C- IVLI ATILIANI
C IVLI A l ILIANI
D'après la copie de l'abbé Legros.
Var. — Beaumesnil (qui en tenait peut-être une copie de l'abbé Lebeuf, mais dont le dessin paraît avoir été fait d'imagination) :
IMAIJITAJJVIO
Hist. et Descr. — Je ne connais moi-même ce cachet que par l'extrait suivant des Essais historiques de l'abbé Legros : « On a
envoyé ici [à Paris], de Poitiers, un morceau de marbre long de 2 pouces, qui a 4 faces sur çhacune desquelles, en grec latinisé, un nom de remède avec le nom du médecin au génitif,
C • IVLI ATILIANI
en la première face est gravé tout ce nom
HARPAG - AD LIPP
c'est-à-dire que c'étoit un collyre contre les yeux chassieux. Aux trois autres faces sont d'autres remèdes. La pierre est gravée à rebours, ce qui fait voir que c'étoit comme une espèce de cachet dont le médecin marquoit ses médicamens. Cette pierre a été trouvée à Perpézac-le- Noir en Limousin (1), près d'un ruisseau, dans une urne pleine d'ossemens à demi brûlés » (M. Legros). On lit en marge : « Lettre de M. Lebeuf de l'Acad. des belles-lettres [à Nadaud], du 26 janvier 1753. »
Ces renseignements ont été reproduits par Beaumesnil qui écrit le lieu de provenance « Parai-le-Noir » et ajoute : « Pierre d'un très beau grain, et tenant de celle à repasser les rasoirs. »
Bibl. — Nadaud, Mélanges manusc, t. I, p. 55. — Legros, Essais historiques, p. 40. — Beaumesnil, Ms. Nivet-Fontaubert. — Espérandieu, Bull, des Antiquailles de France, 1890, et Bullet. des Antiq. de l'Ouest, 1890, p. 311.
La copie de l'abbé Lebeuf paraît devoir être corrigée à la seconde ligne. On ne voit pas, en effet, quel pourrait être le collyre connu dont les six premières lettres du nom seraient harpag, et il semble plus vraisemblable de supposer qu'il s'agit tout simplement du collyre arpaston, dont on a d'autres exemples (2). Ce mot n'est du reste qu'une mauvaise transcription de ap^aaiov, et par conséquent la présence de la lettre line doit pas être faite pour étonner. D'ailleurs apica<n6ç et apTuawréç étant tout un, on peut aussi songer à la lecture hârpacton qui aurait l'avantage de ne laisser supposer qu'une
(1) Département de la Corrèze.
(2) Héron de Villefosse et Thédenat, Cachets d'oculistes romains, 1. 1, p. 95.
confusion entre les deux lettres c et g, dont la forme est assez voisine.
Il est dès lors vraisemblable de lire : (Collyrium) C(aii) Juli(i) Atiliani, harpac(ton) ad lipp(itudines).
Collyre harpacton de C. Julius Atilianus contre l'ophtalmie.
Le collyre harpaston paraît avoir été à base d'ambre. On sait que ce produit s'appelait â'prca; = voleur, par suite de la propriété qu'il possède d'attirer les corps légers (1).
J'avais encore songé à la lecture harpac(ticos) = détersif , mais quelque possible que puisse être un tel qualificatif appliqué à un collyre, je me suis empressé d'y renoncer, sur le conseil même de M. Cagnat, pour ne pas m'exposera créer un nom nouveau, alors surtout qu'une forme connue était susceptible de convenir (2).
Les interprètes d'Horace traduisent par le mot « chassie » la maladie d'yeux dont ce poète souffrait et à laquelle il donnait lui-même le nom de lippitudo (3). Il ne semble pas que le sens médical de ce mot soit ainsi bien compris.
Les dissertations sur les cachets d'oculistes romains sont assez nombreuses pour que je n'aie pas à parler plus longuement de celui-ci.
(1) « Et in Aegypto nasci simili modo et vocari sacal; item in India, gratiusque thure esse Indis. In Syria quoque feminas verticillos inde (ex succino) facere et vocari harpaga, quia folia et paleas vestiumque fimbrias rapiat. » (Pline, Uist. nat., XXX Vil, xi, 6.)
(2) Je pourrais en dire tout autant de la lecture fort possible harpag(ion).
(3) Hic oculis ego nigra meis collyria lippus ïllinere
(Sat., I, v, 30.) Namque pila lippis inimicum et ludere crudis.
(Sat., I, v, 49.)