‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 85 sur 156 · TEM-PLI · texte numérisé non relu

TEM-PLI

tXV.' ~ îî" exemplaire écrit par Lacour de VEœpUcation (cf. p. 338). ^wlnlnZn^llTi^^^Zt^' '""° ^' '^ """"P''"" "' «^«^ '"-P- '---é- à Terre-Nègreet

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396 IXSCRIPTIOXS ROMAINES DE BOUDEAUX.

C'est là, en effet, un des principaux mérites de cet homme, que de ne s'être jamais découragé, d'avoir travaillé sans cesse, de s'être perfectionné chaque année dans ses connaissances, de s'être fait comme étudiant en atteignant l'extrême vieillesse : il suffit de comparer l'un à l'autre ses articles de 1827, 1829, 1831, 1832, 1840, pour constater les progrès qu'il n'a cessé de faire et dans l'art du déchiffrement des inscriptions et dans la connaissance des antiquités romaines; il a, si on peut s'exprimer ainsi, comme affiné son flair archéologique. Ajoutons à cela une exquise bonne foi, une parfaite droiture scientifique : Jouannet s'est trompé souvent, et notamment dans la triste affaire des fausses inscriptions de Nérac. Après les avoir acceptées, luxueusement publiées et longuement commentées dans le recueil académique, il a, le jour venu, sans hésiter, reconnu son erreur, avoué sa mésaventure, et s'est accusé franchement d'inexpérience et d'imprudence : « Des discussions » auxquelles ces monuments ont donné Heu», a-t-il dit avec une certaine noblesse, « pour clore le débat, il sortira du moins une leçon utile, » que je prends pour moi-même et dont beaucoup d'autres pourront » profiter : c'est qu'en fait d'inscriptions, il faut isoler la pierre de tout » ce qui n'est pas elle et n'y voir que ce que la saine critique peut » admettre pour vrai » {Acad., 1835, p. 180). Aucun mécompte de ce g-enre ne lui est arrivé pour les inscriptions de Bordeaux, et on peut avoir une confiance absolue dans l'authenticité de toutes celles qu'il a pubhées et que le hasard ne nous a point conservées. — Mais dans l'authenticité seulement : car les plus grandes réserves doivent être faites au sujet des textes eux-mêmes. Le seul reproche en effet que l'on doit faire à Jouannet, c'est que ses lectures sont trop souvent singulières et étranges. Ou peut le voir par celles des inscriptions qui sont restées : les omissions sont fréquentes (cf. aux Variantes des n"^ 96, 102, 177, 232, 280, etc.), les lettres sont dénaturées. On sent que Jouannet est souvent gêné par ces épitaphes aux noms étranges et aux lignes irrégulières. II manque de fil conducteur. Aussi, parfois, il va chercher très loin une exphcation bizarre d'une inscription toute simple, et transforme des textes bien faciles à comprendre ou à deviner, étant donné la monotonie de nos formules funéraires : par exemple, pour citer le fait le plus caractéristique, au lieu de defuncte annor. Ix, il lit dliuctea nintrix, synonyme pour lui de nv.trix dedticta, « nourrice amenée de la maison » (u" 278), et cette belle explication a môme passé dans certains recueils de cel-

tistes, qui ont fait de dituctea un mot gaulois, semblable à l'ivlandais clithïachtach, « enfant sans mère ». Il en résulte que les inscriptions, en assez grand nombre, que nous ne connaissons que par Jouanuet, doivent presque toutes être corrigées ou remaniées : aucune de ses lectures ne doit être reçue aveuglément; aucune ne nous satisfait ou toiit point. Il est du reste assez facile de les rectifier (cf. n°^ 119, 131, 153), etc. : les corrections s'imposent d'ordinaire, quand il s'agit de mots ou de chiffres, par exemple lorsque Jouannet imprime xiviii, — sans doute pour xlviii (n" 131); on est plus embarrassé par les abréviations mal lues (n° 157). Mais, tout compte fait, l'embarras ou l'ennui que nous causent les mauvaises lectures de Jouanuet ne peuvent être mis en balance avec les services qu'il a rendus à la science des antiquités de Bordeaux par son zèle et son dévouement comme chercheur, par son activité comme directeur de nos musées, par sa persévérance et sa conscience comme travailleur, par ses efforts continus, enfin, comme épigraphiste. — Sur son rôle dans l'histoire de nos collections, cf. p. 347 et 348.

Des quelques contemporains de Jouanuet qui s'occupèrent d'archéologie, on ne peut guère citer que le nom. Nous avons parlé ailleurs de ceux qui l'aidèrent dans les fouilles de Terre-Nègre (t. I, p. 418); nous n'avons pas à revenir sur Caila et sur Bernadau, sauf pour rappeler que ce dernier fut, en matière d'archéologie, un ennemi juré de Jouannet, qu'il poursuivit constamment des traits de sa mauvaise langue. Parmi les plus intelligents des amis de Jouannet, il faut citer le peintre Lacour, dont nous avons déjà longuement parlé (p. 388) : il dessina toutes les planches gravées sur bois ou sur pierre, qui accompagnent les publications de Jouannet dans les Actes de l'Académie et le Musée d'Aq^uitaine. Ses reproductions des tombeaux et des autels bordelais (nous en avons donné quelques-unes, t. I, p. 31-33, p. 233) nous monti'ent que Lacour était un dessinateur de mérite, et qu'il possédait le sens de l'antiquité; mais il eut souvent le tort de compléter les monuments dans ses dessins, et d'en faire moins une reproduction fidèle qu'une élégante restitution. Il connaissait un peu l'épigraphie bordelaise, mais pas assez cependant, comme nous l'avons dit, pour qu'on puisse lui attribuer à coup sûr l'ancien catalog'ue de notre Musée (p. 388). Parfois même il s'est amusé, dans plusieurs de ses compositions, à figurer des autels ou des tombeaux purement imaginaires, et

à V placer les insci-iptions qu'il trouvait dans les recueils : ce passetemps ne convenait guère à un savant consciencieux. Quelques-unes de ces fantaisies sont demeurées inédites : la plupart ont paru dans le recueil illustré La Gironde, dont les destinées ne furent pas plus brillantes que toutes les ^e^^les bordelaises de toutes les époques (de 1833 à 1836). Vers le même temps, paraissait L'ami des Champs, qui reprit en 1823 l'œuvre abandonnée par la Ruche d'Apiitaine et le Bulletin folymathiq^ue ■ il eut une durée relativement assez longue (p. 405), et nous le retrouverons avec les noms de Lamothe et Sansas. Enfin, pour compléter l'histoire de l'érudition épigraphique durant la première moitié de ce siècle, rappelons les noms de Monbalon(/), prédécesseur de Jouannet dans l'administration de la Bibliothèque, dont nous conservons quelques notes manuscrites, de Burgade (-), de Geraud ('), et de La Curie (■*), qui rédigea en 1842 le procès-verbal de la visite à Bordeaux du Congrès Scientifique (BuIIetiti monumental, t. VIII), mais ({iii ne connut guère nos inscriptions que par les notes que lui fournit Jouannet.

