GIRONDE
Carte dressée par C. Jullian .
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[Voyez la carte, planche V]
Nous avons tenu à donner, dans cette cinquième partie, toutes les 940 n s. inscriptions romaines trouvées dans les limites du département de la Gironde. De ces inscriptions, les unes se rattachent à la nation gauloise dont Bordeaux était le chef-lieu, les Bituriges Vivisques : il était impossible de les omettre dans ce recueil, car elles sont le complément nécessaire de celles de Bordeaux, elles en dépendent en quelque sorte, comme les pagi où on les a trouvées, dépendaient de la ville. Les autres appartiennent à des peuplades différentes des Bituriges Vivisques, aux Bazadais, aux Boïens, aux Nitiobriges : nous n'avons pas cru qu'il fallût les négliger. Et cela pour deux motifs. — D'abord, les monuments de ces pays appartiennent presque tous à des collectionneurs bordelais : Bordeaux, après avoir éclipsé les antiques capitales des nations voisines, est en train de les priver de leurs antiquités ; dans la Gironde, comme dans tous nos départements, le chef-lieu attire à lui toutes les inscriptions des arrondissements. Il est bon que, par une juste compensation, il les publie et les sauve de l'oubli. — Un autre motif nous imposait ce devoir.
La France possédera uu jour, nous l'espérons, une série de recueils épigraphiques municipaux ou régionaux, destinés et adaptés aux recherches de l'érudition locale (comme nous avons essayé de comprendre le nôtre). Il importe, cela va sans dire, que ces recueils soient répartis suivant les divisions anciennes, suivant le groupement en peuples gaulois. Mais il sera bien difficile à de petites cités, jadis puissantes et riches en inscriptions, maintenant dépourvues de ressources, pécuniaires ou scientifiques, de faire leur recueil. Qu'est devenue, par exemple, dans notre région, la peuplade des Boïens? quelle est la ville qui se chargera de publier son Cor^ns'^ Évidemment, il faut que ce soit le chef-lieu du département oii la cité a été un beau jour englobée, il faut que Bordeaux, qui a plus ou moins été l'héritier politique des
INSCB., T. II. 15
«40 fis. Boïens, accepte les charges scientifiques de cette succession. Si ces recueils locaux doivent être divisés suivant les cités gauloises, il faut qu'ils soient faits et groupés suivant la division actuelle en départements. Voilà pourquoi nous croyons utile, et presque moralement nécessaire, de réunir aux inscriptions de Bordeaux celles du département de la Gironde.
Nous les répartirons suivant les peuplades gauloises qui habitaient au temps des Romains le sol de notre département. Mais comment retrouver les limites de ces peuplades?
Ces peuplades, ces génies ou nationes d'avant la conquête, formèrent, sous le régime administratif des Romains, ce qu'on appela des civitatcs. Le mot de civitas Biturigxim Viviscorum, par exemple, désigne à la fois l'ensemble des Bituriges Vivisques, et le territoire qui leur appartient. Lors de l'organisation ecclésiastique de la Gaule, chaque civitas forma le diocèse d'un évêque. Les limites de ces diocèses se sont conservées à peu près exactement, à travers les révolutions politiques du pays, et malgré les changements apportés dans la géographie civile, jusqu'à la Révolution. Nous donnerons donc, eu principe, à nos civitates gauloises l'étendue des anciens diocèses.
Toutefois, cette règle comporte un certain nombre d'exceptions, exceptions qui se multiplieront chaque jour davantage, avec la connaissance plus exacte de l'histoire mérovingienne et carolingienne. Si on voulait, pour dresser la carte de la Gaule en l'an 400, reproduire celle de la France ecclésiastique en 1789, les erreurs seraient infinies. Cette dernière carte doit être notre point de départ : mais il faut la vérifier, la contrôler, la corriger en remontant, autant qu'on le peut faire, le cours de l'histoire jusqu'en 400 et en tenant compte des faits dont nous aurons connaissance. Notre région offre précisément un des exemples les plus frappants de la nécessité de ce contrôle.
La carte de 1789 étend le diocèse de Bordeaux jusque autour du bassin d'Arcachon. Or nous savons qu'à l'époque romaine habitait là la civitas Boiorum. La dernière trace qu'on trouve de cette cité est sa mention, vers l'an 400, dans \-à.Notitia provinciarum et civitatxim Galliarum : il faudra donc détacher du diocèse de Bordeaux la partie sud- ouest pour en former la cité des Boïens.
Mais quelle étendue donnerons-nous à cette cité des Boïens? Quelle 940 eu. partie prendrons-nous dans le diocèse de Bordeaux? Pour le savoir, il faut voir si nous ne pouvons pas retrouver dans les divisions de notre diocèse d'anciennes divisions administratives de l'époque romaine^ et si l'une de ces divisions ne représente pas la cité primitive des Boïens. Or précisément, au xiii« siècle, — c'est-à-dire aussi haut que nous remontons dans la géographie détaillée de notre diocèse, — nous constatons l'existence, dans la cité de Bordeaux, d'un archiprêtré appelé archyp-eslyteraUis Bogeii (pays de Buch) : nom dans lequel il est facile de reconnaître celui des Bon. Nous pouvons croire que lorsque a disparu la cité, — et avec elle le diocèse, —des Boïens, elle a été réunie à celle de Bordeaux, dont elle a formé un archiprêtré.
