‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 66 sur 156 · LE CACHET DE NERON · texte numérisé non relu

LE CACHET DE NERON

Reproduit d'après le dessin donné par de Lurbe, éd. de 1595.

Hist. — De Lcrbe raconte qu'en juillet 1594 oa trouva, au milieu des ruines romaines du Mont-Judaïque (cf. notre n" 35, hist.), « une médaille de bronze représentant le cachet de Néron», et qu'elle fut recueillie par les Jurats pour être conservée à l'Hôtel-de-Ville. Pendant longtemps on la montra aux étranarers comme une des curiosités de Bordeaux : l'auteur des Dclicrs de la France, de 172S, dit encore que dans l'Hûtel-de-Ville « il 3- a beaucoup de belles choses à considérer, comme des Statues, des Inscriptions, le Cachet de Néron > (t. II, p. 277). — On ne sait quand elle disparut.

Bibl. — L'inscription de notre plaquette a été publiée, comme antique et d'après l'original, par: de Lvrbe, Discours, éd. de 1595, p. 61; éd. de 1619, p. Gl r" (recopiée, d'après cette édition, par Séouier, Index antiqu. inscr. [ms. 16933], f" 255); éd. de 1672 et de 1703, p. 43 (réimprimée d'après ces dernières éditions dans la Soc. arch., t. Vil, p. 118). — Donnée en outre, d'après de Lurbe, par : Bouhier [ms. 20317], {° 409, n° MCCCCXXI: — Vendti, p. 24; — O'Reilly, Histoire, 1" p., t. I, p. 630; = Sincercs, Itinerarium, éd. de 1627, p. 389; éd. de 1616, p. 3S. Inde, de Beaumesnil [ms. de Chasteigner] ; = Montfaucon, L'Antiquité expliquée, t. I, p. 160; = [Tillet], Chroniques de [1718], p. 7. = (Cf. SÊGUIER, Index absolutissimus, t. II [ms. 16935], f 642).

Quoique de Lurbo affirme (et il est probable qu'il était de bonne foi) que l'objet en que.stiou a été trouvé dans les ruines des thermes du

Mont-Judaïque, on peut croire sans hésiter qu'il n'a été fabriqué ni à Bordeaux ni dans l'antiquité. C'est l'œuvre d'un artiste italien de la fin du xY® siècle, et nous pouvons, grâce à l'excellent livre de M. Molinier sur les Plaqi.iettes de la Eenaissance (I" vol., 1886, Paris, Rouam, in-8°), retrouver aisément l'origine de la nôtre. Les Médicis possédaient une cornaline antique représentant Apollon et Marsyas et portant pour légende lettere anticJie titolate del nome diNerone, dit Lorenzo Ghiberti, légende qui la firent appeler «le cachet de Néron». Elle est aujourd'hui perdue, comme le suppose très justement M. Molinier, mais nous en conservons une description minutieuse, due à Ghiberti, qui avait été chargé de la monter en or. « De toutes les pierres antiques imitées à la » Renaissance, la cornaline des Médicis est celle qui a été le plus souvent » copiée ». On la reproduisit notamment sous la forme de plaquettes en bronze, qui furent tirées à bon nombre d'exemplaires, puisque M. Molinier (n° 2 et p. 5) en a trouvé au Louvre, à Berlin, et dans les collections Courajod, Picard, Dreyfus et Leroux. Notre plaquette n'est qu'un exemplaire de plus à ajouter aux précédents. Notons toutefois qu'il faut distinguer entre ceux qui n'ont pas et ceux qui, comme le nôtre, portent l'inscription au nom de Néron. Ces derniers sont les plus précieux, car ils sont des copies plus fidèles et plus exactes de la cornaline originale ; je n'en connais que trois : 1" celui qui existe au Musée de Berlin (Molinier, n° 2); 2" le nôtre; 3° un troisième, également disparu, et qui faisait partie de la collection de du Choul {Discours s%ir la religion des anciens Romains, Lyon, in-f", 1556, p. 196; in-4'', 1567, p. 213).

