FAMILLE DES MUSCIDES
Tribu. CRÉOPHILES, Creophila. Lat. fam. nat. Caljpteratœ , rob. D. (i).
Caractère essentiel : caillerons grands. Ailes à première cellule postérieure entr’ouverte ou Fermée.
Corps ovale ou oblong. Tête hémisphérique. Trompe membraneuse , bilabiée, rétractile ; lèvre supérieure terminée en pointe; langue subulée , ordinairement plus courte que la lèvre supérieure; point de soies ( mâchoires). Palpes insérés à la base de la trompe. Antennes ordinairement couchées , de trois articles distincts ; style de deux ou trois articles distincts.
Thorax à impression transverse. Abdomen ovale ou oblong, de
(i) Pour continuer l’ordre ascendant que nous avons adopté dans les. fascicules de cet ouvrage qui ont paru jusqu’ici, et pour suivre sans interruption la série commencée, nous sommes obligés de traiter la dernière partie des muscides avant la première, et de ne parler des généralités de cette famille que lorsque nous nous occuperons des premières tribus.
quatre segmens distincts. Pieds ordinairement de longueur médiocre. Pelottes et ongles des tarses souvent grands Cuillerons grands. Ailes ordinairement écartées *, première cellule postérieure en tr’ouverte ou fermée , à nervure externo-médiaire arquée ou coudée -, discoïdale à nervure transverse ordinairement sinuée.
Dans la grande famille des Muscidcs, qui nous offre une des séries zoologiques les plus remarquables par le nombre infini des êtres qu’elle renferme , et par la longue suite des degrés d’organisation qu’elle déroule à nos yeux, la tribu des Gréophiles occupe le sommet ; elle présente le type de cette combinaison organique dans toute sa perfection, et elle ne pourrait, ce nous semble , arriver à un degré plus élevé, sans passer dans une famille supérieure. Si la trompe offrait les quatre soies des Tanystomes, ou si le style des antennes était terminal, elle ne différerait des Syrphies ou des Conopsaires que par le faciès. La modification qui la distingue le plus nettement des autres Muscides , et qui la rapproche en même temps des tribus plus élevées dans la série , consiste dans les nervures des ailes dont l’externo-médiaire, au lieu de se diriger en ligne droite vers le bord postérieur, comme dans les groupes inférieurs, se courbe ou se brise vers les trois quarts de sa longueur, et se rapproche de la sous-marginale, ou va même s’anastomoser avec elle , de sorte que la première cellule postérieure n’est plus qu’entr ouverte, ou se ferme entièrement comme dans les athéricères supérieurs. Un autre caractère général distingue les Gréophiles des autres Muscides*, ce sont les cuillerons qui, nuis dans les premières tribus , petits ou médiocres dans les suivantes, atteignent dans celle-ci la plus grande dimension dont ils sont susceptibles $ progression qui s’accorde avec celle que présentent les nervures des ailes , et en même temps avec l’énergie croissante du vol. L’organisation manifeste encore cette progression dans le degré de composition des antennes dont le style offre pour la première
fois trois articles distincts dans une grande partie de cette tribu.
La gradation que nous découvrons dans l’organisation des Créopbües, en les comparant aux autres Muscides , s’observe également si nous les comparons entr’eux dans les diverses modifications que subissent leurs organes. De la Mouche des jardins que nous distinguons à peine des Anthomyies, à rEcbinoinyie qui rivalise de force et de grandeur avec la Volucelle , la distance est grande et les degrés intermédiaires sont nombreux. Les diverses tribus des Créopliiles nous offrent graduellement les Muscines , ou mouches proprement dites, à la forme ovale, à l’abdomen nu; les Sarcophagiens , dont le corps est allongé , l’abdomen armé de pointes, l’organe sexuel développé-, ensuite viennent les Dexiaires aux pieds allongés ; puis les Phasiennes, les Gymnosomées , les Oeyptérées dont l’abdomen est successivement déprimé, globuleux et cylindrique; enfin les Tacliinaires au corps hérissé et robuste , aux pieds agiles , aux ailes rapides.
