‹ Inscriptions romaines de Bordeaux. Tome IChapitre 4 sur 263 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

maintenant, plus d'inscriptions que n'importe quelle de ces villes. 11 y a vingt ans on ne connaissait à Trèves qu’une soixantaine d'inscriptions; à Reims, les textes gravés font presque complètement défaut, il y en a soixante-dix seulement au Musée de Périgueux, la moitié moins dans celui de Clermont; avec ses 250 inscriptions, notre Musée est deux fois plus riche que celui de Langres; l'épigraphie parisienne n’a qu'une quarantaine de numéros; celle de Lectoure, qu’une trentaine; celle de Bourges, à peine le double. Pour atteindre au chiffre fourni par Bordeaux, il faut aller soit à Lyon, soit à Nîmes, à Narbonne, à Vienne, dans les villes fameuses et opulentes de la Gaule narbonnaise.

Et cela ne paraît point l'effet du hasard. Qu’à n'importe quelle date de l’histoire de l’érudition, on compare l’épigraphie de Bordeaux à celle des autres cités des Gaules, la proportion demeure la même. Dans le plus ancien recueil général d'inscriptions latines, le recueil d’Apianus et d'Amantius, publié en 1534, Bordeaux, seule des villes de la France, a déjà son petit Corpus. Ce sont presque nos inscriptions qui ouvrent l’histoire de l’épigraphie française.

Nous avons donc tout lieu de croire que Bordeaux était, durant les trois premiers siècles de l’ère chrétienne, une très grande et très belle ville. Que ce fût d'abord une place de commerce de premier ordre, cela ressort du nombre d'étrangers qui y ont été enterrés et dont nous possédons les épitaphes : un dixième de la population, si nous nous en tenons aux proportions que donne l’épigraphie, était formé par les étrangers, Gaulois, Espagnols, Orientaux, qu’amenaient à Bordeaux les besoins de leur commerce: voilà qui confirme ce que nous venons d'apprendre par Strabon,

que Bordeaux était avant tout une ville de négoce, un emporium.

Le reste de la population, comme l’indiquent les noms gravés sur les inscriptions, était d'origine romaine ou gauloise. Jusqu’à quel point les deux éléments se pénétraient l’un l’autre, c’est ce que montrera la statistique que nous dressons à la fin de cet ouvrage : c’est ce que prouvera un fait que nous tenons à indiquer tout de suite. Les noms d’origine celtique les plus répandus sont ceux qui, comme Cintugenus où Cinlugnatus signifient en celtique « premierné »; les noms romains les plus fréquents sont les dérivés de secundus, « deuxième »., Que conclure de cela si ce n’est que le premier-né dans une famille recevait un nom gaulois? le cadet, un nom romain? Voilà qui peut montrer, je pense, comment les deux civilisations marchaient de pair à Bordeaux sous le haut empire. Il arrive même, quelquefois, qu'un troisième enfant reçoive un nom grec: n'est-ce pas une tradition chez nous que de regarder un peu la Grèce comme une troisième patrie, après la Gaule et après Rome?

Bordeaux ne semble pas avoir été une ville de fonctionnaires et de magistrats; peut-être cependant, si l’épigraphie ne mentionne ici ni gouverneurs ni intendants de Rome, cela tient-il à ce qu’on n’a pas fouillé la portion de notre sol qui renferme les monuments élevés par eux.

Dans l’ensemble toutefois, Bordeaux était une ville riche et peuplée, et on aura raison de penser, surtout si à l’examen de ces inscriptions on joint l’étude des monuments de notre Musée, qu’il abondaït en édifices de tout genre, et que son rang, dans la Gaule des trois premiers siècles, ne devait pas être inférieur à celui qu’il occupe de nos jours.

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