CIMETIÈRE DE SAINT-ANDRÉ
Le cimetière de Saint- André est mentionné pour la première fois 860 «i s. dans un acte de 1081, publié par les frères de Sainte-Marthe {Gallia christiana, I, p. 207) : le Chapitre de Saint-André ayant fait enterrer un laïque dans son église, celui de Saint- Seurin se plaignit que l'on portait atteinte au privilège du cimetière de la basilique, ad destrnendihm Sandissimi Confessons atgue Pontificis Severini coemetermm ab initio pmnitime Ecdesiae celelratum. Condamné par l'archevêque, le chapitre de Saint -André fut rétabli dans ses droits en 1099 par une bulle d'Urbain II : Cimeterium quoci req^uirébatis ad sej)uUuramJideUum, Ecclesiae statim vestrae restituimis (cf. Lopes-Callen, 1. 1, p. 322 et s.).
Malgré la protestation du chapitre de Saint-Seurin en 1081, qui semblerait faire croire que jusque-là on n'avait point encore enterré à Saint-André, on doit croire que l'église avait possédé un cimetière dès son origine. Il a pu être abandonné au viii« siècle, devant la popularité grandissante de celui de Saint-Seurin, qui a fini par transformer sa vogue en privilège (cf. p. 19); mais au premier âge du christianisme il y avait certainement un cimetière aux abords de ce qui est aujourd'hui la cathédrale de Saint-André. De l'existence de ce cimetière nous pouvons conclure à celle d'une basilique, aussi ancienne peut-être que celle de Saint-Seurin (cf. p. 19), plus ancienne que celle de Saint- Martin (cf. p. 9). — On sait que l'église de Saint-André n'apparaît dans les textes qu'à l'époque carolingienne (Lopes-Callen, t. I, p. 107, 254 et 358, et t. II, p. 483). — Aussi bien la trouvaille aux abords de Saint- André d'un grand nombre de poteries à symboles chrétiens des temps mérovingiens (notre IV" p., III) paraît confirmer l'hypothèse de l'existence d'une église sur cet emplacement. La basilique a dû exister dès 451-3, date d'une inscription chrétienne (n" 860) trouvée dans le vieux cimetière de Saint-André : elle est peut-être plus ancienne, puisque l'inscription suivante (n" 861) semble être du commencement du v« siècle.
Indépendamment des deux inscriptions que nous allons donner, ce
iNscjî., r. II. 5
860 «1 s. cimetière nous a fait connaîti-e une chambre sépulcrale, disparue aujourd'hui, et qui pouvait remonter aux premiers temps du christianisme ; elle intéresse trop l'histoire monumentale de notre ville pour que nous n'en parlions pas ici. C'est Sansas qui nous en a conservé la description en ces termes :
< Sépulture gallo-romaine du cloître Saint-André.
» Lorsqu'il y a quelques années [sans doute en 1867], on fouilla la partie nord des anciens cloîtres, pour établir la façade intérieure de la nouvelle sacristie, on trouva d'abord un terrain qui renfermait des sépultures plus ou moins récentes, puis ou arriva à d'anciennes constructions d'un caractère tout particulier et dont je dois vous entretenir.
» A une profondeur d'environ 2 mètres, s'offrit une petite voûte plein cintre, construite a petit appareil allongé, avec un rang de briques entre chaque rangée de pierres. Les pieds-droits étaient de construction analogue. Comme cette sorte de caveau très-étroit n'entrait que fort peu dans la fouille, on n'en détruisit que ce qui gèuait et aucune recherche ne fut faite au-delà.
» Mais à côté, vers le levant, se trouvait une autre substruction: c'étaient deux petits murs parallèles, d'appareil semblable, distants d'environ 60 centimètres et qui apparaissaient sur une longueur approximative de 2 mètres. Comme ils se prolongeaient dans le sens de la fouille, du couchant au levant, on a pu en suivre le développement.
» Le recouvrement, soit voûte, soit pierres plates, avait été antérieurement eil'ondré, très-probablement pour l'établissement des sépultures supérieures; l'extrémité, levant, des petits murs avait même été détruite, mais l'extrémité, couchant, était intacte. On remarquait alors qu'un petit mur transversal, de même construction, barrait exactement cette sorte de corridor, et de plus que ce mur était recouvert à l'extérieur d'un enduit orné de peintures murales. Cet enduit, semblable, en tout, à celui qui revêtait la plupart des maisons gallo-romaines découvertes à Bordeaux, s'était parfaitement conservé, surtout dans sa partie inférieure, et l'humidité des terres avait laissé aux couleurs tout leur éclat. On remarquait que l'artiste y avait représenté avec une certaine élégance des arbres touffus où voltigeaient de nombreux petits oiseaux. Il me fut possible d'enlever une partie de cet enduit d'un seul morceau, d'environ 40 centimètres carrés, et je le plaçai a part pour le faire transporter au Musée. Mais, pendant mon absence, soit que les couleurs s'étant ternies à l'air, on ait considéré ce débris comme sans valeur, soit par toute autre cause, je ne l'ai plus retrouvé quelques heures après.
»Au premier moment je crus voir dans cette construction les restes d'une habitation gallo-romaine comme nous en rencontrons beaucoup. Cependant ce qui me préoccupait, c'était: 1° le peu de largeur de l'espace laissé entre les deux murs; 2" la clôture absolue à l'une de leurs extrémités; 3° le défaut d'ouverture dans les parois, et 4» le défaut de décoration intérieure. C'était pour moi un problème à étudier et à résoudre, ce que je me réservai de faire.
» Tout récemment me trouvant à Paris avec M. Edmond Le Blant, membre de l'Institut et de la Société des Antiquaires de France, auteur estimé de l'ouvrage sur les Inscriptions chrétiennes de la Gaule, nous causions des découvertes archéologiques qui se font
chaque jour à Bordeaux, et je lui parlai, à cette occasion, des ruines dont je viens de 860 el s. vous entretenir.