Les modificationsorganiques en déterminent d’analogues dans les habitudes, et l’instinct se développe quelquefois d’une manière fort remarquable. Relativement à la nourriture, la diversité ne paraît pas grande; presque tous les Créopbiles vont puiser le suc des fleurs; mais ils ne se bornent pas toujours à cet aliment. Quelques-uns, tels que les Stomoxes, dont la trompe est acérée, s’abreuvent de sang , et se rendent redoutables aux bestiaux; d’autres, et particulièrement la mouche domestique et ses congénères, s’attaquent aussi aux animaux , mais ne leur enlèvent que les fluides répandus à la surface du corps , comme la sueur, la sanie des plaies. Ces mêmes Créopbiles , ainsi que les autres Muscines et les Sarcophagiens, recherchent également la pulpe sucrée des fruits.
L’instinct de la maternité est beaucoup plus varié dans les soins qu’il inspire à ces Diptères. Modifié de deux manières principales , il place le berceau des uns dans des ctres vivans ,
celui des autres dans des dépouilles mortelles , soit d’animaux , soit de plantes , dont la nature semble avoir destiné ces insectes à hâter la dissolution. Les Muscines , comme la plupart des tribus inférieures, placent leurs œufs sur des décompositions végétales, tantôt sur les détritus du bois, tantôt sur les champignons en déliquescence , souvent sur les bouzes \ quelques-unes , ainsi que les nombreux Sarcophagiens, qui, par une organisation intérieure fort anomale parmi les insectes , sont vivipares, déposent leurs larves sur les cadavres.
Ceux qui se développent dans des animaux vivan9 sont les Tachinaires et les Ocyptérées , qui placent leurs œufs sur les insectes , et particulièrement sur les chenilles. Les jeunes larves, à leur naissance , pénètrent dans le corps , et y vivent en parasites de la substance adipeuse de leurs hôtes , sans les faire périr, au moins jusqu’à leur sortie. Pour donner ce genre de berceau à leur famille , ces Créophiles montrent un instinct quelquefois très-raffiné, de l’intrépidité, de la ruse, et prennent, pour assurer la subsistance à leurs larves, des mpyens qui attestent la sollicitude maternelle la plus énergique , unie au brigandage le plus audacieux.
L’organisation des larves offre peu de diversité dans les Créophiles. Elle sont généralement coniques. La bouche est munie de crochets cornés. La partie postérieure du corps, renflée et obliquement tronquée , comme dans la plupart des Muscides , présente deux stigmates. Lorsque le terme du développement est arrivé, elles se retirent dans la terre, et s’y transforment en nymphes renfermées dans une coque ovale , formée de la peau desséchée de la larve.
Les Créophiles du Nord de la France, en étendant cette région jusqu’aux environs de Paris , dont la Faune diffère peu de celle de Lille , ont offert à nos recherches tous les genres décrits par Meigen , à l’exception d’un seul , les Xystes qui appartiennent au midi de l’Europe, Quant aux espèces , nous en avons trouvé un
grand nombre de celles si bien observées par ce célèbre entomologiste. Cependant , parmi les Tachinaires , nous en avons beaucoup qu’il nous a été impossible de rapporter à ses descriptions , ni aux individus que nous avons reçus d’Allemagne. Nous les avons aussi comparées à celles de M. Robineau Desvoidy, dans son ouvrage sur les Myodaires -, mais il leur a donné pour caractères des différences souvent si légères de formes ou de couleurs , qu’à moins d’avoir sous les yeux les espèces qui servent de terme de comparaison , il est rarement possible de les reconnaître. Nous pensons d’ailleurs qu’un bon nombre de ces différences ne désignent que des variétés individuelles.
Nous avons cru reconnaître que les Créopbiles se divisent naturellement en plusieurs groupes supérieurs aux genres , et nous en avons formé sous la dénomination de sous-tribus dont chacune porte un nom emprunté au genre le plus considérable. C’est ainsi que les Muscines comprennent les mouches proprement dites, les Mésemhrines, les Idies, les Stomoxes et quelques autres genres que nous avons détachés du premier. C’est de la même manière que les Tachinaires renferment les différens genres que nous avons tirés des Tachines de M. Meigen, dont la subdivision était une nécessité généralement sentie. Dans notre travail nous nous sommes aidés de celui de M. Robineau Desvoidy, en évitant cependant la trop grande multiplicité des genres qu’il a établis, et en cherchant à mettre cette partie des Diptères en harmonie avec celles que nous avons traitées jusqu’ici , et surtout à la hauteur des autres branches de la zoologie.