‹ Institut-Canadien en 1852 [microforme]Chapitre 25 sur 69 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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jeunesse entiere et de toutes les nuances politiques que j’entends être compris. C’est pour elle toute entière que je revendique l'honneur de cette haute et noble mission.

En effet repassez l’un après l’autre les différents organes français de l’opinion publique à Montréal et partout vous trouverez le levier immense de la presse entre les mains de jeunes gens dont l’apparition dans le monde politique ne date que de la création de nos sociétés de réunion et de discussion. Si quelque part un homme mûr ou un vieillard se montre à vos yeux sur le seuil d’une presse, écartez le de la main, comme on fait un rideau, une persienne, un paravent ; percez dans le cabinet de travail et vous trouverez infailliblement sur le fauteuil éditorial, la figure gaie, intelligente et hardie d’un jeune homme.

Voyez-le au travail, son ardeur témoigne de la force de ses convictions. C’est bien le jeune hoinme, avec sa fougue, puis son indolence, ses grandes colères, puis le pardon; son ironie et ses sarcasmes, puis la douceur d’âme et le regret d’un mot blessant échappé à sa plume. (C’est bien le jeune homme, s’extasiant lui même dans la beauté idéale d’un système, en poursuivant la réalisation avec impatience,—toujours prêt à la lutte,—hardi dans l'attaque, si vif dans la défense qu’il rend trois coup pour un,—franc dans sa démarche, acceptant toutes les conséquences de ses opinions, n’en cachant aucune et dévoilant les arrière-pensées des autres.

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Pour lui, le patriotisme et les devoirs qu’il impose dominent tous les autres sentiments. Intérêts de famille, relations d’amitié, tout doit céder aux exisences du devoir. La Patrie! c’est pour lui cet idéal d’amour qui veut pour culte le dévouement sans borne, l’abnégation de soi-même, le sacrifice de la vie. Et quand il voit cette femme de Sparte, recevant avec orgueil la nouvelle de la mort de son fils, au service du pays ; quand il voit Brutus immo- Jant son fils pour consacrer dans son sang, le sentinent du devoir, il applaudit, bat des mains et s’écrie: c’est bien! C’est bien le jeune homme, passant sans transition d’une extrême gravité à une gaité folle, souflant la passion comme une furie, puis modulant tout aussitôt une cavatine de théâtre.

— Mais, aurait-or dit autrefois, que fait ce jeune homme dans ce fauteuil? Qu’entend-il dans la direction d’un journal et d’un parti? Ce que l’on n’aurait pu répondre, avant l’existence de nos sociétés de discussion, de nos chambres de lecture et de nos bibliothèques publiques, on peut le faire aujourd?hui et l’on dira: laissez là ce jeune homme, il est à sa place ; car politique, philosophie, histoire, économie, commerce, littérature et beaux arts, tout est de son ressort; les discussions publiques, l’étude, la lecture des journaux ont produit la diffusion des lumières. Il est un peu vif peut-être, mais il se formera.

Oui, il se formera, et c’est là l’espace immense qui sépare notre époque des générations passées ; il

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lui est possible aujourd’hui de faire son éducation politique et sociale de bonne heure ; il peut de bon- 1e heure remplir ses devoirs de citoyen, utiliser ses talents au profit de ses compatriotes, travailler à répandre le soût de l’éducation, à exciter l’esprit d’entreprise et de progrès.

Cr, je l’ai déjà dit, école où il se formera, c’est dans la vie commune des sociétés de discussion, comme celle dont nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire de fondation. L’œuvre commencée et poursuivie si difliciiement sous certains rapports depuis six ans a produit des fruits que les plus flatteuses prévisions n’auraient pu faire concevoir à l’origine. Cette œuvre en a inspiré de semblables dans plusieurs parties du pays et partout les mêmes succès ont répondu aux mêmes efforts. L’impulsion est maintenant donnée, la jeunesse marche avec union et ensemble vers un même avenir, glorieux pour elle et plein d’espérance pour le pays. A Montréal seulement plus de deux cents canadiens français tous jeunes, pleins d’énergie, de volonté et de louable ambition, se sont mis sur cette route du progrès sous le drapeau de l’Institut.

