Dédicace faite à un inconnu par Vo)'do Bitur(igum
Nîmes. — Corpus, XII, n» 3058.
Enfin, rappelons que trois inscriptions de Bordeaux donnent le nom de Bittiriges Vivisci : la première est l'autel consacré genio Bit. Viv. (n° 1) ; les deux autres sont des épitaphes de Biturix VfiJifiscusJ (n° 133), Bitîcr(ix) V(i)v(isca) (n° 222). On peut se demander, à propos de ces dernières, pourquoi on a tenu à indiquer la patrie des défunts, ce qu'on ne fait que pour les étrangers. Peut-être étaient-ils Bituriges Vivisques non de Bordeaux, mais d'un à.e^pagi de la cité.
Les origines (*).
Bordeaux ne doit son origine ni aux séductions de la nature ou du climat, ni au caprice ou à l'idée d'un homme, ni aux besoins d'un gouvernement. Ce n'est pas une volonté humaine qui a présidé à sa naissance, c'est encore moins le hasard de quelque événement politique. Si on peut parler de formation spontanée à propos d'une ville, le mot s'applique admirablement à Bordeaux : il n'y a peut-être pas de grande cité dans notre Gaule qui soit née aussi naturellement, qui se soit ainsi formée d'elle-même, en dehors de toutes circonstances extérieures, et qui se soit constamment développée d'après les mêmes lois qui ont présidé à sa naissance. Marseille a son fondateur venu de Phocée et ses colons hellènes; Lyon fut la colonie de Plancus, la ville de l'autel d'Auguste, le produit d'une merveilleuse idée de la domination romaine; un empereur créa Trêves de toutes pièces; que de hasards dans l'histoire de Paris jusqu'au jour oii le césar Julien le distingua entre les cités de la Gaule du nord ! Toutes ces villes ont uni à l'avantage de leur situation naturelle les privilèges que leur a valus l'esprit de décision d'hommes intellig-ents ou de puissants souverains.
Bordeaux n'a jamais eu pour lui qu'une chose : sa position ; ce qui explique peut-être pourquoi il a été si souvent relégué à un rang secondaire parmi les métropoles de la Gaule. Là où il s'élève, il devait, de toute nécessité, y avoir une ville : cette ville est uniquement le résultat d'une fatalité géographique, à laquelle les hommes n'ont presque rien ajouté. Et ce caractère, qu'on pourra retrouver d'ailleurs à tous les moments de l'histoire de Bordeaux, nous frappera surtout dans la période de ses plus anciennes destinées : on verra quelle petite place ont tenue, quel rôle médiocre ont joué les individus dans ses origines et ses premiers accroissements.
Bordeaux est dans une sorte de bas-fond oii se réunissent trois des
(') Nous possédons quatre histoires complètes de Bordeaux, celles de dom Devienne, d'O'liEiLLY, de Bernadau et de Gbadis (cette dernière toute réceate, de 1888). On ne peut user d'aucune d'elles sans les plus grandes précautions. L'Histoire de Bordeaux de Rabanis, arrêtée malheureusement au iv» siècle, est une œuvre un peu plus scientifique.
518 INSCRIPTIONS ROMAINES DE r.OUDEAUX.
grandes voies naturelles et historiques de l'Europe occidentale : l'une vient d'Espagne le long des étangs, l'autre arrive des bassins du Rhin et de la Seine à travers les vallées de la Loire, de la Vienne et de la Charente, la troisième est la grande dépression que forment les lits do l'Aude et de la Garonne, réunis en quelque sorte par le seuil du col de Naurouse; ajoutons, comme quatrième route, celle de l'Océan. Cela fait deux longues lignes, qui se coupent presque à angle droit : au point d'intersection se trouve Bordeaux.
La première de ces lignes, celle qui joint l'Espagne au Rhin, est aujourd'hui la plus importante et demeurera, sans doute, ce qu'elle est depuis le xvi" siècle, la voie de la civilisation pacifique : mais, dans l'histoire ancienne de Bordeaux, elle n'a fait que faciliter la marche des migrations et des invasions, elle a été la route de la conquête, plus souvent barbare que bienfaisante. C'est par elle que, venant du Nord, ont pénétré chez nous les Gaulois Bituriges, les premiers de nos maîtres, puis les Romains envoyés par Jules César, puis les Germains des grandes invasions du m" et du v° siècle, enfin les Francs de Clovis et ceux de Charles Martel; c'est en la suivant encore, que sont arrivés du Sud les Sarrasins, peut-être les Aquitains. La route de l'Océan a amené les Saxons au v^ siècle, les Normands au ix*. La voie de la Garonne et de l'Aude, au contraire, qui n'est aujourd'hui qu'une voie latérale et secondaire, qui a toujours été, comme dit M. Elisée Reclus ('), « la moins importante pour le va-et-vient des nations », fut autrefois, bien au contraire, la véritable artère de la civilisation dans le Midi et le Sud-Ouest : c'était la voie de la conquête intellectuelle et morale; elle unissait l'Océan à la Méditerranée, c'est-à-dire au grand foyer de la culture antique. Par elle sont arrivés les négociants grecs, avec les produits de leur pays, leurs monnaies, leur langue, leurs légendes et leurs dieux; et si les légionnaires romains sont descendus par le chemin du Nord, avec leurs armes et leurs aigles, la véritable domination latine, celle de la langue, du nom et des mœurs, s'est insinuée chez nous parla route du Levant, venant de Nîmes, de Narbonne et de Toulouse. C'est encore en descendant la Garonne que sont arrivés les Wisigoths, dont le rôle a été si utile au bien-être de ce pays. Ainsi, c'est le long de cette ligne que se développèrent en
(M la France {Géographie unirenelle, I. II), p. 56; cf. p. 11.
