LES INSCRIPTIONS ÉTUDIÉES EN ELLES-MÊMES
Un savant allemand, M. Munier, a essayé de démontrer que la paléographie des inscriptions n'existe pas encore comme science ('). Il est souvent difificile de ne pas être un peu de son avis, quand on voit les hésitations, les doutes, les inquiétudes des premiers épigraphistes du monde en face d'une inscription qu'il s'agit de dater, par exemple de l'autel de Narbonne ou de l'inscription d'Hasparren. Malgré les travaux de Ritschl et de son école, malgré les prodigieuses publications de l'Académie de Berlin, les résultats demeurent souvent négatifs. Le dernier essai tenté par M. Hiibuer (^) sur l'histoire de la paléographie latine, malgré l'imposante richesse de fac-similés et le nombre infini de détails conquis par l'auteur à la science, n'a définitivement satisfait les exigences ni de l'érudition ni des amateurs.
Pour nous, en dépit du pessimisme de M. Munier, en présence des résultats acquis par les éditeurs du Corpus, nous avons une confiance absolue dans l'avenir de la science paléographique. Il y aura de grandes difficultés à vaincre: on les vaincra; des détails fastidieux à accumuler : on ne se rebutera pas devant eux. La paléographie a ses lois : celui qui aura la patience de consacrer à ce travail une partie de sa vie, les trouvera. Et peut-être se convaincra-t-il bien vite qu'elles sont plus fixes qu'on ne le croit, et qu'à part quelques variétés locales, dont le nombre ira peut-être sans cesse en diminuant, elles étaient les mêmes pour toutes les provinces de l'empire.
(') Munier, Die Palaeographie ah Wissensehaft, 1883, Mayeaco, 10-4°. Cj Hue3-Ner, Exempta scriptural epigraphicae latinae, ISSo, Berlin, ia-f°.
Essai de classement chronologique.
Le point de départ de tout classement clironologique doit être, naturellement, l'étude des inscriptions datées. Par malheur, nous n'eu possédons qu'un très petit nombre à Bordeaux, ce qui fait que, sans assigner de date précise à chacune de nos inscriptions, nous nous bornerons ici à grouper les plus importantes à la suite les unes des autres, suivant l'ordre des temps où elles ont pu être gravées.
Nous regardons comme la plus ancienne de nos inscriptions la dédicace de l'autel de Jupiter (n° 4, t. I, pi. II) trouvé près de l'ancienne tour de Gassies. La preuve la plus certaine de ce fait me paraît être la forme des lettres arrondies, 0, C, D et G, qui présentent une circonférence ou une demi-circonférence aussi parfaite que possible, et dont le centre est indiqué par un point : ce point est sans doute la marque, conservée à dessein, d'une des pointes du compas qui a servi à tracer ces lettres. Je remarque également ce point et cette ligne circulaire dans la panse du P du mot templo.
Qu'on nous permette une remarque à ce propos. — Il importe de bien distinguer, parmi les 0 ponctués de cette manière, ceux oii le point marque véritablement le centre de la circonférence, comme ici, comme dans la dédicace à Sirona (n" 19), dont nous allons parler, — et ceux où le point est tout simplement un point de séparation, rejeté, faute de place, au milieu de l'O final d'un mot, par exemple dans l'O de avgvsto. SACEVM (n" 1); de même encore, dans l'inscription n° 66, les liederac qui occupent le centre des 0, sont des licderae de séparation, reculées là par manque d'espace (*). D'ailleurs, dans aucun de ces deux cas, l'O n'est circulaire : en revanche, dans aucune des deux inscriptions dont nous parlons (n''= 4 et 19), le point de l'O ne peut être regardé comme un point de séparation.
On peut considérer également comme un signe d'antiquité, dans
C) Hdebneb, Exempta, p. lxxtii, cile quelques exemples de points placés ainsi spatii anguiti causa, dil-il seulemcnl, \ti! frojler ilegofitiae cvjvsdom i/i/rfit/m. — Sur nos marques de potier on trouve quelquefois le |it:iiil, non stparatif, au milieu des Jambages de V ou au pied de celle même lettre: .\ ., et, de niéme, au mi ieu des C et des 0 (n- 428, -157, 507, 6CC, CO.'-', C09, 610, 630; cf. 483, il8, 52i, 579, 580, 71ÛJ. Dans tous ces uas, les cacbels semblent anciens.
