‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 46 sur 156 · CERNÉS, ENTRE-DEUX-MERS ET BENAUGES · texte numérisé non relu

CERNÉS, ENTRE-DEUX-MERS ET BENAUGES

Croix-de-Hins [Ad Fines]. 943

L'endroit appelé Croix-de-Hins dans la commune de Cestas (autrefois dans l'archiprêtré de Cernés) a évidemment pour orio^ine un Ad Fines de l'époque gallo-romaine. C'est ce que Baurein me paraît avoir définitivement montré, en rappelant que « les Gascons sont dans un usage » très constant de changer FF en H », qu' « il existe dans le Diocèse de » Dax, et sur les confins de ce même Diocèse avec celui de Bayonne, » une Paroisse appellée Saint-Martin de Heins, qui, dans un titre latin » de l'an 1491, est nommée Sancti Martini de FinîMis», enfin que «le »lieu de Heins formait les confins tant du Captalat de Buch que du «territoire de la ville » (III, p. 301-303). A cet endroit était la limite entre la cititas Boiorum et la civitas Biturigum Viviscorum, et probablement (car là passait la grande route de Bordeaux au pays de Buch) une borne romaine portant l'indication « fines » suivie du nom des deux cités indiquait -elle aux voyageurs le changement de pays.

C'est peut-être cette borne que Jouannet se rappelle et qu'il mentionne en ces termes :

« A. Hins, petit hameau isolé, oa a reconnu, à 30 mètres de la voie romaine, dans une prairie, les fondations d'une fabrique antique divisée en plusieurs pièces, des restes de pavés et de mosaïques, des médailles, des figurines, des poteries en débris, beaucoup de tuiles très variées pour la grandeur et la forme. Nous y avons recueilli nous-même plusieurs médailles du Haut-Empire, et cinq petites statuettes assez bien travaillées d'une argile blanche et très fine [cf. notre t. I, p. 467],

»I1 y a cinquante ans que l'on déterra, près du hameau, une grande pierre portant une inscription : il n'en reste que le souvenir. Long-temps respectée, elle a fini par disparaître, sans doute pour être employée dans quelque construction; nous l'avons en vain cherchée. » — Jouannet, Statistique, I, p. 229 et 230.

Sur les grandes pierres de bornage portant l'inscription fines, cf. nos Inscriptions de la vallée de VHiiveaune, p. 26 et s., et les vignettes des Gromatici veteres, éd. Lachmann, n° 192.

Le père Lelong, au n° 3825, cite un « Extrait d'une dissertation sur une sépulture pxtbligue des anciens Yivisques, découverte en 1150, au lieu

nommé la Croix-de-Hins, hic devant VÂcadémie îc 25 août /7o5 par ]\I. de Secondât [ms., dans le Dépôt de l'Académie de Bordeaux] ». Je ne sais ce que cela est devenu.

»44 Tabanac.

C'est une localité ancienne de la Benauges, comme tous les endroits qui portent cette terminaison gallo-romaine caractéi'istique de -acum ou -iacum .- Tavanacum, c'est la « la villa de Tavanus ». Elle a fourni un sarcophage chrétien destiné à porter uue épitaphe.

Le Dépôt d'antiques de l'hôtel Jean -Jacques Bel possède ea effet un sarcophage chrétien provenant de Tabanac; il se trouve au pied de l'escalier de la Bibliothèque.

Descr. — Dans un panneau, au centre, un cartouche destiné à recevoir un nom qui n'a jamais été gravé. — Des deux côtés, deux panneaux divisés chacun en deux compartiments, et décorés de pampres et de branches de lierre. — Le couvercle manque (les débris ont été employés à des réparations dans l'église, dit la Commission). — Voyez le dessin de Drocïn.

Hist. — Le monument, signalé dans le cimetière de Tabanac en 1845 par la Commission des monuments historiques, a été transféré cinq a six ans après au Musée par les soins de M. Drocyn. — «On m'a dit qu'il y en avait d'autres dans le cimetière», m'écrit Drodyn.