venant de l'Orient les civilisations méditerranéennes : elles allèrent finir à Bordeaux, qui marqua le terme de leur dernière étape vers l'Occident, comme une « fin de terre historique » pour la Grèce et pour Rome ; et c'est le long- de l'autre voie, qui vient s'amorcer à cette tête de ligne du monde gTéco-romain, que passèrent les grandes migrations de peuples barbares.
L'origine de Bordeaux, et, jusqu'à un certain point, la nature de son histoire et le caractère de sa \ie, s'expliquent par cette situation géographique.
Mais cela ne rend pas encore un compte suffisant de la position de Bordeaux. Pourquoi notre ville s'est-elle élevée exactement à l'endroit oii elle vit encore et oii elle a toujours vécu ('), sur les rives des ruisseaux de la Devèze et du Peugue, en face des coteaux de Cenon, le long de ce coude de la Garonne qui a fait donner à notre port le nom caractéristique de « port de la lune » et mettre le croissant dans les armes de la cité ?
Il sera facile de répondre à cette question, si l'on examine non plus la carte de la France, mais celle de notre région, non plus le tracé des routes qui se croisent dans le Sad-Ouest, mais la configuration du terrain sur lequel Bordeaux est bâti.
La grande ville qui devait naître dans cette région, de par la toutepuissante volonté de la nature, ne pouvait être éloignée de la mer : le voisinage des routes de l'Océan était une des conditions de son existence. Cependant il lui était difficile de s'en trop rapprocher : la Gironde n'efit pas offert un passage assez commode, il eût été malaisé de faire un centre de commerce là oii sont Blaye ou Pauillac : les communications avec l'autre rive, c'est-à-dire avec la terre, importaient autrefois autant et plus que celles avec la mer. Or, Bordeaux n'est trop loin ni de l'une ni de l'autre.
Tout bon port sur la Dordogne eût offert les mêmes aA'antages : mais ce fleuve est trop en arrière de l'Espagne, d'oîi sont venus les premiers habitants de notre pays, et, surtout, il ne mène à rien. La Garonne au contraire était la voie qui conduisait au monde méditerranéen, c'est-à-dire à la grande civilisation antique.
(') De Valois, Notifia Balliantm, p. 88, avait supposé que l'aucien Bordeaux était sur la rive droite, al son avis fit louî^lemps autorité. Mais cette opinion, qui ne s'appuyait d'ailleurs que sur une faussa interprétation d'un texte de Grégoire de Tours (Hist. Franc, 7, 31), ne supporte pas un instant l'examen. Voyez-en la réfutation dans BAUiiEiN, t. IV, p. 299, et Devienne, t. I (l'éiaipr.), p. xxix et s.
520 INSCRIPTIONS ROMAINES DE liORDKAUX.
Bordeaux ne pouvait être sur l'autre rive : l'Eutre-deux-Mers forme comme une gigantesque impasse. Derrière Bordeaux, au contraire, la plaine s'étend, toute grande, jusqu'aux frontières espagnoles.
Enfin, il fallait à cette cité de solides assises : on ne pouvait l'établir sur les marécages qui bordent le cours inférieur de notre rivière. Elle demandait un terrain sec et élevé sur lequel elle pût s'appuyer et s'étendre. Et, d'autre part, cet emplacement devait toucher à la rivière.
Or, Bordeaux se trouve exactement au point où la rive de la Garonne cesse d'être bordée de collines ou de hauteurs, où la ligne d'élévations commence à s'éloigner du fleuve et à faire place aux marécages ('). Il
(•) L'étude géologique du sol de Bordeaux amène à une conclusion semblable : notre ville est assise au point do jonction des alluvions, des sables des Landes et du calcaire dit de Bourg. M. Falloi, professeur de géologie à la Faculté des Sciences, a bien voulu rédiger pour nous, à ce sujet, la savante note qui suit :
» Si l'on jette un regard sur la carte géologique du sol sur leijuel est situe Bordeaux, on remarque ([ue cette ville est bâtie en majeure partie sur les alluvions, on mieux à la jonction des alluvions et du salle des Landes.
