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SYSTÈMES DE TÉLÉPHONES EN SERVICE

Coup d'œil rétrospectif sur l3 invention du téléphone. — Avant de vous parler du fonctionnement et de l’exploitation des réseaux téléphoniques, je crois utile de vous présenter les appareils employés pour la transmission et la réception des communications vocales. Ne convientdl pas de savoir ce que c’est qu’une locomotive avant de traiter de l’organisation des chemins de fer? Mon intention n’est pas de passer en revue tous les perfectionnements dont le téléphone a été l’objet depuis qu’il est sorti des mains de »

son créateur. Comme tous les grands inventeurs, M. Graham Bell a ouvert la voie à un grand nombre de chercheurs qui se sont essayés à modifier et à améliorer l’œuvre primitive. Pour ceux d’entre vous qui désireraient suivre les étapes des progrès accomplis dans cet ordre d’idées, je ne puis

mieux faire que de les renvoyer aux ouvrages écrits sur la matière et notamment au livre si complet de M. le comte Th. du Moncel. Je me bornerai à vous signaler les systèmes d'appareils téléphoniques qui ont été consacrés par la pratique et sont aujourd’hui en service régulier.

Beaucoup d’entre vous ont encore présente à la mémoire la séance dans laquelle mon sympathique collègue, M. Niaudet, vint expliquer le téléphone Bell, en faisant fonctionner sous vos yeux, je devrais dire à vos oreilles, les deux premiers appareils qui touchèrent le continent.

Sur les murs de cette enceinte sont suspendues plusieurs images représentant à une grandeur exagérée une section longitudinale du téléphone de Bell, et je vais vous faire passer un appareil coupé par la moitié, qu’a bien voulu me prêter M. Bréguet. Gomme vous le voyez, l’appareil qui est d’une étonnante simplicité quand on compare sa construction à ses résultats, se réduit à trois organes essentiels : une tige aimantée, une bobine de fil entourant une des extrémités de cette tige et une plaque mince en fer placée perpendiculairement au-dessus de la bobine et tout près du pôle de l’aimant, Dans ce système l’appareil est réversible, c’est-à-dire qu’il permet de parler et d’entendre, servant à la fois de transmetteur et de récepteur. Le fil qui entoure la bobine du téléphone se prolonge par le câble qui doit transmettre les communications à distance, et revient en fermant le circuit après s’être confondu avec le fil de la bobine de l’appareil placé à l’autre station.

Dès qu’on parle dans l’embouchure qui enserre la membrane de l’appareil, celle-ci entre en vibration. Ce déplacement oscillatoire modifie l’état magnétique de l’aimant, et par suite, suivant la théorie de Faraday, engendre dans le fil un courant électrique. Ce courant est d’une nature particulière dite ondulatoire par analogie aux ondes sonores qui lui ont donné naissance. Arrivé dans la bobine de l’appareil opposé, il modifie pareillement le magnétisme de l’aimant, et, par conséquent, celui-ci exerce sur sa membrane des attractions et répulsions variées qui se traduisent en oscillations identiques à celle de la membrane du premier appareil. Celle-ci vibre donc et, en ébranlant l’air, reproduit les sons de la voix émise à l’autre extrémité.

Téléphones magnétiques dérivés du téléphone Bell. — Tel était à l’origine le téléphone, tel il est encore dans sa constitution fondamentale sous les divers types imaginés depuis, quand on l’emploie comme appareil récepteur.

Les innovations ont porté sur deux points principaux, le réglage et le renforcement. Dans le modèle de M. Trouvé l’adjonction d’une vis permet de régler l’écartement de la membrane du pôle voisin de l’aimant. Les types de Gray et de Phelps comportent deux membranes placées devant les deux pôles de l’aimant recourbé à cet effet.

Le système Gower, dont nous a entretenu M. Fichet, utilise les deux pôles en concentrant leurs effets sur une seule membrane. De plus, M. Gower

perce le centre de la membrane, et dispose près de l’ouverture une anche qui vibre sous un souffle énergique et permet de transmettre un signal d’avertissement.