■b Ce que vous avez vu, me dit-il, n'appartient pas à une construction civile, mais a un tombeau chrétien des premiers âges. Les arbres et les oiseaux symbolisent le paradis (') où doit se trouver l'àme du défunt. On trouve des représentations identiques sur beaucoup de tombeaux de ces époques. »
Sansas, Société archéologique, t. II, p. 10. Cf. Callen, réimpression de Lopes, t. I, p. 239; Lk Blant, Sarcophages chrétienSj p. 89.
Le même Sansas, dans une lettre écrite à M. Le Blant (voyez les Sarcopliages chrétiens de la Gaule, p. 90), signale dans l'ancien cimetière de Saint-André « des auges sépulcrales sans inscriptions, mais avec des » signes particuliers, tels que des ronds concentriques, des hachures > parallèles formant une sorte de gril et quelques autres marques». Il semble bien que ces tombes remontent au premier âge de ce cimetière.
L'ancien cimetière de l'église Saint-André, tel que cela résulte de cette découverte et de celle des deux inscriptions qui suivent, paraît avoir été situé autour de l'abside actuelle de l'église et le long du côté méridional, sur l'emplacement oii devait s'élever plus tard le cloître de Saint-André. Le cimetière créé au xi® siècle semble avoir eu la même disposition, mais s'être étendu également sur le côté septentrional, et beaucoup plus à l'ouest, de manière à envelopper à peu près complètement l'église (cf. Drouyn, Bordeaux vers 1A50, page 375) (-).
Bien qu'on ait signalé une inscription funéraire de l'époque romaine dans l'église même de Saint-André (notre n° 270), il paraît impossible de croire que le cimetière chrétien du v^ siècle ait succédé à un cimetière païen.
(1) Cf. iarlicle paradis du Dictionnaire des antigitités chrétiennes de Martignt. — Cf. Le Bl.4nt, Sarcophages chrétiens, p. 107 el 151.
(') M. Drouyn le place surtout au sud. Mais on a trouvé en 1885 des tombes au pied de l'église du côté nord-ouest, lors de rétablissement du nouveau square. L'une de ces tombes porte la marque ou le monogramme suivant, grossièrement tracé sur la paroi eitérieure de droite :
Tombes et monogramme me paraissent appartenir au second Age de l'histoire de ce cimetière.
D'après l'original (au Musée d'armes) [cf. planche II].
Var. — XXIII chez Sansas, Projrès.
Descr. — Hauteur des lettres: 0,01, 0.03 et 0,03. — Pour la forme des lettres, voyez la planche ci-contre. Remarquez en particulier celle de l'A, que nous ne retrouvons qu'à Bordeaux (n° 850).
Fragment d'une plaque de pierre épaisse de 0,022. Ce fragment correspond au quart de la plaque, qui devait mesurer 0,45 de chaque côté. — Cf. les dessins donnés par Sansas.
La partie de l'inscription renfermant les noms et l'âge du défunt formait une ou deux lignes circulaires au milieu de la plaque: au centre même, se trouvait sans doute le monogramme du Christ, dont on aperçoit peut-être 1" amorce sur la ligne de cassure supérieure. La date était écrite en bas, sur deux lignes.
Hist. — Trouvé en 1865 entre la tour Pey-Berland et la Cathédrale, dans les débris d'une construction postérieure à la muraille romaine. — Conservé au Dépôt J.-J. Bel, et, depuis 1885, au Musée d'armes.
Bibl. — Sansas: 1" Progrès, t. III, p. 593 (reproduit par la Soc. arch., t. VI, p. 47); (dessin de Bernède à la pi. VI, n° 3); 2° Soc. arch., t. II, p. 14 (dessin).
: bixit an(nos) xxiiii, mens(es) iii, difes)
V kal(endas) , \r(egno)'] dom(ini) nfostrij Tur[ismundi].
Il s'agit sans doute, comme l'a conjecturé Sansas, du roi des Wisigotlis Turismond ou Torismoud, qui gouverna l'Aquitaine, une partie de la Narbonnaise et de l'Espagne de 451 à 453. Voyez pour ce règne Lenaiu de Tillemont, Histoire des empereurs, aux années 451 et 453.
L'orthographe Turisrmmdtis est plus rare que celle de Torismundns. Nous trouvons l'horismodus chez Prosper d'Aquitaine {Pair, lat., LI,
Inscr.de Bordeaux . Tome II
EPITAPHE DU MILIEU DU V= SIECLE i INSCR N? 8G0 '
col. 604), Thorismo chez Idace {id., col. 883 et 884), Turismundus chez 860 Isidore de Séville {Historia de regihis Gothorum, 30, apud Migne, t. LXXXIII, col. 1068), Thorismodus chez Sidoine Apollinaire {Epistdlae, 7, 12, ià., t. LVIII, col. 581). Les manuscrits de Jordanès donnent Thorismid , Torismud, ThoHsmod, IVionsmund, jamais Tlmrismud {Getica, 36, p. 107 de l'édition Mommsen; 38, p. 110; 40, p. 112; 41, p. 113; 43, p. 116). Dans les manuscrits de Grégoire de Tours, au contraire, on trouve plus souvent les formes Thursimodus [sic], Thursemodus, Thurismodus, TJmrsmiodus, que Toresmodus ou Thoresmodua [Historia Francorum, 2, 7, éd. Arndt). Cette alternance des lettres 0 et U est d'ailleurs un fait très fréquent dans le latin de l'époque mérovingienne; nous avons déjà remarqué ici (p. 15) T/iendosius -pour Theodosius.