' Les alluvions sont de deux sortes : 1° les alluvions modernes formées par des dépôts limoneux supérieurement, vaseux et tourbeux à la partie moyenne, sableux et argileux inférieurement. Elles constituent sur les bords du lleuve des bandes plus ou moins Irrégulières qui continuent du reste à se foruier de nos jours (bancs de Queyries et de Bacalan, p. ex.); 2» les alluvions anciennes ou quaternaires, inférieures aux précédentes, formées par des dépôts importants de cailloux, de graviers, de sables argileux.
» Si l'on examine la disposition de cette deuxième sorte d'alluvions, on voit qu'elles ne se présentent guère que sur la rive gauche du fleuve, principalement sur le flanc des coteaux qui la bordent.
" ïandis que les alluvions modernes constituent le sol de la Bastide et viennent buter contre les formations tertiaires oligocènes des coteaux de Canon, les alluvions anciennes au contraire prennent un grand développement sous Bordeaux proprement dit : elles affleurent presque jusqu'au niveau des quais. Ce n'est iiue dans la partie tout à fait basse que l'on voit apparaître les alluvions modernes. Sur les quais au sud du pont (Paludate) et même jusqu'aux Quinconces elles ne forment qu'une bande étroite, mais à partir de ce point, elles s'élargissent pour former tout le sol des CUarlrons et de Bacalan. On les retrouve encore au niveau du Peugue et de la Devèze dont elles suivent l'étroile vallée, .\insi d'une façon générale. Bordeaux, surtout l'ancien Bordeaux, est, en majeure partie, situé sur les alluvions qualeruaires. Elles ne sont généralement pas très épaisses. Lorsqu'on les perce, on trouve très promptement la roche solide que nous venons de signaler comme constituant les coteaux de Cenon (a). C'est elle qui forme loutc la partie résistante du sous-sol de Bordeaux. Les alluvions ne représentent donc qu'une formation de recouvrement.
» Cette roche solide, qu'on appelle calcaire à astéries, pour rappeler qu'elle renferme surtout des articles ou osselets de ce groupe d'èchinodermes, appartient, comme .je l'ai dit, aux couches tertiaires moyennes, à l'oligocène inférieur ou étage tongrien des géologues. C'est une pierre blanche ou jaunâtre qui n'est pas très résistante, souvent sableuse, très délitable à l'air et gui est remplie de moules de coquilles, telles que Turbo Parkinsoni, Delphinula scobina, Cerithium Charpentieri, plicatum, bidcntalmn, Lucina Dtlbosi, Venus Aglaurae, eti-. ; on y rencontre aussi des crustacés et des oursius ( £chinolampas BlainvilleiJ, etc. ; comme débris de vertébrés, elle renferme des côtes à'Halitherium plus ou moins brisées.
< D.ans quelcjucs points même, ce calcaire affleure, mais est peu visible, il est vrai, 'à cause des constructions. D'après M. Linder, il forme une bande étroite qui suit le chemin de fer du Midi, passe sous le quartier Saint-.Micliel, suit le cours du Peugue sur les deux rives duquel on le rencontre; de là, une bande va gagner Caudéran. Plus au nord il fjrme un lambeau dans la commune du Bouscat.
• Certains quartiers de Bordeaux sont donc bâtis directement sur ce calcaire à astéries, mais cette assise géologique n'est pas toujours à l'état de calcaire plus ou moins compact. Dans le (|uartier dit de Terre- Negre, c'est-â-dirc prés du boulevard du Bouscat, on la trouve, — du moins en partie, — à l'clat d'argile
a) "Al* base des coteaux de Lormont et de Cenuu on voit quelquefois le Bul>8tratum du calcaire & ast^ies : ce Bout des argîlel flableuses connuce boub le nom de iloHafus du Frtmsadais qui forment la partie infiTieure de l'étage tongrien dans U région ; cV»t sur ces mollasseB que repose en grande partie le lit de la Garonne qui en est séparé par une couche plus ou moins épaisse d'aUuTÎons ; c'e*t '-Cernent cette mo11a.<se que le puita n* s des DockB a 'atteint & I4~S3 au-dessous des alluTiotu ; Ift il n'y avait pas de calcaire à a.st(Ties ; par contre, au rare-Bordelais, c'est lui qui apparaît à 20 métrés de profondeur sons les dépôts quatemaircB. Dans tm forage pratiqué entre le cours J udaique et la rue d'Ares prolongt«, le calcaire à astéries apparaît presque immédiattmeDt, c'eet-à-dire sons use couche de terre rouge qui n'a que 2 mètres d'épaisseur i>.
suffit de parcourir les abords des quartiers des Chartrons ou de Bacalan, pour s'apercevoir que le marais commence à Bordeaux même : de là, en regardant en arrière, on voit la ville comme émerger du milieu des marécages, et l'on comprend un instant que Strabon ait pu écrire qu'elle est « assise sur les marais ».
