‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 56 sur 156 · AGENAIS · texte numérisé non relu

AGENAIS

Saint-Avit-de-So«lège.

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D'après l'original (collection Gaullieur). L'inscription est en grandeur naturelle.

Descr. — L'inscription est en relief sur une plaquette Je plomb aux contours irréguliers et aux bords recourbés.

Hist. — < Trouvé au revers du coteau de la Commanderie du côté de la Dordogae » (communication d'ERN. Gaullieur); cf. Soc. arch., t. IV, p. 15.

Ataaxt(i) m(anu).

C'est la marque du fondeur de cette plaque, marque qui aura été tracée en creux sur le moule et marquée en relief sur l'objet. Les inscriptions sur plomb sont fort rares, à part celles que portent les Jistulae aguariae ou conduits d'eau. Celle-ci me paraît dater des premières années du !«■' siècle au plus tôt, les caractères sont presque archaïques. — Le nom à'Ataaxtns est remarquable d'abord par son origine, qui est bien celtique (sans doute pour Ataxitus, du simple Atax), puis par son orthographe, que le redoublement de la lettre A révèle comme archaïque (cf. t. I, p. 145).

La plaque de plomb a sans doute servi , comme me l'indique M. Gaullieur, de couvercle à une urne cinéraire de même métal.

Les voies fluviales et terrestres au temps des Romains dans le département de la Gironde.

La Gironde est la région de la France oii la nature a le plus multiplié les voies de communication et d'échange. Trois rivières (Garonne, Dordogne, Isle), également larges et accessibles à la marée, viennent s'y réunir, arrivant des points les plus opposés de notre pays : en face d'elles, se trouve l'Océan avec ses routes innombrables.

Il est facile de comprendre comment, dès l'époque la plus lointaine de son histoire, ce pays a été ouvert, aussi complètement que les grands centres commerciaux du monde méditerranéen, à toutes Jes marchandises et à toutes les productions de l'empire romain et de ses annexes. On ne saurait à cet égard trouver la moindre différence entre Bordeaux et Marseille, ou Antioche, ou Alexandrie, ou Rome même : nous rencontrons ici, dans notre ville, les mêmes matières premières ou les mêmes objets fabriqués que dans n'importe quelle cité du bassin do la mer intérieure, et la multiplicité des étrangers dont l'épigraphie, en nous faisant connaître l'épitaphe, nous révèle le passage ou le séjour à Bordeaux, étrangers que le négoce pouvait seul attirer ici (cf. 1. 1, p. 149), prouve jusqu'à l'évidence que Bordeaux était un centre de commerce, un emporium de premier ordre (cf. notre VIP partie, III), et cela, grâce surtout à sa situation au centre de réunion de grandes voies fluviales et maritimes.

Mais ce n'est pas seulement à Bordeaux que nous rencontrons une variété infinie d'objets de fabrication ou de production étrangère. Les moindres localités de la Gironde présentent des ruines, et, partout, dans ces ruines, les mêmes objets industriels, les mêmes témoignages de l'activité commerciale. Pour nous en tenir aux preuves que fournissent les seules inscriptions publiées dans ce volume, nous trouvons dans le

iNscn., T. II. 26

Médoc, indépendamment de briques fabriquées par un industriel aquitain (n<" 940 et 941), des poteries romaines qui proviennent des manufactures d'Arezzo en Toscane (n° 942). Nous revoyons les mêmes marques d'industriels étrangers dans les ruines des palais luxueux de Bordeaux et dans la tombe misérable des sauvages paysans du pays de Buch (n"' 963-968). Dans la vallée de la Dordogne, nous rencontrons des inscriptions sur plomb (n" 970) ou sur argent (n" 947), celle-ci sans doute des derniers temps du bas empire, mais celle-là des premiers temps de la conquête romaine, aussi ancienne que la plus ancienne inscription de Bordeaux. Les grands sarcophages en marbre des Pyrénées, les tombeaux chrétiens à ornements symboliques (u'''944 et 962) se voient dans les moindres villages du département aussi bien que dans les cryptes éternellement célèbres de Saint-Seurin de Bordeaux, et même, fait à remarquer, tandis que les inscriptions chrétiennes de Bordeaux sont généralement sur pierre (n"' 860 et 861), celles de Loupiac et de Sainte-Croix-du-Mont (n" 94-5 et 946) sont sur des plaques de marbre des meilleures carrières, et leur gravure ne témoigne d'aucune négligence ou d'aucune impéritie de la part de l'artiste qui les a gravées, qu'il fût rural ou citadin. En somme, il est absolument impossible, au point de vue de la valeur, soit artistique, soit industrielle, des objets fabriqués ou travaillés sur place, de trouver la moindre différence entre les monuments gravés de Bordeaux et ceux du département. Il n'y a pas, chez nous, d'épigraphie ou d'archéologie rurale ou rustique.

On peut donc croire que les mêmes raisons qui faisaient de Bordeaux un centre commercial de premier ordre, permettaient de répandre dans toutes les villas qui bordaient les rivières ou se suspendaient au flanc des collines, ou, comme dit le poète (Ausone, Mosella, 20),

Culmina vilïarum pendentihus édita rijyis,

le même déploiement de luxe, les mêmes voluptés d'existence, la même splendeur de décors que dans les hôtels les plus somptueux des cités. Les ruines et les inscriptions l'attestent, nous venons de le voir, et, à côté d'elles, les poésies d' Ausone et de ses contemporains. Paulin de Noie ne compare-t-il pas le Lucaniacus de son ami aux palais de Rome (cf. p. 157), et son propre domaine d'Hebromagus ne ressemblait-il pas à une villa royale (cf. p. 141)? Qu'on lise chez Sidoine

Apollinaire la description de la villa des Pontii à Bourg (cf. p. 159), et l'on sera émerveillé des richesses que ses fondateurs y accumulèrent. Et ne voyons-nous pas Théon, dans cette villa de Dumnotonus perdue à l'extrémité du Médoc (cf. p. 132), non seulement pêcher et chasser, mais encore trafiquer avec fureur, achetant et revendant suif, cire, poix, papyrus et torches de résine (Ausone, Epistoïae, 4, 17) :

Mercatnsne agitas, îeviore nomismate caftans, Insanis quod mo^pretiis gravis auctio vendaf? Aïbentis sévi gïoluïos et pnguia cerae Pondéra, A^arycianigue picem scissamgue jiapyrum, Fumantesgue olidicm, ^aganica lumina, taedas (*)?