C'est le plus ancien monument g-aulois daté du règne d'un roi barbare. Des inscriptions de Narbonne et de Montady dans l'Aude, gravées en 445 et en 455, c'est-à-dire sous la domination de Théodoric P' et de Théodoric II, le prédécesseur et le successeur de Turismond, sont encore datées des années consulaires. Il semble qu'on employât alors concurremment les deux systèmes. Ce n'est qu'à partir de 484, date de l'avènement d'Alaric II, que l'on ne date plus que du règne du roi goth (1). — On peut supposer, toutefois, que le roi Turismond, ainsi que le fera Alaric trente ans plus tard, ait voulu affirmer son indépendance des empereurs de Rome et se considérer xolproprio jure. De fait, Sidoine Apollinaire nous apprend qu'il était fier, intraitable, farouche ennemi des Romains, auxquels il voulut enlever la ville d'Arles (E;pistolae, 7, 12: Begem Gothorum fer ocissimum). Il a bien pu interdire de mentionner sur les épitaphes les noms des consuls romains. Et si cet usage a repris après sa mort, comme nous le montre l'inscription de 455, c'est que Théodoric II, successeur de Turismond, était un roi dévoué à l'Empire, « l'appui et le salut des Romains », ainsi que nous l'apprend le même Sidoine Apollinaire {Carmina, 23, Migne, p. 732) :
Romanae columen sahispie gentis.
Le sud-ouest de la Gaule (Novempopulanie et seconde Aquitaine) n'a fourni que quatre inscriptions chrétiennes datées: celle-ci, l'épitaphe
(l) Le Blant, Inscriptions chrétiennes, Préface, 1. 1, p.LïV et s., et Manuel d'épigrapMe chrétienne,-^. 132.
860 de Mommolenus à Bordeaux (sous les rois francs), celle d'Adelfius à Saiiite-Croix-du-Mout (en 405; cf. V^ partie), et celle de Valeria Severa à Valcobrère (en 347; Le Blant, n" 596).
D"après l'original (Musée d'armes).
Var. — VINVS chez Sansas.
Descr. — Lettres de 0,025, assez semblables à celles de l'inscription précédente, mais plus soignées et plus anciennes peut-être d'un demi-siècle.
Fragment d'une plaque en pierre, de même nature que la précédente, et épaisse de 0,028. — Cf. le dessin donné par Sansas.
Hist. — Trouvée en 1867, « quand on déblayait les constructions qui entouraient le cloître Saint-André » (au sud de la Cathédrale, cf. Lopes-Callen, I, p. 153 et 236).
Bibl. — Sansas, Soc. arch.j t. II, p. 12 et s. (avec dessin).
[B(onae)] m(emoriac) (??). — [ et] Vinins (/?) fece-
ru[nt].
La partie centrale de la plaque était occupée par le chrisme : à droite et à gauche du chrisme, on lisait deux lettres, encadrées dans un double filet circulaire. De quels mots ces lettres étaient-elles les initiales? On peut supposer Diis Manihis, comme le voulait Sansas: cette formule banale se retrouve, on le sait, même sur les inscriptions chrétiennes du cinquième siècle (cf. Le Blant, t. I, p. 491). La formule B. M., « lonae mcmoriae », qui est peut-être préférable, caractérise les monuments chrétiens de l'Italie du Nord et se retrouve dans la Gaule Narbonnaise (Le Blant, t. II, p. 48G).
3" CIMETIÈRE DE S AINTE-CROIXi')
Le premier document écrit où il soit positivement question de 862 Sainte -Croix est l'acte de restauration de l'église par Guillaume le Bon au x^ siècle, — si du moins cet acte est authentique; dans le cas contraire, il faut descendre jusqu'au xi° siècle (cf. Lopes-Callen, t. 11^ p. 165, 179 et 191). Une tradition veut que le monastère, détruit par les Sarrasins, ait été reconstruit par Charlemagne. Une autre tradition porte qu'il aurait été fondé au vi« ou au vu'' siècle : elle a pour origine l'épitaphe dont nous allons parler. Cette épitaplie prouve au moins qu'il y avait là, dès le vi^ siècle, une église chrétienne et un cimetière.
L'ancienneté de ce cimetière est d'ailleurs confirmée par Jouannet, qui a sig-nalé aux abords de Sainte-Croix « un grand nombre de cer- » cueils en pierre, dont quelques-uns renfermaient, les uns de petites » médailles du bas-empire, les autres des vases » (llîcsée d'Agtdtaine, t. I, P- 221), — et par Sansas : «Lorsqu'on 1847, on abaissa le niveau » du cimetière de Sainte-Croix, on découvrit une quantité considérable » de tombeaux ou cercueils eu pierre munis chacun de son couvercle, » et renfermant des restes humains. Ces tombeaux ne portaient aucune » inscription ni aucun symbole ; un seul était orné d'une croix à bran- » ches épatées, sculptée sur le fronton que formait le couvercle » {Congrès && 1861, p. 467).
(1) Nous ne consacrons pas un chapitre distinct au cimelière de Sainl-Michel, parce qu'il n'a livré aucune inscription de l'épogue mérovingienne. Toutefois nous croyons qu'il y a eu là, à celle époque, peut-être une basilique, certainement une nécropole. M. BnAQUEnAYE a signalé (Société archéologique, t. I, p. 98) un couvercle de tombeau, qui a servi de table d'autel dans le caveau de Saiut-ilicliel. Ce cimetière, qui a pu être abandonne et rétabli en même temps et de la môme manière que celui de Saint-André (p. 33), a succède sans doute à l'antique cimetière gallo-romain dont nous entretenait récemment M. DE Mexsignac [Soc. arch., t. 'Vlll, p. II).
Signalons encore, ne fûl-ce que pour mémoire, la basilique Saint-Pierre mentionnée â Bordeaux par Gbégoire de Tours (De gloria marij/rvm, 31) et sur l'emplaceraeut de laquelle on a si vivement discuté; cf. LosGNON, Géographie, x<.^\^\ Chauliac, A propos de la recoiistrnction de l'église Sdint-Pierre (111-1% ISIS}; Bhaquehaye. Soc. arch. de Bordeaxix, t. IX. — Nous retrouverons Sainl-Élienue de Bordeaux dans cette même IV" partie, IV. — Ni Saint-Pierre ni Saint-Étienne n'ont fait connaître la moindre épilaphe ni le moindre sarcophage. — De même, la basilique de Saint-Martin (notre n» 847) n'a livré aucune tombe mérovingienne.