Il est vi-ai que si l'archiprêtré de Buch ou Bogeii correspond à la civitas BoioTum, elle était bien exiguë. Mais on remarque qu'au xiii^ siècle le diocèse de Bordeaux possédait au sud du pays de Buch un autre archiprêtré {arcfii]^resbyteratus Borneri, pays de Born). Au temps où le pays de Buch formait une cité distincte de celle de Bordeaux, le pays de Born ne pouvait appartenir à cette dernière, dont il était complètement isolé. S'il avait été rattaché aux diocèses voisins, ceux de Bazas et de Dax, pourquoi en aurait-il été séparé? Il faut admettre de deux choses l'une : — ou que le pays de Born ait été constitué en 400 en cité distincte, ce qui n'est point possible, car la Notitia GalUariim ne le mentionne pas ; — ou qu'il ait formé une subdivision de la cité des Boïens, et qu'il ait été, en même temps que cette dernière, annexé après 400 au diocèse de Bordeaux : ce que nous croyons (cf. V« p., sect. III).
Ainsi donc pour connaître, avec le moins d'erreurs possible, la cité de Bordeaux, il faudra s'en tenir à peu près aux limites que les plus anciens documents (ceux du xiii" siècle) assignent au diocèse de Bordeaux, diminué des archiprêtrés de Born et de Buch : nous ferons de ces derniers la cité des Boïens.
Les diocèses de Bazas et d'Agen nous donneront les civitates Basathim et Nitiohngum. Ceux-là aussi, comme nous le verrons, paraissent avoir été sensiblement modifiés et du côté de la Gironde et du côté du Lot-et-Garonne, non seulement à partir du xiii^ siècle, mais encore avant cette époque, même avant l'an mil. Par malheur, les documents définitifs et les textes concluants font défaut, et en ignorance de cause,
040 fis. nous serons sou vont obligé d'accepter leurs limites du xvi<' ou du XVIII"' siècle comme reproduisant à peu près les frontières des cités et des diocèses des huit premiers siècles.
C'est donc, on le voit, sous la clause expresse de bénéfice d'inventaire, que nous acceptons les célèbres paroles de Guérard (p. 76 de ses Divisions) : « (Que l'on considère), d'une part, le caractère des institu- » tions de l'Eg-lise, qui est la durée et l'invariabilité, et, de l'autre, les » fluctuations continuelles, les révolutions profondes qui ont altéré, » bouleversé nos anciennes institutions depuis l'établissement du » régime féodal. De sorte qu'ici nous voyons tout se renouveler et se » transformer, tandis que là tout reste fixe, immuable, et à tel point, » qu'en prenant les circonscriptions ecclésiastiques telles qu'elles exis- » taient avant le concordat de 1801, on obtient assez exactement les » divisions ecclésiastiques des premiers âges, et par conséquent les » divisions civiles de la Gaule romaine et de la Gaule des Francs....
» Ce rapport entre les divisions ecclésiastiques et les divisions
» civiles de la Gaule et de la France ancienne fournit certainement » au géographe le secours le plus utile, et sans lequel il serait souvent » dans l'impossibilité de retrouver les limites des paffi, fréquemment » déplacées par les difi'érents .systèmes divisionnaires que la France a » successivement subis jusqu'à nos jours. Le lit des paffi, en effet, a été » recouvert par les lits des sénéchaussées et des bailliages, par ceux » des généralités, des élections, des châtellenies, etc. Que de sur- » charges cachent à nos yeux les anciennes lignes de démarcation ! » que de couches à percer pour arriver au fond primitif » !
C'est seulement grâce aux divisions ecclésiastiques que nous pouvons retrouver, parfois, le fond primitif lui-même, et, presque toujours, les témoins de ce fond.
Les civitates de la Gaule étaient subdivisées enpaffi ou cantons ruraux (cf. notre t. I, p. 122), les paffi comprenaient un certain nombre de bourgades, vici et oppida ou castra. Il y avait par toute la Gaule Chevelue environ trois cents pagi et douze cents oppida ('), ce qui, pour
(•) Cf. les Uélangts âe T École française de Rome, I. III. p. 155, n. 3, at nos Jnseiiptions de la vallée de l'Huteattne,^. 53. — Voyez aussi DESJAnoiNS, Oaule romaine, l. II, p. 533.
soixante -quatre cités que contenait cette province, constitue une 940 n s. moyenne de cinq cantons ruraux et de vingt bourgs par chaque cité. On peut croire a priori que les cités des Bituriges Vivisques et de leurs trois voisins, des Bazadais, des Boïens et des Nitiobriges, qui étaient parmi les cités les moins étendues de la Gaule propre, devaient renfermer un nombre depaçi ou d'o^ida inférieur ou tout au plus égal à la moyenne.
Mais comment retrouver ces subdivisions territoriales de nos cités gaUo-romaines?
Nous procéderons pour les subdivisions des cités comme nous avons procédé pour les cités elles-mêmes. Si le diocèse représente à peu près fidèlement la civitas, il y a lieu de croire que les districts du diocèse rappellent les anciens districts de la civitas. Or, comment étaient di\isés les diocèses ?