Cette diffusion continue et constante de la vie, de l'activité et du luxe à toutes les extrémités de notre région, se faisait grâce à ce merveilleux réseau de routes naturelles que la nature lui avait donné. Dès le temps de la Gaule indépendante, c'était par la Garonne que la civilisation, c'est-à-dire la civilisation grecque, avait pénétré ici; c'était le long de cette rivière vraiment bénie que s'était commencée la transformation de la Gaule. Strabon nous rapporte qu'on s'embarquait volontiers à l'embouchure de la Gironde pour gagner la Bretagne (4, 5, 2) : il est à croire qu'avant l'organisation de la Gaule romaine notre fleuve était une des grandes voies, sinon la principale, suivies par les négociants de Marseille et de Narbonne.

Sous la domination romaine, l'homme vint ajouter son bienfait à celui de la nature et les routes de terre compléter l'œuvre des voies fluviales.

Nous connaissons les voies romaines de la Gironde par trois documents :

1° 1,' Itinéraire Antonin, nommé ainsi de l'empereur que les Romains appelaient spécialement « Antonin », c'est-à-dire non pas Antonin le Pieux, mais Antonin Caracalla, le fils de Septime Sévère, qui régna de 211 à 217. C'est sous ce prince que le document fut rédigé dans ses parties essentielles. Nous pouvons trouver une nouvelle preuve de ce

(*j Cf. Fkakcisqde MiGHEL, Htsloirt du commet ce et de la natigaiion à Bordeaux, 1. 1, p. 11 et s.

que nous avançons dans l'étude des voies de la Gaule : les villes de la Gaule sont encore appelées de leur nom antique, Luticia, Mediolanum, Vesunna, et non pas de leur nom nouveau, Parisii, Santones, Petrocorii : or cette transformation de noms (cf. p. 121) est la suite d'une mesure due à Caracalla et commence peu de temps après son règne. D'autre part, les distances entre les villes de la Gaule sont marquées en lieues g-auloises {ïevgae, de 2222 mètres), et non pas en milles romains {niilUa, de 148r"50) : or la lieue ne supplanta le mille en Gaule que sous le prédécesseur de Caracalla, Septime Sévère. Il semble même que le compilateur de l'Itinéraire écrivît peu après cette substitution et qu'il ne fût pas familier avec le nouvel usage, car presque partout en Gaule et partout dans notre région, alors même que les distances sont évidemment des lieues, il marque, devant le chiffre, l'indication milliaplus fmmis ou mpm, croyant avoir des milles sous les yeux. Nous pouvons donc affirmer que Vltinérairc Antonm nous donne le tableau des routes de la Gironde dans le premier quart du m» siècle. — L'Itinéraire Antonin nous fait connaître les routes d'Espagne (plus loin, route no 1), de Dax (n° 2), de Toulouse (n° 4) et de Saintes (n° 6).

2° La carte géographique dite Table de Petitingcr nous permet d'entrevoir la route d'Espagne, omet celle de Dax, ajoute à l'Itinéraire celle de Périgueux(n°5), et nous donne celles de Toulouse et de Saintes avec les mêmes stations et à peu près les mêmes chiffres que l'autre document. Du reste, la Table et l'Itinéraire nous paraissent contemporains et pour les mêmes raisons : la Table indique des lieues et nomme les villes gauloises de leur nom primitif. Il ne serait pas impossible qu'on dût rattacher l'un et l'autre documents à un même travail d'arpentage officiel fait au commencement du iii« siècle.

3" U Itinéraire dit de Bordeaux à JérîisaJem fut rédigé en l'an 333 par un pèlerin ou plutôt par un groupe de pèlerins se rendant de Bordeaux aux Lieux Saints. Ce sont de simples notes statistiques prises par les voyageurs, probablement d'après les Itinéraires plus étendus qui leur servaient dans leurs étapes : ils se sont bornés à en transcrire les indications des distances qu'ils parcouraient et des relais ou des villes qu'ils traversaient. Rien ne permet de croire qu'ils fussent Bordelais. L'Itinéraire de Jérusalem ne nous indique qu'une seule route, cela va sans dire, celle qui de Bordeaux conduisait à la Méditerranée, la route qu'on pourrait appeler « route de Rome » (notre n" 3). Il est à remar-