Le successeur de Jouannet dans la direction de nos antiquités, Rabanis {^), malgré son intelligence, sa valeur d'historien et de professeur, l'étendue de ses connaissances et Texcellence de son éducation .scientifique, a rendu à nos inscriptions beaucoup moins de services qu'on n'aurait dû l'attendre de la part d'un professeur et d'un doyen de notre Faculté. Nous avons déjà dit ce que nous pensions de lui comme conservateur (p. 349); comme épigraphiste, il ne mérite guère que quelques lignes. Sans doute il a, dans son Histoire de Bordeaux, si malheureusement interrompue, montré quel merveilleux profit on pouvait tirer des inscriptions pour reconstituer le tableau de notre passé : c'est en s'aidant d'elles qu'il a pu écrire quelques pages excellentes, les meilleures de son livre. Mais s'il a été bon historien, il a presque toujours reculé devant les minuties de la tâche épigraphique.

0) Cf. ici p. 345.

(Sj Sans duutu originaire de Liliourno et le père de l'ancien bibliothécaire el arciiivisle de celle ville.

(») Poèlc, né cl mort à Bordeaux (1775-1831), cf. Laterbade, Aead., 1862, p. 143 et s.

(«j Né a Pons, mon à Saintes en 1878; cf. L'ablé Lanirie\sic],paT Vzhhé Eutropb Vallée, 1880, in-8«.

(5) Né à Chaiiibéry enlSOl.morl à Paris en novembre 1X60. Son seul travail (larchéolo»ieruniiiine,en sus des raiiports indiqués ici, sont ses, Rtcheiches sur les Dendrophores, citées pape 3Î0, noie 3. Cf., sur lui, Ja Oh onde du 19 novenibre 1860, n» 3497; Commission des montinients, 18(JÎ-1864, p. 95.

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Il a eu souvent l'occasion, en rédigeant avec Lamothe les procèsverbaux de la Commission des monumenis et documents hisioriques, de signaler les fouilles nouvelles : il l'a toujours fait très brièvement et d'une façon incomplète (par exemple pour les fouilles de 1848, si riches cependant, cf. p. 321); il a rarement donné le texte des inscriptions découvertes, et, quand il l'a fait, ce texte est d'ordinaire mutilé ou dénaturé (cf. surtout n" 302). Nous sommes loin des comptes-rendus dus à Jouannet, si précis et si détaillés.

La Commission des monuments et documents Jdstoriques de la Gironde fut instituée, par arrêté préfectoral du 26 mars 1839, « pour la recherche » et la conservation des monuments et des documents historiques ». Les premiers membres furent Galos (alors député), Rabanis, Jouannet, Lacour, Richard (secrétaire de l'Académie), Durand, le sculpteur Maggesi, l'avocat Bonfin et l'architecte Lemonnier : son premier président fut Rabanis ('). Dès 1840, elle fit paraître annuellement un Rapport sur ses travaux, adressé au préfet du département. Ces Rapports, assez sommaires au début, prirent peu à peu une plus grande étendue, et renfermèrent des documents inédits sur notre histoire, des renseignements sur les fouilles, des descriptions, des vues et des plans, parfois même des études archéologiques, biographiques et bibliographiques. C'est là que nous trouvons mentionnées les principales découvertes épigraphiques du milieu de ce siècle, surtout dans les Rapports des années 1848-1849, 1850-1851 : signés du président Rabanis et du secrétaire L. de Lamothe, ils semblent l'œuvre du premier, le seul membre de la commission qui, depuis la mort de Jouannet, eût des connaissances archéologiques assez étendues.Mais les comptes-rendus des fouilles sont, comme nous venons de le dire, presque toujours insuffisants et incomplets, et la Commission des monuments n'a pas rendu au public érudit, tant s'en faut, les services d'informations qu'il était en droit d'attendre d'elle. Après le départ de Rabanis, en 1852, l'activité épigraphique de la Commission se ralentit encore : nous lisons dans le rapport de 1852- 1853 une note de Testas sur une inscription bordelaise; puis l'épigraphie bordelaise ne trouve plus de place dans le recueil, qui d'ailleurs, intermittent depuis 1855, s'arrête définitivement en 1886. La Commission existe toujours.

(1) Cf. Département de laÇHronie, Recueil des actes administratifs, a°5 SSO, 747, 797, 809 ; aanàe 1837, n» 7.

400 INSfMtlI'TIONS UOMAINKS DE lîOlîDEAUX.

Mentionnons encore, parmi les érudits de cette génération dont le nom se retrouve dans ce recueil, les sculpteurs ou architectes Monsau {') <cf.n''44),Dui'aiKlC2) (cf.t.I, p.424ett.II,p.348)et Bordes (3) qui, dans son Histoire des monuments de Hordeavx, a fait un emploi peu judicieux de nos inscriptions; les historiens Ducourneau (■') et O'Reilly (^), qui n'ont pas été plus heureux que Bordes dans leurs tentatives épigraphiques : Y Histoire de Bordeaux de ce dernier n'a absolument aucune valeur pour tout ce qui concerne la période gallo-romaine ; enfin notre collègue M. Brunet (^), qui est le dernier survivant peut-être de cette génération, et dont nous avons analysé plus haut un article (p. 352). Faisons une place à part à Léonce de Lamothe C), le collègue de Rabanis dans la Commission des monuments, dont les monographies sur Bordeaux sont vraiment bien faites, nettes et complètes; son Nouveau Guide de l'étranger à Bordeaux (1856) est fort utile aujourd'hui encore et comme un modèle du genre.