Il est vrai que Strabon ajoute que ces marais sont « formés par la mer et les embouchures des fleuves » (p. 512) : en cela il se trompe gravement, ou se laisse trop facilement guider par l'autorité à laquelle il a eu recours. Bordeaux est aujourd'hui en partie sur les marais, et il s'étendra chaque jour à leurs dépens. Il n'y était pas autrefois, il
sableuse ou de sables argileux présentant les mêmes fossiles que la roche à l'étal calcaire; seulement ici les coquilles sont admirablement conservées avec leur test intact (a).
» Les parties extrêmes de Bordeaux vers l'ouest (Talence, Saint-Genès, la Chartreuse) sont déjà sur une formation différente de celles que j'ai décrites. Celte nouvelle assise, connue sous le nom de sable des Landes, recouvre la plus grande partie du déparlemenl de la Gironde vers le sud et vers l'ouest. Elle est constituée par des graviers {petits cailloux de quariz blanc), des sables et des argiles feldspathiques. Dans leur profondeur on trouve souvent un banc de grès ferrugineux imperméable connu sous le nom à'alios. Celte assise a été généralement rapportée à l'époque pliocène; mais dans ces dernières années, les débris organiques qu'on y a trouvés font penser qu'elle est plutôt d'âge quaternaire. Elle sérail donc d'une époque voisine de celle des alluvions anciennes, un peu antérieure probablement.
' En résumé le sous-sol de la ville de Bordeaux est constitué généralement par le calcaire à astéries (étage tongrien) qui affleure quelquefois mais qui est le plus souvent recouvert par des alluvions. Les alluvions anciennes, les plus solides, occupent la plus grande surface, ainsi qu'on peut le voir sur la carte ; quant aux alluvions modernes, à part la vallée du Peugue, elles ne forment que le sol des quais, pour s'étaler ensuite largement vers Bègles d'une part, vers les Chartrons d'autre part. Enfin vers l'ouest on voit apparaître le sable des Landes. »
Voici, d'après la Carte géologique de la France au aoooo, l'aspect du sous-sol de Bordeaux :
Jlbwuinsaïuuaner
KSSïS Calatùv
(a) Sut les sablières de Terre-Nègre, cf. JOrASNET, Acatlémie, 1826, p. 67 et s. INSCR.jT. II.
b'22 INSCltlPTIONS ROMAINES DE UOUDEAUX.
y touchait seulement, et se trouvait, pour ainsi dire, au point terminal, à la lisière de la rive solide et archaïque.
Qu'on recherche par exemple, sur une carte hypsométriqne, la place de la courbe indiquant une hauteur de 10 mètres. A Villenave, à Cadaujac, à Saint-Médard, la courbe se maintient à 2 ou 3 kilomètres du fleuve. A Bègles, elle en est à 1 kilomètre : à la hauteur des Fossés, nous ne la trouvons plus qu'à 500 mètres de la rive ; à la hauteur du cours de l'Intendance, c'est à 500 mètres encore qu'elle se rencontre; en face des Quinconces, elle est à 400 mètres. Puis, elle recule brusquement pour s'éloigner de plus en plus des bords de la Garonne : nous la revoyons à Tivoli, à 2 kilomètres, au Bouscat, à 4 kilomètres, à Bruges et à Blanquefort, à 5 kilomètres de la rivière, dont les mai'ais la séparent (*).
Or, c'est entre le cours des Fossés et les Quinconces, sur les hauteurs de Puy-Paulin ou les rochers de la place Pey-Berland. qu'il faut chercher le premier Bordeaux, aquitain, gaulois et romain, et, aujourd'hui encore, le vrai Bordeaux. S'avançant ainsi, entre deux dépressions marécageuses, jusqu'à toucher le fleuve, les collines semblaient appeler la naissance d'une cité.
Ajoutons à cela que la Garonne, en face de ces collines, forme le dernier coude important qu'elle présente dans son cours; en face de ce coude s'élève et s'allonge, véi'itable corde sous -tendant un arc, la ligne des coteaux calcaires, depuis Floirac jusqu'à Lormont : ce «croissant» est comme un grand port naturel, « le port de la lune ».
Enfin, au milieu de ce croissant, entre les collines, débouche l'estuaire ou « l'estey » de la Devèze, laDivicia ou Divona des Gaulois, «le ruisseau divin (2) » en langue celtique; large, profond, accessible au flux et au reflux, il formait, en face du grand port, un petit port bien abrité, et c'est là, je crois, sur les deux rives du ruisseau aujourd'hui oublié et invisible, que se trouve le berceau de notre cité.
Des chercheui's actifs et convaincus ont reconnu l'existence d'une station palustre sur le vieux sol de Bordeaux : ils l'ont circonscrite au
(•) Voyez la Carte delaOiivnde dressée par les soin? ilu Cinseil gijcéral.
(') Cf. 1. 1. p. 58. — Sur loâ noms ûs la Devôze, rf. Vinet, Comm. tu AusofiHim. s. Ï03 C; Obolyn, p. 1C5.