^ p. E COP^ bÂBlONES 'HYM
Lis-xpL/nOM/AO '
H^O HST. ,^CEplT-TBAr^.SlTVM-SW
D1 ES-SEpTE' Aa/koVKeJM/M^ WST. CHLOliOVEI.REC
EO^Ef
Fac-similé du dessin donné par Yexuti dans ses Dissertations siw les Monuniens de
Bordeaux j p. 51. ,. .
Var. — Le dessin de Venuti donne sans contredit la copie la plus fidèle de 1 inscription. — Voici la copie de Darnal :
Hic requiescit bonœ recordationis humilis Christi Mummolus, qui vixit annis centuni septtiaginta, upud queni nullus fuit dolus malus, qui fuit sine ira iocundus. Hoc est accepit transituni suuni die 6. Idus Augusti, obi fecit augustos aies septeni, anno V. rcjni Domini nostri Clodouei Régis.
Darnal l'avocat semble avoir copié le texte de son frère. On voit les audacieuses corrections apportées par Darnal au teste orijina!, par
Epitaphium
vetustis
caracteribus
exaratu/n
in lapiilc
marmùi-eo
ju-xta sepulcrum
Momino
exemple celle de Mommolenus en Mumnwlus, et l'addition de centuni à&^ant septaa-
genta.
Voici la copie prise par Liaueuf:
HIE REqVIESCET BONE RE CORdAEIONES HYMILIS XPI MOMMOLENVS qVI VIXIT ANNYS Tes SEPTYAGENTA APVD qVEM NVLLYS FYIT doLYS MALYS qYI FYIT SENE
IRA iocyTdys hoc ESTACCE
FIT TRANSITYM SY'V DIAE b'l° idYS ArgYSTAS • YBI • FE CIT A^gYSTOS DIES SEPfÊ ANNO V REgNYM dOMNI NOST CHLOdOYEI REg *
Les textes publiés par Mabillon ne sont autres que celui-ci, plus ou moins corrigé ou développé. — DOM Devienne donne: Hic requicscit bonae recordationis huniiUs Chrcsti Mammolenus, qui cixit annos plus minus septuaginta; apud quem nidlus fait doliis malus; qui fuit sine ira Jocundus; hoc est acccpit transitum sub die vi, idiis augusias, ubi fecit augustes dies sepieni anno quinto regnum domini nostri Chlodovici régis. — Fronton du Duc, qui lut l'inscription avec soin, n'en donne pas le texte, et se borne à faire remarquer qu'il y a. septuaginta, « escript tout du long, et qu'au dessus de la première lettre S auoient esté engrauées trois petites marques hors des lignes, et en façon de glose, qui ressembloient à trois L qu'on a prins pour trois CGC ».
Descr. — La paléographie des lettres, par exemple des O en losange, des C en carré, des D en forme de â, des a à traverse brisée est bien celle du vii^ siècle (cf. Le Blant, Manuel d'èpigraphie, p. 41). Toutefois l'aspect général de l'inscription semble celui d'uu monument postérieur : il est vrai de dire que ce n'est pas l'original que nous reproduisons, mais le dessin de Venuti. Mais remarquons, après Le Bl.\NT, les abréviations insolites Vl» et \'°: or elles ne se retrouvent qu'une seule fois sur les marbres de la Gaule, et précisément sur une inscription recopiée au xive siècle (Le Blant, I, p. 59). Nous croyons donc fort possible que l'inscription vue par Darnal, Liabeuf et Venuti, ne soit pas exactement l'épitaphe originale, mais une épitaphe recopiée sur un modèle antique (le copiste aura imité avec soin la forme des lettres du vn« siècle), ou plutôt restaurée et retouchée tout au moins (cf. Le Blant, t. I, p. 323, et t. II, p. 348). Voyez ce que nous dit Darnal : Elle est gravée « par quelque rude sculpteur, avec des pointes et esgratigneures entre ligne, et a costé ». — Dom Devienne va trop loin, selon nous, lorsqu'il dit de cette inscription qu'« elle porte les plus fortes preuves de supposition », qu'il insiste sur « la barbarie du style et celle du caractère, qui n'est ni romain ni gothique », et qu'il la croit « composée dans le x« siècle, lors de la restauration de l'abbaye de Sainte-Croix, et que le faussaire qui était lui-même fort ignorant, en prétendant avoir découvert un monument ancien et précieux pour le monastère, a abusé de la crédulité de ses contemporains et de la grossièreté de son
862 siècle » — Dittrms dit tout aussi nettement qu'elle « paroit apocryphe », mais i! a visi-
blement subi l'influence de Devienne. — Iîerxadau nous dira même qu'elle est « en caractères du xiv« siècle ».
Hist. — L'inscription devait être connue dès 1309, date à laquelle remonte, à ce qu'il me semble du moins, la plus ancienne mention du culte rendu à Bordeaux à saint Mommolin (cf. p. 47). Elle est mentionnée explicitement pour la première fois par r.E LuRBE dans la première édition de sa Chronique (1589), sans aucun commentaire. D.\iiNAL la publie le premier, en 1618: « Epitaphe graué en un marbre poli,
attaché ou enchâssé en la muraille, à costé du sepulchre de nostre sainct Mommolin, au derrière de la petite porte, deuers le Septentrion entrant soubs ce théâtre. C'est epitaphe est graué par quelque rude sculpteur, les caractères sont diuers et meslangés des lettres Gottes, et antiques romaines, avec des pointes et esgrratigneures entre ligne, et à costé. » — LiABEUF vit l'inscription en 1648 au même endroit, « escrite en un uieux marbre qui estoit proche son sepulchre îde saint Mommolin], auant qu'il fut translaté en lannee 1G46. » — Elle est, dit Venuti eu 1754, « gravée sur une table de marbre qui est apliquée à un des pilliers de l'Eglise ». — Devienne la vit et la copia encore vers 1774. Elle a disparu depuis, mais j'ai la conviction intime qu'elle ss trouve, aujourd'hui encastrée dans un des piliers de l'église et dissimulée par la maçonnerie extérieure (').