cette inscription, le peu de développement donné aux filets qui ornent les extrémités des lettres, l'absence complète de diiïérence entre les pleins et les déliés ; les caractères ont uniformément la même épaisseur, qui est très faible, ce qui les fait paraître grêles et maigres par rapport à leurs dimensions. — Cette même inscription présente d'autres particularités qu'il importe de noter : les points ont la forme de traits obliquant vers la gauche, /, la barre des T est séparée de la haste, I (cette dernière dépassant elle-même l'alignement), la panse du P et celle de l'R ne rejoignent pas la ligne verticale, la barre horizontale de L tombe en se recourbant au-dessous de la ligne, et enfin la traverse de l'A est remplacée par un trait détaché du corps de la lettre et parallèle au montant de gauche. Aucun de ces caractères ne paraît un signe indubitable d'ancienneté .' ils se rencontrent au contraire à toutes les époques de l'écriture latine, mais ils sont particuliers à ce que l'on appelle l'écriture courante ou cursive, et Os servent à la diiïérencier de l'écriture dite lapidaire ou monumentale : ces caractères coïncident, sur notre monument, avec l'emploi d'une orthographe populaire, arula pour arulam, ostis pour liostiis. Et cependant cette inscription n'a pas été gravée rapidement, comme les graffiti qui couvrent les murs de Pompéi : elle a été faite avec un soin infini, les lignes, de hauteurs différentes, sont bien espacées: les lettres. de même; le graveur, en calculant la place, a su éviter l'emploi des lettres liées. L'ensemble est régulier et presque artistique. On peut donc conclure de la réunion de ces faits que la dédicace à Jupiter Auguste est pour ainsi dire le début des graveurs bituriges : ils l'ont faite avec une grande application, mais sans pouvoir renoncer aux habitudes de la paléographie cursive. Il en est d'ailleurs de la paléographie comme de l'orthographe, de l'alphabet comme de la phonétique : les archaïsmes ne sont souvent que des habitudes du vulgaire, que l'écriture et le parler populaires ont conservées. Tout cela nous permet de regarder cette inscription comme la plus ancienne de Bordeaux, peut-être de l'Aquitaine, et comme contemporaine des premiers temps de la domination romaine et du principat d'Auguste.
La dédicace à Sirona (n" 19) (*) nous paraît marquer le second pas fait à Bordeaux par l'art de la gravure lapidaire. L'inscription est plus récente
(•) Héliogra\Tire dans la Société archéologique, 1. 1, pi. xii.
que celle de Jupiter, mais peut-être de quelques années à peine : on
pourrait même l'appeler archaïque, car le règne d'Auguste est la période
la plus aucienne de notre histoire. Les 0, les C, le D sont
aussi circulaires que dans le monument qui précède, le
point central apparaît, au moins dans la première de ces
lettres ; la traverse de l'R est entièrement droite ; les V
forment un triangle équilatéral parfait : le g-raveur a été
^ " iQScriplioa n»19.
si préoccupe de donner à ces lettres la forme géométrique, i''»"'- ■ *^f>^qu'il a dû, pour bien finir la seconde ligne, lier les trois lettres finales. Remarquons enfin la forme de l'M, dont les deux hastes extrêmes sont très exactement verticales et dont les deux traverses médianes forment un Vde GO degrés, M. — M. Hiibner croit qu'il est exceptionnel, sinon impossible, de trouver des M de ce genre (appelons-les, comme lui, « rectilignes »), avant le milieu du i" siècle. ^I. Hiibner cite luimême, contre son opinion, les anciennes monnaies romaines, où les M ont précisément cette forme; il donne également, comme exemple de ce fait, une inscription du Musée de Toulouse. Il explique la présence de l'M rectiligne sur les monnaies par l'absence de place, et sur le monument de Toulouse, par l'influence de la paléographie grecque. Ces deux explications sont bonnes dans l'un et l'autre cas : mais la seconde seule peut être donnée à la i-igueur pour la dédicace à Sirona (*;.
Une autre preuve d'antiquité pour ces deux monuments nous est fournie par la belle patine brune et rougeâtre qui les recouvre et qui révèle au premier coup d'œil qu'ils ont été longuement exposés à l'action de l'air. Je ne saurais les mettre l'un et l'autre après le règne d'Auguste ; je ne voudrais pas placer le premier après l'ère chrétienne.
Les inscriptions des fontaines (n° 30) élevées par les soins du préteur Caius Julius Scciindus nous paraissent plus récentes que la dédicace à Sirona. Les lettres ont une élégance de formes, une légèreté de contours, une finesse de dessin que nous ne trouvons dans aucun autre monument bordelais. La gravure de ces inscriptions est débarrassée de ces hésitations et de ces tâtonnements que l'on trouve encore dans le monument de Sirona : dans ce dernier, par exemple, les lignes sont immédiatement superposées l'une à l'autre, il n'y a aucun Manc, aucun
l'j Sxtmpla, page lxvii; l'iuscription de Toulouse au numéro 35.
LA PALEOGRAPHIE.
intervalle entre elles, ce qui gâte d'autant plus l'effet produit par la beauté des lettres, que ces lettres ont toutes la même hauteur : dans les dédicaces au nom du préteur, au contraire, chaque lig-ne est séparée de la suivante par un intervalle équivalent à leur hauteur. En outre, la forme des caractères est parfaite. Les 0 sont bien circulaires : toutefois les renflements de côté, au lieu d'être indiqués aux extrémités du diamètre horizontal de la lettre, sont placés aux extrémités d'un diamètre légèrement oblique à la ligne et incliné vers la gauche, ce qiii est plus élégant et ce qui deviendra la règle à peu près générale dans l'épigraphie du premier et du second siècle : l'O de sirona, au contraire, était renflé au milieu de sa hauteur, comme tous les 0 usités aujourd'hui en typographie. Les C de l'inscription de Secundus sont fort gracieux, à peine renflés à leurs deux extrémités. La panse des D s'élargit un peu trop vers le bas. La boucle du P ne ferme pas et finit en s'amincissant à l'extrême. Les apices ont la barre en forme de triangle, et ressemblent à peu près à des épines de rosiers. En somme, les dédicaces signées du préteur, par la forme, l'arrangement des lettres et la disposition des lignes dans le cadre, me paraissent le plus beau spécimen d'épigraphie latine que possèdent nos collections bordelaises. Il ne serait pas impossible, comme le croyait Eenier (t. I, p. 110), qu'elles fussent du temps d'Auguste, quoique, à certains égards (voyez surtout la forme de l'R), leur paléographie me rappelle davantage celle des inscriptions contemporaines de Caligula et de Claude.