Les diocèses du Sud-Ouest étaient divisés, on le sait, en « archidiaconés », les archidiaconés en « archiprêtrés ». Les archiprêtrés (qui se confondent d'ailleurs à l'origine avec les doyennés ruraux) paraissent avoir existé plus anciennement que les archidiaconés, et remonter jusqu'au vi« siècle. Guérard n'admet leur existence qu'à partir du ix« siècle {Divisions territoriales de la Gaule, p. 96), mais il ne semble pas improbable que, dès l'époque mérovingienne, les archiprêtrés aient eu sous leur autorité des cantons définis de la cité (voyez Longnon, p. 471 et 491, et les textes cités par Thomassin) (*). Les archidiaconés sont certainement plus récents et datent seulement du ix« siècle, comme Guérard l'ajustement démontré (p. 91). Ils ont en outre disparu d'assez bonne heure et ne sont demeurés qu'à l'état de souvenir ou de tradition, notamment dans nos diocèses du Sud-Ouest, après le concile de Trente. Quoi qu'il eu soit, on peut admettre, au moins en principe, que, lorsqu'on institua, comme subdivisions géographiques du diocèse, des archiprêtrés ou doyennés ruraux et des archidiaconés, on accepta les districts traditionnels : les territoires des oppida et des castra, peut-être aussi de certains vici anciens ou de premier ordre, devinrent des archiprêtrés et les pagi formèrent des archidiaconés. Et si l'on fait le total
(') Ancienne et nmtvelle discipline de l'Église, touchant les iénifices et les Sén^ers, par le R. P. Louis Thomassin, l. I (1725, Paris, in-r»), col. l'a ; cf., sur ces questions, le même ouvra^çe, col. 470, 570 576 S79 Cf. encore vox Scsulte, Lehrbuch des Eatholischen Kirchenrechts.S' éd., p. 27a èl280; Des.\oye'r3 Topa^ gravlite ecclésiastique de la France, dws VAnnuaire histonque pour 1853 et l.?S9; Orka, Essai historique siir lesarchtdiacres,EcoledesChartes,Ul''s.,t. Il, p. 30 at s., l^.•îl3 et s.
940eis^ des ai'chipi'êtrés et des archidiaconés que renfermaient les provinces ecclésiastiques de la Gaule Chevelue, on arrivera à un chiffre qui n'est pas de beaucoup supérieur au chiifre de 1 ,200 oppicla et de 300 pagi, qui est celui des subdivisions civiles du premier siècle.
Mais, si cette règle est vraie en principe, elle souflfre dans l'application un nombre infini d'exceptions. D'abord les castra ont dû augmenter eu nombre du iv"" au viii- siècle, beaucoup à'opjnda importants sous le haut empire ont été détruits ou abandonnés et leur rôle a passé à d'autres villes. Puis, les pagi se sont singulièrement accrus sous la dynastie des rois mérovingiens, qui les ont sans cesse morcelés ou dédoublés (cf. Longnon, La Gaule au vi" siècle, p. 33). Enfin, les archidiaconés et les archiprêtrés d'un diocèse n'ont jamais eu une fixité absolue : leur nombre, leur étendue se sont modifiés, nous le constaterons bientôt pour le diocèse de Bordeaux.
Toutefois, ainsi que le remarque avec raison M. Longnon, les pagi du Sud-Ouest ont été fort peu modifiés du v" au wn" siècle. En Aquitaine, les divisions traditionnelles se sont maintenues beaucoup plus longtemps. Par suite, nous pouvons ne pas trop nous éloigner de la vérité en faisant correspondre dans nos cités de la Gironde les anciens fagi, subdivisions civiles de la cité du i^'' au viiie siècle et au delà, avec les archidiaconés, et en regardant les territoires des anciens oppida ou castra et des moi importants de la même période comme ayant donné naissance à des archiprêtrés (i).
Mais à une condition, c'est de chercher à remonter le plus loin possible dans l'histoire de ces subdivisions ecclésiastiques, c'est de s'occuper du groupement des paroisses, non pas tel qu'il était en 1789 ou au xvn" siècle, mais tel qu'on peut le retrouver dans les plus anciens documents, qui sont, pour le diocèse de Bordeaux, du xiii" et du xiv'^ siècle, pour ceux d'Agen et de Bazas, du xvi'' ou du xvii« siècle. En dressant la carte des subdivisions ecclésiastiques de cette époque, nous pouvons donc nous rapprocher le plus ou plutôt nous éloigner le moins
(1) Voyez Sanson ii'.\bueville, Remarques sur la carte de l'ancienne Qavle (2" édition, 1(532), p. 9; le Vai.015, A'ofi'lto GaUiarvm,passim; Gu^';nAnD, Divisions territoriales, p. 73-7S; Jacods, Oèographie de Grégoire de Tours (a la suilo de la li\idui'liuii duiiiiee p.ir Guizol, I. U, 18611, |). 29i; Lo.ng.non, Éludes sur les pagi de la Oaule {Bihl. de l'École des Hautes-Études, fasc. XI, Paris, 1875, in-S"). Deloche {Mémoires présentés a l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres par divers savants, douxiemi! série, t. IV, I" p., p. 3881 combat, en ce (|ui coiirenio la cité 01 lo diiicuso de Limugos, l'idenliticatlon des arcliidiacoiiés et dos pagi (minores).
possible, de la carte des subdivisions des cités g-auloises de notre région 940ets, au v siècle.
Quatre cités ont constitué notre département : la civitas Biturigum Viviscormn, qui y est entrée en totalité, la civitas Nitidbrigwn, qui ne lui a fourni qu'une faible partie, la civitas Basatium, qui y est comprise presque entière, la civitas Boiorum, par moitié seulement. Ces quatre 'cités faisaient partie de la provincia Aqiâtanica, comprise dans les 2'res Oalliae, ou la Galïia Comata du commencement de l'empire.
