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Times de Londre et le Journal des Débats de Paris avaient donné ces discours tout au long ; mais où prendre ces journaux ; comment savoir ce qne l’on entend par la question d’Orient et ce que veulent dire ces rumeurs de guerre, lorsque tout semble si trauquille ? Et puis, parce qu’un orateur a fait un beau discours de deux heures, on dit que c’est la guerre ; mais c’est donc un canon de siège, un mortier de campagne qu’un premier ministre ? où savoir tout celà ?
En effet. mesdames, je le demande à la plupart d’entre vous : vous qui savez si bien l’effet que peut produire une fleur enchevêtrée dans les cheveux, vous ignorez peut-être le bruit que peut faire un ruban rouge à la boutonnière d’un Parisien. Souvent vous cherchez en vain la cause qui réunit à Paris cent cinquante mille hommes en un clin-d’œil, qui “organise Îles insurrections, qui fait élever les barri- ‘cades ;—vous ignorez que tout cela peut être dû à une casquette rouge arborée au bout d’une pique. Quand vous avez vu qu’au commencement de la Révolution Française, le malheureux Louis XVI dut une fois la vie au bonnet rouge qu’il consentit à mettre sur sa tête, que cet acte bien simple en apparence calma la fureur de cent mille cannibales ;—
vous vous demandez comment il se fait que ce vulgaire bonnet ionge exerce tant de pouvoir, tandis qu’un petit chapeau bien élésant, bien aristocratique, posé sur la tête d’un ange-femme, n’agit souvent que sur trois ou quatre cannibales, qui suivent
ses pa veille l’éduc ce que jeur m qui re veiller les d° choix € prendri France si l’Infs pensier vancen époux voudrie ces et c re à la :
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ses pas? Vous qui consacrez tous vos s5ins et vos veilles à donner du bien-être, de la fortune et de l’éducation à votre famille, sans vous inquiéter de ce que font et disent vos voisins dans l’intérieur de jeur maison ; vous, mères, qui niez à vos voisins et qui revendiquez pour vous seules, le droit de surveiller les affections d’une fille ou de conseiller eelles d’un fils; vous qui aimez à diriger seules le choix d’un époux ou d’üne compagne, vous comprendriez difficilement pourquoi l’Angleterre ou Ia France peuvent menacer l’Espagne d’une guerre, si l’Infante épouse ou n’épouse pas le duc de Montpensier. Vous aimez que de telles affections ne dévancent pas un certain âge, afin que le choix d’un époux soit fait avec plus de discrétion et vous voudriez à peine croire qu’on ait marié des princes et des princesses tandis qu’ils étaient encore à la mammelle ; et vous ne voudriez certes pas qu’on en eût agi de la sorte envers vous. Et vous, jeunes filles, qui comprenez si bien le trouble que peut causer une de vos paroles, un de vos sourires, savez vous comment il se fait que le froncement de
} sourcils d’un premier ministre français peut faire | construire trente navires anglais et enrégimenter } cent mille soldats ; comment il se fait qu’un mo-
ment de mauvaise humeur chez un premier ministre anglais peut mettre la truelle en mains à cinquante mille ouvriers français qui érigent à la hâte
| des fortifications autour de l’immense ville de Pa- | ris?
CRU ee mr me ere
Eh bien ! 1l en est de même pour le jeune homme qui sort des maisons d’éducation, toutes ces choses sont autant de mystère pour lui aussi. Il a bien vu dans ses études, que les Romains pour déclarer la guerre, envoyaient un député qui, après avoir parlementé, déroulait sa toge et secouait ses sandales pour annoncer l’ouverture immédiate des hostilités et des batailles ; il a bien vu comment les Grecs, les Spartes et les Carthaginois agissaient en pareille circonstance, mais il n’a pas encore appris comment il se fait aujourd’hui qu’un ministre, peutêtre encore sous l’influence d’une querelle de famille ou d’un verre de vin, arrive à la tribune, portant la guerre ou la paix entre ses dents.
Encore à vous, mesdames ; vous qui connaissez le prix courant des articles de toilette et de consommation, savez vous pourquoi le ruban et le sucre sont plus chers cette année que l’année dernière ? Vous vous imaginez ou que le ruban et le sucre sont devenus plus rares, ou que le marchand veut augmenter ses profits ; tandis que c’est tout simplement votre voisn, M. IHincks, notre Inspecteur Géneral, qui a élevé les droits d'entrée sur ces articles. De même le jeune homme qui a perdu un livre acheté l’an passé et qui veut le remplacer, est tont étonné de voir que pour le même livre, on ne ln demande cette année que le trois-quart de ce qu'il avait naguère payé ; il en est agréablement surpris, mais il ne sait pas que c’est encore M. Hincks qui en est la cause, en affranchissant les livres de tout
roit d’entrée dans le pays.
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Voi ‘entrev ‘conna du mo connai au mil ‘veut se yeux.