Malgré les publications de Jouannet et les recherches de ses successeurs, les monuments de Bordeaux étaient au milieu de ce siècle assez pen connus des savants de France, à peu près ignorés des savants de l'étranger : les revues toute locales où on les avait publiées n'étaient guère accessibles, même au public érudit; et, en dehors du cercle très restreint des chercheurs du pays, on ne se doutait guère que nous possédions alors sinon la plus riche, du moins la plus curieuse et la plus étrange collection de tombeaux et d'inscriptions datant de l'ère gallo-romaine ; qu'il y avait à Bordeaux une mine étonnamment riche de renseignements sur les coutumes, sur l'art et la civilisation des hommes de la Gaule propre. Mais heureusement ils attirèrent l'attention du savant qu'on peut appeler le fondateur de l'archéologie en France, de Caumont, qui le premier les signala au monde des érudits.

(•) Puintre, arcliileclo, spulpleiir. auleur des slatue3 des colonnes rosirales, niorl vors IgliO (.').

l'i No à Bordeaux nu 179-2, uiori a Bordeaux lu 8 uovenil)riî 18j8; cf. Commission, 18C2-J, ji. 91.

(>) Né à Rions le 27 aoùl 1S03, morl à Bordeaux le 3 août 1868.

(«I Publicisle, jouiualislc, priucii>al do collège, né a .\geu le 10 janvier 181j; cf. .\nduieu, Bibliographie derAgcnais,i.\,\i.ii\.

(SjL'alibéO'Ilcilly cstiic en IR06 (en Irlande?), morl il Bordeaux le 28 janvier 1861.

(*l Ne a lîordeaux le 18 novomlirc 1805.

(1, Ne a Bordeaux le 21 soiitombro 1812, morl !e 8 mars 1871. Il sisnail d'ordinaire L. L. et négligeait de parti pris la particule. Cf. encore sur lui, ici, page 387, nule 2, et Valat, Académie, 1877-8, p. 29 et s.

De Caumont (i), avec sa fine intelligence, la netteté étonnante de ses observations et la sûreté de son coup d'oeil , reconnut sur-le-champ le service que pouvaient rendre nos antiquités à la connaissance du inonde gallo-romain et la place qu'elles devaient prendre dans l'histoire de l'art et de l'archéologie des quatre premiers siècles : « L'épigraphie », dit-il au début de sa Nécrologie , « a exhumé depuis longtemps les » trésors qu'offrent les pierres tumulaires pour le latiniste, mais on n'a » pas suffisamment étudié les figures auxquelles les inscriptions se » rapportent; on ne les a que rarement dessinées. »

De Caumont ne paraît avoir connu pendant longtemps nos monuments et nos inscriptions que d'après les travaux de Jouannet; il les utilisa avec profit dans son Cours à' Antiq^iitès monumentales (commencé en 1830)j oii il y a tant d'aperçus ingénieux et de fines remarques, et une érudition si vaste et si claire. — La visite qu'il fit à Bordeaux en 1861 avec le Congrès scientifique lui permit de compléter par lui-même ses notes et ses idées (cf. notre page 352). Il a raconté succinctement cette visite dans le tome XXVII du Bulletin mmnimental, cette revue célèbre dont il fit (depuis 1834) l'instrument d'une propagande scientifique si active et si utile, et qui, grâce à lui, initia en quelque sorte toute la France à la connaissance de ses monuments. — Dans le même volume, un des zélés collaborateurs de de Caumont, M. Arbellot i^), rédigea un compte-rendu plus détaillé de cette visite au musée de Bordeaux (cf. p. 352); il inséra dans cet article une douzaine d'inscriptions copiées par lui, quelques-unes un peu rapidement (cf. n°^ 19, 106, 214, 326). — Enfin, dans les tomes XXVII et XXVIII du même Bulletin, de Caumont donna une étude détaillée des antiquités funéraires de la Gaule sous le titre de Nécrologie gallo-romaine ; il commença cette étude par l'examen des tombeaux bordelais, qu'il jugeait les plus caractéristiques de tous les musées de France : il reprit plus tard cet examen, presque sans changement, dans son Abécédaire d'arcliéologie, ce manuel qui, pour être devenu un peu arriéré aujourd'hui, n'en est pas moins un travail unique en son genre et mériterait bien les honneurs d'une réimpression. Les copies d'inscriptions, sans y être parfaites, sont assez bonnes. Mais ce qui fait le principal avantage de ces der-

(1) Né en 1801, mort en 1873.

('J Aujourd'hui présidenl de la Société arcltéologique de Limoges.

INSCP., T. II. 51

mères publications de de Caumont, ce sont les dessins qui les accompagnent. Des croquis donnés par ThioUet, il n'y a rien à dire ni en bien ni en mal. Mais ceux qui sont l'œuvre de M. Drouyn (*), nets, exacts, simples, avec un je ne sais quoi de rude et de primitif qui rend à merveille le caractère de l'art gallo-romain, donnent une idée parfaite de nos monuments : on a pu en juger par ceux que nous avons reproduits ici (t. I, p. 204, 353, 407, 414).

Çà et là, dans ses articles, de Caumont cite une observation de Renier, auquel il semble avoir communiqué ses copies. Bien que Renier n'ait jamais publié qu'une note insignifiante (t.I,p. 174) sur l'épigraphie de Bordeaux, il importe cependant de parler ici de ce maître, qui a laissé, avec un nom célèbre, une étonnante quantité de notes et de manuscrits. Léon Renier (2) fut chargé, il y a plus de trente ans, du soin de publier le recueil général des inscriptions de la Gaule, travail pour lequel le désignaient son activité laborieuse, son habileté à lire les inscriptions, l'art qu'il déployait dans ses commentaires, la souplesse de son esprit et la patience de son érudition. Pourquoi et comment ce recueil ne vit jamais le jour, nous n'avons point à le dire ici : tout au plus pouvons-nous rappeler qu'il fut beaucoup moins avancé, infiniment moins préparé qu'on ne le croit d'ordinaire, et que l'ébauche de ce grand travail était à peine tracée quand Renier y renonça (^).

Voici exactement ce que sont, pour les inscriptions de Bordeaux, les fiches de Léon Renier : renfermées dans deux chemises, environ trois cents feuilles in-4° de carton assez fort portent chacune une inscription, écrite soit immédiatement sur le carton, soit sur une feuille de papier blanc adhérente à la fiche. Les deux chemises portent comme en-tête, l'une : « Public[ues. — Funér. A-H»\ l'autre: « Funéraires I-X. — Fragments, » suscriptions qui nous montrent quel classement Renier avait adopté. L'inscription est accompagnée parfois du dessin du monument; en outre, Renier y a joint une indication très simple sur l'endroit

(') Né à Izon le lîjuillel 1816.