Inscriplion n- 30 a. — Hauteur: 0,075.
C'est au même âge que ces trois inscriptions, à l'âge que j'appellerai la première période des textes épigraphiques de Bordeaux, que je rapporterai cinq épitaphes monumentales de nos musées, celles qui ont, je crois, les caractères les plus développés, les plus magnifiques : les épitaphes de 31. Jv.lnis Severus (n° ^72), d'un anonyme (n° 276),
celle de la famille de Maxsumus et de Fahatus (n° 274), celle des
^ lA
Inscripliûn a» 274. — Hauteur : 0,060,
Ehucii, aux lettres superbes et élégantes à la fois (n" 86), et celle des
Inscription n° 8G. — Hauteur : 0,053.
Atlii (n° 93). Les caractères sont aussi uets, aussi géométriques, la gravure aussi soignée que possible. Malheureusement la pierre n'a pas été ou n'a pu être assez préparée pour recevoir les inscriptions : de là certains défauts qui donnent à l'ensemble de chacune uu air moins satisfaisant qu'à celles de Secundus. Mais je ne crois pas que ces épitaphes, au moins les trois dernières, leur soient postérieures.
Il faut remarquer que l'âge que nous leur assignons, d'après le seul aspect des caractères, concorde avec certaines données tirées de la rédaction elle-même, l'emploi des formes archaïques Maxianus (n°86) et Maxsumus (11° 274), des noms de nombre iix pour viii (n" 86), xxxiix pour xxxviii (n° 93). — Les premières de ces formes, iix et xxxiix, constituent les nombres par soustraction : les chiffres à gauche, ou les plus faibles, doivent être retranchés des chifees à droite, qui sont les plus forts; les secondes formes, viii et xxxviii, constituent les nombres par addition. La « forme par soustraction », forma sultractiva, comme dit M. Hùbner, est extrêmement rare en épigraphie latine (^), même pour les nombres à deux chiffres, iv, ix, xi,, xc, cd, qui l'ont conservée jusque de nos jours. On a tout lieu de croire que si elle est rare, c'est parce qu'elle est la plus ancienne. Qu'on étudie les épitaphes
(') HuEBNEn, Ewempla, p. i.xx.
des urnes de la vigne San-Cesario à Rome, qui sont du vue siècle, on trouvera treize fois la forme iv, dis fois la forme iix, et pas une seule fois les formes iiir et vin. Qu'on regarde les tables du tome I du Corpus (*), qui contient les inscriptions antérieures à la mort de César, et on ne voit, en face d'innombrables exemples de forme « par soustraction», qu'une ou deux fois mi ou cccc. Il suffit de parcourir, en revanche, celles des autres volumes, pour constater absolument le contraire (^). A Bordeaux, xxxx se rencontre plus fréquemment que xl, mais pas de beaucoup, et, semble-t-il, se lit sur les textes les plus récents : d'ailleurs le maintien des vieilles traditions est un fait que nous observerons bien souvent sur nos monuments. Quant aux nombres de plusieurs chiffres, iix et xxxiix, ils ne se rencontrent que deux fois ici, dans les inscriptions que nous venons de citer et qui prennent rang parmi les plus anciennes.
Il est à remarquer encore que, parmi les inscriptions funéraires de Bordeaux, celles dont les lettres ont les dimensions les plus considérables paraissent anciennes. On peut dire que cela tient purement au hasard, soit que les inscriptions monumentales aient été gravées avec plus de soin qu'on ne pouvait en consacrer à de petites lettres et que, par suite, elles nous paraissent de meilleure époque, soit parce que le temps en a moins déformé, défiguré, émoussé les caractères et que nous pouvons mieux les juger et les étudier. Mais on peut croire aussi que l'usage des épitaphes à grandes lettres, de la belle épigraphie monumentale, fut répandu à Bordeaux surtout dans les premiers temps de l'empire (cf. encore n" 286). Presque toutes les lettres gravées sur les tombeaux de Narbonne sont énormes, mesurent en moyenne 10 centimètres de hauteur, tandis que la très grande majorité des nôtres ont de 4 à 5 centimètres : or il semble que la plupart des épitaphes narbonnaises soit de la première moitié du i®'' siècle.
Du reste, si nous ne possédons pas ou presque pas de grandes épitaphes postérieures à Claude ou Caligula, les tombeaux à très petites lettres de la première moitié du i^"' siècle ne doivent pas être rares dans notre Musée. Celui des enfants de Diratus, où l'extrême beauté des caractères s'unit à la patine dont la pierre est recouverte, est sans
(l) Corpus, lome I, a" 8-2-2-IO03 et paiîo 613. (5) Cf. Corptis, t. III, p. UST; I. VII, p. 343.
doute le plus ancien des tombeaux à épitaphes minuscules et aussi à portraits (n" 245), — les inscriptions monumentales vont rarement avec les images des défunts, car de grosses lettres seraient trop grandes pour cadrer avec un buste ou une statue.
