ÉPITAPHES
FONCTIONNAIRES ROMAINS
FONCTIONNAIRES MUNICIPAUX
. PÉRÉGRINS.
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FONCTIONNAIRES ROMAINS
[IIS * III GNVSIT ALIS DECVRIALIS LICTOR-CIVES VRBICVS : DEF ANNOR:LXX LIBERTVS - EIVS
IDEM-QVE:HER PONENDVM CVRAVIT.
D'après l’original (Dépôt du Colisée).
Var. — VRBIGVS chez SANSAS.
Descr. — Bonnes lettres, quoique légèrement gravées, hautes de 0,04.
Inscription encadrée d'un filet, gravée sur un bloc de pierre bâtarde, large de 0,50; hauteur du fragment : 0,74. — Monument dessiné par ROBERT.
Hist. — « Les fouilles de la rue des Treilles [rue de Grassi] », écrit SANSAS, « n'ont pas été sans importance pour l’histoire de notre ville. Elles ont permis de reconnaître la situation exacte de l’une de ces tours dont Ausone vantait l'élévation, l'utilité et l'élégance, lorsqu il faisait l'éloge de sa ville natale... Cette tour protégeait l'enceinte nord de la ville gallo-romaine. Sa facade (côté est) se trouvait à 150 environ au cou- Chant de la rue actuelle ». Cette tour (cf. le plan de Drouyn) occupait sans doute l'emplacement de la maison n° 7 de la rue de Grassi (cf. n° 9 bis de la rue des Carmélites, sur le plan de la p. 51): les fouilles dont parle Sansas eurent lieu entre le milieu de juillet et le milieu d'août 1863. — Monument donné à la Ville, dit Sansas, par ss — Déposé dans la cour de l'hôtel J.-J. Bel, n° 18; depuis 1883 au Dépôt du
olisée.
Bibl]. — SANSAS, la Gironde du 11 août 1863, n° 4464 (réimpr. Soc. arch., III, p. 189). = RoBErr, Soc. arch., VIII, p. 102. — D'après son dessin, RENIER, fiches ms.
ice s, [au]gustalis decurialis lictor, cives Urbicus, def(unctus) annor(um) lxx. Libertus ejus idemque herfes) ponendum curavit.
Le défunt était licteur à Rome. Nous pouvons le conclure de son titre de decurialis lictor: les licteurs seuls des magistrats de Rome étaient groupés en trois collèges ou décuries, decurie; aussi portent-ils le nom, sur les inscriptions, de Zictores trium decuriarum, ou decuriales decuriarum lictoriarum, ou, comme ici, decuriales lictores (cf. Corpus, VI, 1872). — « L'expression de decuria », dit M. Mommsen (Staatsrecht, T, p. 327), « qui signifie proprement la subdivision d'un » corps où l'on est groupé dix par dix, était l'expression technique dont » on se servait pour désigner les collèges des appariteurs de la capitale. » Des appariteurs des gouverneurs de province nous savons très > peu de chose; mais le silence à peu près absolu des écrivains aussi » bien que des inscriptions (je ne connais que l'inscription d'Ephèse, » Corpus, III, 6083: D. Publicius Fructus, lictor Fontei Agrippae » procos (en 68), virit annis xxx) permet de conclure que les appari- » teurs de province occupaient un rang bien inférieur à ceux de Rome »et, selon la vraisemblance, n'avaient pas une position fixe, mais » changeaient avec les magistrats... L'une des trois décuries, natu- » rellement la première, était réservée aux cousuls et à l'empereur. » Cette décurie s’appela dans les inscriptions decuria consularis » (Corpus, VI, 1879, 1869, 1879), nom que l’on retrouve dans le Code » Z'hcodosien (8, 9, 1): ce qui semble prouver que cette même décurie » servait à l'empereur, c'est que la decuria praeconum consularis » s'appelle aussi Julia (Corpus, VI, 1944). > M. Mommsen aurait pu ajouter que dans cette dernière inscription 1l est question d'un apparitor Augusti qui, selon toute vraisemblance, fait partie de cette decuria Julia consularis. — IL est probable que la décurie des licteurs réservés à l'empereur s'appelait decuria augustalis, et qu'il faut, dans notre inscription, rapporter auGVSTALIS, COMME DECV- RIALIS, à LICTOR : augustalis decurialis lictor équivaudrait à Zictor decuriae augustalis. — M. Robert voit dans augustalis le complément du mot sevir : mais un licteur né à Rome ne pouvait guère être nulle part seoir augustalis. — A la rigueur Augustalis peut être le nom du défunt. |
