‹ Inscriptions de la cite des LemovicesChapitre 3 sur 129 · I. — MONUMENTS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

I. — MONUMENTS RELIGIEUX

ARRENES.

D'après l'original, confirmé par un estampage.

Var. — Cette inscription, dont les caractères sont très nets, a été généralement bien publiée. M. de Cessac en a donné un dessin qui n'est pas tout à fait exact.

Descr. — Autel quadrangulaire, en granit blanchâtre, ayant 0 m, 42 de haut, 0™, 65 de large et 0 m, 60 d'épaisseur. L'inscription est gravée à la partie supérieure de l'une des faces. Les lettres ont

0m,06 de haut; le dernier 0 de Peroco a été en partie enlevé par une cassure.

Hist. — Trouvée en 1864, près du château de Sazeirat, commune d'Arrênes, dans les déblais du chemin de fer, à peu de distance de la gare de Marsac, avec de nombreux fragments de poterie galloromaine, des tuiles à rebords, un débris d'urne en verre, et une meule de moulin à bras. Donnée avec tous ces objets au musée de Guéret par M. le marquis de Coustin (1).

Bibl. — De Gessac, Congrès arch. de Guéret, 1865, p. 478 ; Comptes rendus du congrès arch. de Guéret, p. 186. — Bosvieux, Bull, des Antiq. de France, 1865, p. 115. — Fillioux, Bull, des Antiq. de France, 1865, p. 177. — Pictet, Rev. archéol., 1866, pp. 136 et 214; — 1867, p. 397. — Menard, Bulletin des Antiq. de rOuest,t.X\, 1865-67, p. 270. — L. Hugo, Interprétation de Vinscript. d'Alise, p. ]4. — Abbé Arbellot, Bull, de la Soc. archéol. du Limousin, t. XVI, 1866, p. 44. — Roger deBelloguet, Ethnogénie gauloise, 2e édit., p. 297. — De Gessac, Une sépulture double... au village des Giraudes, dans Mém. de la Soc. des sciences naturelles de la Creuse, t. V, 1er bull., 1882, p. 22 (tirage à part, p. 6). — De Gessac, Les divers modes de sépultures, etc., Mémoire lu à la Sorbonne en i 869 et reproduit dans Bull, mon., 5e série, t. I, 1873, p. 127 (tirage à part, p. 9), et dans Mém. de la Soc. des sciences nat. de la Creuse, t. IV, 2e bull., 1873, p. 220. — W. Stockes, Beitrœge zur Kunde der indogermanischen Sprachen, t. XII, p. 131. — Florian Vallentin, Bull, épigr. de la Gaule, t. I, 1881, p. 38, reproduit dans Mém. de la Soc. des sciences nat. de la Creuse, t. V, 2e bull., 1883, p. 135.— Mommsen, Histoire romaine, traduction Gagnât et Toutain. Paris, 1887-89, t. IX, in-8, p. 127 (note). — Gaidoz, Revue celtique, août 1851, p. 155. — R. Mowat, Bull, monum., 1882, p. 260, — R. Mowat, Notice épigr. de diverses antiquités galloromaines. Paris, 1887, in-8, p. 111. — Em. Espérandieu, Revue poitevine et saintongeaise , t. V, p. 4, et Epigrapkie romaine du Poitou et de la Sainlonge, p. 110.— Lejay, Inscriptions antiques de la Càte-d?Or. Paris, 1889, in-8, p. 19 (note). — Ginot, Revue poitevine H saintongeaise, t. VI, p. 304 (note).

(1) M. A. Richard, qui était alors archiviste de la Creuse, se rendit à Marsac peu de temps après la découverte de l'inscription dont il fut le premier à prendre une copie qu'il communiqua à M. Bourquelot. La pierre venait d'être extraite des ruines, recouvertes de ronces, d'une petite construction romaine qui pourrait avoir été un petit temple.

Sacer Peroco ieuruDuorico. V(otum) s(olvit l[ibens) m(erito).

