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Nous trouverons d'autres anneaux semblables, j'imagine, dans l'instrumentum domesticum du tome VI. — Je sais bien que les Pères de l'Eglise ont parfois songé à détourner dans un sens tout chrétien l'emploi du chandelier, comme d'ailleurs de tous les autres symboles juifs : Qiiis
in candeïàbro nisi Redemptor Immani generis'^ dit Grégoire le Grand 939 (Migne, t. LXXVI, col. 831; llom. m Ezecli., 1, 6, 8), et Clément d'Alexandrie voit de son côté dans le chandelier le signe du Christ : "Exît Se Tt xai oKko ai'vtYiAa -^ T-u'/yio. tj xF'-^'^j ""^'^ ar^it-dc'j tou Xç.'.czo'i, oi tw cyri\Lom sjiévu, àXXà y.al Tto (^lùteii.èo'kû'i, etc. {Strom., 5, 6; Migne, IX, c. 60). Mais il suiEt de lire les passages où les Chrétiens parlent du chandelier pour y voir précisément la preuve que c'était un symbole essentiellement juif, et dont ils voulaient dénaturer ou transformer la signification au profit de leur propre symbohsme. Jamais un Chrétien n'eût mis en action la théorie de ses docteurs, et n'eîit voulu employer comme signe de sa foi le chandelier qui aux yeux de tous caractérisait le Juif (cf. Martignyj 1877, p. 113, au mot candélabre). — On sait qu'aujourd'hui encore le Juif croyant doit avoir dans sa maison et faire graver sur son tombeau ce chandelier qui est demeuré, à travers les siècles, le symbole immuable de sa foi et le signe éternel de sa race, « comme une allusion», dit M. Perrot, « à ce temple détruit que l'on » compte voir se relever un jour sur la montagne sainte ».
Aster appartenait donc à la rehgion juive. Le nom, du reste, indique bien une origine hébraïque. Sans doute nous trouvons des .4 s^e;* païens, comme ceux dont le Corpus publie les épitaphes, ou chrétiens, comme le propriétaire de l'anneau d'or de Sassari {Corpus, X, n» 8061, 6) :
Mais Aster est aussi un nom cher aux Juifs. Nous le voyons porté par une Juive de Jérusalem, captive enitahe {Corpus, X, 1971; Henzen, 5302):
CLAV DIA • ASTER HIEROSOLYMITANA CAPTIVA • CVRAM • EGIT etc.
et par la fille du « père de la synagogue » de Sétif (VIII, n° 8499) :
AVILIA AS
TER IVDEA
M • AVILIVS lANVARIVS
PATER SINAGOGAE FIL
DVLCISSIMAE
939 On peut remarquer (cf. de Vit, Onomasticon, au mot Aster), que le nom <\.'Astei' porté par les Juifs n'est pas le même que le nom à.' Aster porté par les païens ou les chrétiens; celui-ci vient du grec x--.r,o, «étoile », et c'est toujours un nom masculin (le nom féminin correspondant est Asteris) ; celui-là, le nom juif, est toujours un nom féminin et viendrait d'un radical sémitique ayant du reste le même sens que le mot grec (cf. de Vit, Onomasticon, t. I, p. 526). Dans ce cas. et je le crois pour ma part, V Aster de notre bag-ue serait une Juive. Il est vrai que la bague est bien un peu large et massive pour le doigt d'une femme : mais nous ne trouvons jamais, ce me semble, une grande différence à l'époque mérovingienne entre les anneaux des femmes et ceux des hommes. D'ailleurs j'ai pu constater que cet anneau s'adaptait fort bien au doigt de plus d'une femme.