Lors de la création de la province de Novempopidana, qui remonte peut-être au second siècle et qui a du reste son origine dans une subdivision administrative de l'Aquitaine contemporaine d'Auguste ou de Tibère (voyez les actes de la Société archéologique de Bordeaux, VIII, p. 163), les deux premières demeurèrent dans V Aqtntanica, les deux autres furent rattachées à la Novempopulanie.
Au temps de Dioclétien, lors du dédoublement de l'Aquitaine, les cités de Bordeaux et d'Ag-en, représentant celles des' Bituriges Vivisques et des Nitiobriges, firent partie de VAquitanica secunda dont Bordeaux était la métropole. Dans l'ordre ecclésiastique, VAquitanica secunda devait devenir plus tard l'archevêché de Bordeaux, la Novempopulanie, l'archevêché d'Eauze, puis d'Auch.
CIVITAS BITURIGUM VIVISCORUM
(TERRITORIUM BURDEOALENSE)
La gens ou natio, îOv:ç (Strabon, 4, 2, 1), des Bituriges Vivisci iovia-ù. 940 et s. sous radmiuistration romaine une civitas ayant Bordeaux, Burdigala, comme chef-lieu {iirls, toX-.ç, Ptolémée, 2, 7, 7). Cette civitas garde son appellation ethnographique pendant les deux premiers siècles de l'ère chrétienne, comme nous le montrent les textes de Pline l'Ancien (4,108), de Strabon, de Ptolémée (textes que nous étudierons dans notre VIP partie), et les quatre inscriptions qui mentionnent les Bituriges Vivisci (l'inscription de Lyon, cf. notre VIP partie ; et nos inscriptions n°'' 1, 133 et 222), qui sont des trois premiers siècles, la dernière peutêtre seule du troisième. Au m" siècle, il n'est plus question des Bituriges Vivisques dans les textes; au iv^ siècle, Ammien Marcellin parle des Arverni, des Santones, des Pictavi, mais ignore les Bihiriges Vivisci et ne connaît que Burdegala (15, 11, 13). Dès ce moment donc, le nom de la capitale de la cité, Bordeaux, a absorbé celui de la cité elle-même, les Bituriges Vivisques, et on désignera désormais du nom de la première à la fois la ville de Bordeaux et la cité ou le territoire dont elle est la capitale.
On sait que le même phénomène s'est produit par toute la Gaule, également entre le commencement du iii^ et la fin du iv^ siècle : partout, la civitas ou la peuplade et Vurls ou la capitale ont reçu un même nom. Je n'hésite pas à regarder ce fait comme la conséquence de la mesure de Caracalla qui donna le droit de cité romaine à tous les habitants de l'empire. Cette mesure, en effet, eut pour résultat d'enlever toute sa valeur officielle et juridique à l'expression de civis Biturix Viviscus : on ne peut plus se servir de cette expression, si l'on a quelque souci de la correction légale ; il n'y a plus de cives Bittiriges, de Bituriges, il n'y a plus que des cives Romani, des Eomains. Ce qui était
msoi., T. II. 16
!)40 ei s. autrefois le pays et la nation des Vivisques, n'est plus maintenant (ju'un district de l'État romain et un g-roupe de citoyens romains, district qui a Bordeaux pour chef-lieu, cito^'ens qui dépendent des magistrats de Bordeaux. La cicitas ne sera désormais que le territorium ou le ressort administratif d'une ville, et ville et territoire porteront le même nom. Cela se produira à partir du iii^ siècle pour la Gaule Chevelue (cf. Desjardins, t. III, p. 476), parce qu'alors seulement elle reçut la pleine cité romaine. Mais ce même phénomène s'était produit bien plus tôt dans la Gaule Narbounaise, depuis longtemps romanisée et colonisée. Déjà, à la fin du premier siècle, on ne connaissait plus les cités des Volques ou des AUobrog'es, on ne connaissait que le territoire des colonies de Nimes ou de Vienne.
Cette identifioation des noms de la civitas et de l'nrls ne s'est pas produite partout de la même manière. Chez nous, le nom de Ywhs Bunligala a fait disparaître celui des Bituriges Vivisques, comme à côté, Agennum, Ageu, a supprimé celui des Nitiobriges. Presque partout, dans la Gaule Chevelue, c'est le contraire qui a eu lieu : le nom du chef-lieu a cédé la place à celui de la peuplade : Cossio, capitale des Basâtes, est devenu Bazas, Vcsunna, capitale des PetrocoHi, Périgueux, Mediolanum Saiitonum, Saintes. Pourquoi cette différence? On est tenté d'alléguer comme principale raison celle-ci : toutes les fois que le chef-lieu d'une civitas était, par sa situation juridique, politique ou historique, un foyer de vie romaine, c'est son nom qui a prédominé : c'est ainsi que toutes les colonies romaines ou latines du Sud -Est ont conservé leur nom et chassé celui de la peuplade, que Lugdunum et Nemausus sont demeurés Lyon et Nîmes. Mais cette raison ne ])araît pas pouvoir s'appliquer à toutes les villes, par exemple, à Trêves, qui, quoique colonie (col. Augusta Trevirorian) , a cependant pris le nom de la peuplade, les Trévires; à Agen qui, quoique ville sans influence romaine, a cependant imposé son nom ; à Bordeaux, qui a eu le même privilège qu'Agen. Pour Bordeaux à la rigueur on peut ne pas s'étonner : les Bituriges Vivisques étaient une peuplade assez peu importante, un rameau détaché de la grande nation des Bituriges; Bordeaux était tout dans la civitas, en lui était concentrée l'activité de la gois; il était moins le centre des Vivisques que le territoire des \"ivisques n'était sa banlieue. Mais pour Agen, pour Trêves, pour les autres exceptions ù la règle générale, il faut nécessairement chercher
BITURIGES VIVISQCJES. 123
une autre raison, — que nous trouverons quand nous connaîtrons mieux 94e m s. l'histoire municipale de la Gaule et l'histoire locale des civitates, et encore, ce qui nous donnera peut-être la clef de maint problème, l'histoire rurale des pagi. En tout cas, je suis persuadé que ce n'est pas un simple usage, un pur hasard qui a valu à chaque ville tel ou tel nom, mais qu'une loi, un règlement officiel du iii« siècle a déterminé l'appellation que toute cité devait recevoir.