Enfin, c'est également dans la première moitié et même dans les premières années du i" siècle que nous rangerons deux inscriptions gravées en lettres allongées et étroites, comme celles de Brennos (u° 216, 1. 1, pi. VIII) et de Eistimenius (n° 115): cette forme pourrait les faire croire d'une basse époque, mais la profondeur de la gravure, la proportion des lignes, la régularité géométrique des traits, annoncent l'âge que nous leur donnons. Eemarquons d'ailleurs que la rédaction de ces deux textes présente des caractères d'ancienneté qui correspondent à ceux des lettres : les terminaisons Brennos, dans l'une, viws, dans l'autre, la concision de l'une et l'autre épitaplie, et l'absence de toute indication relative à l'âge du défunt.
Enfin, c'est à cette période que nous rapporterons quelques épitaphes gravées en lettres à demi-cursives, comme celles de Nemetocena (n°278)
Inscription n» 278.— Hauleur: O.O-io.
et de Suïpicins CrttoÇn.'' 180). La gravure est négligée et grossière, mais lestiaits, quoique lourds, sans déliés, sont épais et tracés avec fermeté, les lettres sont profondes, la forme en est carrée avec une certaine ampleur. J'ajouterais volontiers à ce groupe l'épitaplie de Lagumidus, aux lettres bizarres et étranges (n° 269), et peut-être aussi la dédicace à
Inscription n' 15. — Hauteur : 0 034.
Visackis (n" 15), dont les lettres sont lourdes, grasses, carrées, les C,
lesO, les G presque circulaires, la g-ravure profonde, les traits disjoints et brusquement tracés (^).
IL — L'âge classique de l'épigraphie latine s'étend, pour la Gaule, depuis le règne de Claude jusqu'à celui de Commode. C'est à lui qu'appartiennent la moitié au moins de nos inscriptions : relativement rares vers le milieu du i*'' siècle, elles se multiplient dès lors rapidement.
La forme des lettres, durant ce siècle, est bien connue : c'est celle dont le type a été reproduit, à peu près fidèlement, pour les caractères d'imprimerie appelés ehévirs français, du moins pour les grands caractères, supérieurs au corps 11 (^). Les caractères de cette période sont légèrement plus grêles que ceux de l'âg-e d'Auguste, les traits sont moins accentués, la différence entre les pleins et les déliés se marque davantage, l'ensemble de chaque lettre rappelle moins l'expression de scrii^tura qiiadrata, donnée à l'écriture lapidaire primitive, le rectangle se substitue peu à peu au carré, l'ovale au cercle.
Qu'il puisse être aisé unjour, à l'aide des inscriptions datées, d'établir des subdivisions chronologiques, nous n'en doutons pas. Les anciens devaient, je pense, pouvoir retrouver à 25 ans près l'âge des lettres d'une inscription, de la même manière que nous pouvons, sans trop de peine, distinguer les caractères d'imprimerie usités aujourd'hui de ceux d'il y a 25, 50 ou 100 ans. Il ne sera pas impossible plus tard, pour peu qu'on veuille se borner à n'étudier d'abord que les inscriptions datées, d'être aussi habile que les anciens pouvaient l'être en cette matière. L^n exemple tiré de nos monuments montre bien quels changements a pu subir, dans un quart de siècle, l'art de la gravure lapidaire. Voici les mêmes six lettres def.ann, empruntées à deux inscriptions différentes : la première appartient à un monument élevé par une femme à son mari, mort à 40 ans; la seconde est l'épitaphe de la femme, morte à 60 ans.
(') C'est, je crois, à tort, que j'avais regardé d'abord celte iascriptioa comme d'assez basse époque. Les caractères de négligence qu'elle présente ne paraissent pas des caractères de décadenco.
''' ABCDEFGHIKLMNOPQ.RSTVXYZ
Il y a bien quelque différence, notamment en ce qui concerne l'O, qui est d'abord un peu moins rond que l'O antique, puis qui est renflé à mi-hauteur, au lieu de l'être en bas et en haut, cf. p, 419.
enterrée par les soins de ses fils ; le second monument doit donc être postérieur au premier, et de 20 à 30 ans environ (n°^ 46 et 47) :
Inscriptions n°> 46 et 47. — Hauteur : 0,042 cl 0,038.
Les deux lignes sont gravées avec le même soin ; mais on voit, à un examen attentif, que les lettres de la seconde n'ont plus la symétrie et surtout l'ampleur de la première. Les traverses de l'E et de FF sont trop allongées par rapport à la haste ; leur épaisseur varie, celle d'en bas est plus longue que les deux autres, ce que nous ne trouvons pas dans la première ligne. Les E et les F de la première rappellent nos grands clzévirs, E, F, celles de la seconde les petites lettres, E, F. Les déliés de l'A et de l'N sont devenus trop grêles, trop amincis, et ressemblent trop à des fioritures. La courbure du D est moins franche, presque incertaine. Les N n'ont pas cette allure sûre et décidée qu'on remarque dans l'inscription antérieure. Enfin, on aperçoit, en bas des lignes de la seconde épitaphe, des traces de traits de réglure qui manquent à la première. — La présence de ces traits suflBrait à révéler une inscription plus récente : ils apparaissent moins souvent dans les inscriptions de la meilleure époque (*), et se montrent ici surtout dans les derniers monuments (cf. n"^ 44, 66, 69, 149, 162, 206, 212, etc.) : ils sont d'ailleurs à peine indiqués sur celui-ci ; ils seront continus et gravés sur ceux du m" siècle {"^), et serviront véritablement alors à aider le graveur inexpérimenté.
