‹ Inscriptions romaines de Bordeaux. Tome IChapitre 30 sur 263 · TN TT DEDIT CE · texte numérisé non relu

TN TT DEDIT CE

D'après l'original (Dépôt d'antiques du Colisée; ancien n° 113 bis du Musee lapidaire de la rue des Facultés).

Descr. — Hauteur des lettres : 0,07 et 0,05.

Plaque de pierre haute de 0,69, longue de 1,04; complètement abimée par le feu et calcinée. Rappelons qu'on a trouvé en 1865, en même temps que les inscr. b et d, un amas considérable de débris calcinés (Progrès, III, p. 424).

C(aius) Julius) Secundus, praetor, aquas ex sestertio vicies testamento dedit.

Caius Julius Secundus, préteur de Bordeaux, a légué à sa patrie deux millions de sesterces pour la construction d'aqueducs destinés à amener l'eau dans la ville : les tables de pierre sur lesquelles était gravée l'inscription devaient orner les fontaines ou les châteaux d’eau élevés à l’aide du legs du préteur.

Il était défendu par les lois au premier siècle, — au temps où nous plaçons cette inscription, — de faire des legs aux cités; ces lois ne furent abolies que par l'empereur Nerva, comme nous l’apprend Ulpien (24, 28) : Civitatibus omnibus, quae sub imperio populi Romant sunt, legari potest : idque a diro Nerva introductum. Toutefois, jamais la législation relative à cette partie du droit des villes ne fut strictement appliquée (cf. Pline, Æpistolue, 5, T); le gouvernement fermait les yeux sur des illégalités qui ne faisaient courir aucun risque à l'État, et dont les villes pouvaient tirer un grand profit: c'est ainsi qu'au temps de Tibère on avait laissé Vulcatius Moschus lécœucr tous ses biens à la cité de Marseille (Annales de Tacite, 4, 43). C'était également dans

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l'intérêt des villes qu'on faisait graver les noms des donateurs sur les monuments dus à leur générosité : l'inscription était, pour ainsi dire, un #eçu donné par la Ville, la constatation officielle du don qui lui avait été fait et de l'emploi des sommes qui lui avaient été léguées; c'était, en même temps, une invitation adressée aux riches citoyens désireux d'imiter la libéralité de leurs magistrats. Aussi les lois veillaient-elles à ce que les inscriptions portassent le nom du donateur et aucun autre, pas même celui du gouverneur de la province : il fallait qu'elles frappassent l'esprit par leur simplicité. Qui hberalilate, non necessitate debrti, dit à ce sujet Ulpien (Digeste, 50, 10, 2), reditus suos interim ad opera finienda concessit, mungficenline suae fructum de inscriptione nominis sui operibus, si qua fecerit, capere per inoidiam non prohibetur..….. Ne ejus nomine, cujus liberaltate opus exstrucium est, eraso, aliorum nomina inscribantur, et propterea revocentur similes civium in patrias liberalitates. Voyez d'autres textes concernant cette législation, 50, 10, 4 et 7.

Caius Julius Secundus était, sous le nom de préteur, praetor, magistrat suprême de Bordeaux : et nous apprenons par cette inscription quel nom portait la première fonction municipale de notre ville au commencement de la domination romaine. Ce nom de praetor était donné à l'origine, comme on sait, aux deux magistrats souverains de Rome quisuccédèrent aux rois et qui devaient plus tard s'appeler consuls (il fut alors abandonné, à Rome, aux magistrats chargés de rendre la justice); on le retrouve, toujours comme titre réservé aux chefs de la cité, dans un Certain nombre de villes du Latium ou de l'Italie centrale; on le retrouve encore dans quelques villes de l'Espagne, et enfin dans la Gaule Narbonnaise, à Narbonne, à Nîmes, à Carcassonne, à Aix, à Avignon, à Vaison. Deux opinions ont été émises au sujet des préteurs de cette dernière province. D’après M. Herzog, qui, dans son livre sur la Galliae Narbonensis historia (1864, Leipzig, in-8°), a résumé l'opinion qu’il avait développée dans sa dissertation De praetoribus Galliae Narbonensis municipalibus (1862, Leipzig, in-8°), l'organisation municipale des villes de la Narbonnaise aurait été calquée sur celle des cités italiennes les plus favorisées, celles qui jouissaient du droit de conserver leurs magistratures traditionnelles; ces magistratures étaient celles des préteurs; les chefs des villes de droit romain ou latin qui se trouvaient dans la Narbonnaise et qui étaient assimilées à celles

de l'Italie, reçurent le même nom (p. 56 et 211). Pour M. Hirschfeld, au contraire (Gallische Studien, T, p. 41), « la fréquence de ce titre de » préteur dans la Gaule provient peut-être de ce que l'appellation » de practor a dû paraître aux Romains la plus propre pour désigner » le magistrat qui avait succédé à l'ancien chef des cités gauloises, à » celui qu'on appelait par exemple vergobretus chez les Éduens (César, » De b. g., 1, 16, 5). Et si ce titre de practor apparaît dans la colonie » romaine de Narbonne, — où du reste on le trouve seulement uni à » celui de duovir, — je croirais au contraire que cela provient du désir » qu'on a eu d'assimiler les magistrats de cette ville à ceux des autres » cités gauloises ». Nous sommes pleinement de l'avis de M. Hirschfeld. La très grande majorité des cités gauloises avaient un seul chef suprême (César, 7, 32, 3; Strabon, 4, 4, 3), roi chez les unes, magristrat chez les autres (appelé vergobret chez les Éduens, c'est-à-dire, d'après Zeuss, p. 857: «judicio eficax »). Les Romains ne modifièrent pas tout d'abord cette organisation municipale : seulement, ils donnèrent au chef de la cité le titre de practor, qu'avaient jadis porté les souverains de Rome; on identifia les fonctions comme on avait identifié les dieux, par à peu près. Et ce qui prouve bien qu'il faut voir dans ce titre de practor la traduction latine du nom de la magistrature suprême chez les Gaulois, c'est précisément que nous le trouvons à Bordeaux, qui ne fut jamais ni colonie romaine ni colonie latine.

Nous pensons en effet qu à l'origine il n'y avait qu'un seul préteur à Bordeaux et dans les autres cités gauloises, et nous partageons également à cet égard l'avis de M. Hirschfeld (p. 42, n. 1): ce qui semble le prouver, c'est que les dédicaces des monuments publics sont toujours faites au nom d'un seul préteur; voyez par exemple l'inscription suivante trouvée à Avignon (Corpus, XII, 1028; Herzog, 4031; Garrucci, Sylloge, n° 2221; notre copie) :

MM. Garrucci et Hirschfeld interprè- TeCARISIVS er tent justement : Z'(dlus) Carisius, T(iti) PR VOLCAR DAT | YiZius), pr(aetor) Voicar(um), dat.

Plus tard, comme le montrent les inscriptions de la Narbonnaise (et il est vraisemblable que l'organisation municipale de Bordeaux fut transformée de la même manière), deux magistrats remplacèrent le préteur unique : ils s’appelèrent d'abord practores duumviri, puis sim-

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