(*) Né à Cbarleville, le î mai 1809, mort à Paris lo 11 .iuin188S. Cf. sur la vie et les œuvres de Renier, D. 3J !\DiN3 et HtHON DE ViLLEFossB d:iu3 les Uflangu Renier, 1887, in-S".

(') Nous recevons à l'instant môme dans lo Bulletin archéologique du comitf des travaux historiques pour 1888 l'excellent Rapport ia Mowat sur les papiers et documents épigraphiques réunis par Léon Renier. Nous repétons, quant à ce qui concerne Bordeaux, que le travail était encore infiniment moins prêt que ne Ic! pense M. Mo'wat et surtout que ne le disait Renier, lorsqu'il annonçait {p. 291), «qu'il était en mesuro de metirosous presse», et nous alUrmons, sous notre responsabilité, que ses fiches bordelaises ne reuformaieul rien d'utilisable, même il y a vingt ans. — Cf. pa^e 414.

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OÙ le monument se trouve, « au musée », quelques citations bibliographiques, et des annotations dans le genre de « exscr. c. i, n. 40 », qui renvoient sans doute à ses carnets de voyage : « exscripsi carnet 4, numéro 40. » Je ne connais pas ces carnets. — Les fiches de Renier renferment à peu près toutes les inscriptions découvertes jusqu'en 1871, ce qui ne veut pas dire que Eenier les ait toutes copiées lui-même sur le monument : il n'a vu que celles qui furent trouvées avant 1863, ce qui semble prouver que son voyage épigraphique à Bordeaux se place vers 1861-1862 (cf. p. 323) et qu'il n'est plus revenu dans notre ville. Chose étonnante, il n'a vu alors que les pierres du Dépôt Bel et a ignoré le musée Dubois. Pour toutes les autres, qui furent découvertes de 1863 à 1871, il donne le texte pris par Charles Robert; ce sont ces dernières inscriptions seulement dont la copie est accompagnée d'un dessin du monument ; ces textes et ces dessins sont de Robert : faits sur du papier blanc, ils ont été donnés à Renier, qui les a collés sur les fiches de carton. Nous n'avons pas à nous occuper ici des dernières copies. Les autres sont généralement bonnes, mais n'ont certes pas toute la perfection qu'on serait en droit d'attendre de Léon Renier : on peut seulement dire, à la décharge de Renier, qu'il ne dut les considérer que comme provisoires, et qu'il se réservait de les reprendre et de les corriger à loisir dans de nouveaux voyages ; c'est ce qui excuse évidemment certaines lectures trop rapides (cf. n°^ 85, 106, 189, 203, etc.) d'inscriptions difficiles, il est vrai, à déchifî'rer du premier coup d'œil. Quant aux notes bibliographiques, elles sont fort incomplètes; Renier cite Apianus, Gruter, Vinet, les travaux académiques de Jouannet, les articles de la Revue archéologique, du Bulletin des antiquaires, de la Commission des monuments Mstoriques, Orelli, Juste-Lipse, Millin, Muratori et le président Bouhier. Les travaux de de Lurbe, de Sansas, de Devienne, — les plus importants de tous, — et bien d'autres ne sont pas utilisés. Enfin, il n'y a aucun renseignement sur l'origine des inscriptions^ aucun commentaire de détail ni d'ensemble. Il est évident que nous avons affaire, dans ces fiches, à un premier dépouillement, à une esquisse très rapide commencée au plus tôt vers 1856, arrêtée vers 1860, et qui n'a plus été mise au courant, si ce n'est qu'elle a été accrue vers 1871 des notes données à Renier par Charles Robert.

Or, pendant que Eenier suspendait ses recherches épigraphiques sur

Bordeaux, sa tâche éventuelle était sing-ulièreiuent compliquée par la découverte des inscriptions de la voie du Peugue et les nombreuses publications de Sausas.

Pierre Sausas ('), avocat, organisateur du second Musée d'antiques, fondateur de notre Société archéologique, député de la Gironde, est, avec Jouannet, l'homme qui a de notre temps rendu les plus émiuents services aux antiquités bordelaises. Il y a toutefois une assez grande diiFérence à faire entre ces deux hommes. Sans doute, Sausas eut pour l'archéologie le même zèle que Jouannet : c'était merveille que de le voir suivre des journées entières ou diriger avec une persévérante ardeur les fouilles de la voie du Peugue, se précipiter sur les inscriptions nouvellement découvertes et chercher à les lire au milieu de la poussière et des décombres qui les entouraient. Toutefois, la science n'a jamais été pour lui, comme elle a été pour Jouannet, une vocation exclusive et une passion intime. Homme politique par-dessus tout, ayant combattu et souffert pour ses convictions, plus enclin à la lutte qu'au travail, il demandait surtout à l'étude de le consoler ou de le distraire. Il n'aima l'épigraphie qu'assez tard, puisque ses premières publications archéologiques datent de 1851, mais il s'y attacha très vite, et dès lors, il y revint constamment dans toutes les périodes de sa vie; il ne l'abandonna ni au temps de ses exils (-), ni au milieu des ennuis de la vie publique, et se reposait des fatigues de l'Assemblée nationale, dont il était membre depuis le 2 juillet 1871, en faisant une lecture à la Société des Antiquaires (voyez les séances de 1872). Mais, malgré tout, ce ne fut pas un épigraphiste de profession, et il ne devint jamais, comme Jouannet, un savant. Avocat, il avait reçu une éducation classique fort soignée : il la perfectionna rarement, et nous ne trouvons pas dans ses écrits successifs la trace de ces progrès, de ces pas en avant que nous remarquons sans cesse dans l'œuvre de Jouannet. Ses articles se répètent bien souvent l'un l'autre, et le dernier n'ajoute souvent guère au précédent en fait d'idées ou de remarques. Il eut des idées beaucoup trop arrêtées et trop

(') No à Bordeaux lo 13 décembre 1S04, mori à Versailles le 5 janvier 1877; cf. la Gironde des 7 et 14 janvier 1877.

(«) SaDsas a été doux fois ca exil, de 1851 à 18SS et do 1858 à 1859.