Pour réunir et discipliner au travail cette petite armée, les fondateurs ont eu à lutter contre des obstacles sans nombre, moraux et matériels. [ls n’ont pas eu, il est vrai, à se donner beaucoup de mal, pour faire sentir à la jeunesse la lacune qui existait dans le cours de son éducation ; mais ce n’a pu être qu'avec des eflorts surhumains qu’ils ont réussi à la

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relever de son apathie, à lui faire adopter un plan d'organisation durable. Puis comme toujours la srande difficulté, la difficulté presqu’insurmontable pour des Jeuues gens pris dans tous les dégrés de fortune, était celle des moyens pécuniaires ; mais enfin après avoir passé par toutes les vicissitudes d’une famille nécessiteuse, après avoir pendant lengtemps arraché l’existence au jour le jour, cet obstacle est tombé comme les autres devant leur énergie persévérante. Aujourd’hui leur œuvre est parvenue à ce dégré de maturité et de stabilité où les craintes disparaissent, où la sécurité remplace le malaise. Bien plus, l’ambition d’acquérir, d’aggrandir la petite fortune est devenue possible. Tout présage donc des jours heureux.

Grâces et honneur en soient rendus aux jeunes gens pleins de cœur et de patriotisme qui ont doté le pays d’institutions de ce genre. Et si la gratitude due à leurs efforts ne remplit pas toute l’expansion de notre cœur, c’est que nous partageons notre reconnaissance entre eux et les mains généreuses qui ont assisté et soutenu l’Institut dans la route pénible qu’il a parcourue et auxquelles nous disons aussi, grâces et honneur!

Pourquoi maintenant nous arracher à l’influence des doux souvenirs que nous avons conservés pour nos bienfaiteurs, pour regarder un instant ceux qui voudraient nous faire autant de mal que les autres nous ont fait de bien.

Il existe, on ne sait où, un malheureux esprit.

de dénigrement contre la jeunesse, que l’on dit dissipée, irréligieuse et immorale. Dans quel antre caché les calomniateurs fabriquent-ils donc leurs diffamations ? Que ne viennent-ils lui dire en face ses vices et ses débordements? Et s’ils croient à la vérité de ce qu’ils avancent, que ne viennent-ils au sein de cette jeunesse tiavailler à extirper le mal, à la ramener au bien, à la moraliser ? De ce que les jeunes gens ont recherché l’association parmi eux, ont-ils jamais repoussé le contact de ceux qui ont la dignité et l’expérience de l’âge ? Ils ont au contraire lutté pendant six ans contre l’apathie, l’indifférence et la lésinerie de leurs ainés ; ils ont vainement attaqué ce triple roc pendant six ans, et aujurd’hui qu’ils ont, comme cette glorieuse armée d'Italie, percé les Alpes et conquis la plaine, on leur dira: ‘retournez sur vos pas, fuyez ces champs fleuris ; il y a des épines sous la grappe des vignes, il y a des pièges sous la verdure des campagnes, il y a la peste sous ce beau ciel ; repassez la montagne, dispersez-vous, reprenez cette vie stagnante dont ont vécu vos ainés.”?’ Eh! vous qui trouvez cette Jeunesse indisciplinée, venez donc plutôt avec elle au milieu de la plaine, venez lui commander par vos vertus, par votre expérience, par vos conseils ; elle est pauvre, vous lui donnerez des livres, qui sont ses armes !.... elle est avide d’instruction, vous lui donnerez l’eau de vie des soldats de son espèce, car on ne peut posséder toutes jes vertus qui vous distinguent, sans avoir celle de la science.