BibL — Commission des monuments historiques, 1845-1846, p. 11. — Inde, Dict. d'cpiijraphie, t. I, col. 154. = De Caumont, Bulletin monumental, t. XXVIII, p. 10^ (dessiu de DRonvs)- = Cirot de La Ville, Histoire, p. 157.

945 Loupiac.

Plusieurs localités à Loupiac ont fourni des ruines romaines, surtout l'endroit appelé Roche ou Rotje oii se trouvait peut-être un castrum, Clapa (cf. Guill&n. Les Cliâtcaux historiques de la Giroide, t. II, 1867, p. 431), et Loupiac même où se trouvait peut-être une villa, la villida d'Ausone, dit M. Dezeimeris (cf. Commission des monuments historiques, 1845-6, p. 69; Dezeimeris, Acad., séances de 4869, p. 132; cf. notre p. 148). — C'est de cette dernière partie de Loupiac que provient le

CERNÉS. ENTRE-DEaS-MERS ET BENAUGES.

fragment d'inscription suivant, que la forme des lettres me semble, autant que j'en puis juger moi-même, placer au milieu du v' siècle.

DISPLICYEk YENIENTIINCORi^

Y S Y M o°o H O M I N Y M D< ( rNDAESoSEPTE

TANOCTE°o°TÎ^ \ ^NTYM°oLA<

REo -"A

D'après l'original (collection Dezeimeris).

Nous avons donné à toutes les lettres et à tous les fragments la place que nous leur attribuons sur l'inscription totale. — Le fllet droit indique la fin réelle de la plaque de marbre primitive.

Il nous reste cinq fragments de cette inscription : l'un, a, qui en renferme la presque totalité, et auquel se rattachent trois lambeaux: a', avec le D de la 2« ligne; a", avec la moitié de l'H de la 5», une boucle de C et un bout de haste d'E de la 6"; a'" avec une boucle de S et une amorce de V, accompaguées à gauche d'une marge qui nous permet de leur donner leur place au commencement de l'avant-dernière ligne; — b, avec une marge en haut, appartient à une autre partie de l'inscription; — C, qui est insignifiant, appartient peut-être à la dernière et à l'avant -dernière ligne du grand fragment, entre a'" et a, et renfermerait dans ce cas un fragment de V en haut et de E en bas, si on lit ces deux lignes, comme nous le supposons :

SYBLATANOCTE YENIENTYM

Descr. — Fragment d'une plaque de marbre vert : le fragment principal a 0,42 dans sa plus grande largeur et 0,40 dans sa plus grande hauteur. Les lettres ont 0,03 en moj'enne. —La forme des lettres de l'inscription me semble annoncer beaucoup plus le milieu et la fin du v'= siècle que le iv« siècle. Elles sont d'ailleurs régulières, assez bien et assez nettement gravées, les A sont sans traverse, les V ont la première barre fortement inclinée «J. —Voyez la planche donnée par Dezeimeris.

945 Hist. et bibl. — M. Dezeimeris se rappelle avoir vu, dans son enfance, cette plaque

encore complète, trois fois grande comme le fragment qui nous en reste. Depuis, elle a été brisée et c'est le hasard qui en a fait retrouver les débris. M. Dezeimeris, avec son activité ordinaire, a fait toutes les recherches désirables pour découvrir le reste. Mais en vain. Il faut encore attendre du hasard qu'il nous rende la fin de ce précieux monument. Ce n'est pas improbable.

La grande plaque a et le fragment a' ont été trouvés «un jour de la fin de septembre » 1868, par M. Bucue, curé de Loupiac, « au pied d'une pompe », dans le jardin du presbytère de Loupiac, et publiés par Dezeimeris, Compte -rendu des séances de l'Académie, 1868, p. 46, avec fac-similé sur bois.