Quoi qu'il en soit, le souvenir des Bituriges Vivisques semble avoir disparu dès le iv« siècle. Si Ausone fait encore allusion à leur existence, et s'intitule {Mosella, 438)
Vivisca ducens cib origine gentem,
il faut voir dans cette phrase une simple allusion au passé historique de son pays, et non pas à sa situation administrative, — allusion que les copistes d'Ausone ne comprennent pas eux-mêmes, ce qui les amène tous à corriger Vidsca en vivifica, comme écrivent les manuscrits.
A l'époque mérovingienne, comme on peut le voir par Grégoire de Tours et les documents que nous citerons plus loin, BurdegaUnm désigne également un habitant de Bordeaux et de son territoire; civitas Burdegalensis est à la fois Viirls Burdegala et l'antique civitas Biturigum Viriscomm; ierntorium Bîirdegalense (Pardessus, I, p. 206 et 207 ; II, p. 175 ; Grégoire, In glor. conf., 45 et 46), ou regio Burdegalensis {Gvégoive,Devirt. Mm\'., 3, 33), ou encore terminus Burdegalensis {id., Hist., 9, 5), c'est le territoire traditionnel des Bituriges Vi\isques.
Quelles étaient les limites exactes de ce territoire à l'époque romaine? Il va sans dire que nous n'en savons rien pour les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne. Nous connaissons les noms des peuplades limitrophes des Bituriges Vivisques, les Santones (Saintonge), les Petrocorii (Périgord), les Nitidbriges (Agenais), les Basâtes (Bazadais), les Boii (pays de Buch), celui de leur capitale, Burdigala, Bordeaux, et celui d'une ville de leur territoire, Noviomagus. Tout ce que nous allons dire de plus est conjectural.
Jules César ne parle pas des Bituriges Vivisques, et l'hypothèse de Sanson d'Abbeville {Carte des Gaules, 2" éd., p. 36), qui les assimilait
940 ei s. aux Garumni des Commeutaires {De b. G., 3, 27, 1) lie paraît ui acceptable ni acceptée.
Pline l'Ancien les mentionne d'après une autorité qui semble contemporaine des premiers temps de l'empereur Auguste et cite en même temps qu'eux, dans son énumération des peuplades de l'Aquitaine, celle des Belendi (4. 108), dont ou a voulu, non sans raison, retrouver le nom dans la bourgade de Belin {Beïinum au moyen âge), appartenant jadis au diocèse de Bordeaux. Il est vraisemblable que les Belendi ont cessé dès Auguste ou Tibère de former une cité indépendante pour être englobés dans celle des Vivisques, dont ils feront désormais partie intégrante, car leur nom ne se retrouve plus dans l'antiquité.
Straboji nous dit que la Garonne coule entre les Bituriges Vivisques et les Santons (4, 2, 1) : si l'on prenait sou texte au pied de la lettre, on pourrait en conclure que dans les premières années du règne de Tibère, l'Entre -deux-Mers et les pays de Bourg, Blaye, Libourne et Fronsac, qui dépendaient certainement de Bordeaux au v^ siècle, ne faisaient point encore partie de la cité des Vivisques, mais de celle des Santons ; c'est l'interprétation que semble avoir acceptée M. Longnon, lorsqu'il suppose que le territoire des Bituriges Vivisques pouvait être compris, avant l'organisation de la Gaule romaine, dans celui des Santons (Atlas de la Gaule, texte, I, p. 6). Je préfère croire que Strabou a voulu dire que la Garonne, à son embouchure, et là seulement, coule entre les Vivisques et les Santons, et inférer de cela que dès lors le pays des Medulli était attribué aux premiers. Un siècle plus tard, Ptolémée, d'accord avec Strabon, donnera aux Vi-visques jXoviomagiiS (2, 7, 7), qu'on ne peut guère chercher que dans le Médoc.
Il semblerait résulter de tout cela que le territoire primitif des Bituriges Vivisques était limité à ce qui formera plus tard l'archiprêtré de Cernés (^moins Belin) sur la rive gauche du fleuve, depuis Bordeaux jusqu'à Langon; mais qu'il a été immédiatement accru, lors de la constitution des cités do la Gaule, du pays des Medulli (Médoc) et des Belendi (Belin). — Quant aux plus anciennes destinées des pays qui compléteront le diocèse de Bordeaux au nord de la Garonne, nous les ignorons complètement : il est probable toutefois qu'ils appartenaient aux Vivisques, sinon traditionnellement depuis l'époque gauloise, du moins administrativement dès les temps romains.