Le musée de Bordeaux ne fournit qu'une inscription datée de cette période, la borne miiliaire de Trajan (t. II, p. 230) ; mais les caractères en sont malheureusement trop mutilés pour qu'on puisse en faire une étude scientifique. On peut cependant proposer, comme bons types de
(<; It f.iu(ir.iit Inen se ganter de généraliser cette loi. Je crois qu'à cet égard, IIlebneii, Excmpla, p. xxxii, e.il pout-(>tro un pi u tri>p .itl]rm,Ttif.
(«j Notre numéro 3IS fournit une exception à la règle ; mais peut-être les traits y sont-ils moins destinés a aider le graveur qu'à servir d'ornements.
LA PALEOGRAPHIE.
la paléographie de l'époque, les deux inscriptions dont nous venons de parler (n''= 46 et 47); la dédicace à Jupiter (n° 7) (*), remarquable par ses
Inscriplion n» 7. — Hauteur : 0,04 et O.OjB.
ligatures infinies ; beaucoup de dédicaces monumentales (cf. 1. 1, pi. V) ; Fépitaphe de l'homme de Bilbilis (n° 66), admirablement gravée sur une plaque de marbre, ce qui permet d'en étudier les moindres détails, et remarquable par la forme vraiment classique de ses lettres, dont le seul défaut est d'être trop serrées et presque étouffées f ) ; les épitaphes de nombreux étrangers, quoique aux lettres souvent un peu grasses (n°^ 57, 60, etc.). Citons encore, comme offrant un bon modèle de l'écriture demi-cursive de ce temps, l'épitaphe de la mère à'AtioxHis (n°201),
JR
InscripUon n° 20L — Hauteur : de 0,02 à 0,027.
dont les E, les E, les N et les C révèlent bien l'âge des Antonins. L'épitaphe de Romanus (n° 92), soigneusement et profondément
Inscription n» 92. — Hauteur: 0,0iS.
gravée, ne paraît cependant devoir être attribuée qu'à la fin de cette période, formant comme la transition avec l'âge suivant. La panse de
(ï) HuEBNER, Exempta, n» .S86, la place dans Vaetas Vespasiana ad Commodianam.
(') Aetatis fartasse Neronianae, dit Huebneb, n° 194; cf. p. 60. — Nous en avons donné un bon dessin de Robert, à notre 1. 1, p. 182.
INSCK., T. II.
l'R est trop grande pour l'époque classique, et la queue vient s'amorcer tout à droite du demi-cercle ; l'O a la forme ovale bien marquée, et les renflements en sont dépourvus de toute symétrie; l'S est sans élégance. C'est dans la seconde moitié du second siècle au plus tôt que je placei'ais le monument, le premier de Bordeaux, rappelons-le, oii l'on puisse soupçonner une trace de christianisme.
III. — C'est au temps de Commode que commence véritablement la décadence de l'épigraphie latine : les inscriptions datées ne nous manquent pas pour la constater à Bordeaux. Il est à remarquer, en effet, que les deux périodes précédentes ne nous ont offert aucun texte ù date précise, que celle-ci, au contraire, va nous en donner quatre. On peut sans doute conclure de ce fait que l'activité épigraphique et monumentale a été au moins aussi g'rande chez nous au temps dos Sévères et des empereurs gaulois qu'au temps des Antonins et des premiers Flaviens.
C'est d'abord la dédicace à la Tutelle du22 juin 224 (n« 20, t. I, pi. III), inscription gravée sur marbre avec un soin infini, et qu'un examen superficiel nous ferait croire antérieure à sa vraie date. On est vite détrompé en l'étudiant de près. Les lettres, malgré une affectation de la forme carrée qui rappelle les plus anciennes inscriptions, et qui est sans doute une imitation voulue d'archaïsme, ont subi pour ainsi dire un véritable aplatissement : on a essayé par exemple de donner aux 0 une forme circulaire, et on les a déprimés dans le sens horizontal. Il n'y a plus aucune proportion entre les pleins et les déliés, entre les lignes minces et renflées : certains traits sont à peine indiqués, d'autres sont gravés à une trop grande profondeur, et, en général, la profondeur des traits est trop grande étant donné leur largeur ou leur longueur. Que l'on compare par exemple la coupe des lettres de cette inscription, qui forme un triangle isocèle ou rectangle, i'M'y/'^f , à la coupe toute classique des lettres de l'épitaphe de l'Espagnol (n" 66) ou des dédicaces du préteur (n" 30), qui est celle d'un triangle scalène à base allongée, B'^''%0^«'''''^ '■ la première coupe dénote un maniement du scalprum moins sûr, moins rapide, plus tâtonnant. Dans cette même inscription, les pleins des 0, des C et des G sont trop maigres; les C sont presque carrés; les barres des V vont parfois en s'amincissant vers le bas, de
manière à ressemblei' à de longues épines, V, ce qui est une des caractéristiques les plus nettes des inscriptions de la décadence : on dirait que le graveur, commençant le trait par le haut, n'a pas eu la force de le continuer. Les R et les P sont visiblement imités des bonnes époques (les P ne sont point fermés), mais les lettres présentent dans leur ensemble quelque chose à la fois de gras et de ténu, d'écrasé et de lourd qui rappelle de loin les caractères gras (ADV) de la typographie moderne.
