes tailler un cippe sur lequel ils énonçaient parfois, comme dans la Narbonaise , \a.pedatura du terrain acquis à la sépulture, c'est-à-dire ses dimensions in fronte et in agro, du côté de la route à laquelle le monument faisait face et du côté des champs qui l'entouraient des trois autres côtés (1). Quelques-uns d'entre eux poussaient même lapru-

(1) L'inscription suivante est caractéristique sous ce rapport : FINIS -LOCI QVI-EST Q-S-C

IN F • SEC • FLV • P • XXXXV ITEMSEC - MONIM - IN - AG • P - XXXXII • ITEM ACAP • SINIS ■ LON ■ P - XLVIIS ITEM • AB • AQVIL ■ IN - AG ■ P ■ XVI AT ■ Q.VEM ■ LOCVM • ITER

AMBITVM • ACTVM • ADITVM

SACRIFICIQ.VE • CAVSA

QVIBVS • ESSE ■ OPORTET - GPOR TEBIT • D • AP - HOR

Finis loci, qui est QSC. In fronte secus /lumen pedes XXXXV, item secus mo-

dence jusqu'à rappeler en vertu de quels titres ils étaient possesseurs de la propriété funèbre, soit qu'ils l'eussent payée de leurs deniers, soit qu'elle leur appartînt en propre, soit encore qu'elle fût due à la générosité d'un parent ou d'un ami, dont ils prenaient le nom à témoin dans l'énoncé même du fait. Car le don d'un locus supulcri était le dernier et le plus précieux gage d'affection que l'on pût donner à quelqu'un, et pour que personne ne pût revendiquer plus tard la possession de ce lieu, il arrivait même que le donateur faisait graver sur la pierre un acte de vente fictif et déclarait qu'il avait reçu un sesterce pour le prix du terrain qu'il avait offert (1).

La loi romaine, d'ailleurs, frappait de nullité l'achat et la vente de tout terrain sur lequel se trouvait un tombeau, alors même qu'aucun signe extérieur ne le rappelait et que l'acheteur et le vendeur pouvaient exciper de leur bonne foi (2). Il en résultait donc que le lieu d'une sépulture était une chose inviolable et sacrée qui se trouvait placée sous la protection directe des lois, et devait être constamment tenue à l'abri de tout empiétement et de toute profanation.

Les anciens croyaient à l'immortalité de l'âme, mais ils n'admettaient pas que cette essence de l'être changeât de nature au delà de la tombe, et ils étaient fermement convaincus qu'elle conservait à l'état d'ombre, non seulement les habitudes et les goûts de sa vie terrestre, mais encore,

nimentum.In agro pedes XXXXLH, item a capite sinistro longum pedes XLVH semis. Item ab aqu'done in agro pedes XVI. A (t)d quem locum iter, ambitum, actum, aditum sacrificique causa quibus esse oportet oportebit, diaetam aperiat hortulanus (vel delur apertura hortï). (F. Bulic, Inscriptiones quœ in c. r. museo archaeologico Salonitano Spalati asservantur. Spalato, 1886 [-1888], in-8, p. 315).

(1) Orelli, 4567, 4571, etc. (donationis causa, mancipio accepii HS N uno). Le sesterce valait environ 21 centimes de notre monnaie.

(2) Orelli, 4405.

et peut-être surtout, la forme et l'apparence du corps qu'elle avait quitté. Pour eux, l'âme émancipée acceptait comme dernière demeure le tombeau où les restes du corps se trouvaient enfermés ; c'est de là qu'elle se manifestait à tous ceux qu'elle avait connus ou aimés (1), et il n'est par conséquent pas étonnant que l'asile qu'elle s'était choisi fût particulièrement protégé !

Alors que de nos jours les tombes sont entourées d'un respect silencieux ou ne reçoivent même que des égards dont la durée est souvent éphémère, le culte des morts avait autrefois ses dogmes et ses formes très définies. On élevait des autels à ceux qui n'étaient plus ; leurs cendres étaient placées sous la protection des dieux Mânes, et c'est ainsi que le tombeau était devenu l'égal d'un temple au sein même d'une société dont le matérialisme était pourtant la principale foi.

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