Cives urbicus (cf. déjà cives pour civis, n° 14) signifie citoyen de la
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FONCTIONNAIRES ROMAINS. 137
ville de Rome (Vrbs, la ville par excellence). L'expression est incorrecte : on était citoyen romain, civcis Romanus, c'est-à-dire de Rome, considérée comme formant un État, une civifas : on ne pouvait l'être de la ville de Rome, pas plus que de toute autre ville ayant recu le droit de cité romaine. Toutefois, au fur et à mesure de l’extension de ce droit par l'empire, on s'habitua à donner à civis le même sens que « domicilié à » ou « originaire de » : nous verrons, parmi les étrangers morts à Bordeaux, un grand nombre d'exemples de ce sens dérivé donné au mot civis: nous verrons même des personnages appelés «citoyens d'une province » (cf. n° 44). Civis urbicus est en tout cas le plus curieux de ces exemples, et n'a été rencontré nulle part ailleurs. On trouve seulement chez Optatien, De schismate Donatistarum, 1, 9, urbicus dans le sens de « né à Rome ».
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MILSLEGSIISPAXT QVUIVIXS ANSP-MsfXXXVIIS MILSsA/ ANTYSEVERIRESFIJ S ET RES PA
D’après l'original (Dépôt J.-. Bel, n° 199).
Var.—]r"e1.: PART, SANSAS, Tribune; PAR , »> , Progrès; PA , >» ,.Notice; 2° 1.: XXXVIII, SANSAS; MIL. M, SANSAS; | MIL-AU, Commission ; ligne omise par Sansas à la page 55 de sa Noice. 8e 1.: SEVERINE, SANSAS, RENIER, ALLMER;|HRES, SANSAS, Com.;|P.M,, SANSAS, Trib.; SEVERIÆ, Commission; la traverse P-A...., Commission. de l'A existe nettement.
Les barres omises par Sansas, Renier et les rapporteurs de la Commission.
Descr.— Lettres de 0,05, légèrement gravées, « allongées et tendant à la cursive », dit ALLMER, «les À tantôt barrés, tantôt sans barres... le G de LEG à terminaison rectiligne, remontante et inclinée à gauche »; les branches des À, des M et des N, amorcées au tiers de la hauteur des branches voisines.
« Lettres semblables à celles du mon. de Gordien », écrit RENIER.
Bloc en pierre dure qui semble être le fronton d’un cippe d’assez grande dimension : à gauche, trace d’une oreillette. — Largeur du fragment : 0,81; hauteur mazxima : 0,84.
Hist. — Trouvé, au témoignage de SANSAS, en mai 1851, en abaissant le sol de la rue Neuve-de-l'Intendance, à l'endroit où elle coupe le mur romain (rue Guillaume-Brochon, à la hauteur des numéros 6 et 7). — Transporté au Dépôl d’antiques de l'hôtel Jean- Jacques Bel, où il se trouve sous le n° 199. |
Bibl. — Sansas : 1° la Tribune, 8 juin 1851; 2 Notice, p. 6 et 55 (Congrès, p. 465 et 511); 8° Progrès, 1867, t. V, p. 177 (Soc. arch., VII, p. 168). — D'après la Tribune (mais en indiquant à tort le n° du 14 juin), Revue archéologique, VIII année, p. 266. — RABANIS et L. [DE] LAMOTHE, Commission des mon. hist., 1850-51, p. 18. — RENIER, fiches MS. — ALLMER, Revue épigraphique, n° 458, II, p. 1. = JULLIAN, Société archéologique, VIII, p. 169.
[Diis manibus...…. ,] mil{iti) leg(ionis) ii Parth{icae], qui vix(it} ann(os) p{lus) m(inus) xxxvii, mil(itavit) an[nos... et] Ant(oniae) Severinae : fil{ius) et heres pa[rentibus].