VOIES ROMAIJfES. 295

quer que cette route n'est pas du tout la même que celle qu'ua siècle auparavant nous font connaître l'Itinéraire et la Table de Peutinger. Tandis que la « route de Rome » de ces deux documents suit la Garonne de très près, depuis Bordeaux jusqu'à Agen, passant par Bègles, VillenaA'e, Cadaujac et les autres localités riveraines, la route des pèlerins de Jérusalem s'éloigne, et sans doute dès Bordeaux, des bords du fleuve, passant par La Brède, Pujols, Bazas, Eauze et ne rejoignant la Garonne qu'à Toulouse. Les pèlerins, en prenant cette voie, allongeaient certainement leur trajet et sans profit aucun. On peut donc croire que, s'ils l'ont prise, c'est qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, c'est qu'au iv« siècle, l'ancienne route n'existait plus ou était hors d'usage. De fait, il n'en reste plus aujourd'hui la moindre trace : au contraire, la route de Jérusalem subsiste maintenant encore par portions, et ces vestiges portent le nom de « chemin Gallien». Si cette dénomination est ancienne et fondée, ce que rien n'empêche de croire, elle nous reporte au temps de l'empereur Gallien (254-268), c'est-à-dire des empereurs gaulois du milieu du m' siècle : et ces empereurs, notamment Postume, ont été de grands «restaurateurs de routes» par toute la Gaule. On peut aisément conclure de ces divers rapprochements que la route riveraine, celle qui existait au commencement du m" siècle, défoncée par quelques-unes de ces inondations terribles auxquelles la Garonne est sujette, peut-être encore ruinée par l'invasion barbare, n'aura pas été réparée ou reconstruite; qu'abandonnant les rives du fleuve, les empereurs auront décidé que la route suivrait désormais les hauteurs, à l'abri de tout danger. Quant au service des villas riveraines, il dut se faire désormais uniquement par la rivière et de ce côté la voie de terre cessa de faire concurrence àlanavigationfluviale.

Quelques-unes de ces routes ont laissé, jusqu'à ces derniers temps, des vestiges intéressants : celle d'Espagne (n" 1) au delà de Pessac, celle de Bazas et d'Éauze (n" 3) entre La Brède et Saint-Michel, celle de Blaj^e (n° 6) dans la traversée de l'Entre-deux-Mers. Cette dernière offre un exemple remarquable de la manière dont les voies romaines étaient construites dans les marais. Elles ne nous ont livré qu'une borne milliaire sérieuse, sur la voie de Blaye à Saintes (n" 6) : nous n'avons pas à insister sur celle de La Réole (n" 7).

D'autres voies (n" 7), mais d'importance secondaire, on pourrait dire des chemins de grande communication, nous sont révélées par des

ruines ou des inscriptions, des textes du moyen âge, ou la présence de noms significatifs comme celui de Cartelègue.

Cette concurrence faite par les voies de terre aux voies fluviales est, on peut le supposer, la conséquence de la domination de Rome et de l'art merveilleux avec lequel les ingénieurs du Peuple-Roi traçaient leurs voies, — droites, nivelées, incessamment restaurées et réparées, sans parler de l'admirable organisation du service des étapes publiques et privées. Il n'y avait pas de lutte possible, de Bordeaux à Agen, entre le plus léger navire et le plus lourd chariot, et la sécurité, grâce à la police longtemps fort bien faite, était aussi grande sur terre que sur eau.

Il est curieux de remarquer que, parmi les industriels ou les artisans dont les épitaphes ou les tombeaux nous font connaître la profession, aucun n'est batelier ou marin ; les étrangers gaulois morts à Bordeaux (t. I, p. 149) appartiennent à peu près tous à l'est ou au nord du pays: il ne semble pas que la Garonne ou la Dordogne en aient amenés beaucoup dans notre ville. Il n'y a pas trace à Bordeaux de nautae Garonnenses, c'est-à-dire de corporations fluviales analogues à celles que nous trouvons sur la Seine, la Loire et le Rhône, et des nombreuses représentations qu'offrent les sculptures de nos musées, une seule semble concerner les choses de la navigation : c'est le bas-relief dit des Dendrophores [ici, planche VII^, figurant peut-être des matelots ou des manœuvres transportant un mât de navire.

Ajoutez à cela que, de tous les fleuves de la Gaule, même en y comprenant le Rhône, la Garonne a eu le plus mauvais renom dans l'antiquité. La marée efi'raya longtemps sans doute les commerçants venus de la Méditerranée, et la Gironde fut célèbre par ses naufrages. Pomponius Mêla (3, 2) dit à son sujet : Fit ad ;postremurii magni freti similis, nec majora tantura navigia tolérât, verum etiam, more fdagi saevientis, exsurgens, jactat navigantes atrociter, iitiqtie si alio ventus, alio unda jpraecij)itat . Plus de trois siècles après, Claudien, qui se conforme sans doute à une vieille tradition, dira encore (In Riifinum, 2,113) :

Pemicior unda Garumnac, Occani pleno quotiens impcllitur aestu.

Sidoine Apollinaire (Carmina, 22,129) et Grégoire de Tours (Jn gloria

confess., 45) parlent même de tempêtes qui pouvaient assaillir les matelots aux abords de Bourg et de Blaye, tempêtes dans lesquelles saint Romain de Blaye (cf. p. 162), dit Grégoire, sae;pe naufragio perituros virttitis siiae salvat occursu.

On peut donc dire, même en tenant compte du hasard des découvertes, que le mouvement commercial à Bordeaux, pendant les trois premiers siècles de notre ère, s'est fait plutôt par les voies de terre que par les routes fluviales.

Nous venons de voir (p. 205) que les choses commencent à changer au milieu du m» siècle. La route riveraine de la Garonne disparaît, et la navigation reste seule à desservir les nombreuses villas qui bordent les deux côtés du fleuve. Vers l'an 300, l'État organise un véritable système de défense fluviale, destiné à fermer l'accès de la Garonne aux pirates : à Blaye (p. 161), à Bourg (p. 159) et à Bordeaux (VIP p., I), nous trouvons des forteresses considérables; à Blaye, point extrême de cette ligne de défense, on installe la milice des milites Garonnenses (cf. p. 162). A l'abri de ces murs et de ces troupes, le commerce fluvial prend au iv« siècle un véritable essor. Sans doute les pèlerins qui, sous le règne de l'empereur Constantin, partirent de Bordeaux pour la Méditerranée, se sont rendus par terre à Toulouse (p. 204) : mais il s'agissait d'un grand voyage, en vue duquel ils ont dû, dès Bordeaux, se procurer des moyens de transport définitifs, voitures et chariots. Pour les voyages de peu de durée, au contraire, le fleuve faisait à la route une victorieuse concurrence.