Offrande de Sacer Peroco à Duoricus. Avec reconnaissance et en accomplissement d'un vœu.

M. de Cessac a cru que cet autel était une pierre funéraire, et il l'a fait entrer dans son cinquième type de sépultures caractérisé par un « cippe recouvrant l'urne funéraire » ou servant de couvercle à des boîtes de pierre, « mais sans s'emboîter avec elles par une gorge correspondant à un bourrelet de la caisse » .

Enréalité,il s'agit d'uneinscription votivelatino-gauloise. Les termes ieuru, Peroco et Duorico sont incontestablement gaulois ; le surplus appartient à la langue latine .

Un des premiers essais d'interprétation a été donné en 1866, par Pictet, dans la Revue archéologique. Le savant Génevois considérait bien Duorico comme un nom gaulois, mais il le faisait dériver du sanscrit et proposait de le traduire par le mot portiques. Sa lecture était celle-ci :

Sacer Peroco (gaulois romanisé) fecit ipovticum, v(otum) s(olvit) l(ibens)m(erito). « Sacer Peroco a construit les portiques (du temple) en accomplissement de son vœu. »

« L'inscription, ajoute-t-il, était placée dans le temple dont les portiques avaient été élevés par la piété et la reconnaissance du dévot. »

Beaucoup plus vraisemblablement Duoricus était un nom de divinité topique. La tournure de phrase ieuru Duorico est à rapprocher de celles ieuru Alisanu, ieuru Brigindoni, ieuru Ucuete, ieuru Anvalomiacu, etc. , qui ontété remarquées près de Dijon, près de Beaune, près d'Afise Ste-Reine et à Autun, et il est incontestable que AUsanos , Brigindo, Ucuetis et Anvalonnacoz sont des noms de divinités.

On a beaucoup discuté sur la véritable signification du

mot ieuru lui-même, qu'une inscription de Vaison, écrite en caractères grecs, présente sous la forme EIQPOT (1) et une inscription de Néris sous celle iorebe (2). M. Stockes croit que ce mot est composé de la préposition ei = eic(, et de la racine ur — faire, qu'il retrouverait encore dans ur-cens et (3). M. d'Arbois de Jubainville le rapproche du vieil irlandais ferain = donner, dédier, faire. C'est aussi ce rapprochement que paraît avoir fait Pictet en donnant à ieuru la seule signification du mot fecit(i). La même thèse a été reprise plus tard par MM. l'abbé Auber et de Longuemar, à propos de l'inscription celtique du Vieux-Poitiers (5).

Pour M. Mowat, au contraire, ieuru ne peut recevoir que le sens de consacravit, et cette hypothèse est émise avec d'autant plus de force qu'elle a pour elle la présence du mot sur une patère votive trouvée à Couchey, près de Dijon, où il ne saurait être question que d'une consécration.

Je ne puis mieux faire, d'ailleurs, que de reproduire ici les parties essentielles de la note même que M. Mowat a publiée dans les Comptes rendus de V Académie des inscriptions et belles-lettres, année 1880, p. 256 (tirageàpart, p. 7).

... Je remarque, dit-il, que le motieuru, qui se lit sur une patère en bronze du musée de Dijon,

DOIROS - S E GO MARI IEVRV • ALISANV 6

en caractères pointillés comme le sont tant d'inscriptions votives latines sur des objets mobiliers, je remarque, dis-je, que ce mot ne

(1) c. I. L., t. XII, p. 162.

(2) Revue celtique, 1881. t. V.

(3) Beitraege zur Kunde der indogermanischen Sprachen, t. XI, pp. 157 et 123.

(4) Il transcrivait : ieuru = s-îœpov = e -f- ieuru = ex -f- fecit.