Les Propres du diocèse de Bordeaux, depuis 1728 jusqu'à nos jours, disent que le marbre «parieti tuinulo vicino affixum est ».
Bibl. — Darnal, Narré de la oie de S. Mommolin, p. 107. = Jean Darnal [frère du précédent]. Chronique, p. 51. = Liabeuf, Lettre du 20 avril 16 iS. Correspondance de la Congrégation de Saint-Maur, t. I, f 7 his [ms. résidu Saint-Germain 1217, auj. Bibl. nat.. fr. 19678]. Cette copie est celle qu'impriment Mabillon : 1° Acta sanctoruni ordinis s. Benedicti, t. II, p. 676; 2" Annales ordinis, t. I, p. 546 (cette seconde fois en la corrigeant et en la développant), et le Gallia christinna, t. VIII, col. 1541. = "Vencti, p. 50. — D'après lui : de Castellane, Soc. arch. du midi de la France, II, p. 201 ; Dictionnaire d'èpigraphie, t. I, c. 150 (par l'intermédiaire de de Castellane); Dominicale bordelaise, t. I, p. 39; fiOLiBOii, L'Aquitaine, t. II, p. 252; Marion, Notes d'un voyage dans le sud-ouest de la France, p. 44; Grellet-Balgi-erie, Clovis III, planche (reproduction du dessin de Venuti) et p. 6. — (D'après Mabillon et Venuti, Séguier, Index absolutissimus, t. Il [no 16935], (° 1024.) — D'après ses prédécesseurs, Le Blant, Inscriptions chrétiennes, n° 586 A, t. II, p. 377 et pi. 490 (réduction du dessin de Venuti). = Devienne, Histoire de Bordeaux, W partie, page 17, note 1.
Voyez encore la mention de cette inscription chez de Lurbe, Chronique bordelaise, à l'année 702; — Fronton du Duc, Remarques et notes à corriger en la Chronique, p. 183; — Proprium sanctorum de 1728, p. 113;— Vies des saints du diocèse de Bordeaux, p. 251; — Acta sanctoruni, 8 août, t. II, p. 351;— Dotems, Clergé de France, t. II, p. 242;— BaureiN, t. IV (éd. Méran), p. 306; — Ofpcia propria diœcesis Burdigalensis, 1855, pars aestioa (8 août), p. 47; — Jûuannet, Musée d'Aquitaine, t. 1, p. 222; — BERNADAtJ, Antiqu. [ms., t. XLII], p. 50 bis.
(l) Le lomheau de Moramolenus, exactement décrit par DAn:»Ai. et par ■Venuti. renosnit sur rinalra colonneltes, à la morte des lieaux moauments mérovingiens (cf. Le Blant, u" 209, 336 A, 386 A, 586 .*). U a été détruit so is la Révolution. Un savant vicaire de Sainte-Croix s'occupe en ce moment ilc reconstiluor l'iiistoire de ce tomliaau. Puisse-l-ll rencontrer assez d'appuis et de ressource? pour retrouver notre inscription!
Hic requiecet bone recordaciones htimfijlis Chrfistji ffamnlus) ^^^ Mommolenus, qui vixit annus [plu]s [m(iniis)] (??) septnagenta. Apud quem nullus fuit dolus malus; qui fuit sene ira, jocundus: hoc est. Accepit transitum suu(m) diae sexto idus augustas, ubi fecit afu)gusta dies septe(vi), anno quinto regniim dom(i)ni nost(ri) Chlodovei reg(is).
Cette importante inscription présente deux difficultés : quelle est sa date, et à quel personnage est-elle consacrée?
Elle est datée de la cinquième année d'un Clovis. Ce n'est pas Clovis I", qui, en 486, la cinquième année de son règne, ne gouvernait pas l'Aquitaine. On a hésité d'ordinaire entre Clovis II, qui régna du 19 janvier 638 au 5 septembre 656, et Clovis III, qui régna de 691 à 695. Mais Clovis III ne paraît pas avoir gouverné plus de quatre ans et quelques jours; il commença à peine la cinquième année de son règne, 695, si même il la commença : de Brequigny et La Porte du Theil disent avec raison dans leurs ProJég amenés, qu'il monta sur le trône au printemps de 691 et qu'il mourut en mars 695, « dans la quatrième année de son règne » (éd. Pardessus, p. 121). Kon post multo vero annos ^raecUctiis rex Cîiïodoveus aegrotans morttms est, regnamt autem annos gimtuor , dit le continuateur de Frédégaire, § 101. — Mabillon avait émis, mais sans s'y arrêter, une hypothèse suivant laquelle le Clovis de notre inscription serait le Clovis que le maire du palais Ebroin plaça un instant ou voulut placer sur le trône vers 673 ou 674, en le donnant comme fils de Clotaire III (cf. dom Bouquet, II, p. 617, et les Prolégomènes des Diplomata, éd. Pardessus, p. 161). Eeprenant cette hypothèse et s'aidant de documents qu'il se réserve de publier plus tard, M. Grellet-Balguerie, dans son Clovis III, refait l'histoire de ce nouveau Clovis, auquel il donne cinq à six ans de règne, de 672 ou 673 à 678, et il assigne cette dernière date à notre inscription, se trouvant d'accord avec Mabillon, lequel est arrivé à ce résultat par des moyens bien différents, en transformant l'inscription de fond en comble {}).
