Installation et exploitation des lignes téléphoniques
Lorsque le téléphone fit son apparition, vous vous rappelez, Messieurs, le tressaillement de surprise, suivie bientôt d’admiration, qu’excita dans le monde entier cette merveilleuse découverte du jeune professeur américain Graham Bell. Mais l’enthousiasme du premier moment était à peine calmé, que l’invention souleva toutes sortes d’appréciations diverses et même fut en butte à de nombreuses critiques.
A côté des gens incrédules qui doutent de tout, même de la science, il se rencontra des esprits sérieux qui contestèrent l’utilité du téléphone et refusèrent de croire à son emploi pratique dans l’avenir. Très heureusement les résultats ont donné tort à ces pronostics fâcheux. Moins défavorisé que le phonographe d’Edison, son émule, resté jusqu’ici à l’état de curiosité scientifique et même relégué au rôle de jouet, le téléphone n'a pas tardé à trouver sa place à côté du télégraphe parmi les plus grandes et plus fécondes applications scientifiques.
Ce succès est dû non seulement au mérite de l’invention, mais aussi à ce fait qu’elle était de ces inventions qui arrivent à leur heure. Elle répondait à des besoins que le télégraphe n’avait pu encore satisfaire. Rien ne dépeint mieux le but du téléphone que cette phrase, que j’emprunte à un article du journal Y Électricité :
« Le grand mouvement qui anime les artères de la télégraphie, le « téléphone donne le moyen de ne pas l’arrêter à la station télégraphique, « et de le faire pénétrer directement jusque dans le comptoir du commer- « çant, dans l’atelier du fabricant et dans le domicile de la famille. »
J’ajouterai que l’appareil téléphonique, d’un usage immédiat et à la
portée de toute personne quelconque, même d’un enfant, plus simple et plus commode que l’appareil télégraphique dont il n’exige pas l’apprentissage, peut le suppléer avec avantage pour la transmission des messages et dépêches de toute espèce. Il peut surtout le remplacer utilement au moment d’iîÛ-V^ger pour prévenir une collision de trains sur les voies f e r e |^. ü n\ Irr ô e njdief-xî^ r>s une ville, lorsque l’employé du télégraphe est • .a*h Se X G. b fi* qu e* «ç ôn\flroh b 1 e paralyserait la manœuvre de son appareil. **A#insi;*-J1ra33e*âii téléphone, les personnes habitant une même ville peuvent^ tout la journée entrer en communication verbale entre
e)les* * caifsap>,:e£ discutant par la parole sans sortir de leurs demeures.
Ce réSulfôtVst obtenu par des fils reliant ces points les uns avec les autres et constituant des lignes téléphoniques, se terminant par des téléphones transmetteurs et récepteurs de la parole.
C’est de l’installation de ces lignes et de leur exploitation que je vous demande la permission de vous entretenir aujourd’hui.
En abordant cette étude, j’ai été effrayé de l’étendue du programme que je m’étais tracé. Il comporte tant de problèmes techniques, agite tant de questions de toute nature, que j’aurais renoncé à le développer, si, d’une part, je n’étais initié depuis longtemps à cette nouvelle branche de la science qu’on dénomme la Téléphonie, si je n’en avais suivi les développements, et si, d’autre part, je n’avais trouvé une assistance éclairée dans le directeur de la Société française des téléphones, M. Lartigue, notre collègue, et dans deux ingénieurs de la même Société, MM. Berthon et Brown. C’est par leurs soins qu’ont été disposés ici les appareils et les plans qui sont sous vos yeux. Permettez-moi donc de les remercier, en votre nom comme au mien, de leur obligeant concours.
Mais il ne suffit pas de bien posséder son sujet, il faut encore le présenter avec méthode, avec clarté, enfin d’une façon digne d’un auditoire composé d’ingénieurs. C’est là une lourde tâche, et pour la remplir je suis forcé de faire de nouveau appel à la bienveillante attention à laquelle vous avez bien voulu m’accoutumer.