Le principe des pôles concentrés se retrouve également dans les systèmes Siemens et Ader. Mais ce dernier présente, en outre, une particularité remarquable. De l’autre côté de l’aimant, près de l’embouchure, est adapté un anneau en fer doux appelé surexcitaleur. Le but de cet anneau est d’augmenter la force active de l’aimant, en raison de cette propriété très simple que possède la masse de fer doux d’attirer les pôles de l’aimant plus près de ses extrémités, et de les rapprocher ainsi de la membrane. Cette action est mise en évidence par l’appareil de démonstration que je fais passer sous vos yeux. Celte combinaison ingénieuse donne au récepteur Ader une grande sensibilité. Elle a contribué avec les autres travaux remarquables du même inventeur à lui mériter le prix de physique de 3,000 francs, qui lui a été récemment décerné par l’Académie des sciences. On sait que le grand prix Yolta de 50,000 francs avait précédemment été donné à M. Graham Bell.

Téléphones à pile système Edison. — Les appareils dont je viens d’esquisser la description forment la classe des téléphones magnétiques. Mais Bell reconnut bientôt que le magnétisme mis en jeu par le déplacement de la membrane ne produisait pas des courants ondulatoires assez puissants pour transmettre la voix à de grandes distances avec une intensité suffisante. Il eut alors l’idée de recourir à une pile pour lancer d’une manière continue dans le circuit un courant électrique, en ne demandant plus à l’oscillation de la membrane que de le transformer en courants ondulatoires. Ce fut là l’origine de la classe des téléphones à pile.

Cependant l’association du magnétisme rémanant de l’aimant et de la pile, n’avait pas fourni les résultats espérés, et l’on attendait pour la transmission téléphonique entre des points très éloignés une solution plus pratique. C’est Edison qui a eu le mérite de la donner. Son téléphone est fondé sur cette propriété qu’un corps mauvais conducteur, tel que le charbon interposé dans un circuit électrique, offre au passage du courant une résistance qui varie suivant les pressions auxquelles le dit corps est soumis. Prenant toujours la membrane métallique pour recevoir les vibrations de la voix, Edison la met en contact avec une pastille faite avec du noir de fumée de pétrole.

Mais la conception de l’inventeur ne s’arrêta pas là. Le courant électrique qui traverse la pastille de charbon, et est rendu ondulatoire par la vibration de la membrane, alimente, dans le système Edison, le circuit primaire d’une bobine d’induction, et ce sont les courants induits de l’hélice secondaire qui sont dirigés dans le câble de transmission. L’intervention de cette action inductive accroît considérablement la puissance de la transmission. Aussi est-ce à oartir de la mise au jour de ce système que

l'on a pu franchir des distances considérables, et que la téléphonie a commencé à se développer.

Transmetteurs microphoniques. — Quelque temps après l’invention d’Edison, un homme déjà célèbre par l’invention du télégraphe-imprimeur, M. Hughes, eut une idée qu’on pourrait qualifier de bizarre si elle n’avait eu des conséquences vraiment remarquables. Au lieu d’une rondelle de charbon pulvérisé, il imagina d’interrompre le circuit électrique par un morceau de charbon massif suspendu entre deux coussinets également en charbon de façon à être en équilibre instable. Tel est le principe du microphone qui doit son nom à ce qu’il permet, en amplifiant grandement les sons, de faire entendre la voix et les bruits les plus faibles. Grâce à son mode de suspension, la tige de charbon subit avec une sensibilité extrême les ébranlements extérieurs communiqués à son support, et ses pointes émoussées, qui sont traversées parle courant, offrent à ce dernier un passage d’une section incessamment variable produisant, comme dans le téléphone Edison, les courants électriques ondulatoires correspondant aux ondes sonores.

Je ne m’arrête pas aux expériences curieuses auxquelles a donné lieu le microphone comme renforcement des sons les plus imperceptibles (letictac d’une montre placée près de l’appareil, le bruit d’une mouche qui marche sur son support), et j’arrive tout de suite aux appareils qui en dérivent et qui ont reçu le nom de Transmetteurs microphoniques.