Il y avait d'importantes colonies juives en Gaule au vi« siècle, comme nous l'apprennent de nombreux textes de Grégoire de Tours (cf. l'étude de M. Longnon sur ces textes, Géographie de la Oaule. p. 179). Ils furent au reste violemment persécutés à cette époque. Grégoire de Tours nous raconte l'histoire d'un Juif de Bordeaux que Dieu punit cruellement pour avoir raillé les vertus des prières faites dans la basilique de Saint-Martin {De virtutibus s. Martini, 3, 50; cf. ici, p. 10, n. 1), ce qui permet de supposer, mais timidement, qu'il y avait déjà des Juifs groupés sur le Mont-Judaïque. Les chroniqueurs rapportent qu'en 848 les Juifs de Bordeaux livrèrent la ville aux Northmans : Northmanni Burdegalani Aguitaniae, Judaeis prodentilms , captam dcpopulatamq^iie incendunt {Hist. des Gaules, t. VII, p. 152). Il faut compléter à l'aide de ces textes et de notre bague ce que disent sur l'histoire des Juifs à Bordeaux Beaufleury {Histoire de T étaMissement des Juifs à Bordeaux et à Bayonne, par le citoyen L. F. B., an VIII, Paris, in-8), Detcheverry {Histoire des Israélites de Bordeaux, 1850, Bordeaux, in-8) et Malvezin {Histoire des Juifs à Bordeatix, 1875, Bordeaux, in-8).
Il faut de même réunir l'inscription de notre bague à l'épitaphe du Juif d'Auch, de la tin du vu'' siècle, je crois {Revue de Gascogne, t. XVI, 1875, planche), et à celle du Juif de Narbonnc, de l'an 688 (Lebègue, 11° 1291 ; Le Blaut, n" 621), pour avoir tout ce que nous a fourni l'archéologie sur les Juifs du Sud-Ouest aux temps mérovingiens. Ces deux épitaphes sont en latin, mais renferment une acclamation en langue hébraïque ; toutes deux portent le chandelier.
Remarquez que le nom est g-ravé deux fois : dans son développement 939 et en monogramme. Cela est assez rare sur les bagues. M. Hûbner donne un exemple du fait dans les Inscri'ptiones Hispaniae cJiristianae (n'' 204 : le nom développé est sur l'anneau, et non pas, comme ici, autour de la base du cbaton). Notre anneau et ce dernier rappellent, par cette particularité, celui que fit faire saint Avit : « Que l'on grave » sur le sceau mon monogramme entouré de mon nom, qui permette » de le lire » (Avit, Ejnstoïae, 78 [87 de l'éd. Peiper] : Si quaeras, guid insculpenduni sigilïo, signum monogrammatis mei per gyriim scripti nominis legatur indicio). Cette précaution, d'accompagner le monogramme du nom complet, était prise en vue d'empêcher toute erreur dans le décliiiïrement des monogrammes, toujours difficiles à comprendre, même pour les contemporains (cf. Le Blant, t. II, p. 51). Il faut savoir gré à la juive Aster d'avoir pris cette précaution, grâce à laquelle nous avons retrouvé son nom; sachons-lui gré aussi d'avoir, ainsi que ses coreligionnaires de tous les temps, aimé les bijoux d'or, même lourds et massifs comme celui-ci (cf., sur les bijoux juifs, Perrot, Histoire de l'art, t. IV, p. 447), car nous devons à cette coquetterie un monument curieux entre toutes les antiquités de notre ville.
Les membres du Congrès arcMologig'ue de Périgueux, en 18.58, acceptant la lecture Asterius, songeaient au célèbre saint du Périgord, Asterixis, saint Astier. Notre éminent collègue, M. de Chasteigner, reprenant plus tard l'examen et l'étude de cette bague, a complètement renoncé à cette opinion et, arrivant aux mêmes conclusions que moi, me l'a tout de suite présentée comme une bague juive. Il y verrait l'anneau d'un rallin ou d'un médecin juif; s'il fallait accepter sa lecture, Asterius, cela serait fort possible, car la répétition, réellement intentionnelle, du chandelier symbolique, peut faire croire, comme le pense notre confrère, que le bijou n'a pas appartenu à un simple particulier.
OINQXJIÈlVnE F'A.I?,TIE