(*) Voici l'inscription, corrigée ou plutôt refaite par Mabillon (Âcta, II, p. C78):
HIC REQVIECIT BON,E MEMORl^ IIVMILIS CHRISTI SERWS sra ABBAS MV5IM0I.ENVS, QVl VIXIT ANiNlS CIRCITER SEPÏVAGIKTA, APVD QVEM NVLLVS FVIT DOLVS AVT MAUTIA : QVI KVIT SINE IRA, lOCVNDVS. HIC HOSPES ACCEPIT TRANSITVM DIE VI. IDVS AVGVSTAS, VBI (ii est PÛST- QVAM) FECIT [seu ABSOI.VIT) AVGVSTVS DIES SEPTEM, ASNO QVLNTO REGNI DOMNI SOSTRI THEO- DEllICI REGIS. — Il s'agit Je Thierry III, roi depuis 673.
44 IN'SCniPTION'S ROMAINES DE BORDEAUX.
862 Jus(|u'à nouvel ordre, et malg-ré la science et l'énergie de M. Grellet- Balguerie, nous ne pouvons accepter cette hypothèse, que rien dans les textes qui nous sont connus ne justifie, et sur l'opportunité de laquelle il y aurait infiuiment trop à dire. — Nous regarderons doue, sinon comme hors de doute, du moins comme à peu près certain, qiie notre inscription est datée du 8 août 642. C'est bien la date que donne la forme de nos lettres (cf. plus haut, page 41).
Quel est ce Mommolcnvs'? La tradition et la totalité des érudits A'eulent que ce Mommolenus soit le même personnage que Mv.mmolus, premier ou second abbé du monastère de Fleury-sur-Loire : ce monastère, comme nous allons le voir, fut fondé au milieu du vu* siècle ; suivant l'un, il eut pour premier abbé Mummolus (^) ; suivant d'autres, Fleury fut donné d'abord à Rigomar, qui mourut cinq ans après son avènement et fut alors remplacé par Mummolus (-), lequel gouverna pendant trente ans. Ce personnage peut-il être le titulaire de l'épitaphe de Sainte-Croix?
Rien ne l'indique.
D'abord il y a entre les deux noms de Mummolus et de Mommolenus une différence dont il faut nécessairement tenir compte.
En second lieu, comment l'abbé de Fleury serait-il venu mourir à Bordeaux? — On a dit : en faisant le pèlerinage de Saint- Jacques de Compostelle; mais c'est une hypothèse, et du reste ce pèlerinage ne fut fréquenté qu'à partir de Charlemague (^). — On a supposé qu'il était venu propager la règle de saint Benoît : c'est là encore une pure hypothèse (*).
Enfin l'épitaphe est datée de 642: cette date convient-elle au Mummolus de Fleury? Nous ne le pensons pas. — A quelle époque en effet vivait ce personnage? — Mummolus a été, suivant Adrevaldus (même page, note 1), le premier abbé de Fleury-sur-Loire; suivant Aimoin et le Catalogue (même page, n° 2), Mummolus aurait été le second abbé du monastère, et nommé la sixième année de sa fondation. Pour
(M AnnEvinis, Historia translalionis s. BenedicU, §52 et 3, dans les Acta, t. II, p. 253, cl cbez Mignb, t. CXXlV.c. 902.
C) Âbbatem inftituit nomine Rigomariim qui gtiinqtiennio txfMo ex hoc tran/fiens saeeulo sueetstorem accepit nomine Uvnimolwn, .\iwis, Hisloi ta Francorvm, 1, 42, frf., et diez Migne, i.CXXXIX, c. 798, cf. r. 799; Catalogus a'iliaivm Floiiacensiim, Migne, 1. CXXXIX, c. 579 : Primus ablas Rigomatvs liabuit annos V. Secvndus abbas ilumolus annos XXX.
(') Observation de Mauillon.
('I Hypotlièie de Mabillon.
savoir la date de l'avèuement de Mummolus, il importe doue de reclier- 862 cher celle de la fondation du monastère de Fleury-sur-Loire. — Ce monastère a été fondé par Leodebodus, abbé de Saint-Aniaue, dont on a conservé le testament (Pardessus, Diploniata, t. II, p. 142) et qui, dans ce testament, déclare qu'il s'occupe de cette création : Monasteriwn, qiiod, in lionorcm domini Pétri, sictif predictiivi est, in agro Fïoriaco aedijcare delibero (II, p. 144j : la fondation de Fleury est donc à peu près contemporaine de cette pièce. Quelle est la date du document? — Il porte en tête, comme date, la seconde année du règne de Clovis II, soit 639. Mais cette date, comme l'ont fait remarquer justement les éditeurs des Diploniata, est fautive, et ne s'accorde pas avec les faits mentionnés dans la suite du document, par exemple avec la mention de la femme de Clovis II, qui était loin d'être marié en 639. Les éditeurs ont transformé, et je crois avec raison, la deuxième année du règne de Clovis II en la douzième du règne de Clotaire III, et donné comme date au testament, au lieu de 639, l'année 667. L'abbaye de Fleury aurait donc été fondée vers 667, et Mummolus en aurait été abbé soit cette même année 667 (d'après Adrevaldus), soit en 672 (d'après Aimoin) : ni l'une ni l'autre de ces dates ne convient au Mommolenus de notre inscription, mort eu 642. — Admettons même, par impossible, la date de 639 comme celle du testament de Leodebodus: nous aurons 644 pour l'avènement de Mupimolus, d'après Aimoin, date qui ne convient pas an personnage de notre inscription, 639 pour ce même avènement, d'après Adrevaldus, date qui ne convient pas davantage : il suffit de lire le récit d'Adrevaldus pour voir que Mummolus gouverna le monastère infiniment plus de trois ans ; et d'ailleurs nous savons pas le Cataïogus abhatum Floriacensmm\iv^Aié parBaluze (Migne, CXXXIX, col. 579) qu'il gouverna le monastère durant trente ans ('): Abhas Mu77iolus annos XXX. — Qu'en conclure? sinon qu'en aucune manière notre Mommolenus ne peut être le Mummolus premier ou second abbé de Fleury-sur-Loire, qui gouverna soit de 667 à 697 (d'après Adrevaldus), soit, plus probablement, de 672 ou plus tard à 702 ou plus tard (d'après Aimoin et le Catalogue).
