Inscriptions en vers du Musée d'Aix
lie merveilleux vieillard, qui a bien voulu nous permettre de placer sou nom en tète de cet opuscule, adressait les vers ci-après à sa famille et à ses amis, le 21 décembre dernier, jour où l'on célébrait, au château des Mesnuls, le centième anniversaire révolu de sa naissance : jour de fête pour une partie de l’arrondissement de Rambouillet, et particulièrement pour la commune des Mesnuls, qui était venue en masse le féliciter et le haranguer. Son extrême indulgence, à laquelle nous sommes habitués depuis plus de vingt ans , excusera l’indiscrétion que nous commettons en publiant ces strophes. Nous avouerons même, que vivement touchés, et peut-être un peu glorieux d’une amitié qui nous honore, nous n’avons pas toujours su garder pour nous les trésors d’une correspondance qui nous charme.
M. LE ROI, ancien Commissaire de la Marine qu’il a quittée depuis quelques 60 ou 70 ans , est un littérateur d’un goût exquis, et un très bon humaniste, dont les lettres, encore aujourd'hui dans sa cent-unième année , écrites d’une mainaussi ferme que sa pensée, contiennent souvent de jolis vers dans les deux langues. Non moins fidèle au culte dos Muses françaises qu’à celui des Muses latines, il a traduit
ainsi presque tout Horace et des fragments de Lucrèce , ses deux poètes favoris ; et jusqu'à l’excellente édition critique des œuvres de Voltaire, donnée par M. Beucbot, quelquesuns de ses vers ont figuré parmi ceux du Prince de la poésie légère , dont certes ils n’étaient point indignes.
Cependant sa philosophie quelque peu épicurienne , ne lui a guère permis de publier à part que les trois ouvrages suivants. Le premier donné sous le voile de l’anonyme , montre qu’il s’est occupé de bonne heure d’iusci iplions.
1° Examen de cette question : Si les inscriptions des monuments publics doivent être en langue nationale. Amsterdam , (Paris) 17S3, in-8". — Il s’y prononce avec raison, ce nous semble , pour l’affirmative.
2° Eloge du duc de Montausier. Paris, 1781 , in-8°.
3° Éloge de Fontenelle. Paris, 1784, in-8° (1).
Ces deux éloges, proposés par l’Académie française , obtinrent l’un et l’autre une mention honorable ; le célèbre Carat, mort en 1833, obtint le prix dans les deux concours.
(I) Ce souvenir était rappelé dans ces vers, qui furent gravés sous le portrait de M. LE ROI , il y a une quinzaine d’années :
Jeune encore il loua dignement Fontenelle ;
Il le rappelle en vieillissant.
Toujours aimable et bon, penseur indépendant,
Puisse-t-il vivre autant que son modèle !
On sait que Fontenelle mourut le 9 janvier 1757, à cent ans moins un mois ( il était né àRouenle 11 février 1 657 ). Nos vœux ayant été exaucés au delà de nos espérances, il a fallu modifier ce dernier vers, et en ajouter quelques autres :
Il a surpassé son modèle .
Il le dépassera longtemps ,
Si le ciel , à nos vœux fidèle ,
A son cœur toujours jeune a mesuré les ans.