Nous pouvons le voir par les œuvres d'Ausone.

Ausone ne se rend jamais que par eau dans les villas qui touchent à la Garonne. Ce qui le charme dans le vieux domaine de sa famille (cf. p. 148), c'est que la marée l'y mène et l'en ramène (Edyllia, 3, 26) :

Naviger Me rejliins me vehit ac reveMt.

Ausone, Paulin de Pella et leurs compatriotes parlent maintenant de la marée, non pas avec colère, mais pour la bénir. Sidoine Apollinaire (Pancgyricus Aviti, v. 393 et s.) la décrit sans effroi, et semble même plaisanter sur ses dangers {Carmiiia, 22, 129). Si, un siècle plus tard, il se forme une pieuse légende autour des terribles effets du mascaret dans les environs de Blaye (Grégoire, Confcss., 45), on voit vite que

cette note est isolée, et que les contemporains, tels que Fortunat, regardent la marée comme un des bienfaits accordés par la nature à notre pays. Il y a maintenant, attachée au port de Bordeaux, toute une flottille marchande que les flots soulèvent et transportent dans l'estuaire de la Devèze (Paulin de Pella, 44-47) ; on sent, en lisant la description célèbre qu'Ausone a faite de sa patrie, l'importance prépondérante prise désormais dans la vie de Bordeaux par le flux et le reflux {Urles, 138-147).

Quand le poète invite son ami Paulus à le venir trouver dans ses domaines de la Saintonge , il le laisse choisir, pour s'y rendre (sans doute à partir de Bordeaux), entre le cours du fleuve et la route battue (note n" 6) qui mène à Blaye (cf. p. 161-162) {Epistolae, 10, 12-16):

Citus reni remo aut rota, Âcquoris vndosi q^ua muïtiiilicala recursu,

Gaminna pontv.m provocat, Aut iteratarum qua glarea trita viarum

Fert militarem ad BJaviarn;

et Ausone recommande à son ami, dans une autre lettre (14), de ne point faire la route sur un char attelé de chevaux fringants (rheâa), ni dans une voiture conduite par des mules rapides (petorritumj, mais de prendre de préférence un cabriolet à deux roues et à trois chevaux (cisium), ou à la rigueur de monter un cheval paisible de la poste fveredîisj; ailleurs encore (8, 6), Ausone, plus pressé, lui concède le, ;petorrit2iin. Il est vrai que la campagne d'Ausone était située au delà de la Charente, dans l'intérieur de la Saintonge : Paulus avait à faire par terre la plus grande partie du trajet, il pouvait prendre dès Bordeaux son cheval de poste ou son cabriolet. Mais on peut conclure des conseils d'Ausone que pour aller de Bordeaux à Saintes on s'arrangeait souvent pour se rendre par eau à Blaye et ne prendre que dans cette ville la route de la poste, d'ailleurs très fréquentée et sillonnée de véhicules de toutes sortes.

Quand Ausone séjourne dans l'Entre - Dordogne, à Lucaniacus, c'est-à-dire à quelques lieues de la rivière, il n'indique qu'un seul moj'en pour se rendre dans sa propriété, c'est de suivre la Garonne ou la Dordogne jusqu'à Condat, et là de se faire conduire à Lucaniacus

sur un fetorritum (cf. p. 132). C'est ce qu'il écrit à Théon, qui habite à la pointe du Médoc (5, 31 et 32) :

Unus Bumnotoni te litore perferet aestus Condatem ad portum, si modo dejjroperes.

Eemarquez qu'une seule marée, unv,s aestns, suffisait alors pour ce trajet : ce qui semble d'ailleurs une chose fort étonnante.

La correspondance d'Ausone et de Paulin de Noie est plus significative encore. Paulin, pour aller de Dax à Bordeaux, ne suivra pas la route de Salles (n° 2), il ira, faisant un long circuit, passer par Hebromagus, dans la vallée du Ciron (p. 141); cela est naturel, puisque Hebromagus est sa tiïla; mais à partir de cet endroit, au lieu de gagner Bordeaux par la grande chaussée du chemin Gallien (n" 3), il ira s'embarquer près de Langon : c'est du moins ce qu'Ausone lui conseille {Epist., 25, 125). Voyez encore l'histoire de Philon {Epist., 22). Philon trafique sur la Garonne et le Tarn, aussi bien que sur les côtes de la mer et sur les grandes routes; il a toute une petite flotte pour son commerce, des voiliers et des pirogues, des barques et des brigantins, et des radeaux,

Acatis, pliaselis, ïyntrihus, stïattis, rate Tarnim et Garumnam fermeat ;

c'est lui qui approvisionne de denrées, fruits, sel et froment, les campagnes et les villages, les chàteaux-forts et les demeures seigneuriales. Or, il lui est arrivé un contre-temps. Un jour il s'est trouvé à Hebromagus, dans la villa de Paulin, dépourvu de tout moyen de transport et avec toute une cargaison destinée à ravitailler le Lucaniacus d'Ausone. Au lieu de gagner Bordeaux par la voie de terre, il attendra patiemment que Paulin lui fournisse quelque tartane, il s'embarquera près de Langon et ira tranquillement par eau et en faisant le détour du Bec-d'Ambès, retrouver à Condat les petorrita d'Ausone, lequel pendant ce temps a peur de manquer de provisions. 11 paraît bien que, soit par goût, par économie ou par commodité, soit plutôt parce que le fleuve était plus sûr que la grande route, on ne se servait de la dernière à la fin du iv^ siècle qu'en cas d'absolue nécessité. Quand le petit-fils d'Ausone, Paulin de Pella, revient de Rome en 379, c'est par le fleuve qu'il rentre dans Bordeaux, en passant sous la porte Navigère.