LES OlllGINES. 523
nord du ruisseau du Peugue, entre les rues Rohan et des Trois-Conils, le cours d'Alsace-et-Lorraine et la place Pey-Berland (i). Nous ne savons que penser de ces découvertes : l'archéologie préhistorique est chose subtile quand il s'agit d'un terrain aussi souvent bouleversé que l'a été celui de Bordeaux, et il nous paraît périlleux de nous aventurer en ces sortes de recherches, quand l'histoire de la cité offre déjà tant de problèmes à résoudre. Au reste, rien n'empêche de croire à l'existence de stations palustres dans une région où la nature semble avoir tout fait pour en favoriser la naissance.
Les premiers habitants historiques de notre contrée, ceux qui ont reconnu l'excellence de la situation de Bordeaux, qui ont donné à notre ville son nom, son être, soq individualité, appartenaient au peuple que les Grecs et les Eomains appelaient du nom d'Aquitains, Aqnitani, 'A-/.c'j'.-:av:t. Les Aquitains dépendaient, semble-t-il, de cette grande race qu'on est convenu d'appeler ibérique, et qui apparaît aux plus lointaines époques de l'histoire de l'Europe. Elle domina tout le bassin occidental de la Méditerranée, l'Afrique, les îles, une partie de l'Italie et de la Gaule, l'Espagne surtout, à laquelle elle laissa son nom. Mystérieuse dans ses origines et dans son caractère, elle vint peut-être en Espagne et en Gaule par le chemin que les Arabes devaient prendre vingt siècles plus tard, en suivant la lisière méridionale de la Mer Intérieure. Elle n'est point aujourd'hui morte tout entière, et il y a lieu de croire que la langue des Basques est un dernier vestige du monde ibérique (^).
C'est à elle que se rattachaient les Aquitains du Sud-Ouest de la Gaule. Strabon dit d'eux qu'ils « ressemblent plus aux Ibères qu'aux » Celtes (3) », et les recherches modernes sur les anciens noms de lieux et de personnes ne cessent de confirmer cette assertion du géo-
(•) Cf. Jeaknel, au palustre à Bordeaux, dans le Journal de Médecine de Bordeauw, année 1868, p. -iiî ; Del- FOBTRiE, au palustre au centre même de la ville de Bordeaux, dans les Mémoires de la Société des Sciences physiques et naturelles, I. V (1S67), p. 269 al s.; cf. encore Sansas, £e Pi ogres, t. lU, p. Ui; Reçue archéologique, nouvelle série, t. XVII, 1S6S, p. 109.
(*) Cf. sur cette question, outre lo célèbre mémoire de de Homboldt (Prvfung, etc., 1821, in-4»). l.i thèse de LucHAiHE, De lingua Aquitanica (1877, in-S"). Je souscris entièrement à ses paroles : Ibericam igiltrr Aqiiilanis in usu fuisse dialeclum, ciijus insignes apud Bascos supersunt adhuc reliqtiiae. — Sur la race, cf. D'Anaoïs DE JuBAiNviLLE, Lcs premiers habitants de l'Europe, 2» éd., I. I (1889), p. 24 et s. — La thèse de Sansa?, que les .\quilains et les Bas-Bretons ont une origine commune, n'est pas soutenable ; cL Soc. arch., t. I : Q,iiel a été l'ancien nom de l'Aquitaine primitite? — Cf. encore, Ch. de Crazannes, De quelques passages relatifs aux Aquitains, oans le Bulletin d'Auch, t. lU, p. 367; Bladé, Géographie d'Aquitaine, id., 1. 1 et II, etc., etc. — Radanis, Histoire de Bordeaux, p. 0 : • Il ne faut pas douter que le nom à'Aquitani ne vienne de la racine Aush ou Eusk, et du mot Eushualdun-ac, prononcé et ortliographié à la façon romaine. »
(') Stbabo.v, 4, 1, 1.
graphe grec. On peut penser que, descendus en Gaule par les défilés des Pyrénées et les plaines des Landes, les Aquitains se sont répandus sur les bords de la Garonne et même, au delà, jusqu'aux dernières pentes des monts d'Auvergne et du Limousin ('). Dans cette immense région, ils se sont établis à demeure, fondant des villes, et entre autres, celle de Bordeaux.
Il y a deux preuves directes en faveur de l'origine aquitauique de Bordeaux : le texte de Strabon, et le nom ancien de la cité, Burdigala.
Strabon dit très nettement (p. 512) : « La nation gauloise des Bitu- » riges Vivisques est établie chez les Aquitains», c'est-à-dire que le sol sur lequel elle s'est installée appartenait autrefois à ce dernier peuple, et le souvenir de ces premiers occupants n'était point encore effacé, puisque Strabon croit utile de le rappeler. Ajoutons que, lorsque l'empereur Auguste unit en une seule province toute la région comprise entre les Pyrénées et la Loire, il lui donna le nom d'Aquitaine, en mémoire sans doute du peuple qui l'avait le premier possédée, dans les temps les plus reculés de son histoire.