C'est l’épitaphe d'un soldat de la légion 77° Parthica, soldat dont le nom n'a pas été conservé, et de sa femme, Anfonia Severina : le monument a été élevé à ses parents par leur fils, qui était en même temps leur héritier institué : Acres ne peut avoir d'autre sens ici que celui de keres instilutus, les parents ont fait un testament en règle en faveur de leur fils, quoique ce dernier fût leur héritier nécessaire.
La mention de la légion 77° Parthica donne à notre inscription une date approximative. Les trois légions qui portent le surnom de « Parthique » ont été créées par Septime Sévère (mort en 211): ce surnom est un souvenir des victoires que ce prince remporta sur les Parthes, et qui lui valurent le titre de Parthicus maximus. Sévère établit la II Parthica à Albano, près de Rome, qu’elle était sans doute chargée de contenir. Au quatrième siècle, on la trouve accompagnant Julien sur les bords de l'Euphrate, où elle devait demeurer (Ammien, 20, 7, 1; cf, Corpus, VI, p. 792). Il est probable que c'est dans le campement d'Albano qu'aura servi notre soldat: les Romains n'avaient guère l'habitude d'aller chercher en Occident des soldats destinés aux légions de l'Orient. Nous placerons donc notre inscription de préférence à la fin du troisième siècle.
La forme plus minus, « environ », suffirait à elle seule pour révéler une inscription du bas empire : elle est constante sur les monuments chrétiens; on ne la trouve que cà et là dans les textes païens, et encore presque exclusivement dans ceux du troisième siècle. IL ne faudrait cependant pas ériger ces observations en règle générale : car on possède l'épitaphe d'un esclave de l'impératrice Domitia, la femme de Domitien, où l'on trouve la formule plus minus (Corpus, VI, 8434), et cette inscription est parfaitement authentique. — Cette formule s'explique par l'incertitude où l'on pouvait être au sujet de l’âge du défunt : elle correspond à notre «environ». « L'appari- » tion tardive de PLyS mINvs », remarque M. Le Blant dans son Æ/anuel d'épigraphie chrétienne, p. 25, « semble avoir sa raison d'être. Chez les » Romains, le jour de la naissance était noté sur un registre spécial. » À côté de cette constatation intéressante au point de vue civil, la » croyance à l'influence des planètes faisait relever avec soin jusqu'à
» la dernière circonstance astronomique du moment où l'enfant venait > au monde. Il est donc rare de trouver dans les inscriptions païennes > la mention PLVS MINvSs, qui indique l'incertitude sur l’âge des défunts. » L'exactitude dans les constatations devait disparaître plus tard. En > même temps que la sénilité de Rome, les invasions barbares vinrent » détruire les anciens usages; le christianisme, pour lequel l'heure de »> la mort importait plus que celle de la naissance, condamna la foi à » l'influence des astres. Alors seulement devint fréquente la formule » de doute PLvs mivs, dont la multiplication, au temps du Bas-Empire, »est peut-être attribuable aux deux causes simultanées que je viens > d'indiquer. > — On abrégeait P. m., et la formule précédait généralement le chiffre approximatif des années, quoiqu'il ne soit pas rare de trouver vivii plus minus annos, etc.
Le soldat dont il est ici question, étant mort à trente-sept ans, il est possible qu'il ait été congédié avant l'expiration légale de son temps de service : on demeurait vingt ans sous les drapeaux; on y entrait après seize ans révolus, si l’on était fils de soldat; après dix-huit, dans le cas contraire; si le défunt se trouvait dans le premier cas, et s’il a été renvoyé après ses vingt ans de service, il sera mort peu après avoir quitté la légion.
La femme, Antonia Severina, est une citoyenne romaine : tout légionnaire étant nécessairement citoyen, ne pouvait épouser en noces légitimes qu'une femme jouissant des mêmes droits que lui. — J'ai supposé ailleurs (Soc. arch, VIII, p. 170), que le défunt était un Bordelais, et Anfonia une Espagnole. — Il y avait, en Gaule, aussi peu de familles qui portaient ce nom d'Anéontus, qu'il y en avait un grand nombre qui prenaient celui de Julius, et cela s'explique si l'on songe que c'étaient des Jules, Jules-César, Auguste, Germanicus, qui, par leurs victoires ou leur administration, avaient fait de la Gaule une province romaine : au contraire, la gens Antonia avait été la rivale malheureuse de la gens Julia.