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peu justifiées en matière d'archéologie : on se souvient des orages que suscita dans l'Académie son article sur Yascia (cf. t. I, p. 155), dans laquelle il ne voulut voir qu'un symbole chrétien, alors que le contraire seul semble une vérité. Plus que Jouannet encore, il se laissa trop séduire par l'imagination, alors en plein débordement, de certains chercheurs celtistes (cf. t. I, p. 215 et 53), et il est souvent séduit même par les rêveries démodées de dom Martin. Ses commentaires d'inscriptions ne trahissent pas cet effort scientifique, ce désir de mieux faire, qui est la caractéristique constante du talent de Jouannet : ils oS"rent trop rarement des vues utiles, des remarques judicieuses. Enfin, on a tout lieu de croire qu'il ne possédait pas des notions bibliographiques assez étendues sur les inscriptions de Bordeaux : c'est ainsi que, dans sa Notice, il ne connaît les inscriptions publiées par Devienne que par l'intermédiaire de Jouannet (cf. n"^ 226, 247, 266, etc.). Mais, cela dit, il faut reconnaître et proclamer que Sansas a été aussi utile à la cause de l'épigraphie que Jouannet, que Vinet et que de Lurbe, et qu'il a le même titre que ces hommes à notre reconnaissance. Il a véritablement conservé toutes les inscriptions découvertes de 1849 à 1869, c'est-à-dire la plus belle moitié de notre patrimoine épigraphique. Non seulemet il les a sauvées, mais il leur a assuré un asile aux frais de la Ville (cf. p. 353); il a su tirer profit des découvertes faites de notre temps pour ranimer dans notre ville le goût des études archéologiques et l'amour de notre passé ; il a fondé, pour soutenir son œuvre et demeurer fidèle à sa tradition, notre Société archéoïogi'jue , Enfin, il a toujours voulu que les découvertes nouvelles fussent connues sur-le-champ du pubhc.

Pour cela, il a été souvent obligé de frapper à plus d'une porte, car il n'y eutpas de 1850 à 1875 d'organe attitré pour enregistrer les fouilles. Tour à tour, il a écrit à ce sujet dans le Congrès scient i^que de 1831 (fouilles de 1848 à 1851), dans la Reoue d'Aquitaine (qui vécut de 1857 à 1869), dans l'Ami des cîiamps (jusqu'en 1867), dans les journaux poltiques la Tribune de la G-ironde, la Vigie bordelaise (fouilles de 1884) et la Gironde, et enfin (fouilles de 1865 à 1868) dans le Progrès : cette dernière revue, fondée en 1863 par Laterrade, et bien supérieure comme esprit et comme valeur à ses devancières, partagea cependant leur sort, en disparaissant après sept ans seulement d'existence (en 1870). Entre temps, il donnait des articles plus complets soit dans ces différentes

revues, soit daus les Actes de l'Académie ou dans les publications du Congres scientifique de 1861. — Dans ces derniers articles, malgré le nombre considérable d'inscriptions qui s'y trouvent publiées, il n'y a malheureusement pas grand'chose à prendre en fait d'épigraphie, si ce n'est trop souvent quelques mauvaises lectures de plus à insérer dans nos Variantes : le plus connu d'entre eux est la Notice qu'il fournit au Congrès scientifique de 1861 pour répondre à la question suivante : « Faire connaître, par des documents authentiques, les familles gallo- » romaines les plus remarquables du sud-ouest de la France aux iii« et » iv« siècles. » Dans cette notice, qui ne répondait d'ailleurs que fort iudirectement au sujet proposé, Sansas nous donne un Corpus de toutes les inscriptions bordelaises conservées ou perdues : il les range par ordre alphabétique du premier nom propre qu'elles renferment ; ce travail est assez mal fait, sans aucun renseignement historique et bibliographique, et presque partout Sansas conserve, sans y rien changer, les lectures, bonnes ou mauvaises, que Jouannet avait données des textes; toutefois, comme il était très complet et qu'il a paru dans un recueil fort accessible, il a fait beaucoup pour la diffu- .sion de nos inscriptions, et aujourd'hui encore on les connaît surtout par la Notice de Sansas. — Son article sur YAscia est dénué de valeur. — Les Bordelais trouveront plus de profit à lire dans le Progrès son Bordeaux à trarers les âges, dans la Reime d'Aquitaine, ses Origines acj^uitaniques et son Archéologie lordelaise, et les petits mémoires qu'il a publiés dans les actes de la Société archéologique, quoique toutes ses études aient été faites rapidement et sans trop d'esprit critique. — Mais les principaux titres de Sansas sont, sans contredit, ses comptes-rendus des fouilles, en particulier ceux qu'il a donnés au Progrès ('). Toujours très complets, très détaillés, d'une rare précision, ils renferment d'inestimables renseignements sur l'archéologie bordelaise, sur la muraille de l'an 300 (cf. ici p. 285), sur les ruines des édifices antérieurs, sur les aqueducs, sur les débris de toute sorte découverts de 1865 à 1868, sur nos inscriptions enfin : Sansas s'est montré dans ces articles un observateur de premier ordre, voyant les choses vite, juste et complètement. Il n'a jamais omis un détail, quelque

{}) Le Progris, \.\\\,\). U8, annonce : «Les articles d'archéologie seront désormais imprimés avec une paçrinaliun spéciale, et il en sera fait un tirage à part sous lo titre de Bulletin archéologique. » Ils étaient accompagnés de croquis dus à Bernédc,que nous retrouverons (p. ilO).

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petit qu'il fût, sur le lieu, le moment, les circonstances de chaque découverte : ce qui rend ses comptes-rendus aussi sûrs que riches et qu'utiles, et presque des modèles à suivre. — Quant aux inscriptions, il les lit, somme toute, un peu mieux que Jouannet, et si ses textes présentent en assez grand nombre des omissions (cf. n°^ 167, 174, 315, etc.) ou des inexactitudes, il faut dire que lorsque Sansas publiait ses comptesrendus, il n'avait pas toujours eu le temps d'étudier à loisir les inscriptions, souvent recouvertes encore de poussière et de mortier. — Il est à remarquer qu'il a négligé de parler d'un assez grand nombre d'inscriptions trouvées de 1867 à 1872 (p. 327), ce qui s'explique par le fait que ses absences de Bordeaux le forçaient souvent d'interrompre ses comptes-rendus (i).

Vers le temps oii un nouveau dépôt d'antiques s'installait à Bordeaux, nos collections furent "sisitées et étudiées par deux archéologues de valeur qui les admirèrent longuement et eurent la patience d'en copier tous les textes, le général Creuly et l'intendant général Robert.