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En effet, sachez-le, si cette jeunesse nombreuse: qui compose cette société était réellement engagée dans des sentiers de perdition, ce serait manquer à vos devoirs de chrétiens et de citoyens que de ne pas vous mettre au milieu d’elle pour travailler à changer ses tendances dangereuses. A qui serait la faute, si réellement on s’apercevait dans quelques années qu’il aurait mieux valu pour l’âye mûr de la société de se joindre à la jeunesse, afin de la diriger ? L’Institut n’a-t-1l pas en tout tems appelé dans son: sein tous ceux qui voulaient y entrer, quelque fussent leur âge ou leur condition ? L’[nstitut répète encore cet appel ; il convie à la diffusion des lumières, au perfectionnement de l’éducation, tous: ceux qui ont à cœur le progrès intellectuel de notre population. D’une société exclusivement destinée: à la jeunesse, fesons une société nationale, forte, durable—les fondements sont jetés, élevons l’édifice aux proportions digne d’un peuple éclairé.

Que l’on cesse donc de calomnier cette jeunesse: laborieuse à laquelle l’avenir de notre population sera si redevable !..…. D'ailleurs, ce système de récriminations et d’imputations mensongères pourront bien jeter de l’amertume dans son cœur, mais du découragement, jamais. Et cet édifice national, que: l’on iuvite ces grands moralistes à créer de concert avec elle, il s’élèvera sans eux et contre eux pour démentir la calomnie.

Mais, mesdames, dans la réalisation des projets: ambitieux qui sont les rêves de la jeunesse, vous le

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savez, il est un concours puissant, entrainant, magique, sans lequel l’énergie la plus forte est souvent matée par le découragement ; ce concours, c’est le vôtre !—Et, grâce aux dons précieux qui sont votre apanage exclusif, ce concours n’exige de vous aucun des sacrifices devant lesquels les hommes recnlent si souvent. Aux hommes, on demande ordinairement le concours de l’argent, de la parole, des travaux, toutes choses dont ils sont fort avares. Aux dames que demande-t-on ? Bien peu de chose en apparence, mais qui vaut pour le jeune homme plus que les biens de la fortune. Ce peu de chose et néanmoins ce trésor, c’est votre présence dans nos réunions publiques, c’est votre regard fixé avec bienveillance sur le drapeau de notre petite armée. Car votre présence ici, témoigne de l’intérêt que vous prenez à nos travaux et de votre approbation pour les efforts de la jeunesse pour se rendre digne de figurer avantageusement dans la société.

Or que vous en coûte-il de nous consacrer quelques soirées dans le cours de l’année ? Quand vos yeux ont parcouru les rangs de cette petite armée, perdent-ils de leur limpidité, de leur charme et de leur beauté ? Et puis, quelque soit votre modestie, vous le savez encore, votre concours entraine de vive force celui des autres membres de la société. Les hommes tiennent à honneur: d’appuyer les œuvres qui tombent sous votre patronage. D’ailleurs n’avez-vous pas toutes un intérêt personnel dans Pamélioration intellectuelle de la jeunesse ? Quand

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une société comme celle-ci réunit presque toute la jeunesse, n’y avez vous pas l’une un fils, l’autre un frère, pour lesquels il est utile, nécessaire même de créer une bonne école ? Et puis, serait-ce donc une extravagance de la pensée que de calculer déjà pour ceux que les liens de famille nous rendront chers dans quelques années? Pourtant croyez-le, pour les fondateurs de l’Institut, jeunes gens alors sur le seuil de la vie et encore dans cet âge dégagé des préoccupations de la famille, dès l’aurore de leur société, ils ont élevé leur vue au-dessus de l’horison borné d’un besoin actuel. Plus le passé était sombre à leurs yeux, plus l’avenir s’illuminait et agorandissait ses sphères devant le foyer dont-ils jetaient la pierre angulaire. Ils calculaient alors pour eux-mêmes, pour la jeunesse aux écoles et pour des générations dont-ils seraient peut-être la souche. Soutenus par la grandeur du projet et la beauté des résultats, ils ont vaillamment attaqué, miné et renversé les obstacles, et ils ne se croîront au terme de leurs efforts et de leurs travaux, que lorsqu'ils auront complété une œuvre digne d’ur: : génération encore plus éclairée que la nôtre, d’une génération qui aura centuplé dans ses fruits le germe des connaissances semé par leurs pères. Tous, quelque soit notre âge, la position sociale et le sexe, nous devons nous associer à cette généreuse pensée, non seulement parce que l’œuvre est grande, belle et noble par elle même, mais encore parce que nous y avons tous un intérêt personnel.