(5) Cf. Epigr. rom. du Poitou et de la Saintonge, pp. 107 et suiv.

saurait y avoir que le sens consécratif, lequel a, en outre, l'avantage de convenir également aux textes lapidaires où ce même ieuru apparaît, tandis que le sens de fecit, erexit, qui peut convenir à ces derniers, est inadmissible dans l'inscription de Dijon. Il faut donc reconnaître que le mot ieuru comporte l'idée de vœu, d'offrande, de consécration, préférablement à celle de construction ou d'édification monumentale. De ce qu'il ait le sens votif, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il soit d'essence verbale , comme vovit; dans lestyle épigraphique romain, l'idée votive n'est pas exprimée exclusivement par ce 'verbe; les locutions sacrum, voto, ex voto, voti compos remplissent la même fonction, et pourraient à la rigueur expliquer tous les textes dans lesquels ieuru se rencontre. On n'a donc pas définitivement démontré que ce mot ne peut être un substantif, sous forme de datif-ablatif, comme les mots alisanu, anvalonnacu, magalu, frontu, et qu'il ne corresponde à la locution ex voto.

Avec ieuru, on connaît encore trois ou quatre autres mots de la langue gauloise qui semblent devoir être considérés comme des verbes. Ce sont : uritu, qui pourrait signifier fecit, pris danslesens de fabricavit ou fmxit; dede=dedit ; karnitu, dont l'essence verbale a été reconnue par Whitley Stockes avec la signification de congessit ; locitoi ou locitoe, auquel M. Mowat a attribué, par conjecture, le sens du latin locavit, posuil ; itiu, qui pourrait être, d'après M. Guillemaud (Revue archéol., t. XIII, p. 196), la forme complète dumot voluerunt, etavot, que M. Héron de Villefosse a proposé de traduire par fecit ou feci (1).

Il n'est pas jusqu'à la formule caractéristique : votum solvit libens merito, qui ne puisse donner lieu à quelques remarques. Votum solvere indique que l'autel a été promis en échange d'une faveur demandée au dieu ; merito que la faveur a été accordée, et enfin libens que le vœu a été ac-

(1) Cf. Héron de Villefosse, Figurine en terre blanche de Caudcbec-lès-Elbeuf, dans Revue archéol., t. XI, 1888, pp. 145 à 159.

compli librement. L'introduction de ce mot dans la formule des dédicaces votives laisse supposer que tous les vœux n'étaient pas facultatifs et ne relevaient pas seulement que de la conscience du dévot. C'est qu'en effet, le texte du Digeste est formel : « Si quis rem aliquam voverit, dit-il, voto obligatur (1). » Il faut alors admettre qu'il y avait deux sortes de vota : les uns faits devant témoins et que la loi rendait obligatoires ; les autres faits mentalement, et par cela même échappant à toute contrainte légale . L'absence du mot libens sur certaines formules votives tendrait à justifier cette hypothèse (2).

J'ai donné ailleurs (3) la liste à peu près complète des inscriptions gauloises qui ont été découvertes en France. Leur nombre s'élève, en ce moment, à trente-six. Dixsept paraissent avoir eu un caractère votif.

(1) Ulpien, Digeste, L. 12, 2.

(2) Une inscription de Césarée de Cappadoce, récemment publiée dans la Revue archéologique (nov.-déc. 1888, p. 37i, — Cf. Gagnât, \'A?inée épigraphigue, 1889, p. 12), — corrobore ce qui précède par les dimensions mêmes des caractères dont il a été fait usage à la dernière ligne. Ce texte est ainsi conçu :

SOLEM SOLI • INVICTO MYTHRAE

PRO SALVTE ET INCOLV MITATE CHRESIMI AVGG NN DISP2NSAT0RIS CALLIMORPHVS ARKA RIVS • EIVSDEM VOTVM SOLVI

LIBENS -ANIMO

(3) Epigraphie romaine du Poitou et de la Saintonge, pp. 110, 117, 118 et 389.

8 BUi)ELIÈRË.

LEPIDIAIVS LEPIDI-FILIVS POSVIT-DE-SVO V-S-L-M-

D'après l'original, confirmé par un*estampage. Var. — Fillioux:

EPIDINVS (LEPIDI FILIVS POSVIT. DE SVO

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