HISTOIRE ET EXAMEN DES INSCRIPTIONS ROMAINES
On se propose, dans la dernière partie de ce recueil, de réunir et de coordonner tous les renseig-nements épars dans les pages qui précèdent, et de refaire ainsi, dans la mesure du possible, l'histoire et la critique des inscriptions romaines de Bordeaux. On souhaiterait surtout de mettre en évidence les mille faits que la connaissance de nos monuments épigraphiques ajoute à l'étude de notre chère cité, et non pas seulement les faits de l'histoire d'autrefois, mais encore ceux de l'époque actuelle. Nos inscriptions, étudiées en elles-mêmes, dans leur aspect ou dans leur texte, fournissent de précieux renseignements sur les destinées de notre ville au temps des Romains ; mais ces mêmes monuments, examinés dans leur histoire, depuis le jour oîi ils ont été enfouis dans le sol, jusqu'à l'heure présente où on peut les voir dans notre Musée, portent en eux un long et précieux enseignement : ils nous apprennent bien des choses sur les transformations de notre sol, sur le mouvement scientifique dans notre ville depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, sur le degré d'intelligence ou d'incurie dont ont fait preuve les magistrats de la cité. Est-ce que le dernier moment de leur histoire, qui est leur apparition dans ce recueil et leur installation dans un vrai Musée, ne rappelle pas la libérale initiative de notre Conseil municipal?
Nous commencerons par l'examen des destinées de nos monuments, depuis le moment où les architectes du bas empire s'en servirent comme de matériaux pour la construction du rempart, et nous nous permettrons d'insister sur ces remparts des villes de la Gaule, qui ont une si prodigieuse importance pour l'épigraphie de notre pays. — Nous étudierons ensuite les inscriptions en elles-mêmes, dans leur forme et dans leur texte. — Enfin, nous chercherons >les conséquences qu'on
])eiit en tirer pour l'histoire de notre ville, do sou sol et de ses habitants: nous dirons ce qu'elles ajoutent aux textes écrits, nous dresserons le bilan de ce que nous apprennent sur la cité l'épigraphie d'un côté et la littérature de l'autre. On nous excusera si, à la fin de cette partie, nous essayons ainsi de tracer un tableau du Bordeaux romain : mais après avoir dit tout ce que nous avions à dire sur les inscriptions, il conviendra de reconstituer le milieu oîi elles sont nées et oii elles ont vécu.
Qu'on veuille bien me pardonner ces dernières expressions: mais j'ai si longtemps regardé, consulté, interrogé ces chers monuments, qu'il m'a semblé souvent qu'ils avaient eu une existence, et qu'ils me la racontaient.