‹ Inscriptions de la cite des LemovicesChapitre 122 sur 129 · III. — LES INSCRIPTIONS ET LES MONUMENTS · texte numérisé non relu

III. — LES INSCRIPTIONS ET LES MONUMENTS

Des inscriptions qui ont été découvertes sur le territoire des Lemovices la plus ancienne est sans contredit le fragment d'Évaux :

J'en vois la preuve dans la beauté des lettres qui doivent appartenir, sinon à la période d'Auguste, du moins aux premiers temps de l'Empire.

Les hastes extrêmes -de l'M ne sont pas verticales, les traverses médianes sont plus grêles et se coupent sous un angle de 60 degrés, ce qui donne à la lettre une largeur qui plaît. Les filets qui ornent les extrémités des quatre lettres du fragment sont très courts. Dans les lettres T, E et H les traverses horizontales ont la même largeur que les hastes verticales. Les courbures de l'S ont été tracées avec beaucoup de pureté et le trait présente à peu près partout la même épaisseur. Le fragment n'offre pas d'autre exemple de lettres à courbure, mais il est à présumer que les 0 étaient complètement circulaires, que la boucle des P ne fermait pas et se terminait par une pointe effilée légèrement repliée sur elle même, que la queue des R, légèrement rejetée vers la droite, était presque rectiligne et se terminait en pointe, tous caractères enfin qui distinguent, dans l'impression

moderne, les lettres, déforme particulière, que l'on connaît sous le nom d'elzévirs.

L'inscription de Proculius Irenaeus doit être postérieure de plusieurs années au fragment d'Évaux. Les lettres en sont moins soignées, mais revêtent encore des formes larges,

à l'exception des V et des A, dont l'ouverture est inférieure à 60 degrés. L'M est à hastes verticales, ce qui, d'après Hiïbner (1), caractérise plus particulièrement les inscriptions postérieures à la première moitié du premier siècle. Il n'y a pas de différence très appréciable entre les pleins et les déliés. Aucun étranglement vers les extrémités des C. Les lettres qui commencentles lignes 3, 4 et 6 sont plus grandes que les autres. La courbure inférieure du B est plus développée que la courbure supérieure. L'O et le Q sont circulaires, mais ils n'ont pas de renflement sur les côtés ; l'épais-

(1) Exempla scripturae epigr. latinae. Berlin, 1883, in-f°, p. 67.

seur du trait est constante. Les lignes se suivent, en outre, sans grand intervalle, ce qui nuit à l'aspect général de l'inscription. Les ligatures sont assez nombreuses. Les barres transversales des E ont, à peu de chose près , la même longueur. La panse des R est petite et la queue de la lettre est fortement rejetée vers la droite. Je crois que l'inscription de Proculius peut être datée de la première moitié du second siècle.

Le fragment du Dorât que je donne ci-dessous est encore

de la même époque. J'ai dit ailleurs qu'il n'était sûrement pas antérieur au règne de Vespasien.

A la seconde moitié du second siècle, et au siècle suivant, doivent appartenir l'inscription celtique d'Arrênes et le fragment ci-après. Dans celui-ci, qui doit être le plus ancien,

la forme des lettres n'a pas encore trop dégénéré, mais le trait a considérablement perdu de sa pureté. L'M s'est élargi

et ses hastes ne sont plus aussi complètement verticales que dans l'inscription de Proculias. La barre transversale de l'L n'est plus horizontale et remonte légèrement; les lettres C et 0 ont encore conservé une forme très arrondie, mais l'S est irrégulièrement tracé et la courbure supérieure est moins développée que la courbure inférieure. L'écartement des lettres n'est pas constant ; les lignes sont superposées sans grand espace.

L'inscription d'Arrênes est moins belle sous tous les rapports. La décadence de l'art lapidaire s'y fait sentir bien

plus encore que dans l'inscription précédente. Les branches des V ont un écartement exagéré ; l'M final est complètement écrasé et ses hastes font des angles de 60 degrés avec les traverses médianes. Par contre, les E, celui de la seconde ligne surtout, ont des traverses très courtes ; les S ont des tendances vers la cursive ; les 0 ont une forme ovale et sont renflés sur les côtés ; la courbure du P est très petite, etc.

Si le fragment du Moutier-d'Ahun peut être daté de la seconde moitié du second siècle , l'inscription d'Arrênes ne remonte certainement pas au delà de la seconde moitié du troisième.

C'est encore au troisième siècle qu'il convient sans doute d'attribuer la dédicace inexpliquée de Château-Ponsat :

Je ne m'étendrai pas plus longuement sur le côté paléographique des inscriptions de la cité des Lemovices. Au surplus, les quelques inscriptions que je viens de rappeler me paraissent plus particulièrement caractéristiques. Mais j'ajouterai qu'on ne saurait apporter trop de soins dans la constatation de la forme môme des lettres d'une inscription. Il y a là un moyen d'investigation, dont on est loin d'avoir tiré tout le parti désirable, même après les savants travaux de M. Hùbner, et dans un avenir plus ou moins éloigné , lorsque le style de chaque époque sera mieux connu , la paléographie permettra peut-être de dater avec certitude les monuments écrits qui ne le seront pas autrement.

Il n'est pas jusqu'aux hederae ou points séparatifs des mots, qui ne méritent d'être signalés. Les inscriptions des Lemovices n'en ont fourni qu'un nombre très restreint parmi lesquels on peut citer les formes suivantes :

Le point rond : a (cf. les inscriptions n03 i, 8, 12, 13, 18, 28, 3b\

Le point triangulaire : (cf. les inscriptions nos 2, 3,

7, 15, 20, 21, 23, 26, 29, 32 et 34).

La feuille de lierre : a ( — nos 10 et 20).

Contrairement à l'usage, une inscription commence par un point (cf. l'inscription n° 21).

Fort rares à Rome sur les monuments des premiers siècles, les ligatures de lettres sont au contraire très fréquentes dans les provinces et plus particulièrement en Gaule. Ce que l'on considère en Italie comme un signe de décadence revêt plutôt un caractère inverse chez nous. Mais il faudrait bien se garder cependant d'être trop absolu et d'ériger en principe ce qui n'est peut-être après tout que l'effet du hasard.

Les inscriptions des Lemovices ont donné les ligatures que voici :

A et E

nos 16 et 85.

AetN

nos 2 et 16.

A et T

nos 15 et 37.

A et V

nos 17.

EetN

E etR

EetT

nos 15, 75 et 76.

I et N

M et A

MetB

MetE

nos 14 et 35.

N et A

NetE

N et I

NetT

noe 3 et 28.

T et E

nos 10, 15, 75 et 76.

Tet R

V etL

nos 15 et 77.

Comme partout ailleurs, certains mots des inscriptions des Lemovices sont abrégés en une ou plusieurs lettres. Ces sigles n'offrent aucun caractère particulier méritant de fixer l'attention; cependant il est au moins une formule que je dois donner sans pouvoir la traduire. C'est la suivante :

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