Puis en cecr, comme en toute chose, gravons nous bien dans l’esprit, n’oublions jamais, que du soin éclairé des intérêts individuels, résulte toujours le bien public; de même que le bien public, produit toujours la prospérité individuelle. Cet axiôme, qui est d’une trop haute philosophie pour être: de moi, n’est peut-être pas assez connu et bien compris par nos compatriotes, et si en terminant cette lecture beaucoup trop longue pour votre patience, je léguais le développement de cet axiôme à l’un de ceux qui me succéderont en cette tribune, dans le cours de l’hiver, ce serait là le seul titre que je m’attribuerais aux marques de bienveillance que vous m’avez données.

Enfin, mesdames, si pour vous faire apprécier dans sa valeur le concours que nous reclamons de vous et le prix que nous y attachons, il fallait me faire assez indiscret pour trahir un secret que les hommes de ce siècle prennent un grand soin de vous cacher, je vous dirais que, malgré les progrès que l’humanité a faits depuis quatre siècles, les hommes en sont encore à cet âge de l’ère chrétienne, où ils écrivaient sur leurs enseignes: “ Dieu, ma Dame et mon Roi.” Souvent on a pu oublier le premier et rayer le dernier des armoiries et des exergues, mais la Dame a toujours survécu à l’oubli de Dieu, à la décapitation du roi et toujours elle a servi d’intermédiaire pour ramener à Dieu et de remède pour consoler amplement de la perte du roi. Depuis l’époque des Renaud et des Bayard, on ne

va plus briser la Jance pour les yeux noirs d’une chatelaine ; on n’affiche plus la pensée de sa dame sur l’écharpe d’un baudrier étincelar* ; mais sachez le bien et c’est là un secret que je demande pardon à mon sexe de divulguer, il n’y a que les dehors qui aient changé. La reine des tournois du moyen âge, qui animait le chevalier dans les batailles, qui le poussait à la victoire et à la gloire, cette reine vit encore, malgré toutes les républiques et le socialisme. C’est encore et toujours elle qui est le principe et la fin des aspirations de l’homme, de ses ambitions, de ses travaux.—Puisque les mœurs ont changé, qu’elle continue à exercer son pouvoir d'autrefois sous le mode que commandent les mœurs du jour. Elle ne peut plus, il est vrai, contempler du haut d’un riche balcon, les joûtes palpitantes de J’arène, suivre avec émotion les évolutions d’un panache aux couleurs connues et aimées, agiter son mouchoir blanc pour relever le courage d’un chevalier malheureux mais vaillant ; elle ne peut plus, comme autrefois, voir à ses diode le vainqueur et déposer la couronne de la victoire sur sa tête fumante, poudreuse, et glorieuse. Non, car aux joùtes du corps a succédé la lutte des intelligences ; les tournois ont changé de forme et d’objet, mais les combattants ont encore le même mobile d’ambition et la reine des tournois antiques est encore la madone devant laquelle les preux de l’âge moderne ploient le genoux, pour en recevoir l’inspiration, le courage, la force et la couronne. Son rôle est encore beau

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plus beau même qu’autrefois, car il demande l’exercice de plus hautes facultés. Qu’elle l’accepte donc avec orgueil et je réponds du culte dévoué

des sujets.

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