Le trait horizontal au-dessus des mots abrégés et des chiffres est également un signe de basse époque. Il faut noter seulement qu'on le remarque d'abord sur les chiffres, et, cela, dès le commencement du premier siècle (cf. les inscr. de l'arc de Saintes, Audiat, Z'y1graphie santone, p. 12; de l'autel de Narbonne, Desjardins, Gaule, II, p. 295). *
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AVRIVIES SUAMAMIII l'ESolIl'I16 EMI NOORCIUISM ENSIACUS:
UIXII ANVO XXXIII-DESUO SIBI FECIT CONM P “C
D'après l'original (Dépôt J.J. Bel, n° 27) {cf. planche VI].
Var. : JOUANNET : SANSAS : ALLMER et MOMMSEN :|ROBERT et RENIER : AVRITIVOS AVRIIVS AVRELIVOS AVRIIIVS SAMMAIII SVM....MIII SVMAAAIIL SVMAMIII
IES o IIIIo EMI | IES.IIIII. EMI LES-IIIII-EMI IESolIllIoEMI
A la dernière ligne P S chez SANSAS et JOUANNET. La lettre S semble avoir été réellement gravée, puis corrigée en C.
Descr. — Hauteur des lettres : 0,035, 0,05 et 0,07. — « Lettres de forme barbare et mal gravées », dit ALLMER. Les À semblent indiqués à l’aide d'une petite barre posée en travers de la deuxième branche; les V faits comme des U; 1, T et L à peine distincts, sauf une petite cédille au bout de ces derniers, moins marquée même que sur notre transcription de ci-dessus; à la 7° ligne, dans ANVO, le V indique sans doute deux jambages d’un second N qu'on aura voulu lier au premier. — Cf. l’héliogravure, faite d’après un estampage, donnée dans le Bulletin du comité, et que nous reproduisons ici.
Autel en pierre dure; la 1re ligne sur le bandeau du couronnement: entre les deux lettres, l'indication d’une patella. — Hauteur : 0,69; largeur du dé: 0,86.
Hist. — Voici ce qu'on lit dans le Mémorial de Bordeaux du 10 mars 1845, n° 12160: «Le public continue à affluer au bas de la rue des Remparts, où des fouilles se continuent avec activité. On a découvert plusieurs fûts de colonnes à petites et grandes cannelures; mais la trouvaille la plus importante est une pierre tumulaire, qui, nous assure-t-on., date du deuxième siècle; elle porte une inscription latine. Deux ou trois médailles sans importance artistique ont été trouvées parmi les décombres. Cependant on a remarqué des monnaies qui datent des règnes de Galien et de Valérien. » Ce qui prouve qu'il s’agit bien de cette inscription, c’est qu’un dessin de MONSAU, conservé aux Arch. mun., et reproduisant l'inscription, est accompagné de cette notice : « Les fouilles exécutées en 1845 à l'angle sud-ouest des rues des Remparts et
Inscr de Bordeaux Tome f. | P1.VI
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Heliog-. Dujardin.
ÉPITAPHE D'UN SOLDAT.DU TEMPS DE MAXIMIEN, 286-290. (N°&x,
des Trois-Conils ont fait découvrir des fragments antiques représentés par les dessins ci-annexés ». Cette inscription a été connue de JOUANNET, transcrite et estampée par lui, mais il n’eut pas le temps de la publier, étant mort le 18 avril 1845. — Elle se trouve au Dépôt d’antiques de la rue J.-J. Bel, sous le n° 27 (238 dans SANSAS).