Parmi ceux que la pratique a adoptés, je citerai les systèmes Crossley et Ader. Sauf des différences d’agencement, ils présentent la même composition. L’un et l’autre possède un certain nombre de baguettes de charbon appliquées librement contre une tablette en bois mince, et divisant le parcours offert au courant électrique pour lui opposer moins de résistance. L’appareil affecte dans les deux systèmes la forme d’un pupitre qui renferme à l’intérieur la bobine d’induction, le parafoudre, et autres accessoires qu’on retrouve dans le transmetteur Edison. Un système de transmetteur que l’on range dans la classe des microphones, mais qui, à mon avis, se rapproche beaucoup plus de celui d’Edison, est l’appareil Blake, très en faveur en Amérique. Dans ce système, il n’y a qu’un petit morceau de charbon pressé par un ressort sur la membrane métallique.

Les dispositions des transmetteurs microphoniques peuvent être modifiées à l’infini. Je dois signaler celle de M. Lock-Labye et celle plus récente de M. Maiche, qui remplace la tablette en bois par une cloche en verre. Celle-ci transmet ses vibrations à deux petites sphères en charbon intercalées dans le circuit électrique. Les auteurs de ces variantes semblent avoir eu pour objectif d’augmenter l’intensité du son transmis. C’est là, sans doute, une intéressante préoccupation, si l’on se propose de faire entendre à plusieurs personnes réunies dans une même salle un discours ou un chant produit au loin. Mais tel n’est pas le rôle du téléphone dans l’usage courant, où il s’agit de transmettre purement des communications verbales d’un caractère

souvent confidentiel, ou de réaliser à distance une conversation intime qui ne doit pas tomber dans des oreilles étrangères.

Choix d’un réseau téléphonique.

Les différents systèmes de téléphones que je viens de passer en revue ont été brevetés par leurs auteurs, et ces brevets placés entre les mains de concessionnaires différents, ont donné lieu à des rivalités, à des concurrences qui ont, pendant quelque temps, entravé l’essor des applications téléphoniques. Aussi les Compagnies formées en Amérique, ainsi que celles qui se sont créées plus tard en Europe, ont-elles reconnu la nécessité de se fusionner pour ne pas être gênées dans leur exploitation. Mais cette concentration en une seule Compagnie est surtout rendue nécessaire par l’établissement des lignes téléphoniques, qui, ainsi que vous allez le comprendre, ne saurait exister sans une unité parfaite d’organisation.

Dans les explications qui vont suivre je prendrai comme exemple le réseau téléphonique installé à Paris par la Société générale des Téléphones, avec le concours du Ministère des Postes et des Télégraphes, et de l’Administration municipale. *

Le problème de l’établissement d’un réseau téléphonique dans une ville se pose ainsi :

Étant donnés plusieurs points diversement espacés, il s’agit de les relier par des lignes disposées de manière à permettre le plus grand nombre de liaisons directes entre les points deux à deux, avec la moindre longueur possible des dites lignes.

S’il n’existait qu’un petit nombre de points, il suffirait de les réunir les uns avec les autres en formant ce qu’on appelle le polygone étoilé. Pour ces points le nombre des lignes serait représenté par la formule m (m — 1). On comprend que le nombre devient considérable si les points, je dirai maintenant les personnes qui s’y trouvent, c’est-à-dire les abonnés, sont au nombre de 500, 1000, etc. On est alors conduit à prendre un point central, d’où l’on fait partir m lignes rayonnant vers les m abonnés. Mais ces lignes, dans une ville comme Paris, deviennent beaucoup trop longues et par suite trop dispendieuses pour les abonnés situés aux points extrêmes, dans les quartiers excentriques. Pour éviter ces inconvénients, au lieu d’une station centrale, on en prend plusieurs, et on forme une série de petites étoiles réparties le mieux qu’on le peut dans les régions de la ville. Ces stations, ou mieux ces bureaux auxiliaires ainsi choisis, sont alors réunis entre eux. Cette réunion peut avoir lieu directement en formant le polygone étoilé, ou par l’intermédiaire d’un Bureau central. Cette dernière disposition est bien préférable, car, si l’on considère n bureaux auxiliaires, en faisant partir de chacun d’eux n — 1 fils, on comprend facilement que dans le cas du polygone étoilé on n’aurait pour chacun d’eux qUe (n — 1), communications possibles, tandis que l’intermédiaire du Bureau

central permet un nombre de permutations pour chaque bureau égal à (n—\)\

C’est ce système de distribution qui a été adopté dans les grandes villes, à New-York, Londres et Paris. Le réseau de Paris comprend neuf bureaux auxiliaires répartis dans les principales régions et communiquant avec le Bureau central de l’avenue de l’Opéra. Les abonnés de chaque région sont desservis par le bureau correspondant. Mais s’ils sont reliés à des bureaux différents, la communication a lieu par l’entremise du Bureau central.