Les fragments b et a'" ont été trouvés après 1868 et donnés en même temps que le reste par Allmeb, Revue cpigraphique, t. I, p. 17, n° 26, et par Schexkl, éd. d'Âusone, p. XVIII. Schenkl croit à tort que les lettres de a'" sont C et V : c'est sans aucun doute S etV. — D'après Schenkl, Peiper, éd. d'.Vusone, p. 56.

Les fragments a" et c apparaissent ici pour la première fois.

rcs

. . . Lconti ca .

displicuer[e

venienti in corp[usf

usum

hominnm Dlominique? ] u . .

cendae septe[m ] ^ •

s[ubla ou snbdi]ta nocte te

v[eni]entam la[

Il me semble que la pièce est rédigée en vers dactyliques. M. Dezeimeris songe à des vers anapestiques monomètres, ce qui est possible. Mais, comme la forme dactylique est la plus commune, sinon la seule usitée dans les inscriptions chrétiennes de l'époque, et que rien n'empêche de la constater ici, je préfère l'accepter. Il n'est pas nécessaire, en efiét, de croire que les vers commencent avec les lignes de l'inscription, et d'autre part il ne paraît pas impossible de les faire finir aux points indiqués sur la pierre. — M. Braudes, qui avait proposé pour cette pièce la forme dactylique ( Wochensclirift fur klassische Philologie, t. I, col. 588, 7 mai 1884) a, dans un nouvel article {id., col. 1054, 13 août), accepté l'hypothèse de M. Dezeimeris.

Il semble qu'il manque le tiers de la pièce en longueur et deux ou

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trois lignes seulement en hauteur, au commencement. Nous avons une 945 partie de, la dernière ligne.

Est-ce une épitaphe? Est-ce une dédicace d'église semblable à celles que devait composer Fortunat (cf. notre n° 847)? L'une et l'autre choses sont probables. Pour ma part, je verrai volontiers là une épitaphe, et je regarderai cette plaque comme destinée à recouvrir un de ces énormes tombeaux de marbre (cf. p. 32) chers aux grands seigneurs de l'époque.

Du nom de Leontius on ne peut rien tirer. M. Dezeimeris pense à Leontius Lascivus, le collègue d'Ausone {Professores, 8) et croit que la pièce fut gravée par le poète sous l'image de son ami (on sait qu'il place à Loupiac la mlltda d'Ausone, cf. p. 148). Je ne puis me ranger à l'avis de mon cher maître et collègue, bien qu'il ait obtenu les suffrages de MM. Schenkl, Peiper et Brandes; ce dernier m'écrit à ce sujet: Dass der Stein zur Villa des Ausonius geliort und sich auf Leontius hezieht, steht mir oMSser Zweifel. Mais la plaque de marbre était bien grande pour orner une statue ; en outre la forme des lettres ne me paraît point convenir au iv® siècle. On ne peut guère songer aux Leontius, évêques de Bordeaux au vi" siècle (nos n°^ 848 et 849) : l'inscription est antérieure. On peut penser à Pontius Leontius, ami de Sidoine Apollinaire (cf. p. 143 et p. 158), qui vivait, comme le Leontius de notre inscription, au milieu du v^ siècle : il avait des biens sur les bords de la Garonne, du côté de Langon et de Preignac. Je n'hésiterais pas à faire cette identification, si le nom de Leontius n'était pas un des plus fréquemment employés à l'époque chrétienne, et s'il ne fallait pas se garder atout prix contre la tentation de retrouver des personnages historiques dans les morts des épitaphes (cf. p. 47) ou dans les monuayeurs de médailles.

En tout cas, le Leontius de Loupiac devait appartenir à cette aristocratie chrétienne qui au v° siècle dominait en véritable souveraine la contrée riveraine de la Garonne (cf. p. 144).

Sainte-Croix-€Îu-Mont. 94g

C'est un fait digne de remarque que les deux inscriptions les plus importantes du dépai'tement soient également du v^ siècle, et qu'elles aient été trouvées à quelques milles seulement l'une de l'autre, sur les

ÎNSCK-, T. II. ■ 20

946 bords de la Garonne, et dans cette région si riche, si peuplée, si vivante au temps des grands seigneurs gallo-romains du bas empire.