(•) Cf. JIvBiLLON, Acia, II, p. 074; Oallia cliristiana, VIII, col. 1540. Jo n'ai pu consulter la Calena Floriacensis, de Brettes et Cuiss.iRD (1880, Paris, Palmé), ni \ Histoire de l'abbaye royale de Fleury-sur-Loire, cla Rocher. —Pour les rapports entre Mummolus de Fleury et la translation des restes de saint Benoît, voyez DOM CHAM.iRn, Les Reliques de saint Benoît (Paris, 1882, in-8), p. S2.
48 INSCUIPTIONS KOMAIXIiS DE liOUDKAUX.
8G2 Reste, il est vrai, eu faveur de l'opiuiou commune, ce texte d'un « très
» antique martyrologe, perveùistum »,deFleuvj-suv-Loh'e, cité par Mabillou (') dans les Annales de l'ordre de Saint-Benoît : « VI idus Augusti » Burdegalis depositio S. Hhimmoli allatis ». Ce texte serait décisif, même contre toutes nos objections, si ce martyrologe existait véritablement et si ce passage était de rédaction antique. C'est ce que nous ne croyons pas. Voici pourquoi. — Ce « très ancien martyrologe, ^e^'i^e^i/^- » lum murtyrologimn », — « écrit il y a plus de six cents ans, ante annos » sexcentos scrijitum», — dont parle ÏMabillon dans les Annales, qui datent de 1703, est mentionné avec plus de précision et de détails en 1669, par le même Mabillon, dans les Actes des Saints de l'ordre de Saint-Benoît, et toujours à propos de Mommolenus. « La mémoire de ce saint », disait alors Mabillou, « est consignée dans un très ancien martyrologe de » l'an 1087 de cette manière : Mnmmoli allatis, mots écrits de première » main » (-). Or il n'est pas question dans ce dernier texte de ce quienfait la valeur, de « depositio Btirdegaiisy> : ces deux mots, — seuls importants pour nous, — ne se lisaient donc pas sur le martyrologe de 1087, et si Mabillon les a indiqués plus tard dans ses Annales comme s'y trouvant, ce doit être par suite d'un oubli involontaire. Ajoutons que, d'après le même Mabillon, le nom de Mummolus n'était pas primitivement mentionné dans le plus ancien bréviaire de Fleury-sur-Loire (antérieur à celui de 1087), mais y avait été ajoiité après coup. Nous pouvons donc, jusqu'à nouvel ordre, regarder le texte cité par Mabillon dans ses Annales comme saus valeur certaine.
Ainsi donc, au xi*' siècle on ne savait pas, dans l'abbaye de Fleurysur-Loire, que ilummolus, son fondateur ou en tout cas le plus illustre et le plus fameux de ses abbés, celui qui avait présidé à la translation en France des restes de saint Benoît (^), on ne savait pas qu'il avait
(•) Annales ordinis Beneâieti, 1. 1, p. SiS.
(ij Saec~ II, p. C7S : Ejiis memoria in pertetuito Mariyrologio Floriarensi anno I0S7 cxaraio M. Kaknd. Atigufti [sic'l consignatur et quidem primaria manu in hune modum : « Mummoli Abiatis '.qui in antiquioH Hdrtyrologio inscriptus est manu rcccntiori. — Lo Gallia christiana, touiB VIII, cul. 1511, copiL' les Annales de Maiiii.L):j, lorsiju'il parie perretiisto Floriacensi martyrologio ante annos GOO. scnpto histerbts: tVJ. idus Auguiti Bnrdegal s deposiiiu sancli ilum-'Holi abiatis «.
(3) DoM C11A.MA11D, Les Reliques de saint Benoit, ne croit pas que Mummolus ait été l'autour de cette Irauslatiun. «Salut Mommole, élaut lo plus illustre et l'uu des premiers abbés de Fleury, fixa facilement lo choix du légendaire. Placer sous son abbatial l'époque indélermiuée de la translalion était une liberté si naturelle aux chroniqueurs du ix" siècle tiu'elle dut passer pour évideule et indis'mtable aux contemporains d'Adievald » (p 52i. Il m'est imi.ussible de rejeter a cet égard le témoignage d'Adrcvaldus et de ses siicce-sours. Ouand bien mémo ou admettrait pour la d.ito de la translation, comiuc le fait dom Chamard, !iuiiee"03 (p. 36), celte date n'est nullement incompatible avec la durée do l'abbatiat do Mummolus, qui u pu mourir après 702.
fait le voyage de Bordeaux et qu'il y était mort. Au xi^ siècle encore, 862 Aimoin, l'historien célèbre de Fleury-sur-Loire, ne le sait pas davantage. Au x" siècle, l'école de cette abbaye était le centre littéraire le plus célèbre de la France (cf. Pfister, Robert le Pieux, p. 9), on y célèbre Mummolus et saint Benoît, et cependant on n'y connaît pas le voyage du premier à Bordeaux. Au ix" siècle, Adrevaldus, moine de la même abbaye, l'ig-nore ég-alement. Avons-nous le droit de paraître mieux renseignés qu'eux?
Enfin il n'est fait mention, sur notre épitaphe, d'aucune dignité ecclésiastique, et si l'épithète de « humilis Christi famuliis » peut très bien convenir à un moine, je ne sais si on s'en serait contenté sur le tombeau d'un abbé.
Ce n'est qu'au commencement du xvi= siècle que l'on fait mourir Mummolus à Bordeaux et qu'on l'identifie avec notre Mommolenus. Cette confusion apparaît, pour la première fois, semble-t-il, en 1521, dans la seconde édition du martyrologe de Belinus, en ces termes : Bourdegalis, dejiositio Mommnrali ahlatis Floreacensis cœnoMi (Migne, Pair, lat., CXXIV, col. 346).
