‹ Inscriptions romaines de Bordeaux. Tome IChapitre 34 sur 263 · CIVES.BOIAS AN XXXVII · texte numérisé non relu

CIVES.BOIAS AN XXXVII

D'après l'original (Dépôt J.-J. Bel, n° 48).

Var. — 1'° ]1.:« Sur le petit bandeau ménagé entre le dé et le fronton 8e lit une ligne maintenant effacée », JOUANNET, Acad. ROBERT reconnait les lettres O0... F... 1; RENIER et ALLMER, apud Bladé : O/ F1/C III ///. Lettres omises ailleurs. — Voici comment sont lues les 49, 5° et 6° ]. par

JOUANNET : SANSAS : Dict. arch.: |BLADÉ et RENIER: N1///{//{/ATI | NI AT.... | NI PRIVATI | NI PRIVATI HIT L'essssessssss | 'IVLIA MA | IVL /////////]

IVLVXOR | IVL VXOR | SMA VXOR | /MA VXOR A l’avant-dernière CIVIS chez JOUANNET, SANSAS, RENIER @t ROBERT.

Descr.— Lettres très laides, très allongées, à peine gravées, et de très basse époque. — Hauteur : 1re 1., 0,04; les autres, de 0,07 à 0,035.

La 1re ], se lit sur le bandeau du couronnement, les autres, sur le dé d’un autel en pierre. Au-dessus du couronnement, une cavité circulaire. — Largeur du dé: 0,37; hauteur du monument : 0,98.

Hist. — Trouvé, d'après JouaANNET, en octobre 1831, « petite rue de l'Intendance, maison Faget ». Il s’agit, non pas de la petite rue de l’Intendance (rue Saige), mais de la rue Neuve-de-l’Intendance, dont le n° 8 (cf. le plan de la p. 51) était occupé par la maison Faget: c'est aujourd’hui le n° 7 de la rue Guillaume-Brochon. — Donné par FAGET à la Ville. — Dépôt d’antiques J.-J. Bel, n° 46.

“eve, lle Frontez à oe de cé Orient, a

Bibl. — JouANnET: 19 Acad., 1832, p. 126 et pl. I, n° 5; 2° Znscr. [ms], n° 75. — SANsAS, Notice, p. 51 (Congrès, p. 509). — RENIER, fiches ms. — Sans doute d’après la copie prise par le général CREULY, Dict. arch. de la Gaule, t. I, p. 170. — D'après ce dernier ouvrage, DESJARDINS, Gaule Romaine, II, p. 873. = RoBERT, Soc. arch., VIII, p. 39. — BLADÉ, Épigraphie de la Gascogne, n° 140.

Officio P(ublii) J{ulii) S(ecundi???).

D{iis) M(anibus) Saturnini Privati. Jul(ia) Epomima, uxor, locucum donavit. Cives Boias, an(norum) xxxvii.

J'explique la première ligne comme si le monument a été élevé, aux frais de la femme du défunt, par les soins {officio) d'un ami : absente ou malade, la veuve n'a pu veiller elle-même aux soins de l'érection du monument, elle a simplement payé l'emplacement (Zocum donavit). Un ami s'est chargé de rendre les devoirs au mort, et c'est en effet ce sens de « devoirs suprêmes » qu'avait souvent le mot officium. On trouve praestare officia (Orelli, 4263; Corpus, V, 154); officium supremum praestare (Orelli, 4611).

Locucus est peut-être une forme particulière de diminutif tiré de locus par le redoublement de la dernière syllabe. Peut-être aussi est-ce une erreur du lapicide pour Zoculum. En tout cas, il n'y a qu'un sens possible pour ce mot: c'est «un petit emplacement » destiné à renfermer les cendres du défunt et l'autel qui devait lui être élevé. Zocus a en effet ce sens d'emplacement funéraire, qu'il s'agisse d'un terrain d'une étendue considérable ou d'une petite niche dans un columbarium.

Le texte Safurnint étant certain, on peut croire que l'# de la fin est une contraction pour % et que le gentilice du défunt est Suturninius, — à moins qu'on ne préfère, comme moi, supposer un nom de famille Salurninus analogue au Geminus d'une autre inscription de Bordeaux (n° 12).

Epomima rappelle le nom de la déesse gauloise Zpona, le nom célèbre d'Eponina ou Epponina, la femme de Julius Sabinus, et, en outre, ceux d'Eporodoriz (nom d'homme chez Jules César, De b. g., 1, 38 — 67), Eporediriz (Orelli, 1974), Æpora et Eporedia (noms de villes), Æpotius (pagus de Narbonnaise, Herzog, 489), Æposognatus (roi des Galates, Tite-Live, 38, 18), Epomanduodurum (nom de lieu, 7'able de Peutinger), Eppo (nom d'homme, Corpus, III, 3872, 3790,3816:; Æpk. epigr., Il, n° 667), Eppupa (nom de femme, Corpus, V, 4597), xpoésorovipt (7?, au Bén., sur l'arc de Saintes, Audiat, p. 14), Zppimus (inscr. de Bordeaux).

Zeuss, p. 71, rapproche ce radical ep- de l'irlandais ech, « equus »; on sait qu'Zpona était la déesse des chevaux, et il est prouvé aujourd'hui que c'est une divinité celtique (Preller et Jordan, Ræm. Myth., I], p. 227). |

Le défunt (remarquez que sa nationalité et son âge se trouvent indiqués après coup) était ciots Boias. Commé le conjecture M. Robert, il s'agit d'un habitant de la civitas Boatium (Boasium dans quelques manuscrits), qui figure à la fin du 1rv° siècle parmi les cités de la Novempopulanie (à peu près la Gascogne actuelle) énumérées dans la Vofitia Galliarum (14,7). Ce pays se retrouve mentionné dans l'Itinéraire Antonin qui donne Boios (Bosas ou Bolas dans certains ms., p. 218, éd. Parthey et Pinder) comme la dernière station de la route d'Espagne à Bordeaux, à seize milles, environ vingt-quatre kilomètres, de cette cité. La situation du pays de Buch et la similitude de ce nom avec celui de Zotas ont décidé tous les géographes à placer dans les environs de la Teste le territoire des Boïens. — Leur nom, sous la forme Boti, se retrouve dans un vers célèbre d’une lettre de saint Paulin à Ausone (3, 138) :

An tibi me, domine illustris, st scribere sit mens Qua regione habites, placeat reticere nitentem Burdigalam, et piceos malis describere Boios.

Peut-être faut-il ajouter à ces textes, qui sont les seuls que l'antiquité nous ait laissés touchant les Boiïens de Novempopulanie, la mention de Basabocates et de Sediboviates dans Pline l'Ancien (4,108), et voir dans ces derniers peuples deux rameaux de celui des Botates. ; Rien n'est certain au sujet des rapports existant entre ces Boïens et ceux dont il est fait si souvent mention dans l'histoire des Gaulois, qui occupèrent une partie de l'Italie et de la vallée du Danube. Il ne semble pas douteux, toutefois, que ceux de Novempopulanie ne soient le dernier débris de cette puissante et grande nation. Cf. là-dessus, outre le commentaire de M. Robert à cette inscription, Desjardins, Gaule Romaine, II, p. 313; Amédée Thierry, ZÆistoire des Gaulors, livre IIT; J.-F. Samazeuil, Problème historique sur les Boïens, dans la Gironde, revu: de Bordeaux, V° année, 1838. — Nous attendons avec impatience, pour ces questions de géographique aquitanique, le grand travail de M. Bladé sur la Novempopulanie romaine et médiévale.

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