■.•.-.SAL.-.-.-.AV QVOD.-

Lecture de Rubens.

Lecture de Peiresc.

.N QVOD. •.-.•.

Fragrmeiit de la légende d'un camée représentant un buste de femme, supposée Messallne, et soi-disant trouvé k Bordeaux au quartier de la Chapelle Saint-Martin (cf. t. I, p. 92, et t. II, p. 250).

Voici, d'après la correspondance échangée entre Peiresc et Rubens, l'histoire de ce camée :

Peiresc semble s'être procuré cette gemme a Bordeaux vers le mois de juillet 1623 et l'avoir envoyée sur-le-champ à Rubens, qui, on le sait, collectionnait les pierres avec un soin jaloux. Il faut regarder comme un accusé de réception ces mots de Rubens dans une lettre du 10 août 1623, adressée à Peiresc (Bibliothèque Méjanesà Aix, ms. n° 1029,

\/| î" 185 et f'" 221 [copies]): Par conio dell; Qcnvne, io perseuero ù rendcrne à V. S. infinité

gracie con aniino pcro di rostituirle à V. S. un giorno, o frà tanto Le prouedero dclli inipronti. — A la date du 22 août, Rubeus demande h. son correspondant de plus amples détails et Peirese lui répond en ces termes, le 27 septembre (Bibliothèque de Carpentras, Correspondance de Peirese, t. V, f'' 714 [copie]; cf. notre t. I, p. 610, n" 25) :

Lm cor(isiss;a L;ra de V. S. dclli 22. Augosto mi capilo in Bordeaalx, q;sti giorni et mi reco non poca consolane ma staua fuori delà città il padron deU'intaylio accennato e io non voleoa partire sen^a hauere almeno la visto. Finalnxonlo Dio ce lo condusse l'istesso giorno clCio havevo da partire et p; far la cosa pin hreoc (clic la storia sarebbe troppo grande) io non lo potci [possi?] vedere sema essere toccato bcn avantij non tanto p; niio gusto p;prio que per q"" di V. S. laquale ci haucua da trouaro qualche trattonim;to non ingrato. Il maggiore diffetto ch'io ci troui c délia concorren^a di tanto singolarita, che l'hanno da rendcrc racconi;dato con quelle inscrittioni le piu isquisite lequali io hahbia ancora trouato in alcuna gemma, et le quali mi farebbono crederc che la gemma in indiuiduo fosse stata allrc coite in possesso délia sua Messalina scn^a che mi par troppo vile, et di troppo goff'a maestria, p; quel secolo et per una pi'cncipe^ja, se pur non hanno hauuto qualche sup;stitione d'intagliarla in uno giurno solo, o in qualche mome;to p;ciso. Il cui diffetto mifaceua quasi dubitare dell'antiquita. Io ho fatto moUo diligen^a in quel poco tempo che mi restaoa, per penetrare unde ella venioa, ma non ho hauulo ccrtesxa che vaglia, se non che il Padrone l'hebbe d'on suo parente ch'era stalo scgndico délia città di Bordeaulx, il quale c morto. E ben vero che si trouarono gia alcuni anni in q;sta città tre figure di marmo beliss^ due di senatori Romani ma senza testa, et una di donna et con la testa laquale si e creduta una Messalina, et laquale veramjti somiglia non poco al suo cameo, senza quel mento ritorto, et con il tuffo ["?] délia capillatura sul fronte simile alla med" d'oro ma la tressa pendente dietro

c, corne l'uso di quel secolo, et corne nel suo cameo Et basta che il padron délia

gemma noiera farmi credere, che fosse stata ridrovata nel medesinio luogo délie statue, un anno o duoi doppo délie statue, di che io non pretendo rendermi cautione

Di barca sula Garonna. Vicino a Cadillac alli 27 seltembre 1623.

