‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 59 sur 156 · ROUTES NON MENTIONNÉES DANS LES ITINÉRAIRES · texte numérisé non relu

ROUTES NON MENTIONNÉES DANS LES ITINÉRAIRES

Les Itinéraires ne nous donnent pas toutes les routes et parfois même omettent des routes importantes : il est évident que la viabilité romaine dans notre département n'était point limitée aux six grandes voies qui rayonnaient autour de Bordeaux. Toutefois il est périlleux de rechercher les autres, et hasardeux de les signaler : on ne peut à bon escient indiquer ou supposer une voie romaine que lorsqu'on est amené à le faire : 1° par des traces appréciables de la chaussée , 2° par la présence de noms significatifs ou de bornes milliaires, ou, entin, 3° par un texte ancien ou médiéval d'une précision absolue.

Le Médoc était sans doute desservi par une voie parallèle à la Gironde. Jouannet prétend en avoir reconnu les traces non loin de Bordeaux :

« La voie romaine qui conduisait de Bordeaux à Noviomagus sur l'Océan [? cf. p. 131], passait au Bouscat; il n'en reste aucun vestige; mais on en retrouve quelques traces au-delà de Bruges dans les communes du Pian et de Parempuire » (Jouannet, Musée d'Aquitaine, t. I, p. 164).

Au delà du Pian, il semble que sa direction soit marquée par les localités d'Arsac, Avensan, Moulis, Listrac, Saint-Laurent, Saint-Sauveur, Cissac (cf. p. 136), Verteuil (p. 134), Saint-Germain-d'Esteuil (où la route retrouvait Noviomagus, p. 131), Prignac, Queyrac, Vensac, Soulac, localités toutes d'origine gallo-romaine, et qui se succèdent régulièrement sur une ligne exactement parallèle à la Gironde. C'est sans doute l'ancienne voie romaine qui servit, jusqu'au xviii" siècle, sous le nom de Levade (cf., sur ce nom, p. 214) :

« Avant que feu M. de Tourny père eût ouvert cette route qui conduit à Casteinau, à Lesparre et à l'extrémité du Médoc, il en existait une autre très-ancienne, qui traver-

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sait également les landes d'Arsac, en passant de là au, lion des Ormes dans la paroisse de Moulix, ensuite à Saint-Laurent et do là dans le Bas-Médoc. Il subsiste dans Arsac et dms plusieurs autres Paroisses des vestiges sensibles de cette ancienne route, qui est connue dans la Paroisse dont il est ici question, sous la dénomination Gasconne de lecade, c'est-à-dire IcocCj qui se fait connoitre par une esaece de dos d'âne qu'on remarque dans ces Landes » (Baurkin, t. I, p. 383, cf. Jouannet, Statist., t. I, p. 2-2S).

Dans le pays de Cernés, nous avons déjà supposé (p. 215) qu'une voie directe, venant s'embrancher près du Barp, sur la grande route d'Espagne, évitait le coude de Salles et passait par Belin, voie qui a dû devenir principale dans le moyen âge : ce qui a fait la fortune de Belin.

Sur la rive gauche encore, on peut supposer qu'un chemin conduisait de Dax à la Garonne par Hebromagus (cf. p. 141 et 209) pour aboutir à Preignac : mais nous sommes là en pleine hypothèse.

Ce qui est plus certain, c'est l'existence d'une route fréquentée de Bazas à Langon, où nous savons que les habitants de cette première ville s'embarquaient d'ordinaire (cf. p. 142 et 210).

Je ne doute pas qu'il n'y ait eu une voie diagonale dans l'Entredeux-Mers et dans la Benauges, à peu près à égale distance des deux rivières, là où est aujourd'hui la route de Bordeaux à Sauveterre. De fait, M. Drouyn rappelle l'existence, au xi" siècle, près de La Sauve- Majeure, d'un chemin appelé « Chemin de Brunéhilde », chemin mentionné dans le petit Cartulaire de La Sauve, et qui doit sans doute remonter à l'époque romaine (^).