Sous les barbares, nous voyons la civîtas Burdegahnsis consti-
BITURIGES VIVISQUES. 125
tuée ainsi qu'était le diocèse de Bordeaux au xiii" siècle, sauf sur un 940 et s. point. Nous croyons en effet que la ville de Langon, que nous voyous, dès le xiii° siècle, faire partie du diocèse de Bazas, appartenait, au v« siècle, au diocèse et à la cité de Bordeaux; nous voyons en effet, d'après les lettres de saint Paulin, que l'évêque de Bordeaux y faisait construire une église {Epistolae, 20, 3) et qu'il avait une certaine autorité sur les gens de Langon {ici., 12, 12).
Ce n'est peut-être pas la seule modification qui ait été apportée aux limites du diocèse de Bordeaux du v au xiii" siècle, mais c'est la seule que nous sommes en droit de supposer. On peut croire encore que la partie de la Double {Doppla, notamment la paroisse SanctiiS Christophorus de Do])]}la, Saint-Christophe, Arcli. Mst., XXI, p. 60) que le diocèse de Bordeaux possédait dès le xiii" siècle avait été jadis, comme le reste de la contrée, rattachée au diocèse de Périgueux, qui renfermait un archidiaconé et un archiprêtré de la Double (de Gourgues, Dict. top. de la Dordogne, p. xxx ; cf. silvam, quae vocatur Edohola, in pago Petfocorreco, Frcdeg. clir. contin. IV, § 134, Hist. des Gmiles, t. V, p. 8). Mais cette supposition ne s'appuyant sur aucun texte, nous n'avons pas le droit de nous y arrêter.
Eu ce temps-là, et depuis le v® siècle, j'imagine^, la civitas Boiorum (pays de Buch) est englobée dans celle de Bordeaux, car elle n'est plus mentionnée après la Notice des Gaules (vers 400).
Toutes les localités que Grégoix'e de Tours et ses contemporains donnent comme dépendant de Bordeaux : Blaye, Plassac, Rions, Bouliac, Marsas, etc., ont toujours fait partie de son diocèse, et elles sont assez éloig'uées les imes des autres pour croire que, si les limites du diocèse de Bordeaux ont varié entre le v^ et le xiii" siècle ailleurs qu'à Langon, ces variations se réduisent à fort peu de chose.
Au xiii" et au xiv" siècle nous pouvons établir très exactement l'étendue du diocèse de Bordeaux, grâce aux documents ecclésiastiques, et c'est cette étendue que nous regarderons, jusqu'à nouvel ordre, comme celle de la civitas Biturigum Viviscorum du haut empire, de la civitas Bîirdegalensis du bas empire et de l'ère mérovingienne.
Nous ne connaissons pas plus exactement les subdivisions que les limites de la cité des Bituriges Vivisques ou de Bordeaux. Elle com-
940 ris. prenait évidemment un certain nombre de iJagi puisque une inscription (n° 32) mentionne un magistcr pagi. Ausone nous apprend qu'un de cea pagi était habite par les Hedulli (cf. plus loin, p. 129); un texte du VII® siècle nous dit que Floirac était situé intcr duo maria, ce qui nous autorise à croire que la dénomination de pays d'Entre-deux-Mers existait dès lors (Pardessus, I, p. 206). Le canton habité par les Belendi n'est connu que par Pline le Jeune et ne devait pas être bien considérable, puisqu'il n'a laissé aucune trace de ces limites et n'a même point formé de pagus dans la civitas.
Pour être mieux renseigné sur ces subdivisions, il nous faut recourir encore et toujours aux documents ecclésiastiques du xiii" et fin xi\-^ siècle.
Le plus ancien de ces documents est le Livre des Quartières de V Archevêché de 123.5. Nous ne connaissons que des extraits de ce livre, dont les seuls importants pour nous sont ceux qu'on a publiés au xviii^ siècle à Bordeaux, dans une brochure in-4'\ sans date, de douze pages, intitulée : Quartières. Extrait du Livre de 1255. N-A. Cal. o. Etag... 4. Copié sur celui que M. l'Archevêque a comimmiquè ('). Ces extraits ne nous donnent malheureusement pas les limites, mais seulement les noms des divisions du diocèse.
•Mais ces limites peuvent être aisément établies pour cette époque à l'aide d'un précieux document manuscrit, qu'a retrouvé aux Archives du Département (hors série) et que me communique avec son obligeance ordinaire M. Roborel de Climens. Ce document est une copie analytique intitulée Extrait de la Lieve en latin du Livre de 1259 (24 pages in-f°) et renferme la nomenclature, par archiprêtré, de toutes les paroisses de notre diocèse. Les noms sont traduits en français.
Les noms anciens des paroisses se retrouvent dans les Comptes de VArclievècltc. Ces comptes, conservés aujourd'hui aux Archives du Département, ont été publiés par M. Drouyn dans les tomes XXI et XXII des Archives historiques de la Gironde, travail qui, comme on va le voir maintes fois, nous sera particulièrement utile ; les listes de noms qu'ils contiennent ont été en partie rééditées et étudiées par M. Gouget dans Y Inventaire sommaire des Archives de la Gironde, série G. Voici
(') Vuyoz ilanlres exliails puhliùs pnr DnouYN, AicJiires historiques, l. XXI, p. 1. Baukei.n menliouue estez souvent uolrc pla(|uelle, VarifUs, 1. 111. p. 281, 288, elc.