A la fin de cette lettre, Peirese prie Rubens de lui adresser un impronlo ben fatto de la susdite gemme (cf. notre t. Il, p. 55). — Ce que fit Rubens, qui joignit à l'empreinte une lettre dans laquelle il demandait a Peirese son avis sur l'inscription. Peirese répondit le 12 février 1624 (Bibliothèque de Carpentras, Correspondance de Peirese, cf. tome 1, p. 95 et 97):

Venendo hora alla gemma di Messalina et poi que V. S. ne vuol in ogni modo il mio parère, io non posso dissimulare che se la pietra non fosse rotta nclla parte dove o nominato il marito et che ni si surgessc chiaramente il nome di C. Silio /Wroa, io là stimarei al centupla di pià, che se vi s'cra da leggcre il nome di Claudio, di clie io non le posso risoluere, per cio che un impronlo ch'io ritenni di quella pietra in cera di Spagna e tanto mal venuto in quella parte che non si resta altro che la letlera N aoanti la voce quod i [?].... S'io devo congicttura sul l'inscrijione que V. S. mi nota nella sua lettera, cioe SAL.'.'.'AV quod["?] etc. io vorrei esaminare se lalcttera A che précède LV sarebbe un R per fare portione del cognome di detto SILIO, cioe [sive] Nerva per dire C" Slli' NERV o NERA/, ma .<fl non m' inganna la resta nel mio impronto del cera di Spagna, par che la lettera finale sia un N bcn formato, se pure non e un A et un V congiunti a questo modo A/ per finire il cognome di Nerva, sensa che tal dispositione habbia niente di inusitato ncll' inscrittioni antique et manco il solecismo ch' erano

assai frequentl in qiiesta sorte d'intagli SAI. C. SIL. NERV. SAL. C. SIL. N oeero per Y|

fare portione ciel nome di Clau. o délia qualità di Augusio Et in qucsto modo poco

importarebhe di leggere in questa gemma PRO SAL TICLAV ooero pro sau imp. Claud. pro sal. lun. Clau., per fare /FiVioris, o qualsivoglia altra inscrittione appartenento aW imp. Claudio nominatamento piii tosto che a delto SIHO, se pure non place PRO SAL IVN CL "S., per Junioris Claudii Norici [Nostri^]oJunioris Claudii Augusti, bon che veranientc si dovrebbe postponere plu tosto che preponere la voce Junioris, seconda l'usanza antlqua.

Je n'ai pas vu cette gemme, qui a fait partie de la collection de Rubens depuis que Peiresc la lui envoya de Bordeaux, et dont j'ignore les destinées ultérieures. Mais il n'est point douteux qu'elle ne soit une imitation de l'antique. Qu'on résume les circonstances mentionnées par Peiresc : le travail était fort grossier, sans goût et hâtif; la tête de la femme était la copie de celle de la statue trouvée en 1594 au Mont-Judaïque et où l'on voulait voir l'image de Messaline (cf. ici, p. 92 et 94 et Tamizey de Larroque, La Messaline de Bordeaux, t. VIII de la Société arcliéologùiue) ; le Bordelais qui céda la gemme à Peiresc prétendait qu'elle avait été trouvée au même endroit que cette statue, un ou deux ans après, ce dont de Lurbe ne dit mot; enfin l'inscription a été gravée de manière à être lue :

mes'&MJiiia ANgusta, ou bien : w^5SAL l i l^a.

Si Peiresc n'a pas compris l'inscription, il a fortement suspecté l'authenticité de l'objet, ce qui nous autorise à la nier absolument.

Il est intéressant de constater par cet échange de lettres entre Peiresc et Rubens avec quel soin le grand peintre s'intéressait à tout ce qui concernait l'antiquité, même l'épigraphie, demandant des renseignements -sur les moindres fragments g'ravés trouvés à Bordeaux (nous avons vu ici d'autres traces de cette vive curiosité de Rubens, cf. t. I, p. 95 et 97, et p. 610; t. II, p. 5.5). — J'apprends au dernier moment, sans pouvoir le consulter, la publication du livre impatiemment attendu de M. Ruelens, sur la Correspondance de Rulens (t. I, 1888, Anvers). Je ne doute pas que le savant conservateur n'y ait déjà mis ou ne doive y mettre ce point en lumière, à l'aide surtout des lettres de Peiresc.

