‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 47 sur 156 · I. — ENTRE-DORDOGNE · texte numérisé non relu

I. — ENTRE-DORDOGNE

L'Entre-Dordogne semble avoir eu pour bourgade principale l'ancien oppidum de Condatis, dont Libourne aura hérité.

Condatis (oppidum).

Condatis était situé près d'une grande rivière, accessible à la marée, et sur laquelle il avait un port. C'était là qu'on débarquait pour se rendre à Lucaniacus, la villa d'Ausone :

Unus Dumnitoni te litore perferet aestus Condatem adportum

EpiiMae, 5, 31-32 ; cf. ici, p. 132.

n n'y a pas de doute que ce ne soit Condat, bourgade très impor-

(1) Cf. ArcMves Mstoritiues de la Gironde, t. XXII, p. 2, etc.

94? m. tante jusqu'à la fondation de Libourne. Ailleurs Ausone lui donne le nom d'oppidion, lorsqu'il demande à Paulin de fournir un navire à Philon pour lui permettre de se rendre d'Hebromagus à Lucauiac,

l'.t... nauso aliave gua navi tisque ad oppidum pmehitaf rugis aliq^iantum nostrae adveM possit, Lucaniacus ut inopia lileretur mature

Adiatus ut mox tiavis auxilio tiiae

Ad xisrp'.e portus oppidi Jamjam Perusina,Ja7n So.gv.ntina famé

Lucaniacum liheret.

Epistolae, 22.

On peut inférer de portus oppidi que l'on distinguait les ports et le village de Condat. Les ports étaient peut-être sur les deux rives. Paulin confirme le voisinage de Coudât et de la villa d'Ausone :

Aut cum Lucani retineris culmine fimdi... In Condatino diceris degere vico'^

Paulin-, Cirmina, 10, 2S6 el2S9, Mune, I. LXI, i-ûl. 459; cf. Pei.oe», éd. d'Ausone, p. 304.

Nous écrivons Condatis au nominatif, sur le modèle des noms d'origine gauloise en -atis, comme Escengolatis (cf. nos Inscr. de la vaWe de l'Hiiveaune, p. 67), 'Sxy.xj7x-.:; (cf. Zeuss, p. 233).

Lucaniacus (villa).

La célèbre villa d'Ausone était située non loin de Condat, et peutêtre même sur le territoire de ce viens (voyez Paulin, Carmina, 10, 256-259, ici, même page). C'est au port de Coudât que l'on débarquait pour s'y rendre (Ausone, Epist., 5, 32; Epist., 22, ici, p. 155). Toutefois, il y avait encore une assez bonne course à faire avant d'arriver à la villa, car Ausone dit à sou ami Théon que, débarqué à Condat, il trouvera un chariot attelé de mules pour le conduire à Lucaniac (cf. p. 132) :

Invenies p'aesto siibjuncta petorrita mulis : Villa Lucani- mox potieris -aco.

Spistolae, 5, 35-36.

On pourrait songer à placer la villa d'Ausone à Lugaignac, dont le nom vient sans aucun doute du latin Lucaniacus, et qui n'est qu'à douze

ENTBE-DORDOGNE, FRONSADAIS, BOUKGÈS ET BLAYAIS. 157

kilomètres environ de Condat. Mais Lug-aig-nac est à moins d'une lieue 947 m s. de la Dordogne et du port de Branne, et jamais, pour se rendre à cet endroit, on ne fût allé débarquer à Coudât. Le Lucaaiacus d'Ausone ne peut g'uère être cherché que sur la même rive que Condat, la rive droite, dans cette région de l'Entre-Dordogne dont Condat devait être le port naturel. M. Dezeimeris, songeant aux ruines de vQla trouvées à Montagne {Commission des mon. Mst., 1845-6, p. 6), place près de là le domaine de son cher poète. Qu'il fut à Montagne, cela me paraît sinon certain, du moins fort possible ('). La villa d'Ausone était comparable aux palais de Rome :

... Cicm Lucani retinei'is culmine fundi, Aemula Romuleis habitansfastigia tectis....

Paulin, Carmina, 10, 256-237; Migne, t. LXI, col. 459.

A propos des nombreuses statues qui ornaient sa chère villa, Ausone composa la pièce suivante, qu'il fit peut-être graver sur le socle et qui a pu par suite devenir une inscription :

MYSTOBATHRON [?] LIBERI PATRIS SIGNO MARMOREO IX VILLA NOSTRA OMNIUM DEORUM ARGUMENTA HABENTI.

Ogygia me BaccJmm vocat, Osirin Aegyptos piitat, Mystae Phanacem nominant, Dionyson Indi existimant, Romana sacra Lilerum, Arabica gens Adoneum, Lucaniacits Pantheum.

El>ig>-..Z<i.éi\. ScnsNKL.— L'en-tôte de la poésie est écrit parles mss. mixoiii' banimouni'xobarlayon., m <imae s\%m&er\ùn. On iinpiima généralement, à la suite des premiers éditeurs, ii'ihoàûrbum, myhn^ tarMim et d ordinaire myobarbum. Dans une ingénieuse étude sur ce texte, Dezeimeris {Soc. arcli., III, p. 38) propose: In 'jT.ôèafyfoi Liberi.ie m'emiiare de la seconde partie de sa correction, mais je propose mi/stobalhron, « base mystique •, expression qui, quoiguo nouvelle, paraît convenir au caractère de li poésie et au culte panthéistique de Ziber (cf. Paelleb, Rœm. Myth.. II, p. 372-373) .

(l) Ci. Vinet, Comtit. in Ans., 's. 437 H (forte Siint-Émiiiou); — Alteserra, Se/. Aquitaa., 1, 11 (siiprà Conifœfe); — Devienne, 2» édition, t. II, p. 312 (suit Vinet); — Baurein, I, p. 30 et 277 (Lugaiguac près Branne); — Souffrais, Bull, polym., 1S06, p. 122, et Essais sur la ville Ae L-bonrne, t. I, p. 32 (suit Vinet); — Rabaxis, Actes de l'Académie, 1839, p. 17.l(suit Vinet) ; — Guisodie, t. III. p. 273 (Saint- André de Monta^ae) ; — Dezeiheris, Académie, Comtite-yendu des séances, 1868, p. 42 (S:iinl-3eorges-de-iIoutague) ; — Loncxon, /l?fa« de la France, texte, p. 29 (Lugaignac), etc., ete. ; cf., ici, p. 148.

947 ei ». Ajoutons, dans ce pays, la localité appelée Ad Francos (Francs), que

nous fera connaître l'itinéraire d'Abbon (Aimoin, 7. Alionis, 18; cf. Voies romaines, injine).

Page 1