Jusqu'à nouvel ordre nous pouvons donc croire que le Mommolenus de Sainte-Croix est un personnage inconnu, n'ayant rien à voir avec le Mummolus de Fleury-sur-Loire. Le nom de Mommolenus (ou Mummolenus) était si répandu ! Nous allons le retrouver à Bordeaux, sur les légendes des monnaies mérovingiennes, comme nom d'un monnayeur de la fin du vii« ou du commencement du viii" siècle.
Il n'en est pas moins vrai que le Mommolenus de notre inscription a été, au moins après l'an mil, l'objet d'un culte très populaire à Bordeaux. Darnal cite (') une bulle de Clément V, datée de 1309 (p. 157), qui accorde certaines indulgences à ceux qui visiteront l'Église de Sainte- Croix les jours des fêtes de saint Benoît et de saint Mommolin. Les Eegistres de la Jurade, à la date du 29 mars 1421 {Archives municijiales, t. IV, p. 497), mentionnent «la nobena a Ssent-Mormolin». Les documents sur ce culte abondent depuis le xv^ siècle, et aujourd'hui encore Mommolin est un « patron des Bordelais ».
Eemarquez, sur cette épitaphe, la double indication du jour, par la
(') Nous n'avons pu retrouver le lexle de cette bulle. Espérons que rÉcole française de Rome nous le donnera en publiant le Registre de Clément V.
862 manière ancienne (VI idits) et par le quantième du mois (8 août : tibi fecit agusta aies scptem). — Eemarquez également les nombreuses incorrections et formes populaires : annus pour aniios et jomndus pour jncvndiis {^) (cf. Scliuchardt, VoMlismtis, t. II, p. 95-97, et d'Arbois de Jubainville, De la déclinaison latine en Gatdc à Téjioquc mérovingienne, Paris, 1872, p. 63), recordaciones, sene, agtista, sejjtuagcnta, domni, requiecet. —L'expression dolus malus qui se retrouve dans la lex romana Wisigotliorwn, comme le fait remarquer M. Le Blant(éd. Haenel, p. 50), est empruntée à la langue des jurisconsultes romains; voyez dans le Digeste le titre De dolo malo (4,.3) : Ldheo sic dejiniit dolum malum esse oninem calliditatem fallaciam macMaationem ad circumveniendum fallendum decipiendum alternm adIiiMta?n.
Rcgimm doit être considéré soit comme un accusatif employé absolument (« sous le règne de »), soit plutôt comme un régime de anno (« la 5® année du règne de »). Dans tous les cas, qu'il fasse fonction d'ablatif ou de génitif, c'est une des formes de cas oblique dans la déclinaison du latin mérovingien: « A l'époque mérovingienne », dit fort justement M. d'Arbois de Jubainville {Déclinaison latine, p. 161), « malgré ce » nombre considérable de formes, le nombre des fonctions que la pensée » conçoit et demande à la parole est considérablement réduit. Dès » l'époque mérovingienne, au lieu des six fonctions casuelles distin- » guées par la grammaire classique, la syntaxe ne semble distinguer » [je serai plus affirmatif et je dirai ne distingue] pour les noms, les » pronoms [il faut peut-être faire une exception pour les pronoms] et les » adjectifs, que deux fonctions casuelles, sujet et régime : de là l'em- » ploi si fréquent des cas régimes l'un pour l'autre. » A la fin de notre inscription, nous voyons coup sur coup le cas régime ou oblique repré-
(i) Comparez à cel égard à notre inscription l'insciiption des deux frères du Rriord, si inléressaiile au puiut de vue de la iilionclique et de la syntaxe mérovin^^ienne Le Blant. Inscriptions de la Qmtîe, «"S't-', tume II, p. \3;[io\}hcit.z,I)epracposiiw,ic AD, 18S6, p.43):
t H I C R E QV I I S C V N T Al E N BRAADDYVSFRATRES GALLOETFIDENCIO • QYIFO ERYNTFILIMAGNOCLET VIXERVNTINPAC /////;' XVIII /AL //////
sente par l'ablatif (aomo), l'accusatif (regnum) , et le génitif (domni). Voyez le même emploi simultané de ces trois cas dans l'inscription de Crussol, la seule qui soit datée en Gaule, comme la nôtre, du règne de Clovis II (de 646) (cf. Le Blant, t. II, p. 178 et 194) :
. . . TRANSIITKLEN DASIVLIASRIGNIDOM NINOsf RICHDOEDORE GISTANTOINDICCI ONEQ^YARTA
Enfin les lettres précédant septuagenta, qui peuvent correspondre soit k])lus m(imis), comme nous le croyons avec Devienne, soit •àjp(lus) m(inus), comme le veut Le Blant, soit peut-être à circiter, comme le supposait Mabillon, — et qui proviennent de l'ignorance en épigraphie du graveur chargé de retoucher l'épitaphe, — ces lettres ont été lues généralement ccc, ou c, si bien que la tradition bordelaise a fait vivre Mommolenus 370 ou 170 ans (').
{!) Voyez suilout celle tradition dans le livre de Darnal, et, eu outre, dans le résumé populaire dooné par l'abbé J.-B. Pardiac, Saint Mommolt'n, patron âes Bordelais, 18S5, Bordeaux, impr. Rasot, petit in-32; cf. les auteurs cités plus haut dans notre itil., et Callex, réimpression de Lopes, t. Il, p. 148. Voyez encore dans les Actes de l'Académie de 1842 l'Histoire du monastère de Sainte-Croix de Bordeaux (manuscrit des Archives départementales, communiqué et commenté par M. Ferdinand Lbhov).
Cette tradition, dit Fronton du Duc, « avoistcslé insérée es leçons du Breuiaire de Bordeaux, duquel elle a esté ostée, après la remontrance que ie lits là dessus à iionsieur le Cardinal de Sourdis, Arclieuesque, après auoir visité le tombeau et leu diligemment cet Epitaphe ».