4" L'ŒUVRE DE DE EEAUKESNIL (XVIir SIÈCLE)

VII-XVni ^^' Beanmesnil s'était de comcdien ambulant fait épigraphiste, — non moins ambulant et non moins comcdien, — et touchait, de ce fait, une assez forte pension (1500 francs par an) de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Son activité s'est surtout exercée dans le sudouest de la France : il a copié quelques inscriptions sur les originaux avec assez d'inexactitude; il a dédoublé ces inscriptions en donnant des variantes qu'il imaginait lui-même et dont il faisait de nouveaux textes (ici, tl"" VII-X); il a dessiné des monuments qui n'existaient pas, en y appliquant des inscriptions qu'il copiait dans les livres (cf. ici, n"' 16, 25, 26, 28, 12, 133, 270 et 296, u"^ IV et V) ; il a enfin fait des inscriptions à l'aide des titres, sous-titres ou membres de phrases de livres imprimés (ici,n°-' XI- XVIII). Son point de départ est à peu près toujours le même : une inscription déformée ou un texte imprimé transformé.

Toutes ces inepties sont demeurées manuscrites. On trouve des recueils manuscrits de de Beaumesnil à Agen (propriété de la Société des Lettres,' Sciences et Arts), à Poitiers, à Paris (propriété de M. Lenoir, de l'Institut ; cf. Bladé, Épigfaphie de la Gascogne, p. VI), et ailleurs sans doute : ils ont été vendus après sa mort à différentes bibliothèques privées ou publiques par ses héritiers, ce qui est le cas en particulier de ce qui concerne Bordeaux. Les inscriptions que de Beaumesnil a consacrées à Bordeaux se trouvent sur des feuilles volantes intercalées avec les pages d'un exemplaire de la première édition du Discours de Vinet (1565). Cet exemplaire se trouvait déjà dans cet état en 1810 (cf. Bull. ])ol, t. VII, p. 174), date à laquelle il appartenait aii Musev.m de Bordeaux. Il est aujourd'hui la propriété de M. le comte de Chasteigner.

Les trois principaux voyages épigraphiques que fit de Beaumesnil dans le Sud- Ouest sont de 17C3, 1772, 1784 (i) (il mourut peu après,

(•) Cf., sur île Branir.esiiil, Vi'i.r.niN dk TAin-iiF:'n, A.itiquil s de V(fVHC, I. I. p. îiSO, cl l. U, p. 15S; Allou, Dttcriftion des monvmtnts de .'a Haitte-Vienne, 1821, iii--l". i . 42.

en 1787, à Limoges); je ne sais à laquelle de ces dates il vint à Bordeaux. En tout cas, bien qu'il existât dès lors une quarantaine d'inscriptions dans notre ville, il est certain qu'il n'en a copié absolument aucune sur l'original. Des textes qu'il donne, les uns sont authentiques, mais connus et arrangés seulement d'après deux livres, le Discours de Vinet, Qtl'Itinerarium de Sincerus ; les autres sont apocryphes et faits uniquement avec ce dernier ouvrage.

vii-xvni

De Beaumesnil, à la suite de l'inscription dédiée à Driisus (nP 25), qu'il figure du reste comme s'il l'avait vue et dessinée sur l'orig-inal, donne les deux textes suivants, au milieu d'un dessin fantaisiste, comme s'ils furent jadis gravés :

DRVSO CAESARI

P-GERMANICI CAE

SARIS ET CLAVD-

AVCt • N • DIVI • A Y

GVSTI PRAEF • VR

BIS AVGVS

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