B1bI. — JouaAnNET, Znscr. [ms.], à la fin du travail. — Monsau, dessin conservé aux Arch. mun.= SANsAs, Notice, p. 21 (Congrès, p. 479). — RENIER, fiches ms.— ALLMER, Revue épigraphique, n° 304, I, p. 273. — D'après lui, mais seulement les six premières lignes, MOMMSEN, Ephemeris, V, p. 194. — RoBerT, Soc. arch., VIII, p. 113. — JULLIAN, Bull. du Comité des travaux hist. (archéologie), 1884, p. 417.
D{iis) M(anibus). C(aius) Aurilius Summ{us), miiiles de l{egione) i Geminor(um), civis Mensiacus. Vixit annof(s) zxxiii. De suo sibi fecit. Conmiilitones) p{onendum) c(uraverunt).
M. Allmer supposait qu'Aurilius était un soldat de la cohors Emesenorum, mentionnée par plusieurs inscriptions (Æp4. epigr., V, p. 194): c'est aussi l'avis de M. Robert et de M. O. Hirschfeld. « Ces savants », dit M. Robert, « tout en considérant l'épitaphe qui nous occupe comme » un problème insoluble, pensent que les caractères qui terminent la > quatrième ligne et qui commencent la cinquième peuvent être les » éléments abrégés de l’ethnique Fmesenorum ». M. Mommsen (£»A., V, p. 194) a dit au sujet de notre inscription : Z'#ulus Burdigalensis quid significet nescio, sed magis crediderim corruptis illis ductibus legionem Gliquam geminam significari quam cohortem V Emesenorum. C'est cette hypothèse de M. Mommsen que nous avons essayé de justifier, en partant de ce principe que le lapicide chargé de graver l'inscription a employé indifféremment les caractères épigraphiques et ceux de l’écriture cursive : L est représenté par une haste que termine une cédille; E, par deux barres d'inégale longueur, Ir; G, par la réunion des trois signes Iso; D, par ol, qui rappelle le 4 de l'écriture cursive romaine et de notre propre écriture. S'il en est ainsi (et nous n'avons pas dissimulé tout ce qu'il y a d’étrange et d'anomal dans l'interprétation donnée à ces signes), l’inscription ne présente pas la moindre difficulté :
1° Auwrilius pour Aurelius n'offre rien d'étonnant; nous trouvons Aurilia dans une autre inscription de Bordeaux. Z pour e se rencontre assez souvent dans les inscriptions, « même lorsqu'il est long » (Bour- : Ciez, Bull. ép., IV, p. 217), p. ex., mirenti pour merenti, nive pour neve, dedicationt pour dedicatione. Je ne sais jusqu'à quel point il fant SOusCrire à ces paroles de M. Mommsen (Corpus, X, p. 1173) : quorum
(des exemples d'2 pour e) {amen pars sine dubio non ad pronuntiationem mitiatam redit, sed ad meram fabrorum neglegentiam.
2° On connaît le surnom Summus, que nous avons supposé ici, par un autre exemple (précisément un Aurelius Summus, Corpus, VI, 3225). Summa existe à Bordeaux. Cf. une Summula à Mayence, Brambach, 922; un Sumf/mjarius, Corpus, III, 4985 ; des Summachus, VIIT, 3016, 5347 ; Summinus, III, 5424; Summanima, X, 4227, etc.
3° Muices pour miles peut s'expliquer de différentes manières : si le second jambage est un Z incomplet, on lira ailes, redoublement fautif comme on en rencontre quelquefois, par exemple, à Bordeaux, locucum pour Zocum, fifilia pour filia; peut-être deux de ces hastes forment-elles un H et faut-il lire MIHLES ou, comme dans une inscription du Musée de Mayence (Brambach, 1233), uaiues; peut-être encore doit-on voir là un redoublement de l'I long, comme nous verrons plus bas dans la même inscription un redoublement de l'O, ou une répétition accidentelle, comme on en trouve par exemple dans le MILIrITAVE- »vnT d'un diplôme de l’empereur Decius (Corpus, III, p. 898, 1, 4).