210 INSCniPTION'S ROMAINES DE BORDEAUX.

Les malheurs du v' siècle ajoutèrent, sans nul doute, à l'abandon et au discrédit des vieilles chaussées romaines, ainsi que des routes plus nouvelles des Césars g-aulois.

Le passage incessant des Barbares par la grande voie de Bordeaux à Bazas, qu'ils durent suivre notamment en 414 (Bladé, La N'ovempopulanie depuis l'invasion, p. 21), ne laissait guère de libre pour les voyageurs paisibles que les eaux du fleuve. Aussi peut-on dire que dès l'an 400, tout le commerce, tout le trafic, tous les voyages dans notre région se font par eau et qu'on s'embarque sur la Garonne dès qu'on la rencontre. Quand Sidoine Apollinaire vient visiter ses amis d'Aquitaine, il quitte la grande route dès qu'elle atteint le fleuve {Fpist., 8, 12; :

Venif, atque post vercdos

Remis vdivoïum quatit Garumnam.

Lisez la lettre de Sidoine à Trigetius. Sidoine, qui est à Bordeaux, invite Trigetius, qui est à Bazas : il ne connaît qu'un seul chemin que puisse prendre son correspondant. De Bazas ou de ses environs l'ami de Sidoine fera par la route les XI ou XII milles (16 à 18 kil., il y en a en droite ligne 14 à 15) qui le séparent du port de Langon, où il s'embarquera {Fpist., 8, 12), en profitant de la marée, sur un des nombreux navires de Pontius Leontius (cf. p. 143). De prendre le chemin Gallien (plus loin, route n^S), il n'est nullement question; et même la route de Bazas à Langon, sablonneuse et exposée aux vents, semble n'avoir pas été très commode, car elle ne laisse pas que d'effrayer grandement Trigetius.

Il est à remarquer que Sidoine compte la distance, entre Langon et Bazas, en milles et non en lieues. De la même manière, un siècle plus tard, Fortunat compte en milles la distance qui sépare Bordeaux de Bissonmnn (p. 139). On peut supposer que les lieues étaient, dès le v' siècle, tombées de nouveau en désuétude dans nos régions.

Il semble résulter de ce que nous venons de dire que la vie, au v" et au vi° siècle, se concentre tout entière ici sur les deux rives de nos grandes rivières, de la Garonne surtout. Nous revenons au temps d'avant la conquête romaine, alors qu'il n'y avait de commerce et de mouvement que sur les eaux du fleuve. C'est au bord de la Garonne qu'on trouve presque toutes les villas de l'aristocratie chrétienne (p. 146 et p. 161). La seule villa de Leontius qui soit sur une grande route, Bisson-

nuMj est regardée comme perdue dans un pays sauvage, et cela à VII milles de Bordeaux (p. 139). En revanche, si la vie se limite aux deux rives du fleuve, elle est d'autant plus intense et brillante, et il ne semble pas que les villas de Pontius Leontius à Bourg (p. 159) et de Léonce II à Baurech ou à Preignac (p. 140 et 145) aient été inférieures en grandeur et en splendeur aux demeures des Gallo-Eomains du second ou du quatrième siècle. Seulement, par précaution, on les fortifiait.

Toutefois la richesse et l'activité ont dû s'arrêter sur les bords et sur les flots de la Garonne à la fin du vi^ siècle. Les descriptions données par Fortunat sont le dernier tableau du bonheur de notre région. Elles sont contemporaines des tentatives de Brunehaut pour réparer ou remettre en honneur les vieilles chaussées romaines, — tentatives qui ont laissé quelques souvenirs dans nos régions (n° 7, p. 234). On peut* dire qu'à partir de l'an 600, la circulation s'arrête ici.

Elle reprend avec l'arrivée de Charles Martel et de ses Francs, et surtout sous l'intelligente direction de Charlemagne. Mais alors elle recule en amont de la Garonne et se transporte du Bordelais dans le Bazadais (cf. p. 179). Le nouvel empereur semble avoir beaucoup fait pour les routes de ce pays, et, autant que l'on peut l'entrevoir, son œuvre a été curieuse et prévoyante. Il a dû avoir pour double but d'assurer la rapidité de ses communications avec l'Espagne et la défense de la vallée de la Garonne contre les pirates. Il y est arrivé en combinant le système des routes romaines avec une série de fortifications nouvelles. On sait et l'on verra que les voies romaines menant du centre de la Gaule aux bords du fleuve l'atteignaient aux trois points suivants : Blaye, Bordeaux et La Réole. Les deux premières routes, fréquemment suivies par Charles Martel et Charlemagne, ont dû être déblayées, sinon réparées. Pour la seconde, en particulier, la tradition appellerait « chemin de Charlemagne » la partie de la voie qui suit les hauteurs de Fronsac à Guîtres, et « pont de Charlemagne » les vestiges d'un pont sur le Lary (route n° 5). La troisième route, peu importante au temps des Romains, prend sous Charlemagne une valeur considérable. Qu'on le remarque bien : si l'on continue sa direction merveilleusement rectiligne au sud de La Réole, on arrivera à BeneJiarnum (Lescar) et de là au col de Somport (Sximmus Portus), le principal passage des Pyrénées dans l'antiquité et au moyen âge, et on verra que c'est la route la plus directe qui conduise de la Loire en Espagne

et de Paris à Saragosse; elle est plus directe que celle de Dax (n» 2) et que celle des étang-s (a" 1). Chariemag-ne a vraisemblablement porté toute son attention sur cette route, qu'il a peut-être comme créée à nouveau, et j'imag'iue que la station de Ad Francos (Francs), remonte à son règne. Vers l'an mil, c'était encore une des plus grandes voies de la région (cf. plus loin, n" 7).