BITURIGES VrVISQUES. 127
l'extrait du Livre de 1235, qui nous donne seulement le nom et la liste »40eis. des archiprêtrés :
p. 4 : De q7iarteriis archipresb^feratus Sparrae [Les^avve].
p. 5 : De quarteriis arcldiyreshjteratus d. Mol'mis [Moulis].
p. 6 : De guarteriis œrcMpresbytemHis Bogeii [BuchJ.
p. 6 : De gtiarteriis arcJiipresiijteratus Borneri [Born].
p. Q : De quarteriis arcM;presbyterai%is Sarnensis [Cernés],
p. 7 : De qiiaHenïs arcM2)7'esiyteratus Benajcffensis [Benawges].
p. 8 : De quaHeriis arcMp^esbyteraHts De Inter Duo Maria [Entredeux-Mers].
p. 9 : De q;iiarteriis archipreshyteratus De Inter Dordonia [Entre- Dordog-ne].
p. 10 : De quarteriis arcMpiresbyteratus Fronciacl [Fronsac].
p. 11 : De qtiarteriis archijpresiyteratus Burffensi [Boni'g].
p. 12 : De quarteriis archipreshyteratus Blaviae [Blaye].
Nous savons, en outre, que ces archiprêtrés étaient groupés en trois archidiaconés : de Médoc (arcJiidiaconatus Meduïcensis) , de Cernés (arcMdiaconatus Sarnensis) et de Blaye (arcMdiaconatus Blaviensis) (cf. Comptes, t. II, p. 2). Le premier semble avoir renfermé un instant, outre les deux archiprêtrés du Médoc, celui de l'Entre-deux-Mers (voyez un document au plus tard du xvi^ siècle, peut-être très ancien, cité par Lopes-Callen, t. II, p. 463) ; l'autre comprenait ceux de Cernés, Benauges, BuclietBorn; le troisième, tous les pays au nord de la Garonne et de la Dordogne. Ces archidiaconés ont-ils toujours représenté les anciens 2>a9i de notre diocèse? Pas absolument, pensonsnous. Nous admettrons difficilement que l'Entre-deux-Mers fit partie àvipagus des Medîcïïiet même, à l'origine, de l'archidiaconé du Médoc : nous préférons supposer que ce pays n'a été attribué que plus tard à celui-ci, et qu'au début il était rattaché à celui de Cernés comme il devait lui être plus tard rendu (i) : ce qui semblerait l'indiquer, c'est que dans les listes de paroisses celles de l'Entre-deux-Mers suivent toujours celles de la Benanges et sont séparées de celles du Médoc de toute l'étendue de l'archidiaconé de Cernés.
A part cette exception, qui répond encore à un état provisoire, nous
(l) Cr. Reclus, Dictionnaire géographique et historiqiie de la Gironde, 1855, p. 14.
940 fis. ne voyons aucun obstacle à admettre que les archidiaconés représentent les anciens pagi des Bituriges Vivisqucs.
De la même manière, il est croyable que ces archiprêtrés correspondent à d'anciennes subdivisions des pagi et notamment au territoire des opj^ida ou des castra de la cité. Car de fait, nous connaissons par les textes du iv® au viii« siècle trois villes bordelaises qualifiées de castra ou castella, à savoir Bourg, Blaye, Frousac, et ces trois villes ont donné leur nom à autant d'arcliiprêtrés.
Nous acceptons donc, jusqu'à preuve du contraire, que la civitas Biturigum Yiviscorum comprenait trois jw^?^ le premier formé par le Médoc, celui qui fut habité par les Medulli : le deuxième, par les deux rives de la Garonne, depuis Bordeaux et le Bec-d'Ambès; le troisième, parla région du nord de la Garonne (en aval du Bec) et de la Dordogne.
C'est à cette division que nous nous sommes conformé dans notre carte et dans notre texte, en prenant pour point de départ les documents ecclésiastiques du xiii' siècle (').
(') Depuis le xiii' siècle, la géographie du diocèso de Bordeaux a subi quelques modificn lions. — D'abord, quant aux limiles : Belin a élé altrihué au diocèse de Bazas entre 1576 et 1668 (cf. Arcli. Itist., Il, p. 390. où l'on voit qu'eu 1576, Belin était encore daus le Cernés; Baurf.i.n, 2' éd., IIl, p. 274 et s.). — En seconde lipne, quant aux subdivisions : les arcliiprôlrés de Bucli et de Born ont été réunis en un seul d'une façon accidenlelle d'abord au xiii' siècle, permanente ensuite après le xv= siècle (cf. Comptes, I et ll,passiui; Balrein, III, p. 281); les arcbiprêtrés de Fronsac et d'Kntre-Dordoguc formèrent au xvii« siècle un quatrième aroliidiaconé, celui de Fronsac (Lopes-Callex, II, p. 431). — Eu troisième ligne, quant aux limiles de ces subdivisions : ces modificalitrns, qui sont assez nombreuses, peuvent être retrouvées en compariinl aux listes de 1239 et des Comptes de VArchevécli( {Arch. liist., t. XXI et XXII); 1° le Cens des Églists (xvi* siècle au plus tard) donné par Lopes (II, p. 463) ; cf. encore Archires historiques, t. II, p. 391 (document de 1576) ; 2'' le PotilUé des bénéfices de V Archcvesché de Boitrdeavj;, donné jiar le même en 1668 ; 3» le PotiiUé général contenant les bénéfices de l'Arehereschê de FliiKrdeaux, a Paris, 1648. iu- 4»; 4- la Mole des paroisses dans l'Almanach historique de la province de Quienne pour 1760, p. 1ii9 ci s.; 5° les listes données par B.vuBEiN, daus les Yariitcs bordelaises ; 6' les anciennes curies du diocèse, etc.