Puis, il paraît bien que le nom de Burdigala n'a pas une physionomie celtique. Les villes d'origine gauloise se reconnaissent bien vite entre toutes à leurs désinences et à leurs radicaux. Dès la première vue, Burdigala détonne dans la nomenclature des noms de cités en Gaule. Le mot se compose de deux thèmes, Mrd- et -gala {i n'est sans doute qu'une voyeUe de liaison). Or, le terme final -gala (ou -cala) ne se rencontre pas parmi les noms de villes gauloises (^) ; le radical l)iird- n'y apparaît pas davantage. L'un et l'autre sont également exclus des listes (le noms à forme celtique, que les inscriptions permettent de dresser si facilement : or, il est curieux de remarquer le peu de variété qu'offrait le choix des noms propres chez les Gaulois ; nous n'avons devant nous, dans ces listes, qu'un nombre limité de radicaux.
En revanche, les deux thèmes dont se compose le nom de Burdigala apparaissent çà et là dans l'onomastique des villes espagnoles. Le radical lurd- ne se rencontre en Occident que pour des cités ibériques : Bxirdua en Lusitanie (^), Burdoga{^) anBéikiMd. L'autre thème, -gala
(<) OESJABmNs, Oaule liomainc, l. II, p. 40.
(*) On ne peut faire entrer en effet, en li^no de compte, le nom du peuple îles Caletes (Calais).
(') BoOp5o'ja. l'Toi.ÉMÉK, i, 5, 6 (Btutua clans ^Itinéraire, p. 419, AVessei.ing).
(«) Géographe de Havenne, 4, 43, p. 317, I'indeu.
OU -cala, paraît plus fréquent, surtout au commencement des noms : on connaît les villes de Calpe, Calduba, et surtout celle de Calagurris, dont le nom porte à un si haut point l'empreinte ibérique ('). On le rencontre aussi comme désinence dans Arhucala ("^), Turgala (').
Selon toute vraisemblance, Bordeaux doit donc sa naissance aux Aquitains; c'est un peuple venu du Sud qui l'a fondé : son origine et son plus lointain passé le rattachent au monde des Ibères et à l'histoire de l'Europe méridionale.
Le premier et le seul nom qui lui fut donné nous a été transmis sous la forme latinisée de Bxhrdigala.
C'était la véritable orthographe de son nom; c'est celle que donnent, à peu d'exceptions près, les manuscrits de tous les auteurs latins qui ont parlé de notre viUe avant le v° siècle de l'ère chrétienne; c'est celle de la seule inscription latine où son nom se trouve entièrement gravé (p. 514)'; c'est celle enfin que transcrivent les auteurs grecs, BcypSîyaXa (p. 512 et 513).
Toutefois, l'orthographe Burdegaïa est donnée par un petit nombre de manuscrits d'auteurs vivant avant la chute de l'empire (^), mais en revanche par la plupart de ceux de Grégoire de Tours et des écrivains chrétiens. A vrai dire, il n'y a aucune différence entre les deux formes : les sons e et i brefs permutent constamment dans les mots de la langue latine, aussi bien, comme c'est ici le cas, que dans les noms propres d'origine étrangère et latinisés. C'est ainsi qu'on trouve également Trever et Trevir, Aulercus et Aulirmis, Beïenus et Belinus, et bien d'autres (p. 482 et 484).
Burdigàla est bien l'orthographe primitive ; Biirdegala apparaît tardivement, mais il semble aussi qu'au vi' siècle, au temps de Grégoire de Tours, Burdegaïa était plus couramment employé (5) : plus tard c'est l'orthographe à peu près unique. Sur les monnaies mérovingiennes du vu" et du VIII" siècle, qui sont à cet égard les documents les plus authentiques, la forme Burdegaïa est constante : Burdigàla ne se
(') Et aussi Caladnmtm, dont le second thème est celtique; cf. Humboldt, p. 68.
(2) POLTBE, 3, 14, 1 ; TiTE-LiVE, 21, 5.
(3) Géograplie de Ravenne, i, 44, p. 312, Pinder (Tnrcalion) ; Corpvs, II, n» 618 et p. 74 (Huebner accepte Twgalimn) ■,}lYGm, De Umititnis, p. 171, éd. Lachmann, donne l'adjectif rio'ï/aHejMîi.
(4) Voyez les variantes données par l'édition Schenkl pour Ausone, Mosella, 19; Ordo urbinm, 135 et 16b; Epistulae, 23, 79, etc., plus loin, textes cités dans la 2= période de cette VU» partie.
p) Voyez sur les transformations de i eu e dans le bis latin, en particulier devant la lettre g, les exemples réunis par Schuchardt, Voltalismns, t. II, p. 12.
526 INSCRIPTIONS ROMAINES DE liOliDEAUX.
veniarque que deux ou trois fois. Los pièces caroliugicnues et féodales le donnent moins encore, une fois seulement (p. 71;.