Établissement des lignes et pose des cables.

Le plan du réseau étant ainsi défini, j’arrive à la partie technique de l’établissement des lignes téléphoniques. Ces lignes sont aériennes ou souterraines — quelquefois elles sont mixtes sur leur parcours, d’un abonné à son bureau central.

Lignes aériennes. — Les lignes aériennes tendent à disparaître; elles sont construites d’après le même principe que les lignes télégraphiques. Elles consistent en fils d’acier supportés de distance en distance par des poteaux avec isolateurs. Ces poteaux sont fixés sur les toitures des maisons avec l’autorisation des propriétaires. La bonne volonté de ces derniers est assez générale, cependant quelques-uns, par suite d’un préjugé assez difficile à déraciner, montrent une certaine hésitation à laisser poser les fils sur leurs immeubles, craignant d’y faire ainsi attirer la foudre. Ils ne se rendent pas compte que tout au contraire, dans les temps d’orage, l’électricité peut trouver par ces fils un dérivatif qui l’entraîne au loin. Le seul inconvénient que pourrait occasionner un fil métallique ainsi tendu est le bruit vibratoire de la harpe éolienne; or il est complètement évité par l’interposition de rondelles en caoutchouc formant sourdine.

Lignes souterraines. — Les lignes souterraines sont établies avec des câbles d’une structure spéciale. Parlons d’abord de ces câbles.

Câbles employés. — Dans les types principaux employés jusqu’ici par la Société des téléphones, le conducteur composé d’un ou de plusieurs brins en cuivre est isolé par une enveloppe en gutta-percha, puis recouvert d’un guipage de coton. Ces fils, ainsi constitués, sont entourés d’une gaine protectrice en plomb. On les réunit au moins deux par deux dans le même tube de plomb, pour former le double fil qui dessert chaque abonné. Mais le plus souvent on groupe sous le même plomb sept doubles fils pour simplifier et économiser le câble de transmission. Les sept doubles fils ainsi groupés se distinguent par la couleur différente de leur guipage en coton.

Au nombre des opérations, que comprend la fabrication de ces câbles, celle qui demande le plus de soin et de temps, est la mise en plomb. Elle s’exécute en disposant par longueurs de 100 mètres les tubes de plomb sur une table de même longueur, et en y enfilant les fils guipés. Ce travail long et difficile, est supprimé par le procédé qui a été imaginé récemment par MM. Berthoud et Borel de Cortaillod (Suisse), et qui consiste à confectionner directement le tube de plomb sur le fil même qu’il doit envelopper. A cet effet les inventeurs se servent de la presse hydraulique à faire les tuyaux, qu’ils ont modifiée en vue du but proposé. En particulier la filière est surmontée d’une tige creuse s’élevant à travers le métal amolli, et laissant passer le fil à recouvrir. En même temps que lui, pénètre dans la filière un corps isolant liquéfié, résine ou brai, qui vient boucher hermétiquement l’intervalle annulaire existant entre le fil et le tube de plomb qui vient d’être formé. L’isolation est complétée par la paraffine dont on a eu le soin d’imprégner le guipage de coton avant l’entrée du fil dans la machine.

Avec ce procédé mécanique, la mise en plomb d’un kilomètre de fil s’effectue en quelques heures, tandis qu’elle exige plusieurs jours par les moyens manuels et arriérés que j’ai signalés. Outre la perfection du travail, il en résulte une grande économie de main-d’œuvre et par suite une réduction considérable du prix de fabrication. Les nouveaux câbles sont actuellement à l’essai, et les résultats obtenus jusqu’ici font bien augurer de l’avenir du système Berthoud et Borel. La seule objection qu’on y ait faiteestlasuppressionde la gutta-percha que l’on s’obtine encore à considérer comme la seule matière isolante parfaite. Pour ma part, je ne m’explique pas pourquoi on aurait moins de sécurité pour l’isolation dans la combinaison du fil paraffiné et de la résine.