1° MEDULLI [Pagus Medullortim].
Les Meduïïi nous sont connus par l'intermédiaire de Pline l'Ancien, 940-942 d'Ausone et de Sidoine Apollinaire. Pline l'Ancien cite les paroles suivantes de l'historien latin Caius Licinius Mucianus (Mucien, qui vivait, comme on sait, au i" siècle), au sujet des huîtres des Meduïïi .-
Sunt ergo Mv.ciani verla, quae suUciam .- « Cyzicena majora Lucrinis, » dulciora Britannicis, snaviora Medullis ».
Pline, Historia naturalis, 32, 6 (21), 62. — iledvllis est la leçon du ms. de Bamberg; [M]edulis, celle du ms. do Leyde 61. Quelques éditeurs impriment Meduliis.
Comme Pline ne les mentionne pas dans sa nomenclature des peuplades aquitaniques, il faut croire que dès l'org-anisation de la Gaule en cités, peut-être même, dès le temps de l'indépendance gauloise, les Mcdvïli étaient soumis aux Bituriges Vivisques (cf. ici, p. 124).
Ausone parle assez souvent des MeduIN, toujours dans ses lettres, soit à propos de son ami Théon qui habitait dans leur pays, soit à propos des huîtres qui en faisaient la seule ou au moins la grande renommée :
Auso7mis, cujusj'ervlam %unc sce^tra verentur, Paganum MediiUsjtibeo salvere Theonem.
EpistoJae, i, 1-2, éd. Scbenkl; cf. éd. Peipeb.
Ce dernier vers semble bien indiquer que \es Meduïïi formaient un^agvs.
Quid geris, extremis yositus telluris in oris, Cultor arenarum vates'l
EpistoJae, 4, 3-4.
Quam tamen exerces Meduïorum in litore mtam'i
Epislolae.
Mediiïïini teferet aura noti
Episiolae,i,K. — Lems. de Leydc VossianusWi (nis. de l'Ile- Barlîe) écrit ikdiilloitim.
Epistolae, a, 28.
INSCH., T. II. 17
î)40-î»42 Ostrea Baianis certantio, fn'.ae Mciulorum
Diilcibus in sfaj/iis rejlui vians aeshis opimat, Accejûi, dilecte Theon. numeralilc munvs.
Epistolae, 7. 13.
Sei mihi prae cundis dulcissima, qiuic Aledulonim E ducat Occanus
Epistolae, 9, 18-19. — Le nl^. île Leyde 111 éi:rit Meâutlonim.
C'est encore à propos de ses huîtres que Sidoine nous parle du Médoc :
Veni cum mediterraneo instnictu ad deheïlandos siibjugandosq^ue istos Medv.licae s^ip^eUcctilis cjjulones.
Sidoine, lellra à Trigelius, Epistolae, 8, 12 |8, 2, ml. Babet],
MiGNE, P. l., 1. LVIIl, cul. 610 (SlHMOND).
Nous ne savons rien de plus de ce pays, de sou nom ni de ses destinées, jusqu'aux temps féodaux.
Bien qu'Ausone fasse " bref et nous oblige à écrire Meduli, il semble que la véritable orthographe fût Mcdulli, vers laquelle incline sans cesse le copiste du célèbre manuscrit de Leyde Vossianus 111, qui est du commencement du ix'" siècle (Schenkl, p. xxxii), et qui est celle du meilleur manuscrit de Pline l'Ancien; le nom de cette peuplade serait exactement le même que celui de la peuplade alpestre des Mcdulli (cf. Corpis inscr. Int., t. V, pages 810, 906 et 907). Le nom de l'une et l'autre nation est bien d'origine celtique (cf. Zeuss, p. 9, 766 et 769), et les Mcdulli étaient aussi gaulois que les Bituriges auxquels ils étaient attribués : les deux localités qu'ils ont fondées, Noviomagus et Dumnotonus, ont un nom nettement celtique.
LQ2^agiis des Mcdulli, qui est devenu, comme on sait, le Médoc, forme, dans les subdivisions ecclésiastiques, Va/'c/iidiaconatus Mcdvlcensis (cf. BIcduculium dans un acte de 1072, ici, p. 10). L'étendue primitive (*) de cet archidiaconé et de l'ancien ixigus est sans aucun doute celle des archiprêtrés de Moulis et de Lesparrc réunis, telle que nous les fait connaître la lîève de 1239. On voit par ce document et ceux du xiv" siècle que le Médoc arrivait alors jusqu'à Bordeaux, puisqu'il renfermait Pessac, qui n'en fut détaché qu'entre 1546 et 1668
(1) Nous avons vu que dans un document qui paraît du xvi« siècle au plus lanl (p. lî"; cf. Loi'ES,II, p. 4C3i, 1 attribue à lan-hiiliacre du Médoc des paroisses de l'Enlrc-deux-Mers.
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