‹ Insectes diptères du nord de la France (volume 2)Chapitre 3 sur 171 · DU · texte numérisé non relu

DU

TIPULAIRES.

TIPULATRES ; TIPULARIZ, Latreille, Meigen, Némocères, Lat. Nouv. Dict. d'Hist. nat.

Corps ordinairement étroit. Tête petite et inclinée, Trompe le plus souvent courte et épaisse; lèvre supérieure petite et conique; soies (mandibules, mâchoires et langue) ordinairement nulles; palpes allongés, subsétacés, de quatre ou cinq articles. Antennes filiformes ou sétacées, plus longues que la tête, composées de six articles au moins. Yeux grands, ovales ou réniformes. Yeux lisses, tantôt au nombre de trois, tantôt nuls.

Thorax grand et élevé. Abdomen ordinairement menu. Pieds grêles et allongés. Ailes couchées ou écartées, longues et assez étroites; nervures formant ordinairement une cellule médiastine, rarement une stigmatique, une ou deux marginales, une ou deux sous-marginales; une, deux ou trois discoïdales; trois, quatre ou cinq postérieures; une anale, une axillaire et une fausse (spuria) (x).

Re

(1) Nons adopions pour les cellules des ailes les dévominatious

données par M. Latreille daus son excellent Genera cruslaceorurm el inseciorum:

Les Tipulaires forment une section considérable de l’ordre des insectes diptères; elles sont extrèmement nombreuses, très-remarquables par la diversité répandue sur leur organisation, et intéressantes à observer par la singularité des métamorphoses de quelques-unes d’entr'elles. M. Latreille les a, le premier, réunies en famille ; mais il nous semble que cette dénomination, consacrée d’ailleurs par son autorité, est assez arbitraire, qu’elle s'accorde peu avec les grandes modifications que présentent les organes de ces insectes, et que ce groupe est moins une famille naturelle, comme les Tabaniens, les Syrphies, qu’une des deux grandes divisions dont cet ordre se compose. Il y a plus : en considérant les différences iniportantes par tesquelles les Tipulaires se distinguent des autres Diptères, et l'espèce de solution de continuité qui les en sépare; en ies voyant former une série considérable, très-distincte de l’autre et parcourant de même divers degrés de l’organisation, on pourrait les regarder comme constituant un ordre particulier, composé lui-même de plusieurs familles; et l’on trouverait peut-être autant de dissemblances entre elles et les autres Diptères qu'entre les Hymévoptères, par exemple, et les Névroptères.

Ces différences consistent principalement dans la forme menue et allongée du corps et des ailes; dans la longueur des pieds; dans la composition moins simple des antennes et des polpes; enfin, dans la conformation des larves, dont la tèle est toujours écailleuse et de forme constante. Cette organisation, généralement plus développée que dans les autres Diptères, détermine la place des Tipulaires à un degré plus élevé dans la chaine des êtres. A la vérité, ce développement ne s'étend pas ordinairement aux parties de la bouche. Cet organe est même le plus souvent privé des soies (représentant les mandibules, les mâchoires et la langue} que Fon observe en tout

ou ea partie dans l’autre sèrie, et l’on ne distingue alors que

Ja trompe, la lèvre supérieure et les palpes ; mais dans quelques-une$, il se complique, et atteint même un développement plus complet que dans aucun autre Diptère. De plus, les palpes, comme nous l’avons déjà dit, montrent dans toutes les Tipulaires une composition supérieure. Ils sont formés de quatre ou cinq articles au lieu de trois, et le dernier, quelquefois très-long, flexible et presque charnu, paraît aiors doué d’un tact plus fin que dans tous les autres insectes.

Les modifications que présentent les organes des Tipulaires, et dans lesquelles on reconnaît une progression trés-sensible du simple au composé, affectent plus ou moins toutes les parties du corps. Ainsi les antennes, toujours formées d’au moins six articles, dont les derniers ne paraissent d’abord que des subdivisions du troisième (comme dans les Stratiomydes, les Xylophagites et les Tabaniens, se diversifient d’une maniere très-remarquable, prennent la forme de fuseau, de lame, de peigne , de panache, de girandole, et suffiraient seules à caractériser tous les genres. Ainsi encore les nervures des ailes, indifférentes en apparence sous le rapport physiologique, mais si importantes sous celui de la classification, sont à peine au nombre de deux dans quelques-unes, et arrivent progressivement au plus grand développement dont elles sont susceptibles dans les Diptères. Elles se distinguent de celles de l’autre série par la longueur des cellales discoïdales antérieures qui atteignent au moins les deux tiers de la longueur des ailes. En outre, il y a ordinairement moins de nervures transversales. Les modifications qu'elles présentent fournissent des caractères secondaires encore plus nombreux que les antennes, et elles se rapportent admirablement à celles des autres organes; de sorte que tel linéament tracé sur l’aile de ces petits êtres, est invaria-

