‹ Inscriptions romaines de Bordeaux. Tome IChapitre 3 sur 263 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le présent volume renferme toutes les inscriptions gravées à Bordeaux jusque vers l’an 300, c’est-à-dire pendant la période du haut empire. L'année 300 est en effet une véritable époque dans lhistoire générale de Bordeaux, aussi bien que dans l’histoire de ses inscriptions. C’est pour elle comme le commencement du moyen âge. C'est à ce temps que se réfèrent les plus anciens documents relatifs au christianisme dans la cité. C’est alors qu’elle s’entoure de remparts et que la ville ouverte et commerçante des premiers siècles devient une place forte de premier ordre, le castrum dont Ausone décrit et admire les épaisses murailles et les tours superbes. Au point de vue des documents, l’année 300 sépare en deux périodes très différentes l’historiographie bordelaise : sous le bas empire, les inscriptions sont extrêmement rares, les textes abondent; l’épigraphie se tait : mais les poètes chantent Bordeaux. Avant 300, le nom de Bordeaux n’apparaît que de loin en loin chez les écrivains, trois ou quatre fois peut-être; en revanche les inscriptions se multiplient, grâce à cette muraille dans les flancs de laquelle elles ont été conservées.

Si l’on s’en tient aux textes des écrivains anciens, la ville de Bordeaux était loin de posséder le rang auquel la placent aujourd’hui son commerce, sa population et sa gloire. A la fin du rv° siècle, Ausone, que sa double qualité de Bordelais

et de poète pouvait entraîner à s’exagérer les splendeurs de sa ville natale, l'appelle « une petite ville »; et si l’on songe que Bordeaux n'avait alors que 2,350 mètres de circuit, on trouve l’expression justifiée. Les passages qui le concernent chez les écrivains des trois premiers siècles ne corrigent pas l’impression faite par le mot d’Ausone. — Strabon, le premier auteur qui en ait parlé, disait de Bordeaux, au commencement du règne de Tibère, que c'était une place de commerce, située au beau milieu des marais de la basse Garonne, et que la ville était habitée par des populations celtiques. Pline l’Ancien, Ptolémée, les Itinéraires se bornent à mentionner son nom ou celui de la peuplade dont il était le chef-lieu, sans le distinguer en aucune manière des cent et quelques villes de la Gaule. Voilà tout ce que les textes nous apprennent de Bordeaux avant le règne de Constance-Chlore. On voit que c’est bien peu de chose. L'ensemble des inscriptions romaines de Bordeaux anté- rieures à l’an 300 vient complètement détruire, ce semble, l'impression laissée par la pénurie et la sécheresse des textes. La période gallo-romaine de l’histoire de Bordeaux nous a fourni, jusqu'ici, trois cent cinquante inscriptions : nous ne tenons compte que des textes lapidaires; les marques de fabrique nous permettent de doubler ce nombre, et au delà. . Or, dans la Gaule Chevelue tout entière, — la Gaule que Jules César avait conquise, — une seule cité donne plus d'inscriptions : c’est Lyon, la métropole de cette région. Si l’on consulte les textes, Bordeaux était loin de passer pour la seconde ville des Gaules: on semble moins le connaître que Trèves, qu'Autun, que Besançon, que Reims, que Clermont. Et cependant, Bordeaux a livré, jusqu’à

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