Le général Creuly ("^), qui a été un des promoteurs de l'archéologie en Algérie, et qui, en fondant la Société arcTièologiqiia de Constantine, a rendu d'inoubliables services à l'érudition, s'est intéressé aussi vivement à l'épigraphie de la Gaule qu'à celle de l'Afrique : de chacun des voyages qu'il faisait en France, il rapportait une bonne moisson de copies et de dessins. Plus tard, quand fut fondée la Commission de la carte des Gaules, Creuly eut la haute main dans les travaux, et ce fut surtout d'après ses copies que les inscriptions de la Gaule y furent étudiées. C'est également de cette source que proviennent les quelques textes bordelais que donne \q Dictionnaire archéoïogiç[ue de la (Jaule, publié par les soins de cette commission. Enfin, on trouve dans les fiches de Léon Renier la trace d'assez nombreuses communications faites parle général Creuly. Si bien que l'on peut dire que, de 1860 à 1870, les érudits parisiens n'ont connu nos inscriptions que par son intermédiaire (Léon Renier s'obstinant à ne pas communiquer ses copies). — Les Carnets (^) où le général Creuly dessinait nos monuments se trouvent conservés aujourd'hui à la Bibliothèque du Musée de Saint -Germain

(1) M. Bracpiehaye possède des notes manuscrites de Sansas, qui n'ont pas une grande importance, en particulier pour l'épigraphie.

(2) Né à Cherbourg le U novembre 1795, mort à Paris le 14 juin 1879, cf. Revue celtique, t. IV, p. 3t-2.

(3) Nous n'avons pu utiliser ces Carnets pour notre premier volume, et nous croyons inutile d'en grossir, dans le Supplément, la Bibliographie et les Variantes de nos inscriptions.

in" 6112), qui nous les a oblig-eamment oomuiuniqués. Trois de ces carnets renferment des inscriptions bordelaises : dans le Carnet n° 2. nous trouvons cinq inscriptions (n°' 216, 311, 158, 179 et 181) copiées dans la cour de l'Hôtel Jean-Jacques Bel le 10 novembre 1859; dans le Carnet n" 16, nous trouvons 112 inscriptions copiées du 5 au 7 novembre 1866 dans le même Hôtel (salle et cour) et dans le jardin de la Mairie (cf. p. 358); dans le Carnet n" 17, qui fait suite au précédent, il y a 7 inscriptions copiées le 9 novembre 1866 dans la cour de l'hôtel Fieffé : <'es dernières sont les inscriptions qu'on venait de découvrir en 1865 près de la Cathédrale (cf. t. IL p. 324 et p. 353).

Les dessins de Creuly sont parfaits comme netteté, finesse et exactitude : il lui a fallu ime patience étonnante pour noter tous les détails (lu monument et en indiquer toutes les dimensions. Les copies des inscriptions sont réellement bonnes et bien supérieures à celles de Renier : on s'aperçoit "vàte que Creuly avait le coup d'œil très rapide et très pénétrant, et qu'aucune minutie ne lui échappait sur la surface du monument. Seulement, si je puis m'exprimer ainsi, il avait moins le coup d'œil d'un épigraphiste que celui d'un artiste : c'est ainsi qu'il indique tous les défauts de la pierre, tous les coups de stylet ou de couteau, toutes les éraflures qu'elle présente, tous les faux traits de gravure dus à des lapicides maladroits, ce qui l'amène souvent à considérer comme faisant partie d'une lettre une simple ligne parasite. On dirait que Creuly s'est préoccupé, en dessinant les inscriptions, moins de leur sens que de leur aspect, qu'il a voulu, en quelque sorte, les photographier d'abord, renvoyant à plus tard le soin de les déchiffrer. — A l'aide de ces copies, Creuly a dressé successivement plusieurs tableaux de noms celtiques (c'était ce qui l'intéressait le plus dans nos inscriptions), d'abord dans la Remie archcologiqiie (t. XIX, nouvelle série, 1869), puis dans le Dictionnaire archéologique de la Gaule (p. 209); enfin, dans le tome III de la Revue celtique. On pensera moins de bien de ces listes que des dessins du général Creuly : il semble que ce dernier comprît un peu moins bien les inscriptions qu'il ne les déchiffrait; il était d'ailleurs trop souvent tenté d'y voir des noms gaulois, cédant à une sorte de tendance qui était générale en France en ce ttMups-là, et qui est la conséquence exagérée du réveil chez nous des études celtiques. Ce n'est que de nos jours qu'en cette délicate matière on a su arriver à la juste mesure.

Charles Robert (') avait reçu comme droit de cité chez nous en donnant à notre Société arcMologiqxie quelques-unes de ses meilleures publications. II eut. comme le dit un jour M. Mowat (^), deux patries épig-raphiques : Metz et Bordeaux. Bien que Robert aimât à répéter qu'il n'était pas épigraphiste et que son métier était de ne faire que de la numismatique, cependant, il a montré que l'érudition, la conscience et l'exactitude sont des qualités qui demeurent, quel que soit le sujet sur lequel on écrive.

Il eut, en 1870-1871, l'occasion de copier toutes les inscriptions de nos musées et d'en dessiner les monuments : ce fut le point de départ d'une série de publications épigraphiques faites dans les Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dans la Revue celtique et la Revue arcliéologiqtie, dans le Bulletin éj^igrapMque de la Gaule et surtout dans les mémoires de la Société arcliéologùiue de Bordeaux : la dernière de ces études, la plus importante et la plus riche en dessins et en inscriptions, est celle qu'il consacra à l'examen de toutes les inscriptions bordelaises « portant un ethnique », et qu'il intitula Les Etrangers à Bordeaux (^) .

Ajoutons qu'aimant à communiquer ses notes et ses dessins, il a fourni, comme nous l'avons dit, à Léon Renier les meilleures des copies que nous trouvions dans les fiches de ce dernier et à Ernest Desjardins (■'•) la plupart des inscriptions publiées dans la Géographie de la Gaule romaine.

Robert, dont le seul tort fut peut-être l'exagération d'une modestie sincère, fut un savant d'un grand mérite, d'une rare sûreté de coup d'œil, d'un jugement fin et pénétrant : s'il n'avait pas cédé si volontiers toute sa vie aux terribles exigences des nombreuses revues auxquelles il collaborait et des sociétés dont il faisait partie, il eût pu faire plus d'un grand et beau livre ; il ne se fût pas dispersé dans un nombre infini d'études, auxquelles on ne doit d'ailleurs reprocher que leur peu d'étendue. C'est le cas de ses publications sur Bordeaux : les inscriptions sont bien lues, avec ce soin qu'on pouvait attendre d'un numis-

(•) Né à Bar-le-Duc le 20 novembre 1812, morl à Paris le 15 septembre 1887.— Voyez Gagnât, flerwe arcUologique rie 1888, \" semestre, p. 113.