& Miles de legione, signifiant la même chose que iles legionis, appartient exclusivement au bas empire. Le de suivi de l'ablatif prenant la place du génitif, c'est le latin populaire pénétrant dans le style épigraphique. Dans les premiers siècles, on trouve toujours Zegionts : quelquefois e Zegione; le génitif indique que l'on fait partie de la légion, la préposition ex, que l'on en est sorti : en bon style, veferanus e legione s'oppose à iles legionis. Le de semble parfois tenir lieu d'ez : il peut désigner un protector (protector de numero Armigerorum, Corpus, V, 8147; cf. 8743), un vétéran (veteranus de Menapis, Mowat, Inscr. de Paris, p. 58, etc.), sortis d'une légion. Le plus souvent il désigne, correspondant en cela à l'expression française, le soldat d'une légion (miles de numero, Corpus, V, 1590, 1591, 1593; eques de ala, IX, 133, etc.; cf. V, p. 1062), l'habitant d'une province (de provincia Dalmatia, XII, 6441).
5° La légion des Gemini n'est autre qu'une des légions qui portaient le nom de Gemina. C'est encore là une habitude que prit la langue administrative depuis Dioclétien, de désigner une légion, non plus par son numéro d'ordre, mais par son surnom. Autrefois, pour désigner les soldats de la prima Jtalica, par exemple, on disait les ?rimani (inscr. de Périgueux, Rev. arch., n. s., t. XXXIV, p. 225); on dira, au
iv* siècle, les Zfaliciant ou les Zfalici (cf. Notifia, éd. Seeck, p. 324). De même que la légion des Hinervit n'est autre que la prima Minervia, de même celle des Gemini est l'appellation bâtarde d'une Zegio (remina.
6° Le redoublement de l'o dans geminorum indique, à ce que je suppose, qu'il s'agit d'un 0 long. Toutefois cette explication présente certaines difficultés. D'abord le redoublement d’une voyelle, destiné à en indiquer l'allongement, est un fait essentiellement archaïque, à ce qu'affirment les grammairiens anciens de la façon la plus catégorique: Vetustissimi, dit Priscien, pro una longa vocali solchant duas scribere (7, 15; cf. 7, 14; Quintilien, 1, 4, 10; 1, 7, 14); et cela est très fortement confirmé par les inscriptions. Or, la nôtre est très certainement d'une basse époque. En second lieu, Ritschl, dans son travail De vocabulis geminatis (Op., IV, p. 156) affirme n'avoir jamais rencontré d'o redoublé (Znspice exempla supra composita : AA EE vv vocalium vides esse omnia, 00 scripturae plane nullum), et jusqu'ici les tables des volumes du Corpus n’en ont point fourni (*). — Faudrait-il considérer notre inscription comme présentant le premier exemple d'o redoublé? comme une des dernières, sinon la dernière, où ait été conservé cet usage archaïque du redoublement (?)?
1° Quatre légions ont porté, dans l'empire romain, ce surnom de Gemina. Je laisse de côté la prima F'lavia Gemina et la secunda Flavia Gemina, qui n'apparaissent qu'au v° siècle, et seulement dans la Notitia. — La septima Gemina, la seule légion qui, depuis Vespasien, Campât en Espagne. — La decima (femina, qui séjourna un moment en Espagne, puis alla en Germanie, enfin en Pannonie, où elle campait à Vienne même. — La £ertia decima Gemina, qui, elle aussi, servit tour ‘à tour sur les bords du Rhin et sur ceux du Danube : Trajan l’établit en Dacie, où elle resta jusqu’au temps de l'évacuation de la province, sous Aurélien ; elle suivit alors les colons sur la rive droite du Danube, et s'établit avec eux dans la petite province de Dacie, que l’on créa aux dépens de la Mésie.— La quarta decima Gemina, qui, après avoir
combattu en Bretagne et en Germanie, fut fixée en Pannonie au in° siècle.
fl) Toutefois le Musée de Marseille possède une inscription présontaot, au lieu d'un o simple, deux o: Mais ils ne sont pas, comme ici, juxtaposés, mais entrelacés. C'est sans doute un souvenir de l'w grec (ef. Peuon, Catalogue, n° 97, CERDON).