La dédicace à Gordien a été gravée dans un style tout différent (n° 29, 1. 1, pi. IV) ; l'écriture de l'autel de Tutelle est encore l'écriture carrée des inscriptions primitives : pour le monument impérial on a employé franchement un alphabet demi-cursif, avec des 0 en forme de losange et aux extrémités appointées, avec des P et des E aux parois anguleuses, des A et des T aux traverses obliques et écourtées, des M, des N, des A aux traits serrés et pressés ; le tout forme une sorte de fouillis où l'œil n'aperçoit que des angles, des lignes droites et des traits uniformes : c'est l'opposé du système classique.
Un des signes, en effet, de l'art lapidaire au milieu du iii^ siècle, c'est que les graveurs confondent de plus en plus tous les systèmes d'écriture, et usent pêle-mêle des lettres lapidaires et des caractères cursifs : la gravure épigraphique oublie ses règles et ses principes, la symétrie et la proportion disparaissent peu à peu : les traits de chaque lettre n'offrent plus un ensemble méthodique et harmonieux, les lettres de chaque ligne sont inégales et comme mal équilibrées. La sûreté semble manquer dans le coup de ciseau du graveur et son coup d'oeil n'a plus le même bonheur dans la disposition des mots et dans le dessin des lettres. Les lettres tendent maintenant soit à s'aplatir, soit, surtout, à s'allonger : elles n'ont plus d'éléments géométriques, leur profondeur est inégale et souvent presque nulle ; tantôt elles s'enflent et s'amincissent d'une façon anormale, comme les I ou les V en forme d'épines des bonnes inscriptions monumentales, tantôt elles ont une épaisseur égale et constante, sans qu'il y ait cette distinction entre les pleins etles déliés qui est la cause principale de l'élégance de l'épigraphie classique. A plus d'un égard, nous revenons aux caractères de l'épigraphie primitive, si ce n'est qu'au lieu des traits rudes, décidés, fermes, brusques pour ainsi dire, des anciennes inscriptions, nous avons affaire à des lignes tremblantes, nerveuses et comme incertaines. Il en est, disons-le
encore, de la paléographie comme de l'orthographe : elle revient, sous le bas empire, aux usages des temps anciens, ou, plutôt, elle reprend les habitudes del'éci'iture cursive, comme la langue retrouve celles du parler plébéien, habitudes que le vulgaire n'avait jamais cessé de conserver.
L'épitaphe de Domitia (n" 61, 1. 1, planche VJI), datée de 258, a encore des restes du bon siècle, et l'on remarque un effort de l'ouvrier pour se maintenir dans les traditions, surtout en ce qui concerne les E et les R. Mais les traits sont timides et hésitants, et si la forme classique des lettres est respectée, la gravure n'a aucune sûreté (voyez surtout les lettres courbes, C, 0, S), le dessin n'a point de finesse. On dirait que les lignes ont été gravées par la main vacillante d'un vieillard, peu famiher avec le scaï])rum et la pierre.
L'épitaphe du soldat de la IP« légion Parthique (n" 43) est un bon type de l'écriture qui tend à devenir courante en épigraphie vers le iniheu du 111= siècle. Toutes les lettres en sont allongées et irrégulières. La boucle du P est complètement fermée et sans renflement. La jambe
Inscription n» 43.— Hauteur: 0,045 u 0,05.
de l'R est toute droite et s'amorce directement à la haste verticale, ce qui sera la règle ordinaire pour le bas empire et ce qui est un retour aux habitudes d'autrefois, retour dû en somme à l'iniiuence de l'écriture vulgaire. Les 0, les G, les Q sont en forme d'ovales plus ou moins sinués et légèrement inchnés sur la gauche ; les traverses des E sont très courtes, la courbe des S sans proportion, le V tend à se changer
LA PALEOGRAPHIE.
en U. Le C ne ressemble ni à un demi-cercle, ni à un demi-ovale : le milieu et les extrémités sont presque des lignes droites; la lettre tend à se transformer en rectangle. Voyez comme exemples l'inscription à' Aurélia (n" 94) et surtout celle du civis Graecus (n° 69), dont le type
luscrijUion n° 91. — Hauteur ; 0,OS.
iQScription w 69. — Hauteur : 0,05.
est bien celui de l'écriture de la fin du iii« siècle : elle se lit sur un des monuments les plus récents peut-être que nous possédions.
Tous ces caractères de décadence se trouvent nettement accusés dans l'épitaphe du civis Mensiacus (n" 44, t. I, pi. VI), que nous avons tout lieu de croire contemporaine de Maximien : ces V en forme d'U, ces E à jambe courte et droite, ces E à haste saillante, ces O et ces S tremblant et comme dansant, ces C anguleux, cette monotonie enfin des traits toujours égaux et également grêles, nous annoncent déjà l'épigraphie des textes chrétiens et des temps barbares .