(2) BvUelin {pigraphique, I. III, p. 310.

(3) Cf. le eomple-rendu de Wowat, BtiHetin (pigrapliiqtie, t. III, p. 310.

(») Né ea 1823, mort le 22 octobre 1886 ; cf. Eettie celtiqm, t. VII, p. 443, et Jullian, Reme historiSJie de 1887, tome XXX.

iNScn., T. II. 52

410 INSCttIPTIONS ROMAINES DE BORDEAUX.

mate de premier ordre, et il est bien rare qu'on ait à s'écarter de lui autrement que pour des lettres isolées (cf. n°^ 222, 223, etc.). Aux copies des inscriptions, il a toujours voulu joindre, dans ses travaux, les fac-similés des monuments : il les dessinait lui-même, et, comme on peut le voir par ceux de ces dessins que nous avons reproduits ici (t. I, p. 4-7, p. 14, p. 83-86, p. 166, p. 170), il le faisait avec une grande exactitude et une étonnante finesse de lignes. Le commentaire, qu'il ne manquait jamais de donner, est étendu, clair et érudit, et nous montre que Robert n'était étranger à aucune des sciences qui aident l'historien, pas plus à la philologie celtique ou latine qu'à la géographie comparée.

A Bordeaux même, le mouvement archéologique se continuait depuis 1873 et se continue par les soins des membres de cette Société archéoîogiqîie qui fut fondée grâce aux longs efforts de Sansas : la première séance qui fut tenue est du 2 mai 1873, le premier fascicule imprimé, d'août 1874.

Ses publications (Mémoires et Comptes -rendus des séances), — qui ont le tort de paraître fort irrégulièrement, — n'en sont pas moins un répertoire de premier ordre pour toutes les découvertes et toutes les recherches faites depuis quinze ans dans notre ville. Grâce à elles, l'archéologie et l'épigraphie ont enfin ce qui leur a toujours manqué ici, uu organe attitré, une revue sérieuse et homogène. Parmi les noms de ses membres qui apparaissent dans ce livre et dont les articles nous ont servi, citons ceux de MM. Braquehaye ('), Delfortrie (-), Bernède (^), Farine (^), Girault f). Mais deux hommes s'y sont occupés particulièrement d'archéologie gallo-romaine et, quoique à des titres divers, ont été surtout mis à profit pour ce volume, MM. Dezeimeris et de Mensiguac.

(') Né àTroyos le 30 janvier 1839, directeur de l'École d03 Beaux-Arts de la Ville.

(•) No en 1816, mort eu 1885, ancien juge de paix.

(') Né à Bordeaux le 2î septembre 18i0, dessinateur. — Bernède fil éiçaletnenl les dessins archéoloRiques ûa Progris (et. ici, p. i06l: •Grâce au bienveillant concours d'un artiste Ho mérite, M. Bernède, peintre d'iiistnire, il nous est permis de présenter à nos lœteurs des croquis < (l. III, p. 43)). Los papiers de Léon Renier (cf. Mowat, /. c., p. 30i) renferment des dessins de Bernède contenus dans une lettre de Sansas; cj sont, j'imagine, quelques croquis dos inscriptions connues et publiées dans le Progris.

(«) Ancien conseiller à la Cour.

ci Arlisle polaire, cl. notre t. Il, p. 57.

LES PUBLICATIONS ÉPIG RAPHIQUES . 411

M. Reinhold Dezeinieris ('), par la patience de ses recherches précises, par son étonnante érudition, par l'ingéniosité de ses remarques et son flair critique, fait involontairement songer aux savants de cette Renaissance, qu'il connaît si bien. Il a publié dans deux mémoires les inscriptions découvertes en 1880 (Remarg^ues sur des inscriptions antiques récemment découvertes à Bordeaux) et en 1877 {Recherches sur les origines de Sulpice Sévère), mémoires auxquels il faut joindre une note sur celles de 1873 (Comptes-rendus des séances de V Académie de Bordeaux) : ses lectures, bonnes et sûres, sont accompagnées de longs commentaires, pleins de choses, de connaissances et d'idées.

M. Camille de l\Ienslgnac {^) a donné à la Société archéologique un mémoire sur Y Emplacement de la ville romaine de Bordeaux du i*' à la fn du \\t siècle, qui nous a été bien souvent utile (cf. t. I, p. 426) ; il a, en outre, rendu régulièrement compte, soit dans les Mémoires, soit dans les Comptes- Rendus des séances, des fouilles faites depuis 1877 jusqu'en 1885. Ces comptes -rendus sont très complets, très précis, accompagnés du catalogue détaillé des objets troiivés.

Il est seulement regrettable que M. de Mensignac les ait interrompus depuis quelques années : personne mieux que lui à Bordeaux n'a qualité pour nous renseigner au jour le jour sur les événements archéologiques de notre cité, et aucune publication n'est mieux faite que celle de la Société archéologique pour recevoir des communications de ce g'enre. Il importe que désormais, dans les actes de cette Société, paraisse régulièrement le procès-verbal de toutes les découvertes faites à Bordeaux, le compte-rendu de tous les travaux siir les antiquités de notre ville, la Chronique en un mot de nos vieux monuments. Il faut que la leçon du passé nous soit profitable. Nos prédécesseurs nous ont maintes fois donné des renseignements incomplets ou inexacts : ils ont trop souvent péché par omission ou négligence, et nous avons pâti de leurs erreurs et de leurs fautes. Evitons à nos successeurs les mêmes ennuis en ayant soin de tenir jour par jour le compte exact des acquisitions faites ici par la science de l'antiquité. N'oublions pas que les notes prises aujourd'hui deviendront dès demain des documents.

(*) Né à Paris le \\ avril 183K, membre correspondant de l'Institut. (2J Né à Bordeaux le 17 mars 1850.

412 IXSCRIPTIONS UOMAIXES DE BORDEAUX.

Le deruier des savants dont nous ayons à parlci" ici est on même temps celui que nous avons le plus à cœur de remercier, M. Allmer(»).