(9Si le sens y prétait, je n'hésiterais pas à considérer oo comme l'abrévialion de mil/farta, qui est
PE tou 00 : COH I FL DAMAS OO EQ: cohors prima Filavia Damascenorum milliaria equitata (Bram-
a ni van ee
Pour retrouver la légion de notre Aurilius, il faut s'aider des excellentes listes de légionnaires que M. Mommsen a dressées (Zphemeris, t. V, fasc. 1). Nous voyons, d'après ces listes, que la VZZ* Gemina était presque uniquement formée d Espagnols : il n'est guère admissible que le Mésien Aurilius ait été envoyé des bords du Danube pour servir dans une garnison pyrénéenne. Restent les légions danubiennes : deux campées en Pannonie, l'autre en Mésie. Il n'est pas invraisemblable qu'Aurilius ait servi dans l’une des deux premières; il est plus vraisemblable que, né en Mésie, il aura été envoyé dans la légion de Mésie, la XZ77° Gemina.
8 L'expression de civis Aensiacus est bien la caractéristique d'une inscription de basse époque. La Mésie est une province, ce n'est pas une cité, un État : on ne peut pas se dire « citoyen de Mésie ». De fait, les inscriptions de la bonne époque disent des soldats qu'ils sont «citoyens d'une ville, originaires d'une province »: on disait par exemple civis Philippopolitanus, provincia Thracia. Souvent on mettait simplement: 7rax, Pannonicus, Moesiacus. Fréquemment encore on faisait précéder ces adjectifs de l'ablatif nafione : à la rigueur, la Mésie pouvait être considérée, même sous la domination romaine, comme
une réunion de peuplades, comme formant une nation. Mais jamais,
taut que l’on se conforma à la vérité administrative, on ne dit ou on n'écrivit « citoyen de Mésie ». Ce fut seulement vers le milieu du sue siècle, alors qu'il n y avait plus dans l'empire qu'une seule classe de citoyens, qu'une seule cité, la cité romaine, que l’on commença à mettre le mot cvs devant la mention de la province: ce qui n'avait sans doute à l'origine d'autre signification que celle de « citoyen romain de Mésie ». Toutes les inscriptions ainsi rédigées paraissent du iv° siècle ou de la dernière partie du zrr° (cf. les exemples que nous citons plus bas à propos de l'épitaphe d'un civts graecus).
9° La véritable orthographe eût été Mæsiacus : on écrivait Mæsia. Mais on trouve aussi Mesia et Mesiacus. La nasalisation de l’e devant l's, — fait très rare au milieu des mots (cf. vicensumam, Corpus, V, 7749, 27; Onensimus, X, 4486), a produit Mensiacus. Voyez Seelmann, Die Aussprache des Lateins, p. 285.
10° À la dernière ligne 1l faut lire conm/iliiones) bien plutôt que con(juz) M{arito). — Une certaine somme était prélevée sur les gratifications que recevaient les soldats et était réservée pour subvenir aux
frais de leur sépulture ; mais, même dans ce cas, l'argent mis de côté appartenait en droit au soldat, et on disait, on inscrivait sur son tombeau, qu'il avait été enterré à ses propres frais : Addebatur etiam saccus undecimus, dit Végèce (2, 20), sepullurae scilicet causa, ul, si quis ex contubernalibus defecisset, de illo undecimo sacco, ad sepulluram ipsius, promeretur expensa. Les détails de l'ensevelissement ou de la crémation regardaient les camarades du défunt, les soldats de la même centurie ou de la même légion. D'où, sur notre inscription, les deux expressions : de suo sibr fecit, et : conmilitones ponendum curaverunt. L'inscription donne donc à supposer que Summus est venu à Bordeaux avec tout un détachement de soldats de la même légion.
11° Il faut donc admettre que la légion X777* Gemina, ou un détachement formé de soldats de cette légion, ait quitté son campement de Mésie et soit venue séjourner ou passer à Bordeaux.
Cela n'eut certainement pas lieu pendant les trois premiers siècles : il y eut alors, il est vrai, des combats en Gaule, où prirent part des armées de Mésie; mais elles ne dépassèrent pas, sous Septime Sévère, le champ de bataille de Lyon ; sous Aurélien, celui de Châlons-sur-Marne.
On peut songer au règne de Constance, sous lequel des corps de Mésiens, vers 360, traversèrent la Gaule; mais ils passèrent par la Belgique, pour aller s'embarquer à Boulogne à destination de l’Angleterre (Ammien, 20, 1, 3).