Comparez en effet cette inscription de la fin du m" siècle à celle de 405 (n° 946, t. II, pi. VI) : elle lui ressemble infiniment plus qu'à celle de 258, dont elle n'est séparée cependant que par une trentaine d'années. L'épitaphe de 405 présente les mêmes types de lettres que celles du Mensiaais (comparez les S, les E, les P et les E); mais, et c'est en cela seulement que la décadence s'est accentuée, les caractères n'ont plus de régularité, la hauteur des lettres varie constamment; elles semblent jetées pêle-mêle à la suite les unes des autres.
L'inscription du temps de Turismond (n" 860, t. II, pi. II) est remar-
430 iNScniPTioNs romaines de bordeaux.
quable par ses A à traverse oblique : ce qui nous rappelle la plus ancienne inscription de Bordeaux (t. II, p. 417), si ce n'est que, dans le texte du bas empire, la traverse est parallèle à la barre de droite, dans l'autre, parallèle à la barre de gauche. Remarquons encore les M, dont l'ang-le central n'atteint pas la base de l'alignement, et les N, dont la barre de droite est prolongée d'une façon exagérée.
L'épitaphe de Slommolenus, de 642 (t. II, p. 40), termine le cycle de nos inscriptions romaines : ses () en losange, ses C carrés, ses D en forme de d, ses A à traverse brisée nous annoncent une paléographie toute nouvelle, avec ses principes et ses formes; mais nous avons assisté pour ainsi dire à la formation de ces types (') : il est facile de voir, par l'étude que nous venons de faire, que cette paléographie n'est, somme toute, que la dégénérescence de l'ancienne, et que ces nouvelles lettres de l'épigraphie médiévale ne sont que le résultat de la déformation des lettres de l'épigraphie classique.
Les derniers temps de la paléographie latine sont représentés à Bordeaux par les légendes des monnaies mérovingiennes du vii° et du viiie siècle (notre planche III) ; elles n'offrent d'ailleurs rien de particulier, et les formes des lettres sont sensiblement celles que nous trouvons sur l'épitaphe de Mommolenus : épigraphie et numismatique procèdent visiblement des mêmes règles.
A partir de 642, l'épigraphie n'est plus iigurée à Bordeaux pendant quatre siècles : mais les légendes des monnaies carolingiennes (ici, p. 70 et 71) permettent de suivre les destinées de la paléographie latine ; elles nous montrent que les formes consacrées dès le vi" siècle sont encore conservées au ix° et au x^ Le premier monnayage féodal, qui continue du reste les traditions carolingiennes, n'apportera non plus aucune modification au système des lettres du bas empire. Quand, au xi" siècle, les inscriptions réapparaitront à Bordeaux (p. 4 et s.), leur paléographie se rattachera directement à celle des inscriptions chrétiennes des premiers temps; les formes A, <?, 0, C se retrouveront encore : eu épigraphie, comme en architecture, ce sera toujours la période de l'art roman. Enfin, à la fin du xii* siècle, une nouvelle période commencera ici avec les lettres gothiques.
(<) Cf., sur la paléograiiliie du \ ii« siècle, l'excellenl Manuel d'épigraphie ehrftienne de Le Bi.ant, ]i. 41 et s.
Les différentes sortes d'écriture.
Ce qui étonne surtout dans la paléographie de nos inscriptions bordelaises, c'est la diversité presque infinie des types. Tandis qu'à Nîmes, à Vienne, à Lyon ou à Narbonne les lettres ont des formes généralement constantes et semblent comme coulées dans le même moule, l'épigrapliie bordelaise paraît offrir autant de sortes d'écritures que de monuments : on dirait que chacun d'eux a eu son graveur, et que tous les ouvriers lapidaires se sont laissé entraîner par les fantaisies d'un ciseau provincial. Cette variété de lettres est surtout ce qui rend difficile, comme nous l'avons vu, le groupement chronologique de nos inscriptions. Toutefois, un examen approfondi nous permettra de classer les lettres sous des types connus et de les ramener aux principes ordinaires de l'épigraphie latine : la paléog-raphie des pierres bordelaises n'est qu'une dérivation, souvent barbare sans doute et détournée, mais toujours sensible, de la paléographie classique.
Nous retrouvons d'abord aisément les deux types opposés de cette paléographie, l'écriture lapidaire et l'écriture cursive.
I. — Les lettres lapidaires {Utteras lapidarias scio, dit un camarade de Trimalchion chez Pétrone, § 58, « je sais lire l'écriture lapidaire ») étaient, semble-t-il, appelées d'ordinaire « lettres carrées » {Jittera q\iadrata, Pétrone, Satyr., § 29) : cette dénomination vient sans doute de ce que, par leur forme régulière et géométrique, elles pouvaient toutes être inscrites dans un carré.
Nous avons dit (p. 418 et s.) que la dédicace à Sirona et celles des fontaines donnent les plus beaux types de caractères carrés que nous possédions à Bordeaux ; nous en avons d'autres exemples, du début du i^"^ siècle (p. 420), dont les lettres sont aussi carrées, mais plus grosses et plus massives. Comme nous l'avons indiqué encore (p. 423), déjà au milieu du i^' siècle les litteme q^imdratae commencent à ne plus mériter ce nom : le rectangle remplace de plus en plus le carré (cf. p. 424 et 425, n°= 46, 47 et 7). Enfin nous avons -vti au miUeu du iii^ siècle, dans la dédicace à la Tutelle, un des plus curieux et des derniers spécimens de l'écriture carrée classique qu'on possède dans la Gaule (p. 426).