Lapouyade et M. Drouyn supposent une route sur la rive droite, de Cadillac à La Réole ; ce serait, d'après eux, celle qu'on appelait autrefois lou cami de la poste, «le chemin Paganeau > (en 1522, dans la paroisse de Sainte-Croix, cf. p. 153), «le chemin Royal» (en 157G,

(1) Cf. Nie. l)EH3iEn, Ifist'ire des grands r.hemins de V Empire ItomiUn, 17J8, p. 98 : •• Do l'hisloiro fabaleuso deicbausséjs de BruueliauU •.

dans celle de Loupiac, cf. p. 150). Mais cela paraît une pure hypothèse.

Bibl. — Cf. DnouYX, Essai sur i Entre-dcttx-Mers dans les Actes deV Académie, 1870, p. 330; = Lapooyade, Actes de l'Acadiraie, 1816, p. 306.

En revanche, nous connaissons d'une façon formelle une voie qui 972 coupait du nord au sud toutes nos rivières, d'Aubeterre à La Réole, et qui paraît avoir été, surtout aux temps carolingiens, d'une grande importance. Nous ne sommes renseigné sur cette route, il est vrai, que par un texte du moyen âge : mais il est probable qu'elle date de l'ère romaine, et qu'elle aura été seulement réparée par Charlemague, dont elle conduisait directement les armées vers le col principal des Pyrénées (cf. p. 211) : c'est près de l'endroit où elle coupait la Garonne (à l'endroit oii précisément la marée se faisait sentir) que les Carolingiens élevèrent Cassinogihtm (cf. p. 179).

Le texte en question est le récit du voyage d'Abbon, en 1004, tel que le fait Aimoin dans sa biographie du saint. Abbon part de Poitiers pour se rendre à La Réole : au lieu de suivre la vieille route romaine (p. 228) de Poitiers à Bordeaux par Saintes et Rlaye et de remonter ensuite la Garonne, il va directement vers le sud, par Charroux, Nanteuil, Angoulême, Aubeterre (castrum Albaterra) , Francs (villa Ad Francos) , d'oîi une dernière étape le mène à LaEéole (cf. Pfister, i?oJeri; le Pieux, p. 289). Au delà, la route devait se prolonger par Aillas {castrum Alliardense'i cf. p. 178) et Beneharmim, (Lescar) vers le grand col des Pyrénées : elle est exactement en droite ligne de Poitiers àSaragosse par le Somport.

Aimoin, Vita s. Abbonis, apud Migne, Patrologie latine, t. CXXXIX, col. 408 :

§ 18. Porro nos eadeni die qua de Allatcrra promovimus, transmeato Ella flurnine, una cura beato Abbone, in villa, qiiae Ad Francos dicitur, hospitati sumus

§ 19. Inde ad Dordonao fluenta ventum;quo enavigato amne, Guasconiae fines imjrediuntur. Transmeantibus Dornoniani, antcquam ad praefatum venlatur Reijulae coenobiuni, Droth torrens occurrit

Col. 409, § 20. Monasterium Begulae.... inmonte est positum.... Ab oriente inter ipsutn et alterum montera vallis existit perangusta, per quam fons méat, quam incolae Mosellam nuncupant ; simili modo ab accidente alterius fontis rapido alluitur cursii, cui Mosa nonien est. Ilaec nomina a Francis illis iniposita aestimantur, qui a Magno Carolo ad tuitionem provinciae ibi relicii sunt. Non longe quippe ihi abest palatiun ipsum magni principis Cassinogilum, scd quasi tribus milliariiSj etc.; cf. p. 180 et p. 184.

Grivaud de La Vincelle doiiue, sans doute d'après uu grossier dessin pris sur les lieux et à lui envoyé, l'inscription suivante, qui aurait été trouvée à La Réole (sur les antiquités de cette ville, cf. p. 184) :

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