Câbles sans induction. — Mais une supériorité du même système sur les autres est de permettre de recouvrir un fil conducteur unique d’une enveloppe de plomb de très petit diamètre et de pouvoir ainsi utiliser celle-ci comme second fil ou fil de retour. Un câble ainsi formé d’un conducteur central et d’un conducteur annulaire offre l’immense avantage d’être soustrait aux effets d’induction des fils voisins, condition importante en téléphonie pour éviter les confusions dans les communications. En effet, si régulièrement que soient tordus entre eux les deux éléments du fil double de l’ancien système, on comprend qu’ils ne présenteront jamais vis-à-vis d’un fil voisin la symétrie absolue et parfaite qui résulte de la structure du câble Berthoud et Borel, symétrie qui est nécessaire pour compenser, en les annihilant, les influences opposées de l’action inductive.

Utilisation des égouts. — Pour la construction des lignes téléphoniques souterraines à Paris on n’a pas eu besoin de creuser des tranchées, ou de créer une canalisation spéciale. On a été très heureux de pouvoir utiliser

le magnifique réseau d’égouts dont la Ville de Paris a été dotée par M. Belgrand, l’ingénieur distingué que la mort a enlevé avant qu’il n’eût entièrement achevé son œuvre. Bien que les égouts soient assez larges, comme en dehors de leur destination qui est l’écoulement des eauxvannes ils ont à loger les conduites d’eau, la place qui reste libre est précieuse et l’administration municipale a eu le devoir de la ménager. Celle qu’elle a assignée aux câbles téléphoniques est située sur la voûte et occupe une largeur de 30 centimètres.

Les câbles longent cette partie de l’égout et y sont supportés de mètre en mètre par des crochets en fer feuillard scellés dans le mur. Les crochets sont réunis par trois sur la même patte de scellement, et chacun d’eux peut recevoir 17 câbles à 7 fils doubles. Dans chaque égout on peut donc loger 357 fils pour relier autant d’abonnés.

Pose et déroulement des câbles. — Pour poser un câble, on amène la bobine au-dessus du regard qui est en face du bureau central, servant de point de départ, on la met sur un chevalet, et tirant le bout antérieur du câble, on le déroule le long de l’égout en lesuspendant aux crochets.

Entrée de poste chez l'abonné . — Quand l’abonné est à moins de 500 mètres du bureau central, on le relie directement par un câble à un seul fil double; mais pour des distances supérieures à 500 mètres, ou fait partir son double fil de l’un de ceux qui composent le câble à 7 fils, que l’on amène aussi près que possible du poste de l’abonné. Arrivé près du branchement particulier d’égout qui correspond à la maison habitée par l’abonné, le double fil est relevé et conduit jusqu’à l’affleurement du mur; là on crève le trottoir, et on y passe le fil en le protégeant dans un tube en fer appliqué verticalement contre le mur, jusqu’à une hauteur de 3 mètres. Ensuite on continue de monter le fil, en lui faisant contourner les balcons et les corniches, jusqu’à l’étage occupé par l’abonné, et on l’introduit dans l’intérieur par un trou percé, soit dans le seuil, soit dans l’imposte de la fenêtre. Il ne reste plus qu’à relier les deux fils aux bornes de l’appareil téléphonique de l’habitation. Ainsi s’effectue l’entrée de poste chez l’abonné.

Concentration des câbles au Bureau central. — Revenons au Bureau central. Au pied de ce bureau sont les 300 lignes, par exemple, qui doivent y être reliées.

On les soude avec un nombre égal de fils qui descendent du bureau et ont été, suivant l’expression usitée, amorcés en égout. Ces 300 fils (il s’agit toujours de fils doubles) forment un faisceau que l’on épanouit sur le mur intérieur de la cave pour les fixer suivant une circonférence en formant une rosace. De la périphérie de cette rosace les fils sont dirigés sur les appareils qui doivent établir les communications, et qu’on appelle Commutateurs. Dans l’organisation actuelle, à partir de ce moment, les deux éléments du

double fil sont séparés, l’un d’eux est amené aux commutateurs, l’autre est réuni à ceux qui comme lui sont écartés du circuit, et ce faisceau est enfoncé dans la terre.

Dans cette disposition, le circuit est ouvert, et outre les effets d’induction on a à redouter l’influence des courants telluriques. Mais dans la nouvelle organisation qui est à l’étude les deux fils de chaque ligne seront amenés aux commutateurs du Bureau central, et on réalisera le circuit métallique fermé avec tous les avantages d’un isolement parfait et d’une indépendance absolue pour chaque ligne.