\ DEPoSITIOADEL t^

ANORVMnIii MENSIYA

ETTRI DYopCDôMNTRiN

hONORIAVGVSTI S E X a];^w PoSYIT

PATERmav.rvsivsETvrsam

D'après l'original {Dépôt d'antiques de l'hôtel Jean-Jacques Bel, n''20) [cf. planche VI|.

Descr. — Hauteur des lettres: de 0,02 à 0,045.

Plaque de marbre des Pyrénées, gris veiné de noir. — Hauteur de la plaque : 0,33; largeur: 0,62. — Voyez les fac simile de Jouanxet et de Le Blant.

Hist. — Cette inscription fut connue de Jouanset avant 1827. Elle était, à l'origine, raconte ce dernier d'après le récit que lui fit le propriétaire, « au pied des coteaux de Viole, dans les vignes du Peyrat, près de la voie publique; elle était encastrée sur la grande face d'un tombeau construit en moellons à chaux et à sable Ce tombeau renfermait encore le squelette Le propriétaire, que ce monument gênait, le détruisit,

transporta l'inscription chez lui, et, pour l'utiliser, la plaça dans le mur au-dessus d'un évier : c'est là que je l'ai trouvée ». Elle est maintenant au Dépôt Bel, uP 20.

Bibl. — JooANSET: 1° Académie, 1827, planche [III]; cf. p. 117; 2° Mémoires de l'Académie [manuscrits], tome IX (avec dessin); 3" Monuments funéraires antiques [ms.\ à la fin: 4'' Statistique, t. II, i" partie, p. 375 et 142 et fac-similé a la planche I. — De Castellane, Mémoires de la Société arch. du midi de la France, t. II, p. 182 et planche 111, n° 4, texte et dessin d'après Jouannet; — d'après la même source. Dictionnaire d'épigraphie, t. I, col. 150; de Rossi, Inscriptiones christianae, tome I, p. 226. ^= Le Blaxt: 1° Manuel d'épigraphie chrétienne, 1869, p. 55; 2" Inscr. chrét. de la Gaule, t. II, p. 384, n" 591; planches, n" 485, et préface, p. xxxiv. = Arbellût, Bulletin monumental, t. XXVII, p. 662. = Renier, fiches ms. = Nolibois, L'Aquitaine, t. II, p. 90.

Depositio Adelfi, an(n)orum nfumero) iii, mensium .... et tridiio, p(ost) cfonsulatum) domfini) nfosjtri Honori(i) Augusti sex(tum). Posuit pater Maurusiiis et Ursa mfater).

L'épitaphe d'Adeïfus est datée de l'année qui suit le sixième consulat d'Honorius lequel est de 404 : notre inscription est donc de l'an 405.

tu

3° ENTRE-DORDOGNE, FRONSADAIS, BOURGES ET BLAYAIS [Pagus Blaviensis?].

Nous réunissons ces quatre archiprêtrés, parce qu'ils formèrent long-- 947 h s. temps l'archidiaconé de Blaye (arcMdiaconatus Blaviensis) (^), et qu'ils ont sans doute constitué jadis un pagiis de la cité de Bordeaux : pagus qui a pu ou même qui a dû s'appeler, comme l'archidiaconé qui lui a succédé, du nom de la seule ville importante qu'il a longtemps renfermée, ^«^«s Blaviensis. — Cette région a une importance plus historique qu'épigraphique. Malgré le rôle joué dans l'histoire politique et religieuse du Sud-Ouest, dès le iv® siècle, par Blaye, Bourg, Coutras, Libourne, Fronsac, Saint-Emilion, nous trouvons fort peu d'inscriptions proprement dites dans cette région, et notre moisson se réduit à un lambeau d'épitaphe, des tronçons de poteries, des cuillers d'argent et à une poésie de Fortunat. — Les textes abondent sur cette région.

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