Une autre forme que l'on rencontre dans quelques médailles et dans un assez grand nombre de manuscrits (par exemple de l'Itinéraire Antonin), est la forme en c, Burdicala ou BordkaJa ('). Mais elle ne diffère qu'en apparence de la forme classique de Burdlgala. Il est clair, en effet, que la lettre C correspond, dans ce mot comme dans tous les noms propres usités en Gaule, à un son intermédiaire entre notre g et notre c O; de fait, les consonnes ^ et c permutent, dans les inscriptions de Bordeaux et de la Gaule , aussi aisément que les voyelles e et i. Les caractères G et C se distinguent difficilement dans la gravure de nos monuments : c'est sans doute parce qu'ils représentaient le même sou, qu'ils étaient deux figures différentes de la même aspiration (cf. ici, p. 481).
La quantité des syllabes de Burdigaïa nous est donnée maintes fois par Ausone : le mot formait un dactyle suivi d'une syllabe dont la quantité variait avec la désinence casuelle :
Diligo Burdegalam, liomam coïo.
Les manuscrits grecs accentuaient la seconde syllabe, Bîjpcîva/.a. Il n'est pas inutile de remarquer, toutefois, que certains manuscrits de Ptolémée mettent l'accent sur l'avant-dernière, Dcjpî'.--àAa(p. 513).
En latin, l'accent tonique ne doit pas avoir été sur la seconde syllabe, Btrrdigala, comme le comporterait cependant la quantité syllabique, mais sur l'avant-dernière, Biirdigàla : on ne s'expliquerait pas autrement la disparition complète de cette seconde syllabe, que l'on ne retrouve pas dans notre mot Bordeaux.
Bordeaux vient en effet directement de Burdigaïa, par la chute de la lettre g, chute qui a dû être encore hâtée par l'aspiration avec laquelle elle était prononcée. Btirdigala ou, plutôt, Burdegala, était prononcé Bourde' ùla, et est devenu Bourdeal, Bourdeaus, Bourdcaux, comme sigilhim est devenu scea^i (^).
(«) Cf. ir.i, n" 878 ol s., et pai;e 513.
Les formes avec i redoublée, Surrfcja/to, des monnaies cl dos mss. do 17»i«fra«V(î, nuiil .".uciine imporlauce el ne soiil i|uc des fantaisies orlliograidiiques.
(», Aualugin! |]inil-ùlre au cli aspiré de l'irlandais acluel, Zsuss, p. "1-
1») La Chanson de Roland, vers 1289 et 3681, donne Burdele. — i:u provenral nous avons Bordel, Be.ithan DE Bons, Poésies, éd. Tuoma?, 1, Ï3, U, ÎO; 15, 11 el Zi.
On voit que le vrai nom de la ville doit être Boiirdeanx et non pas Bordeaux. Boiirdeaiix a été seul usité jusqu'au xvii" siècle : Bordeaux l'a emporté alors, et il paraît que vers la fin du xviii° siècle, on reprit quelque temps l'usage de dire et d'écrire Boiirdeaux (').
L'étymologie de Burdigala a donné lieu depuis près de quinze siècles, à un nombre étonnant de fastidieuses controverses et de puériles hypothèses. Toutes les langues possibles ont été consultées pour résoudre ce problème, depuis le celtique jusqu'au phénicien. Et il semble bien que le découragement ne doive jamais s'emparer des chercheurs ; car la première étymologie a été imaginée par Isidore de Séville vers l'an 600, et la dernière par M. Luchaire, il y a quelques années à peine. Qu'on nous permette de ne pas entrer dans cette voie et de nous borner à citer en note (2) toutes les explications que l'on a données du nom de Bordeaux : si d'autres veulent ajouter une hypothèse à cette liste déjà si longue, le plus sûr pour eux sera peut-être de la chercher, s'ils le peuvent, dans les rares vestiges de la langue ibérique. Aussi bien la question ne peut- elle avoir qu'un intérêt de curiosité.
Nous en dirons autant de celle de la date à laquelle Bordeaux a été fondé. Les origines et l'histoire des races dites ibériques sont si mysté-
(!) DoM Devienne, Histoire de Bordeaux, do 1771, p. xx de la réimpression ; voyez les Lettres sur le norii de la ville de. Bordeaux, dans le Mercure de juillet 1695, p. 50-59 ; de ;niars 1733, p. 4164-21, et d'avril, p. 639-666 . Ledevf, Histoire de l'Académie des Inscriptions, t. XX.VI1 (1754), p. 152, se déclare pour Bourdeaux, «que quelques-uns écrivent et prouonceat a tort Bordeaux • ; et cela, « parce que c'est ainsi qu'écrivent et prononcent les gens du pays. »
(2j Isidore de Séville, Origines, \o, 6'i : Burdegalim apfellatamfenmt quod B u r ç o s 0 allô s primum colonos liabuerit.
DoMiTius Calderinos apud Martial (éd. de lSi2, f° cvi v°) : Q,nasi Bordigali, id est stulti Qalli.
