Duiunotonus (villa
C'était la demeure de Théoii, l'ami d'Ausone (cf. p. 129), demeure que le poète nous fait longuement connaître dans ses lettres :
An, quia venafus oh tanta pcricuïa vitas,. Piscandi trahcris studioî Xam tota supellex Duniiiotoiii talcs solita est ostamUre gazas.
Scirpea Bumnotoni tanti est hahitatïo vati? Pauliacos tanti non mihi villa foret.
5, lô-IS.
Umis Dumnotoni te litore ferferet oestus C'ondatem ad portum, si modo dcpropere'<.
Parcamus vitio Dumnotonae domus, Ne sit charta mihi carior ostreis.
Le ms. de Leyiie Vossianus 111 ne donne Dumnitonus qu'une seuli; fuis (J, 511. Partout ailleurs il a, comme presque toujours les autres rass.,/)KM«o/o«K.', 'lU tout au moins demeure fidèle à la dérivation -olonus. nue ce soit la véritable orllugraphe, c'est ce f|ue montre celle de tous les composés des radicaux gaulois dumn- ou (fuîn-, qui se font toujours à l'aide de o et non de i: Dumnorix, Dvhnorix, Diimiwnii, Dubnolahis, etc.; cf. Zeuss. Orammatica celtica. p. 772 et s irtout Glueck, keltische Namen, p. 69 et 70. Gliick regarde Dvmnotonus tou Domnntonus) comme currespoudaut â « paô'JTQvo; », et dumn- comme signiliant « profoiul •. — ScHENKL et Peiper écrivent Ihimnitonus.
Il résulte de ces citations et du contexte que Théou, dans sa villa de Dumnotonus, élevait des huîtres, péchait des poissons de mer, vivait juxtajinem Oceani (4, 5), et qu'il pouvait se rendre de là par la rivière, porté par un seul flux (unus aestus), jusqu'à Condat. Il faut que sa propriété ait été située à la pointe du Médoc, à la fois sur la Gironde et sur l'Océan, près de l'endroit, j'imagine, où se trouve aujourd'hui Soulac (').
(•) ViNET, Comm. in Aus., s. iU (Donissaii); — Baubein, 2- éd., I, p. 84 (a l'extrémité et sur la côle 0. du Médoc); — Longno.n, Atlas historique de la France, texte, l" livraison, 188i, Paris, p. 27 (Saiat- Eslèplie?), etc.
MKDOC.
Pauliacos (villa). 940-942
Ausone ne mentionne qu'une fois cette villa, et d'une façon trop vague pour que nous puissions rien conclure directement de son texte, si ce n'est qu'elle semble avoir été belle et importante :
Scirpea Dumnotoni tanti est liabiiatio vati% Pauliacos tanti non milii villa foret.
Epist.yS, 15-lG.
Comme nous n'avons point d'autre localité importante dans la Gironde dont le nom vienne de Pauhis, on a identifié constamment, et je crois avec raison, le Pauliacos d' Ausone avec notre Pauillac. — C'est le seul document ancien relatif à cette ville : car les monnaies mérovingiennes marquées pavliaco vico et pour lesquelles on semble avoir pensé à Pauillac (cf. Conbrouse, pi. 36, 2; Guillemot, n° 740) sont selon toute vraisemblance du Limousin (Deloche, Revue mim., 1862, p. 446).
Ajoutons, pour compléter la géographie antique du Médoc, l'île dîAntros, rendue célèbre par le texte de Pomponius Mêla (3, 2) et qui nous paraît bien être Cordouan ('), — si du moins Mêla ne se fait pas l'écho d'une pure fable, ce qu'on peut toujours croire.
(') Cf. DE Valois, Notifia Galliarum, p. 23 (Ligcri altnMienSa : l'île d'Indre dans la Loire) ; — d'Anvili.e, p. 71 (l'île de Jau); — Baubein, 1. 1, p.',73 (« dans cet avancenjontque forme le territoire de Soulac àl'emlioucluire de la Gironde»); — Desjardins, t. I, p. 261-263 (la tliéorie de Desjardins, inspirée de celle de d'Anville et de Baiirein, mais beaucoup plus exagérée que l'une et l'autre, consiste à voir dans Antros la pointe nord du Méduc, détachée autrefois du continent, et réunie à Cordouan), etc.