blement lié à toute l’économie animale (1); et, comme ces 0 A a OS LE BELLE SEAT RSR NE RREE CE TERE SES (1) Ce sont ces cousiderstioys qui nous out deterwin:s à dessiner

modifications sont plus faciles à reconnaître que celles de plusieurs autres parties de l’organisation, elles nous en révèlent souvent d’autres avant que nos moyens d’observation nous permettent de les constater, à peu près de la même manière que nos instrumens qui ont rapport à l’atmosphère nous en font connaitre les variations avant que nos sens en soient frappés. Telle est l’unité, jointe à la variété infinie, qui règne dans les derniers rangs comme sur les sommités de la création; et si nous considérons en même temps tous les rapports de convenancé entre les organes et les besoins des êtres animés , tous les moyens de conservation qui leur ont été prodiguës avec tant de sollicitude, nous verrons que les plus humbles créatures nous révèlent la sagesse et la bonté du Créateur, comme les cieux publient ga gloire.

Les habitudes des Tipulaires sont aussi diversifiées que leur conformation. Elles varient encore suivant leur mode d’existence dans l’état de larves. Aussi les voyons-nous partout et de mille maniéres; les diverses tribus vivent au sein des fleurs, sur le feuillage, sur le tronc des arbres, sur les murs qu’elles tapissent quelquefois de leur multitude. Les unes fréquentent les bois, d’autres le voisinage des eaux, les champs, les jardins. Nons en voyons des milliers voleter à l’aide de leurs longues jambes dans les prairies. Nous aimons À suivre des yeux dans les airs ces essaims innombrables, ces nuées vivantes qui, s’élevant et s’inclinant alternativement aux derniers rayons du soleil, semblent célébrer le soir d’un beau jour par leurs danses aëriennes, comme le rossignol par ses chants, el les fleurs par leurs parfums. Les Tipulaires

dont la bouche est peu développée, trouvent leur subsistance

d'après nature et à graver les figures jointes à cet opuscule. Ces caractères sont d’ailleurs moins counus que ceux lires des autres organes,

sur les végétaux, en puisant des sucs dans les nectaires des fleurs. Cependant il paraît qu’un grand nombre d’entr’elles, et particulièrement les mâles, prennent très-peu de nourriture, et nous avons observé que ceux-ci vivaient moins long-temps que les femelles. Les genres dont la bouche est plus fortement organisée , se nourrissent du sang des hommes et des animaux. Le Cousin, cet implacable ennemi de notre repos, nous montre avec assez de véhémence son goût pour notre fluide nourricier. Il nous apprend assez avec quelle facilité il sait en trouver les vaisseaux et y plonger sa trompe empoisonnée. En pensant à la guerre cruelle que nous fait cet insecte, et qui nous force souvent, pour le fuir, à renoncer à l’ombrage des bois, à la fraîcheur des eaux, on se demande avec une espèce d'anxiété ce qui serait arrivé si tous les innombrables essaims de Tipulaires eussent été pourvus d’une arme aussi redoutabie, animés d’une soif aussi ardente pour notre sang ? Heureusement cette trompe est émoussée dans le très-grand nombre, et devient l’instrument le plus innocent.

Le premier âge des Tipulaires offre plus d'intérêt encore que l’état adulte. Les œufs, déposés quelquefois avec des précautions très-ingénieuses, tantôt dans la terre, tantôt sur les eaux, sur les fleurs, sur les plantes cryptogames, donnent naissance à des larves dont le seul caractère invariable est d’avoir la tête écailleuse et de forme constante. Elles varient singulièrement de conformation et d’instinct. La bouche est armée, dans les unes, de deux espèces de dents dirigées de haut en bas; dans d’autres, de deux mandibules ou mâchoires ciliées. Plusieurs portent des antennes; quelquefois deux tentacules sont placés près de la bouche, sous la poitrine, et paraissent servir de pieds. Dans celles qui éclosent et vivent dans les eaux, on observe aussi de semblables tentacules à l'extrémité du corps, et quelquefois des nageoires aplaties. Celles-ci ont en outre un organe respiratoire qui se

produit au dehors sous la forme d’un ou plusieurs tubes plus ou moins allongés. Ges larves aquatiques sont encore remarquables par une grande agilité, tandis que les autres se meuvent fort peu. Un assez grand nombre vivent en société dans les champignons, et savent se construire des demeures soyeuses. D’autres, nées sur des plantes, déterminent la surabondance de la sève à former des excroissances, et elles y vivent dans la plus profonde solitude.