AGENCEMENT d’üN BUREAU CENTRAL.

L’appareil important d’un Bureau central est le commutateur. Il est destiné à permettre d’établir des liaisons temporaires entre les fils qui y aboutissent suivant toutes les combinaisons deux à deux, résultant des communications que peut demander un abonné quelconque avec chacun de ceux qui sont reliés au même bureau.

Gomme il faut que l’employé soit prévenu quand l’abonné désire être mis en communication avec tel autre, le tableau qu’on pourrait appeler « Combinateur, » est accompagné d’un avertisseur ou annonciateur avec signaux optiques pour le jour et sonnerie pour la nuit. Le fil de chaque abonné, après avoir touché au Commutateur-Gombinateur, se rend à son Annonciateur et de là à la terre.

Annonciateur. — L’Annonciateur le plus employé se compose d’un électro-aimant, dont l’armature, lorsqu’elle est éloignée, retient un disque cachant le numéro qui désigne l’abonné. Quand celui-ci en appuyant sur le bouton d’appel de son appareil lance le courant de sa pile locale dans la ligne, l’armature de l’électro-aimant de l’annonciateur est attirée et déclanche le disque qui tombe et découvre le numéro.

Commutateur suisse. — Bien longtemps avant la découverte du téléphone, on faisait usage de commutateurs en télégraphie pour correspondre d’une station centrale avec plusieurs postes reliés à celle-ci. Le plus ancien de ces appareils, et le premier qui ait été appliqué à la télégraphie, est désigné sous le nom de commutateur suisse. Fondé sur le principe d’un tableau à double entrée, il se compose de bandes métalliques verticales et de bandes métalliques horizontales croisant les premières sans les toucher. Ces bandes sont isolées entre elles, d’une série à l’autre, et dans chaque série, par la planchette qui les porte, et qui est en bois mauvais conducteur de l’électricité. Des trous sont percés dans les bandes de métal et dans le bois de la planchette aux points de croisement desdites bandes. Ils sont destinés à recevoir des chevilles, également en métal, et dont la tige est fendue

dans les deux sens pour pouvoir fournir un contact assuré avec les deux bandes, quand elles y sont enfoncées.

Si l’on conçoit donc que les bandes verticales forment les prolongements des lignes des abonnés, on comprend que pour relier deux de ces abonnés, les numéros 7 et 12 par exemple, il suffira d’enfoncer deux chevilles dans deux trous d’une bande horizontale à sa rencontre avec les bandes 7 et 12. Il y a plusieurs bandes horizontales pour permettre d’établir simultanément plusieurs communications. En supposant 20 abonnés par tableau, on voit que 10 bandes horizontales suffiront, puisqu’il ne peut pas y avoir simultanément plus de 10 communications; elles nécessiteront 10 paires de chevilles numérotées comme les bandes pour éviter toute confusion.

Dans le système suisse la jonction en temps normal des lignes avec leurs annonciateurs est faite par des chevilles, que l’employé doit enlever aussitôt l’appel fait pour établir la communication demandée, et replacer après que celle-ci a cessé. Cette opération est évitée dans le système américain, dont je vais essayer de donner une idée.

Commutateur américain . — L’organe essentiel de ce commutateur est un interrupteur dit jack-knife , qui tire son nom de la forme de couteau qu’il affectait à l’origine. Le manche était une pièce métallique rectangulaire, et la lame un ressort placé de champ. Dans la disposition actuelle le ressort est posé à plat, il sert à amener Je courant, qui arrive dans la pièce par une vis à l’extrémité de gauche, à une vis située à droite. Cette visest isolée du jackknife et communique électriquement avec l’annonciateur, puis avec la terre. En temps de repos, le bout du ressort touche la vis par un goujon perpendiculaire à celle-ci.

Or, la pièce en cuivre est percée de deux trous, dans l’un desquels dépasse une saillie fixée au ressort. Si donc on introduit dans ce trou une cheville ou fiche métallique, on soulève le ressort et, en l’écartant ainsi de son contact extrême, on rompt le circuit allant à l’annonciateur.