ViNET, Antiquité, ^^ éd., § 31, de Biturigala (Bitimges et Balli); il cite comme étymologies proposées celles de « bord des eaux », et de Bourde et Jalle, « deux petites riveroles, entre lesquellesBourdeaux est assis • ; cf. Comment, in Amoninm, s. 208 H. L'étymologie tirée des noms de la Bourde et de la Jalle su retrouve dans le Mercure de France, 1695, juillet, p. 50 et s.; 1733, mars, p. 416 et s.; avril, p. 659 et s.
TiE.iis.RCk, Histoire de Béarn,\,%'à: «A Burgo ffalatico, c'est-à-dire bourg gaulois ou ville gau'oise ».
De Valois, Notitta Galliartim, p. 87, indique burdos Galles, « faux gaulois ».
Lebeuf, Histoire de l'Académie des Inscriptions, t. XXVII, p. 145, de biirg, qui signifie jonc en phénicien, et de cala ou gala, terminaison gauloise.
Bauheix, t. IV, p. 199 : « Burg, qui signiQe ville ou forteresse et cal, qui signifie un port ».
O'Reilly, I'« partie, 1. 1, p. 33: « Bourg de (iala », p. 37 : « Bourg de Gaëls».
Luch.ure, Annales de la Faculté des Lettres, t. I, Sur les origines de Bordeaux, p. 166, compare Burdigala aux mots bas-latins turdigala, Imrdegalium, etc., qui signifient «vivier ou métairie » : « Ou peut dioisir entre ces deux sens, qui conviennent également pour expliquer les origines très humbles de la grande cité bordelaise». Quoique nous ne puissions être de l'avis de M. Luchaire, nous n'en reconnaissons pas moins le grand mérite de ses recherches sur les origines de l'.iquitaine et de Bordeaux, les seules peut-être parmi celles que nous citons ici oii il soit fait enfin preuve d'un sens critique et de vraies connaissances.
Sansas, Le Progrés, t. III, p. 84 : « Bourg-Dichal, ville du reflux . ; Eevtie d'Aquitaine, t. XIII, p. 151 : < Bourdijal, la ville eu mieux le marais du reflux ».
Lescaruet, Annuaire êconomiipie de Bordeaxix, 1S'S7, p. 23: ^Berg ou Bnrg et GaHs', etc., etc.
S28 INSCRIPTIONS ROMAINES DE liORDEAUX.
rieuses et si lointaines que cette recherche est singulièrement vaine : toutefois on ne saurait placer cette fondation après le vi^ ou le v'' siècle, date à laquelle les Gaulois arrivèrent sur les bords de la Garonne (').
Que les Biturig-es Vivisques, dont Bordeaux était le chef-lieu au temps d'Auguste, fussent de vrais Gaulois, c'est ce dont personne n'a jamais douté jusqu'ici. D'abord, Strabon le dit expressément. Puis, le nom même de ce peuple l'indique : il fut porté par une autre nation gauloise, une de celles qui opposèrent à César la plus redoutable résistance, les Bituriges des bords du Cher, dont Bourges perpétue aujourd'hui le nom. Le radical lit- ou Miu- s'en retrouve dans le nom d'un chef gaulois célèbre, Bitiiitus, roi des Arvernes au temps de la première conquête romaine. Zeuss compare ce radical à l'irlandais lith, à l'ancien gallois Mi, qu'il traduit par mundus, « propre » ; d'autres interprètent iiturix par « tout -puissant » C^). Mais le sens du mot importe peu : il suffit de savoir que le nom est franchement gaulois (^). D'ailleurs, la longueur de la liste des noms celtiques qu'offrent nos inscriptions prouve surabondamment l'origine gauloise des Bituriges Vivisques (p. 489).
Comment et quand sont-ils venus dans notre pays pour y supplanter les Aquitains ?
Les Bituriges de Bordeaux ou Bituriges Vivisques ne sont qu'un rameau détaché d'une forte et puissante nation, dont le centre et le berceau étaient dans la vallée du Cher autour de Boui'ges. Il en est d'eux comme des Boïens, comme des Cénomans, comme des Sénons, comme des Insubres, comme de toutes les grandes peuplades de la Gaule : on trouve des rejetons de Bituriges partout oîi les Celtes ont transporté
(') Signalons, simplement à titre de cariosité, le « plan à'Aqutta en 600 av. J.-C. •, douDé par Saincric à la suite d'uu discours académicjue, Aca(l.,lS3li: je ne sais pourquoi tiueliiues-uus prétendent que Bordeaux s'est iippelé autrefois Aqiiita; d'autres donnent ce nom a Rions. Ce sont là des fantaisies ridicules (|ui naissent on ne sait comment.
f) 7.EUSS, Grammatica celtica, p. 853; d'Arbois de Jubainviile, Retue historique, 1886, t. XXX, p. i.
fi}Biturix sa rencontre comme nom d'iiomnie ou de femme sur des inscriptions de pays celti(iues, par exemple au Musée de Laugres (notre copie):