Les nymphes ne présentent guères moins de diversité que les larves. À l'exception d’un petit nombre qui sont revêtues d’une enveloppe, les autres sont nues et laissent à découvert la plupart des organes ébauchés de l’insecte parfait. Elles en ont cependant qui sont propres à leur état de nymphes: ceux de la respiration sont les plus remarquables; ils consistent le plus souvent en deux tubes en forme de cornets posés au bord antérieur du dos, et qui communiquent aux trachées du thorax; quelquefois en des houppes filamenteuses, dont les unes sout situées sur le dos et les autres à l’extrémité du corps; quelquefois encore en un long tube analogue à celui qui sert à la respiration de quelques Syrphies. Les nymphes qui habitent les eaux se singularisent aussi, pour la plupart, en conservant les organes et la faculté du mou- Yement à peu près tels que les possédaient les larves.

Les Tipulaires présentent donc dans les deux états qui précèdent l’état adulte, une organisation généralement moins simple, au mojnsextérieurement, que celles desautres Diptères.

C’est d’après des considérations tirées de ces deux états que M. Latreille les a divisées en plusieurs sections dont les dénominations dérivent le plus souvent du genre de vie des larves. Telles sont les Tipulaires fungicoles, les terricoles, les aquatiques. Ainsi ces dernières, se développant dans les eauxavec des organes qui les distinguent des autres Tipulaires, ont, dans l’état adulte et sous une forme entièrement différente

(9) de là première, des caractères également distinctifs,; tels que les antennes en panache dans les mâles. Ces divisions ne sont denc pas le produit arbitraire de Part du méthodiste, mais l'expression nécessaire des principales modifications qui affectent l’organisation de ces insectes.

Peu de parties de l’entomologie ent pris de nos jours un plus grand essor que les Tipulaires, grâces aux travaux de M. Meigen. Ces insectes, dont Linnée ne connaissait que cinquante espèces, et Fabricius cent soixante, y compris trente-quatre exotiques, en offrent maintenant plus de cinq cents observées en Europe seulement, et encore l’Allemagve est-elle là seule contrée dont quelques cantons aient été explorés avec soin. L'ouvrage allemand de M. Meïgen, sur les Diptères d'Europe, dent le premier volume contient les Tipulaires, est un monument remarquable du génie observateur de l’auteur, et un modèle d’exactitude et de méthode. Il a non-seulement fait connaître, par des descriptions d’une vérité parfaite, un nombre immense d’espèces nouvelles, il a encore, par la science de la chssification, répandu sur cette multitude de petits êtres un ordre admirable, sans lequel ils n’eussent offert qu’un chaos effrayant. Fondateur de plus de trente genres nouveaux, presque tous naturels et établis sur des caractères tirés des diverses parties de l’organisation, il a découvert dans les deux genres Cousin et Tipule de Linnée, une tribu innombrable et extrêmement diversifiée, à chaque membre de laquelle il a assigné la place qu’il occupe dans l’ordre naturel.

Les Tipulaires du nord de la France, que nous entreprenons de décrire après les avoir long-temps observées, offrent un champ assez vaste à nos explorations; quoiqu’elles soient moins nombreuses que celles de plusieurs parties de l'Allemagne, lès plaines humides de la Flandre, les rivières tranquilles qui l’arrosent, la riche végétation dont elle est

(10) couverte favorisent le développement de ces insectes, et le nombre des espèces est considérable. D’autres appartiennent au haut Artois, dont le sol montueux, les ruisseaux rapides, les vallées d’une fraicheur délicieuse présentent un aspect si différent. Les grandes forêts du Hainaut et du Boulonnais en recèlent d’autres encore dont nous n’avons sans doute observé que le plus petit nombre, ayant peu visité ces deux parties de la France septentrionale. Comment d’ailleurs pourrait-on se flatter, même après les plus longues recherches, d’épuiser une mine aussi féconde ? la nature ne semble-t-elle pas infinie

comme son auteur ?

Le

ANT OR a ARE DEA

: A a TAN | +

Page 1