Quant au Metnllvm vieus mentionné comme brûlé eu 84S par les Northmans; Northmanni Uetallum vicum popularités incendia tradimt {Annales Bertiniani, Historiens des Saules, Vil, ]). 65); Metullum viaim populantes incendia tradnnt(De gestis Nortmannonim, id., VII, p. 152), c'est sans contredit Melle en Poitou: il est inutile d'y voir une localité du Médoc, comme le pensent d'Anville (Notice de l'ancienne Gaule, p. 430), qui place Uelulhim à Castelnau de Médoc, Alteserra [Rer. a^uit., I, p. 26, éd. de 1777), qui eu fait la capitale du Médocl, Baurein, I, p. 340), qui le retrouve dans les ruines do la ville de Brion, et bien d'aulres. — De la même manière, il n'y a personne aujourd'hui qui songe à attribuer au Médoc les monnaies mérovingiennes de METVLO ou les monnaies carolin;,'ienues de METVLO, METVLLO ou METVLLVM, et il n'est nième plus la peine de combattre cette bizarre attribution. Il ne s'agit et il ne peut s'agir que de Melle, un des grands ateliers monétaires des Carolingiens (voyez l'édit de Pistes, de 861, Historiens des ff3«?es, VII, p. 657). — De mémo les monnaies de Gharlemague portant MEDOGVS ou MEDOLVS (cf. G.ariel, Monnaies carolingiennes, p. 122 et planclie VIII; Collection, n» 625) doivent certainement êlre écartées du Médoc, bien que Gariel ne renonce pas encore complètement à cette attribution (cf. Lecointre-Ddpoxt, Ree. mim., iS36, p. 99; DE GouBSL'ES, !(?., 1842, p.314); on ne frappe plus de monnaies au nom de ^a^î et jamais le Médoc n'a pu s'appeler au vm' siècle Medocus. Je crois bien qu'il s'agit de Meudoc près Melle.
040 Verteiiil.
Verteuil n'est connu qu'après l'an mil, sous le nom de Vertoïium (ff. GaJIia cJiristîana, II, col. 886; Baurein, I, p. 276 et 344; Jouannet, Statistuiue, II, i, p. 188). Je suppose que le nom primitif était Yertogiïum (cf. Quiclierat, De la formation française des anciens noms de lieu, p. 51). Le radical vert- me semble bien celtique. Cf. ici, t. I, p. 570 et 571, le nom de Vertoitt/ns gravé sur des marques de potiers. Je ne crois pas en effet que ces deux mots soient formés à l'aide de la particule inséparable ver-, comme tant d'autres mots gaulois commençant par la même syllabe.
D'après les copies et les descriptions données par Jûuannet.
« Carreau estampé », trouvé en 1817, « dans le bien de Beyzac, commune de Verteuil». On trouva en même temps quatre petits bronzes de Constantin. — Brique et bronzes provenaient, dit Jouanxet, des ruines d' « un établissement industriel remontant à l'époque gallo-romaine»; «c'est le seul exemple que le département nous ait offert d'un établissement industriel remontant à l'époque gallo-romaine. Il n'en restait que les fondations, cachées sous 0"'40G de terre végétale; mais elles étaient encore assez bien conservées pour qu'on ait pu reconnaître la distribution intérieure ». Voyez la description détaillée de l'usine au même endroit, Jouannet, Statistique, II, i, p. 378.
Bibl. — Jouannet : 1" Musée d'Aquitaine, 1823, t. II, p. 73; 2° Statistique de ta Gironde, t. II, i" p., p. "378.
Voyez, pour cette marque, notre tome I, page 449, n°' 362, 363, 364, 365, et la page suivante.
MEDOC.
Saint-Estèphe-de-Calon,
Voyez, sur Saint -Estèphe, Baurein, t. I, p. 184. Le nom semble avoir été Calories ou Calonesms {Sancttis Stejphamis de Calones ou de Calonesio, Arch.Mst., t. XXI et XXII, fasshn), aujourd'hui Calon. La localité est antique : d'abord à cause de son nom, puis à cause du vocable de son église (cf., ici, p. 92); elle devait être importante autrefois, car elle est demeurée le chef-lieu de l'archiprêtré de Lesparre. — Le nom de Calones doit être rapproché de celui de Cala {Calone à l'ablatif) qu'indique l'Itinéraire Antonin (p. 255, Wesseling) sur une route de la Germanie Rhénane. Voyez encore la fontaine Calona et la villa Calonia dans le département de l'Ain, dans un document analysé par Quicherat {Formation française des anciens noms de lieu, p. 34). Cf. Zeuss, Grammatica celHca. p. 772. Comme Zeuss l'admet, ce nom semble bien être d'origine celtique.
D'après les originaux (collection Berchou).
Hist- — Berchon a présenté ces deux fragments « de briques à rebords » dans la séance au 9 janvier 1885 de la Société archéologique, comme découverts « dans la commune de Saint-Estèplie ».
Descr. — Marques semblables à celles qui ont été publiées t. I, p. 449, n^^ 362, 363, 364, 365; cf. la page précédente.
Bibl. — Berchon, Soc. arch. de Bordeaux, t. X, p. VI.
Cissac.
Cissac semble également d'origine gallo-romaine, comme l'indique sa terminaison ; c'était la villa de Cissus ou de Cessus, Cessiacum ou Cissiacuni. Cf. Baurein, I, p. 197. — On sait que lorsque la terminaison -iacum est précédée d'une s, \'i s'élide ordinairement : Cassiacum donne Cessac, Patriciacwn, Pétrissac (Quicherat, De la formation des anciens noms de lieu, 1867, p. 35). — Cessus sei-ait un nom celtique (cf. Cessia, Co7'jpus, III, n° 2404; Cessera, nom de lieu en Narbonnaise, etc.).