La fiche employée dans ce système est à l’extrémité d’un cordon métallique souple qui se termine par une fiche semblable. En plaçant ces deux chevilles dans les trous des jack-knives 7 et 12, on voit qu’on établit la communication entre les deux abonnés correspondants. Le deuxième trou percé dans chaque jack-knife ne donne lieu à aucune action sur le ressort, il permet d’y prendre la communication avec la ligne de l’abonné en laissant l’annonciateur en dérivation à la terre. Gela donne la faculté à l’un des abonnés d’avertir l’employé quand il a fini de communiquer.

Appareils accessoires du Bureau central. — Les tableaux commutateurs comprennent chacun 25 abonnés. Un employé dessert deux tableaux, il a à sa disposition une clef Morse pour l’appel, un récepteur téléphonique pour entendre l’abonné qui demande a été mis en communication, et un transmetteur téléphonique pour l’aviser que cette communication est établie. Ce récepteur et ce transmetteur sont reliés solidairement par la

tige aimantée du premier. Cette disposition ingénieuse, imaginée par M. Brown, permet dç porter d’une seule main à la fois le transmetteur devant la bouche, et le récepteur près de l’oreille pour écouter et parler simultanément.

Le transmetteur est du type Edison; la bobine d’induction est placée à part sous les tableaux commutateurs. Sur le plancher sont posées les deux piles, celle qui envoie le courant d’appel aux abonnés, et celle qui alimente le circuit inducteur du téléphone. Au-dessus est la sonnerie qui fonctionne seulement la nuit, et qui est alimentée parle circuit de pile locale se fermant par la chute de chaque disque de l’annonciateur.

Poste de l'abonné . — L’installation du poste téléphonique chez l’abonné comprend le transmetteur récepteur, le timbre d’appel et le parafoudre, la sonnerie et la pile. A l’exception de la pile qui est posée à terre, les autres parties sont groupées sur un support en forme de pupitre appliqué contre le mur à une hauteur environ de 1m60. L’agencement de ce support varie un peu suivant le système de téléphone employé. Il n’y a à signaler comme disposition commune que le commutateur destiné à mettre la ligne de l’abonné en communication tantôt avec la sonnerie de son appareil tantôt avec son téléphone. Le double bras articulé qui constitue ce commutateur et se déplace sur quatre bornes est relié au crochet à deux branches où s’accroche le récepteur. En temps de repos, quand celui-ci est accroché, l’appareil est sur sonnerie. Mais dès que l’abonné, averti par un appel, prend son récepteur à la main, en le décrochant il déplace la branche mobile du crochet, et ainsi fait jouer le commutateur. Ce maniement établit automatiquement la communication de la ligne avec le transmetteur et le récepteur, c’est-à-dire met l’appareil sur téléphone.

M. Armengaud décrit en détail la disposition intérieure d’un poste téléphonique du système Edison ; puis avec le concours de doux personnes placées à deux des postes installés dans la salle, et se plaçant lui-même devant le commutateur représentant le Bureau central, il explique la manière dont s’établissent les communications d’abord entre deux abonnés reliés à un même bureau, puis entre deux abonnés reliés à des bureaux auxiliaires différents en passant par le Bureau central.

Vous voyez, Messieurs, que la manière dont se fait le service des bureaux téléphoniques est des plus simples. Il est en outre des plus rapides, grâce à l’intelligente activité déployée par les demoiselles à qui est confié le service de Paris pendant le jour. Pour vous en donner un exemple, je vous dirai qu’il suffit généralement d’une demi-minute pour établir la communication entre deux abonnés reliés à deux bureaux différents, c’est-à-dire pour faire parler un abonné de la Villette avec un abonné de Passy.

Mais la simplicité du fonctionnement du système ne doit pas faire perdre de vue les difficultés auxquelles a donné lieu son installation. De l’invention du téléphone à la réalisation de son application pratique, c’est-à-dire

à la constitution du réseau téléphonique, il y avait un pas énorme à franchir.

S’il est juste de reconnaître que la télégraphie avait préparé le terrain à l’organisation de la téléphonie, et que celle-ci a pu profiter de l’expérience acquise, l’exposé succinct que je vous ai présenté montre que ce n’est qu’après de patients et énergiques efforts et avec le concours de nombreuses compétences que l’on a pu mener à bien une entreprise si nouvelle, on peut dire sans précédent.

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