Toutes les lettres lapidaires ne se ressemblaient pas : il devait y en
avoir des types assez nombreux, autant par exemple qu'il y a de nos jours, en imprimerie, de sortes d'elzévirs. Ces variétés ont peut-être chacune leur date : les E de deux inscriptions (p. 424) séparées par un quart de siècle l'une de l'autre, rappellent, l'un, l'elzévir français, E, l'autre, l'elzévir anglais, E, avec sa barre inférieure allongée. Il peut se faire, quoique cela paraisse parfois moins probable, que ces variétés soient le résultat ou de modes passagères ou de caprices de graveurs.
La plupart du temps, elles sont produites par des changements apportés dans la gravure des ornements ou des déliés qui accompagnent le pied ou la tête des lettres.
Voici par exemple des A qui présentent à leur sommet des espèces de cornes, simples ici et tournées vers la gauche (n" 66), plus souvent doubles (n° 159), ce qui fait ressembler la lettre à I'a des elzévirs
Inscriplicin n" 159. — II. : 0,01.
Iiiscriiiliun n° G6. — H. : P,0j7.
chrétiens ou à celui de certains caractères de l'Imprimerie Nationale. Je trouve des détails semblables dans l'N et l'L (n° 330), dans l'R encore
lascriplion w 330. — H. ; 0,055
Inscription ii* 265. — li. : 0,0C5.
(u°^ 80 et 265), souvent dans le V (au bas de la lettre) (n° 80), ce qui
âUlR
lascriplion n" iO. — Haut. : 0,01.
LA PALEOGRAPHIE.
produit parfois une variante d'écriture carrée parfaitement caractérisée (n" 53).
iDEcriplion u° 53. — Hauteur. 0,06 et 0,03S.
L'épaisseur exagérée des traits, qui résulte, je crois, moins de la fantaisie que de l'inexpérience du graveur, amène assez fréquemment une transformation des lettres lapidaires en caractères gras qui rappellent les égyptiennes (CTEEV) de notre typographie (n° 63) et la
Inscription n» 63. — Hauteur : 0,05S.
ressemblance est d'autant plus frappante que les bases des lettres sont souvent alors grosses et allongées en même temps.
Comme variétés non pas d'écritures, mais de lettres isolées, nous pouvons citer encore les suivantes : l'E dont la traverse supérieure est fortement prolongée vers la gauche, ce qui le fait ressembler à ET liés, ■£ (nous le rencontrons dans l'inscription n° 68) ; l'F, dont la base médiane est remplacée /--^
Inscr. D«330.
par une sorte de croissant (n° 330), etc.
C'est surtout dans l'écriture carrée que certaines lettres dépassent l'alig-nement, surtout les lettres I et T. L'allongement de l'I, comme l'a indiqué Ritschl (i), est destiné à rappeler que la voyelle est longue, parfois aussi qu'il s'agit d'un I consonne : c'est un signe grammatical
(•) Opiseula, t. IV, p. 333 et s. ; ■SYeissbuodt, /"AiVoZopjw, t. XLIII, p. <44; HuEBNEB,JEremî)Za, p. lix. IXSCR., T. II. 55
plutôt qu'uii procédé paléographique. Parfois cependant (cf. t. I, p. 219) ri, surtout au début des mots, est allongé par simple fantaisie graphique : le lapicide n'a pas voulu que cette lettre, trop petite par ellemême, se perdît en demeurant dans l'alignement. L'allongement du T au contraire n'est, ainsi que le remarque M. Hiibner (i), qu'un artifice du graveur : il sert à économiser de la place, les lettres voisines venant se ranger sous les barres du T allongé. Les I et les T allongés se rencontrent surtout dans nos inscriptions du i" siècle, c'est-à-dire de la belle époque de l'écriture carrée ; ils deviennent plus rares aux siècles suivants, sans disparaître tout à fait, puisque nous trouvons un T de ce genre dans l'inscription de 258 (n° 61).
Exceptionnellement, d'autres lettres de nos monuments sont allongées, et, semble-t-il, surtout au commencement des mots : ce qui a sans doute pour but d'attirer l'attention du lecteur. L'F se rencontre ainsi allongée dans des inscriptions de bonne époque (parfois même, remarquons-le, quand le mot qu'elle commence n'est représenté que par elle) : c'est d'ailleurs la seule lettre, en dehors de l'I et du T, qui présente fréquemment ce détail. Beaucoup moins souvent on trouve l'allongement du C, du D, de l'L, de l'M; le B, l'S et l'L sont parfois même allongés à la fin des mots. L'allongement de l'H au début d'une inscription paraît de basse époque (n" 61). Sauf l'I, ce ne sont que des consonnes. Enfin notons, comme variétés de lettres allongées, que la tin de l'I forme parfois une sorte de flamme dirigée à droite / (n"" 97, 129 et 243: cf. p. 448) ou à gauche \ (n°^ 53, cf. p. 433; n»^ 47 et 129).
Voici le tableau des lettres allongées qui se rencontrent dans ce volume :