Voilà pour les communications. Voici comment Charlemagne compléta la défense. Partout où ces routes croisaient un grand fleuve, il fit en sorte qu'il y eût un poste fortifié. La première débouchait à Blaye, qui garda ses remparts romains (p. 161). La seconde atteint la Dordog'no à Fronsac : Charles construit à Fronsac une forteresse de premier ordre (p. 158) ; elle rejoint la Garonne à Bordeaux : Bordeaux a ses remparts. La troisième, enfin, arrive à La Réole. Près de La Réole s'élève le palais carolingien de Cassinogilum, singulier et colossal mélange de nillae, d'églises et de forteresses (p. 179). Et, en outre, de même que cette route, qui croise la Garonne près de Casseuil, est la plus importante des trois, de même Casseuil devient véritablement le centre de défense des voies de terre comme des voies fluviales de notre région. Il n'y a pas là seulement une forteresse, mais aussi une flotte, l'une et l'autre commandant à la fois, de cette manière, et à la grande route d'Espagne et à la grande artèi'e fluviale.

C'est ainsi, comme nous avons le droit de le supposer, que Charlemagne a merveilleusement compris et complété, dans le système des voies de notre région, l'œuvre de la nature et celle des Romains. Jusqu'au xviii" siècle, la vie de ce pays n'a pus circulé par d'autres routes.

r ROUTE D'ESPAGNE [Do Hispania in Aquitaniam].

[Le coniraeni'amcnt de la roule mantiuo : il ne rasta qu'an lambeau du chiffra de la derniôro âtnpe].

rai. ÈÊj ^urbtflab.

Tiiile dePevtinoer, sogmont I, a, éd. De,-jardiss; cf. p. 33.

Losa

Boios

Burdigalam

mpm VII mpm XVI

Itinérairi Antonin, p. 456, éd. Wesselinu ; p. 213, cJ. Pahthby et PiMDtR.

Var. — 2^ 1. : VI daaa un seul ms. — 3' 1. : XVIH dana un seul ms.

Var. — Oa peut accepter le chiffre VîII, qui, dit Desj.^rdins, p. 39, « était encore visible avant 1753 ; car il est porté sur les cuivres de 159S, 1632 et 1728 ». — M. von Schneider, qui a bien voulu consulter à notre intention le ms. de Vienne, est aussi de cet avis, et m'écrit : Blelbt demnach die Lesung jwiscken Vlll und XIII scluoankend, so môchto ich indcs nach tviederholter Prûfung und Verglcichung mit voUst'dndig crhaltencn Zahlen die crsterc, VIII, fur wahrscheialicher hallon,.

De Losa à Boii : Vil lieues [X milles \, 15 kil. I], d'après l'Itinéraire.

Losa doit être cherchée à Lose ou Lause, quartier de Sang^uiuet.

Quant à Boii, je ne vois aucun obstacle à regarder ce nom comme celui du chef-lieu des Boii, chef-lieu dont le nom ancien aura disparu pour être remplacé par celui de la nation, — en admettant, ce qui est douteux, qu'il y eût deux noms différents. Rien n'empêche non plus de regarder comme la capitale primitive des Boïens La Teste-de-Buch (cf. p. 193).

Bibl.— D'Akville, p. 168 (La Teste et«Leche »). = Walckenaee, Géographie ancienne des GauleSj t. III, p. 107 (place Losa dans « le bois de Licogas », et Boii à « Bouges »). = JOHANNET, statistique, t. I, p. 223 (place Losa h. Lause et Boïos [sic] « entre les Arg-ent'eres et La Motlie >). = Lapir, dans le Recueil des Itinéraires anciens de Fortia d'Urdan, p. 137 (Sanguinet et La Teste). = Braouehaye, Société archéologique, t. V, p. v!» (place Boii a. la Vignotte près Audeage). = Longnon, Atlas historique de la France, texte, p. 26 (place Boii k Argeateyrss) et p. 29 (Losa a Lose).

De Boii à Burdigala: XVI lieues [XXIVmil., 35 kil.f, d'après l'Itinéraire. De ? à » : VIII lieues [XII inil.,18kil. |, d'après la Table.

II y a de La Teste à Bordeaux 52 kilomètres environ, VII à VIII lienes de plus environ que n'en indique l'Itinéraire. Comment expliquer cet écart? Le moyen semble avoir été bien vu par d'Anville. Ce dernier supposait que l'Itinéraire avait omis une station entre Boii et Bordeaux, et, remarquant ce chiffre (qui est bien VIII), que la Talle de Peutinger place avant Bordeaux dans la direction de l'Espagne, il en concluait qu'il indiquait la distance entre Bordeaux et cette station omise par l'Itinéraire : en effet, disait-il, en ajoutant ce VIII au XVI de l'Itinéraire, ou a XXIV lieues, la distance entre Bordeaux et La Teste. Cela me paraît fort plausible. Cette station serait, suivant Baurein, le Fines de la Croix-de-Hins. Nous aurions dans ce cas :

Boii-Fines : XVI. — Fines-Biirdigala : VIII.

Malheureusement la Croix-de-Hins (ici, n° 943) est à plus de VIII lieues de Bordeaux.