On peut songer encore aux guerres du début du v° siècle, qui ensanglantèrent longtemps l’Aquitaine, à l’armée venue à la suite du comte Constance pour chasser les Goths et renverser les usurpateurs; mais il est impossible de placer si tard notre inscription.
Il ne reste qu'une seule hypothèse à faire : les guerres de Maximien en Gaule de 286 à 290. Maximien eut à réprimer les révoltes des Bagaudes qui se sont étendues fort avant dans le centre de la Gaule. De quelles troupes se servit-il? Les légions germaines ne pouvaient toutes quitter le Rhin, sans cesse menacé par les barbares; d’ailleurs, un Certain nombre servit à l'expédition de Bretagne. C'est du Danube que devaient venir les secours: c'était alors la seule région de l’empire qui fût bien calme. Les victoires de Claude le Gothique firent taire pour un siècle en Mésie le bruit des armes. De plus, les troupes du Danube étaient les meilleures de l'empire, les plus aimées des princes, qui étaient sortis de leur rang. Partout, au temps de Dioclétien, par-
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tout où un césar, où un empereur fait la guerre, il veut avoir avec lui des légionnaires Mésiens ou Pannoniens.
La ÀZZ7* Gemina a donc pu accompagner Maximien en Gaule et y séjourner avec lui de l'an 286 à l'an 290.
C'est cette date que nous assignerions à l'inscription de Bordeaux. Nous n'affirmons rien, qu'on le remarque, et nous ne donnons ce qui précède que pour ce que cela est vraiment, un tissu d'hypothèses.
Il est d'autant plus légitime de réunir en un seul chapitre les épitaphes de tous les étrangers morts à Bordeaux, qu'il est probable qu'un emplacement leur était spécialement réservé. Dans son beau travail sur Les Etrangers à Bordeaux, M. Robert a justement remarqué (p. 19) que la très grande majorité de ces épitaphes ont été trouvées de 1865 à 1871, dans les fondements d'un même côté de la muraille romaine, la ligne méridionale, celle qui suit le cours d'Alsace-et-Lorraine : « si » bien », dit-il, « qu’il est permis de penser que le point attaqué était » voisin du cimetière réservé aux peregrini ». Il semble en effet, d’après les textes que cite M. Robert, que les grandes villes de l'empire possédaient de ces cimetières spéciaux. Dans son £'oangile, saint Mathieu raconte, ch. XX VII, $ 7, que Judas ayant rendu aux prêtres de Jérusalem les trente pièces d'argent qui lui avaient été données pour prix de sa trahison, ils en achetèrent le champ d'un potier afin de l’affecter à la sépulture des étrangers : Zuyfoÿlov 8è hafévres, myépaoav EE airüv rdv œypè 100 xepaudws ets Tapnv tots Eévors. Dans l'Æistoria Etcclesiastica qui porte le nom d'Anastase le Bibliothécaire (p. 23 de l'éd. de Venise, 1729; p. 43 de l'éd. de Paris), il est dit que l'impératrice Pulchérie Construxit mulla oratoria, domosque pauperibus et hominibus, necnon & sepulchra peregrinis aedificavit. Dans son testament, saint Ephrem, — qui mourut vers 378 et passa toute sa vie en Syrie, — demande à être enterré dans le cimetière des étrangers (ëv <à xotuntmplo Tüv Éévwvy, dit la traduction grecque, Opera omnia, édition de la Vaticane, 1743, t. II, p. 237, & et r). Enfin Moschus parle d'un abbé enterré à Daphné près d'Antioche « parmi les tombeaux des étrangers » : clerici autem ipsius loci sepelierunt eum quasi peregri- NUM inter peregrinorum sepulcra (traduction latine de Moschus.
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De vitis patrum, chap. zxxxvurr, p. 887 de l’édit. de Rosweyde, Vitae patrum, 1628; je n'ai pu consulter le texte grec publié par Fronton du Duc dans son Auctarium patrum). Nul doute que cet usage de cimetières d'étrangers n’existât aussi bien en Occident qu'en Orient, en Gaule que dans les pays grecs.
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