GRAFFITI SUR FRAGMENTS DE STUC
Ce sont les inscriptions tracées par des désœuvrés de Pompéi sur les murailles des maisons ou des appartements qui ont permis de reconstituer dans ses moindres détails l'existence intime d'une ville de province sous l'empire romain : les 2nscriptions pariétaires de Pompéi forment le lot le plus curieux et le plus intéressant de l'héritage épigrapaique que Rome nous a laissé.
Si l'on surveillait ici avec la plus grande attention, si l'on se plaisait à conserver les moindres débris de stuc et d'enduit, restes du revêtement intéricur des habitations romaines, qu'on peut trouver dans les décombres et les déblais provenant des fouilles, on pourrait commencer aussi le recueil des inscriptions parictaires de Bordeaux. Cet enduit devait être sillonné de graffiti, comme celui des demeures pompéiennes : on pourrait sans trop de peine retrouver les iuscriptions même au milieu des fragments et des ruines; on l'a fait deux fois, comme nous allons le voir : un peu de soin permettrait de le faire maintes fois à chaque fouille.
Lire ces grafiiti ne doit pas être plus malaisé que de les découvrir. Ces enduits enfermés depuis seize siècles sous un amonccllement de décombres et de constructions, se sont cependant toujours merveilleusement conservés, ct nous apparaissent avec une étonnante fraicheur de couleurs et de dessins. Tous les témoignages de nos archéologues bordelais concordent là-dessus. Lorsqu'on découvrit en 1863, en face de l'Archevêché, les ruines d'une maison romaine, on trouva, dit Sansas, — et nous nous contenterons de cette citation, — on trouva « une quantité considérable d'enduits couverts de peintures à fresques, » dont les couleurs offraient une grande variété et étaient de la plus » grande fraîcheur après un séjour de 1500 ans au moins sous la terre » (la Gironde du 13 juillet 1863; cf. p. 429, J).
Il aurait fallu étudier ces enduits au moment même de leur découverte, avant qu ils n'eussent été gâtés par l'action de l'air : on aurait pu ainsi constater, et nous pourrions maintenant publier un assez grand nombre de graffiti, au lieu du chiffre misérable auquel nous sommes réduits.
D'après l'original (collection Combes).
Hauteur: 0,04. — Graffito sur un fragment d’enduit provenant de la maison Marly (cf. p. 428, O).
Parmi les débris et au milieu des ruines d’une grande maison romaine occupant les n°4 123 et 125 du cours d’Alsace-et-Lorraine (cf. p. 428,0, et p. 581), DE MENSIGNAC signale « quelques morceaux d'enduits recouverts de peintures à fresque, dont les couleurs jaune, rouge, bleue, noire, étaient de la plus grande fraicheur après un séjour aussi prolongé sous la terre. Un de ces fragments porte encore tracés à la pointe les deux chiffres XV. » (Soc. arch., VI, p. 94).
MARQUES SUR BLOCS DE PIERRE
Les énormes blocs de pierre taillée qui ont formé le soubassement de la muraille romaine élevée vers l'an 300, portent des inscriptions consistant en caractères isolés ou, tout au plus, en deux ou trois lettres. Ces lettres ont été tracées rapidement à l'aide du couteau et appartiennent toutes à l'alphabet cursif. Il est difficile de les interpréter, car cette classe d'inscriptions est encore un des points les plus obscurs de l’épigraphie romaine. Elle n'a été spécialement étudiée que par M. Hübner et seulement sur les murailles de Tarragone et sur la Porte-Noire de Trèves.
Dans un premier article, consacré à ce dernier monument (Sizungsberichte der Akademic zu Berlin, 1864, p.97ets.), M. Hübner voit de préférence dans ces marques des initiales de noms propres; ce sont, dit-il, des notes d’un caractère plutôt « privé » qu officiel; elles semblent relatives à l'emploi de ces matériaux par les entrepreneurs, qu'elles aient été apposées sur place au moment de l'extraction, ou lors de la construction avant la mise en œuvre des blocs (!).
Un second article fut inspiré à M. Hübner par les marques des murailles romaines de Tarragone. Mais il ne se prononça pas plus catégoriquement sur la nature et l'origine de ces marques, et se borna à constater qu'elles présentaient souvent des lettres empruntées à l’alphabet des Ibères, comme Ni, b<a, Lu, LI, 4, À, F (Zermes, t. I, p. 89).
Nous ne saurions décider, pas plus que M. Hübner, si ces marques ont été tracées immédiatement après l'extraction des blocs ou seulement avant la construction de l'appareil, quoique la première hypothèse nous
(1) Voici quelques inscriptions des blocs de la Purte-Noire de Trèves :