Baurein et Jouannet disent avoir reconnu la voie romaine des bords de la Leyre à Pessac. Les anciennes cartes la mentionnent :

« Il subsiste encore en divers endroits des vestiges de cette ancienne voie, eotr'autres, dans cette partie du chemin Bourjès ou de La Teste qui est connue sous la dénomination pasconne de lecade, c'est-à-dire, Ici-ce, qui se fait remarquer d'une manière sensible au travers de la Lande, et qu'on retrouve depuis le bois de Garjinct (paroisse de Pessac), jusqu'au lieu appelé aux Arresiicux, et de là, en passant au lieu de la Croix-de-Heins, jusqu'à la Paroisse de la Mot/te en Buch » (Baurein). — C'est cette voie que la Carte de la Guyenne de de Belleyme, n° 26, et la carte de Cassim appellent « Ancienne Levée >, entre la Croix-de-Hins et les Arestieux.

Cette route devait passer non loin de la villa de Bissonnum (Besson, cf. p. 139), à la hauteur du VIP mille depuis Bordeaux.

Bibl. — D'Anville, p- Ki^. = Baurein, III, p. 302-305 (accepte l'hjpothèse de d'Anville). = Jouannet, Statistique, I, p. 223 (s'en tient aux chiffres de V Itinéraire).

2" ROUTE DE DAX [Ab Aquis Terebdlicis Biirdigalam].

Telonnum

Salomaco

Burdigala

nipin XII mpm X VIII

Itinéraire Antonin, p. io6-7, éd. Wbssel'.no ; p. 218, éd. I'ahiuey et Pindeh.

Var. — l''^ ligae: Telomnum, Tolominum, Telounuin, Tolonmum daas différents mss. — 2^ ligne : Salamoco dans deux mss., Saloniaco dans un.

De Telonnum à Salomacum : Xîl lieues [XVIII milles, 26 kil. j,].

Teïonnmn me paraît être justement cherché dans la commune de Liposthey, à peu près à la distance donnée par l'Itinéraire.

Salomacum ne peut guère être placé qu'à Salles, moins à cause de la similitude de noms qu'à cause de la situation de la localité (dans le pays de Buch : Salae dans les documents du xiv siècle) ; c'est là que la route traversait la Leyre. On sait que l'on a découvert et que l'on découvre constamment des ruines romaines à Salles; sa situation exceptionnelle aux bords de la Leyre, qui l'a fait appeler « le Paradis des Landes », a dû provoquer de très bonne heure la formation d'un centre important de population.

On remarquera que, si notre hypothèse est justifiée, la route romaine faisait un léger coude pour passer par Salles. Le chemin le plus direct eût été par Belin, oii on croit avoir reconnu des vestiges d'un chemin ancien (Jouannet, S(at., I, p. 225). J'incline à penser qu'il y avait, eu effet, une route un peu plus directe par Belin, et que cette route,

secondaire dans l'antiquité, est devenue la route principale au moyen âge, la route des pèlerins d'Espagne, celle par laquelle le faux Turpin fait revenir Charlemagne (cf. p. 138).

Blbl. — D'Anville, p. 230 et 572 (place la première station vers Marausin, la seconde h « Sales »). = Baubein, IH, p. 371 («Sales»: on sait que Sales est l'ancienne orthographe). = Walckenaer, t. m, p. 108 (donne pour Tdlonum. [sic], «Loustaley et Importey» et pour Salomacum, Salles). = Jouannet, Statistique", I, p. 224 (Salles). = Lapie, p. 137 (Trensac et Sore). — Longnon, Atlas historique, texte, p. 31 (Lipostey et L'Hospitalet).

De Salomacum à Burdigala : XVIII lieues [XX'v'II milles, 40 kil.].

Il y a en effet 40 kilomètres environ de Salles à Bordeaux en droite ligne.

Les vestiges de la chaussée romaine sont constatés par Jouannet, entre Le Barp et Cestas :

« Entre Salles et Bordeaux, nous avons pour points de reiicrc une portion considérable de la Toie elle-même.... La portion de la voie existant encore porte les noms de Lebade, Lecade, Camin-Rouman » (Jouannet, Statistique).

Sur cette ligne, nous trouvons à 13 kilomètres, VI lieues gauloises, de Bordeaux, la commune de Cestas, autrefois Sestas ou Sestars. Il semble difficile de ne pas y placer la VI» lieue gauloise en venant de Bordeaux, et de ne pas faire venir le nom de la commune de «Âd Sextam Leugum ».

L'abbé Jaubert signale près de Cestas la trace d'un ancien chemin appelé « le chemin du Pas-de-Luc ».

Bibl. — Jacbert, Dissertation sur un temple octogone et plusieurs bas-reliefs troucés

à Cestas (1743, in-8°, Bordeaux), p. 4G.= D'Anville : 1° Èclaircissemcns Qco;iraplvques sur l'ancienne Gaule (Traité des mesures), p. 5; 2" Notice, p. 230 et 572. ^ Baurkin, II, p. 397. = Jouannet : 1" Musée d'Aquitaine^ t. II, p. 271 ; 2» Statistique, I, p. 224.

3" ROUTE DE BAZAS ET D'EAUZE [A Burdigala Hieriisalem].

Civitas Burdigala Aliitalio Stomatas Miitatio Sirione Civitas Vasatas Miitatio Très Arbores Mutât 20 Oscineio

leug VII leug VIIII leug VIIII leug V leug VIII

Viniraire de Jérusalem, éd. Wessei.ing, p. 549;

éd. PARTHtY el PiNDER, p. 261.

De Burdigala à Stomates: VU lieues [X milles \, 15 kil. J].

