‹ Inscriptions en vers du Musée d'AixChapitre 12 sur 12 · INSCRIPTION D’UN PRÉFET DU PRÉTOIRE DES GAULES · texte numérisé non relu

INSCRIPTION D’UN PRÉFET DU PRÉTOIRE DES GAULES

Nous croyons devoir compléter notre petite collection par l’épitaphe en vers d’un préfet du prétoire des Gaules chrétien ou converti au christianisme , épitaphe qui a existé à Aix sur un tombeau de marbre. Peut-être même y existe-t-elle encore, mais enfouie ou dégradée, comme l’inscription grecque du jeune navigateur cachée pendant 130 ans dans une cave. Ce qu’il y a de singulier, c’est que l’une et l’autre ont été publiées pour la première fois dans les Miscellanea de Spon , d’après les manuscrits de Peiresc, ex schedis Pcircskii, et que Spon, qui séjourna

à Aix on 1674 , parle do la dernière comme ayant déjà disparu d’Aix, ohm Aquis Sextiis , tandis qu’il dit de celle du préfet qu’elle est à Aix, sub lectisternio marmoreo. Il n’est pas moins singulier qu’elle ail été négligée, à ce que nous croyons, par tous nos écrivains ou historiens de Provence, qui du reste jusqu’aux Saint-Yincens, avaient également méconnu l’inscription grecque publiée depuis 1085.

Nous avons retrouvé avec plaisir cette inscription fort curieuse et très-intéressante pour nous, dans Vlnscrip tionum latinarumselectarum amplissima collectio d’Orelli , Tnrici ( Zurich) 1828, 2 in-8°. — Ton). 2, n° 4858.

Spon la donne ainsi , p. 280 des Miscellanea , réimprimés dans la collection de Polcni.

Kpitapliium Præfecli eitjiisriasn ex Eîlmieo Cliristiani farli.

STEMMATE PRAECIPVVM TRABEATIS FASCIBVS ORTVM IN ODIVJI LETI IIIC SOPOR ALT VS HABET QVI POST PATRICIA PRAECLARVS CINGOLA RECTVR (.S te) SVBIECIT XPI COLLA SVBACTA IOGO POSTPONENS VLTRA DIVINDI PROTENDERE POIIPAS

ET POTENS DOMENO SOLVERE VOTA JIALENS SIC GERENO FELIX PERFVNCTVS M VN ERE GAVDET EGREGIVS DIONDO PLACETVS ET DOMENO HOC TOJIOLO CVIVS TANTVMNAH ME1IBRA QVIESCVNT LETATVR PATRIA MENS PARADISE TVA.

Spon ajoute que cette épitaphe lui paraît de la fin du IVe ou du commencement du Ve siècle, parce que bien que les vers en soient assez bons selon lui, l’orthographe en est mauvaise. Ainsi onlit domeno pour domino ,placetus pour placitus, tomolo pour turnulo , etc.

Orelli, qui la donne d’après Spon, présume avec raison que le commencement du second vers cache le nom du personnage illustre qui avait revêtu la trabée , et devant lequel on avait porté les faisceaux, et propose de lire ïnodium ou Ennodium, au lieu de in odium. Nous n’hésitons pas à lire evodiuii ; et le personnage sera Evodius, consul l’an 38G avec Honorius encore enfant, et de plus préfet du prétoire des Gaules. Les traits sous lesquels l’histoire nous le dépeint, confirment l’authenticité de l’épitaphe, qui devient un véritable monument historique méconnu jusqu’ici. Consul Evodius vir quo nihil unquam justiùs fuit , dit Sulpice Sévère dans la vie de S-Marlin de Tours, c. xx; elle même auteur dans son Histoire sacrce (/. 2 in fin.) le qualifie de magistral pénétrant et sévère, devant lequel l’empereur ou le tyran Maxime qui siégeait à Trêves, renvoya la cause des Priscillianistes : causant prœfecto Evodio pcrmisit , viro acri et scvero. Le préfet déclara coupable et fit emprisonner l’hérésiarque Priscillien, que l’empereur , sollicité par quelques évêques, fil mettre à mort peu de temps après, malgré les prières de S‘-Martin de Tours.

Il est inutile de chercher comment le préfet du prétoire des Gaules, ou plutôt comment celui qui avait rempli ces fonctions éminentes dont le ressort embrassait à la fois la Bretagne, les Gaules et l’Espagne , était venu mourir à Aix. Les documents historiques sur notre cité manquent presque absolument pour cette époque, qui fut bientôt suivie de l’invasion des Barbares. Tout ce que nous savons, c’est qu’elle était dès lors la métropole de la seconde Narbonaise, c’est-à-dire de l’une des dix-sept provinces qui formaient le vicariat des Gaules; que les débris exhumés jusqu’à ce jour semblent signaler celte

époque comme celle de sa plus grande splendeur; et que c es( dans le \ 11 siècle que Sidoine Apollinaire, en l’assimilant à Marseille, comme nous l’avons dit ailleurs (I), pour l'importance et la célébrité, et en rappelant les inscriptions peut-être, et les trophées consulaires qui l’illustraient, lui donne le nom de Ba'ia Sexlienne par allusion à ses eaux thermales el à ses agréments, qui la rendaient digne d’être comparée à la voluptueuse Iîaïa de Campanie, dont un grand poëte a popularisé le golfe el les ruines dans une admirable Méditation. S. de N.

. Phocida Sexliasque Bains

Illustres litulis que prœliisque Urbes, per duo consul uni tropæa....

Carmen xxm, ad Consentium.

(I) Notice sur la Bibliothèque d’Aix , dite de Mèjanes , précédée d’un essai sur l'histoire littéraire de cette ville , ete. - Paris , Didot . 1831 , in-octavo , p. il ; et chez Teehener , libraire . place du Louvre.

■êm

Page 1