Personne ne s'étonnera, sauf M. Allmer lui-même, si on ose dire que de nos jours un seul homme a jusqu'ici rendu autant de services à l'épigraphie de la France méridionale qu'en ont rendus de leur temps Scaliger, Peiresc et Séguier. M. Allmer est bien, lui aussi, l'incarnation de tout le travail épigraphique qui s'est fait depuis quarante ans dans notre Midi. Ce n'est pas notre conviction à nous seul : c'est aussi celle de tous ceux qui aiment ces études, et ils s'associeront; j'en suis sûr, aux paroles que M. Hirschfeld lui consacre dans son recueil des Inscriptions de la Gaule Narbonnaise : « Allmer », dit-il (-), « n'a pu » pendant longtemps se livrer aux études qui lui étaient chères à cause » des devoirs de sa profession ; mais il leur consacrait toutes ses minutes » de loisir, parcourant sans cesse les régions du Midi, copiant les ins- » criptions de Vienne avec une parfaite exactitude, les dessinant avec » une extrême habileté; puis, quand il eut pris sa retraite, il fit lui-même » son éducation scientitique, non virorum dodorum fraeceptis, secl suis » studiis; il publia alors les inscriptions de Vienne avec un excellent » commentaire ; et enfin il fonda la Revue épigraphique du Midi pour » faire connaître au pubUc, dans des textes aussi sûrs que possible, les » nouvelles découvertes». Il publie aujourd'hui les inscriptions de Lyon et de Nîmes, — les deux plus gros morceaux de l'épigrapliie française ; — il dirige le recueil des inscriptions que les Privât ajoutent à leur Histoire de Languedoc. Arrivé au seuil de l'extrême vieillesse, M. Allmer continue avec un rare courage son dur labeur épigraphique. Et son oeuvre personnelle est cependant peu de chose à côté de son influence : par ses voyages incessants, par ses relations, par sa correspondance ininterrompue, par ses notes et ses conseils, par cette ardeur communicative et presque juvénile que l'âge semble augmenter, ^I. Allmer est devenu le vrai maître des épigraphistes du Midi de la France, et il joue bien à cet égard chez nous le rôle qui fat celui de Séguier et de Peiresc.

M. Allmer vint à Bordeaux il y a quelques années à peine, en

(') Aujourd'liiii membre rorre.opondaat del'IoslUul. (») Page Î2Î, Corpus, t. XU.

LES PUBLICATIONS K PIGK A PHIQUE S . 413

octobre 1879 (') ; il passa trois semaines entières à dessiner tous les monuments gravés de nos deux Déj^ôts, ne ménageant ni sa peine ni son temps. De retour à Lyon, il a donné dans la Revue épigra^gMqtie du Midi de la France les plus importantes de nos inscriptions, dont il a fait suivre le texte de commentaires succincts, mais définitifs; de temps à autre, il a joint aux inscriptions copiées par lui celles qui, récemment découvertes, lui étaient communiquées par les lettres oti les brochures de ses correspondants. Dans le 12" fascicule de la Revue, nous trouvons une sorte de résumé sur les inscriptions et les antiquités de Bordeaux, très complet et très exact; c'est une excellente étude d'ensemble, la meilleure qu'on puisse lire à propos de nos richesses épigraphiques. Enfin j'ai eu à ma disposition, — personne n'ignore l'inépuisable oblig'eance de M. Allmer, — tous les dessins et toutes les copies qu'il prit ici en 1879.

Je n'ai pas à parler longuement ici de l'œuvre écrite ou imprimée de notre maître, quelque importance qu'elle ait eue pour la préparation de ce volume : un seul mot suffira pour la caractériser ; personne n'a jamais lu nos inscriptions avec une telle sûreté de coup d'œil et unu telle netteté de déchiffrement; l'épigraphiste et l'artiste sont également de première valeur chez M. Allmer. S'il arrive parfois que l'on doive s'écarter de ses lectures, il faut songer qu'il n'a pas eu l'avantage de vivre au milieu de ces inscriptions et qu'il ne les a vues qu'en passant, au cours d'un voyage. Mais j'ose affirmer que personne en France n'a eu au même degré, en face de nos pierres les plus énigmatiques, cette sorte de divination épigraphique qui est le propre du talent de M. Allmer. Aussi pouvons-nous faire cette douce constatation, que le dernier savant qui ait vu nos monuments bordelais est celui qui les a le mieux compris et que, grâce à M. Allmer, la science de nos insci'iptions, en progrès depuis Leodius, a atteint son apogée de nos jours et en France même.

(I) « J'étais au mois de mai à Nîmes », m'écrivait-il, « au mois de juin à Narbonue, au mois d'août à Toulouse, en août et en septembre dans les Pyrénées. C'est de Nérac que je suis allé à Bordeaux : de Bordeaux je suis allé à Périgueux. Ainsi j'ai passé tout le temps depuis la fin d'avril jusqu'au commencement do novembre à copier les inscriptions des villes et des pays queje visitais... Je nui jamais eu la curiosité fl3 compter combien j'en ai copiées dans ce laps de lemps; mais ce doit être au moins 2,500... Pardonnez-moi ce bavardage; mais j'ai plaisir à me rappeler cette longue tournée laborieusement remplie ». Je ne sais si personne en France aujourd'hui a copié plus d'iascriptions que M. Allmer.

41i INSCRIPTIONS ROMAINES DE BORDEAUX.

Pendant que M. Allmer parcourait le Midi de la Gaule, l'Académie de Berlin commençait enfin l'impression du recueil général des inscriptions de la Gaule. Léon Renier, qui l'avait entrepris en 1854 (p. 402) pour notre compte, s'était en 1866 chargé de le faire pour le compte du Corpus; en 1873, l'Académie de Berlin et lui reprirent leur liberté d'action. M. Hirschfeld reçut, de la première, la mission de mener l'œuvre à bonne fin. En 1888 il a publié les Inscriptions de la Gaule Narbonnaise, qui forment le tome XII du Corpns. Depuis il a mis la main au tome XIII, qui renfermera les inscriptions des trois Gaules et de la Germanie (ces dernières seront publiées par M. Zangemeister). Nos textes de Bordeaux y apparaîtront dans les premières feuilles. M. Hirschfeld les a copiés, étudiés, longuement revus, il y a, je crois, une dizaine d'années. Il leur fit une courte visite en 1886. Peut-être les reverra-t-il encore. On peut donc affirmer qu'ils seront donnés dans le volume avec toute la perfection désirable : rien sans doute n'y manquera, comme lecture, variantes et bibliographie. On sait ce que M. Hirschfeld a fait pour la Narbounaise; on peut deviner ce qu'il fera pour l'Aquitaine, et notre volume ira se perdre dans le Cor;pus, comme un ruisseau dans l'Océan.

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