L'emplacement de >S?om(2/^5 ne peut faire l'objet d'aucun doute : c'est, à 16 kilomètres de Bordeaux, le bourg de La Brède, appelé dans les documents les plus anciens Sanchcs JoMnnes de Stontes, de Estontis, de Stam;pis, etc. (cf. les Comptes de V Archevêché , du xiv^ siècle, dans les Arch. hist., t. XXI, p. 55, 69, 266, etc., t. XXII, passim). Le ruisseau de La Brède s'appelle encore «ruisseau de Saint-Jean-d'Estampes».

La route romaine se serait donc écartée de la Garonne pour aller plus vers le sud, contournant, ainsi que le fait la route nationale de Toulouse, la région de Saint-Médard-d'Eyrans et d'Ayguemorte.

Bibl. — D'Anville, p. 619 ( « On ne sçauroit dire si cette dénomination seroit analogue au Sionia de la langue grecque, le lieu dont il est question pouvant se rencontrer au débouchement d'un ruisseau dans la Garonne»). = Baueein, t. III, p. 68 (place Stomatas àPortets). = Walckenaer, t. III, p. 93 (Saint-Médard-d'Eyrans). = Jouannet, Statistique, I, p. 217 (place cette station «entre le lieu nommé la Dehés et un petit ruisseau »). = Lapie, p. 171 (Castres). = Longnon, Atlas historique de la Gaule, texte, p. 31 («au passage du ruisseau de Saint-Jean-d'Esta.mpes »).

INSCH., T. II.

De Stomates à Sirio: IX lieues [XIII milles i, 20 kil.J.

Sirio, c'est évidemment ou la bourgade de Gérons ou la rivière de Ciron, l'une et l'autre devant porter dans l'antiquité le même nom, comme elles le portent de nos jours. Gérons est trop près, et, de plus, se trouve trop à gauche, bien en dehors de la direction que doit nécessairement suivre la route de Bordeaux à Bazas. Notre Sv'io est donc le Giron, et l'Itinéraire marque l'endroit oii la route franchit la rivière. Si nous tirons une ligne droite de La Brède à Bazas, nous voyons que cette ligne coupe le Giron vers Pujols, exactement à 20 kilomètres de la première localité, c'est-à-dire à la distance indiquée par l'Itinéraire.

G'est sur cette portion de la route, dans les communes de La Brède. Saint-Morillon, Saint-Selve et Saint-Michel, que se trouve le fragment de voie romaine le mieux conservé que possède le département : cela n'est pas étonnant, si l'on songe que cette route est la dernière que les Romains aient tracée dans notre région (cf p. 205). Ge fragment est connu de mémoire d'homme sous le nom de « chemin Gallien » :

< Il subsiste dans certains bois de cette Paroisse [La Brède], des restes sensibles d'une voie Romaine qu'on suit pour se rendre de Saint-Seve au grand chemin de Boi'deaux, et qui fait séparation de la Seigneurie de Laprade d'avec celle de I.abrede. Cette voie est encore actuellement connue sous la dénomination de Chemin Galien».... « Ces vestiges subsistoient encore très-sensiblement avec leur pavé, dans le parc du château de La Prade, il y a vingt ans... De là ils traversoient le grand chemin de Toulouse..., et alloient traverser la Paroisse de Saint-Seve pour gagner les landes. Oa retrouve cette voie Romaine plus ou moins sensiblement en d'autres endroits, sur-tout dans la Paroisse de Saint-Michel de Rieu-Freyt. Le lieu où l'on peut la distinguer le mieux, dans la Paroisse de la Brède, est près le Village du Rey, dans la pièce de terre du sieur Tandonnet, appellée Giiyon et Rafpn, et ce lieu est encore connu et désigné, malgré le laps du temps, sous le nom de Tcrrey Galian. Il a encore un caractère particulier, c'est qu'il sépare les Paroisses de la Brède et de l'Isle Saint-George » i^Baureis). — La Carte de la Guyenne, n" 27, de de Belleyme, et celle de Cassisi donnent très exactement, entre le château de La Prade et Saint-Selve, le tracé de ce chemin, que la première appelle « Vestige d'une Ancienne Levée dite Chemin Gallien ».

« Nous avons de plus pour nous diriger 4,000 toises de la voie antique, dans la direction du château de la Prade au Ciron, passant par lUats; ces traces s'effacent avant Illats, mais ou les retrouve très reconnaissables sur le territoire des communes de Labrède de Saiut-MorilloD, de Saint-Selves, etc. ; elles y sont désignées sous le nom de c/icmm Gallien ou de camin Gallian » (Jouaxnet).

Blbl. — D'Anville, p. GOS (« pont de Siron »). = Baureix, t. II, p. 403; cf. p. 258;

t. m, p. 14^ cf. p. 68 et 82. = Walckenaer, t. III, p. 93 (donne pour Sirio un « pont sur le Céron, vers son emboucbure»). ^ Jouannet, Siatistiqua, t. I, p. 217. = Lapie, p. 139 et 171 (n'admet qu'un seul Slvio, Preignac). = Longkon, p. 31 (un seul Sirio, Gérons).

De Sirio à Vasates : IX lieues [XIÎI milles i, 20 kil.].

Vasatcs étant indubitablement Bazas, et la distance à vol d'oiseau entre cette ville et le Ciron étant à peine inférieure à celle que donne l'Itinéraire, il n'y a aucune incertitude à avoir sur la direction suivie par cette portion de la route : elle continue la direction précédente.

Bibl. — Jouannet, Statistique, I, p. 217. = Longnon, dans son Atlas historique de la Gaule, carte II, embranche la route de Bazas sur celle d'Agen à Langon : de Langon à liordeaux, il n'y a pour lui qu'une route.

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