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} pait douloureusement le front, en disant: “il y a k +
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entrevoir une multitude d’autres petits faits dont la connaissance est sinon d’une nécessité journalière, du moins d’un immense intérêt pour celui qui veut connaître les lois des gouvernements et des sociétés au milieu desquels il vit ou qui l’entourent, et qui veut se rendre raison de ce qui se passe sous ses yeux.
Or pour le jeune homme d’autrefois, quels moyens existaient-ils Ge se mettre à la hauteur de ses ainés, sinon dans les hautes sciences au moins sur une infinité de questions qui tombaient à chaque instant, soit dans la conversation, soit dans le journal de la famille ? Eut-1l connu tous les journaux publiés par le monde, ses moyens étaient insuffisans pour s’en procurer deux ou trois ; eut-il trouvé un traité spécial sur chaque article, sa vie aurait été trop courte pour en faire une étude ; eut-il perté à la conversation la plus minutieuse attention, 1] n’aurait arraché par-ci par-là que quelques bribes éparses dont il aurait été difficile de faire un corps de connaissances utiles. Parmi toute la foule des jeunes gens d'alors, c’est à peine si quelques rares opiniâtres pouvaient réussir à former dans leur mémoire une espèce de mosaïque des petis faits que le hasard mettait à leur portée.
André Chénier, ce génie enlevé à la France dans sa plus riche primeur, Audré Chénier au moment de placer sa tête sous la guillotine de 93, se frap-
Voici quelques faits qui suffisent pour vous faire
pourtant quelque chose là!? Ce quelque chose, c’était son génie que l’on arrêtait dans son essor: e’était sa pensée qui n’avait encore ouvert qu’une de ses feuilles embaumées ; c’était son âme, qui de. mandait encoie quelques heures de séjour sur la terre pour répandre les richesses, dont le ciel l’avait faite dépositaire ; c’était une dernière pensée peut. être qu’il aurait voulu transmettre, sous les plus douces couleurs de la poësie, à un cœur de femme qui l’aurait compris.
Combien de jeunes gens ont éprouvé comme Che. nier ce besoin impuissant de l’émanation de la pensée, dans les générations qui nous ont précédés! La jeunesse qui sort des colléges, arrive dans le monde avec le goût de la vie commune que l’on fait aux écoles ; elle arrive dans le monde à cet âge où les facultés ont commencé leur développement ; oi l’ambition de se produire a germé dans le cœur ; où les aspirations vers un épanchement de l’âme et de la pensée tourmentent une nature rendue exhubérante par sa concentration en elle-même ; c’est dans l’épanchement de la pensée seulement que Île jeune homme trouve à cet âge la route de sa nature ; toute autre voie est pour lui anormale, et s’il s jette, c’est la compression des habitudes sociales qui le pousse, c’est le vice de l’organisation du monde au milieu duquel il vit, qui lui ferme le li que ses propensions lui auraient fait suivre. Pendaï des années qu’il a trouvées bien longues, on l’a as treint à des études qui répugnaient à ses goûts fr
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s’il sf sociales ation du e le Pendaï n l’a as oûts fri-
voles ; 1l s’y est livré néanmoins parce qu’on lui en a fait comprendre la nécessité pour la vie qu’il aurait à faire après son cours d’étude ;— maintenant il se croit arrivé à l’époque d’utiliser ses études laborieuses ; il en fait pour ainsi dire une récapitulation en lui-même, afin de prendre dans le monde la position la plus avantageuse que puissent procurer Je talent et le savoir.
Mais au lieu de cette vie de famille, qu’il comptait continuer, au lieu des mille occasions sur lesquelles il avait calculé pour mettre en relief le peu de talent qu’il osait s’attribuer et les connaissances qu’il avait acquises au sacrifice de ses goûts d’enfance, le jeune homme d’autrefois arrivait dans le monde comme le provincial à Paris ;—courant au sein d’une foule dont 1] ne comprend pas le langage et qui le bouscule sans l’appercevoir, il tombe dans un isolement où le désoût dénature bientôt toutes ses dispositions heureuses, où la concentration ensendre l’oisiveté, où l’oisiveté fidèle à son rôle de mère de tous les vices, remplace les dons d’une nature prodigue par la dissipation et les amusements frivoles, quand ce ne sont pas des débordements sans frein. Aux premiers moments de cette solitude forcée qui ruine toutes ses illusions, qui borne sa destinée à l’entrée de la carrière, ce malheureux jeune homme se frappe, lui aussi, douloureusement le front et se dit avec Chénier: “Il y a pourtant quelque chose là!” Oui mais il y restera ‘étouffé dans son germe; ces projets ambitieux que vous rêviez;
la gloire, la grandeur, la fortune, le bonheur enfin qui vous tendaient les bras dans les dernières méditations de vos nuits de collége, illusion que tout cela! tout s’est envolé comme un songe et la vie du monde vous presse entre les deux draps de la réalité, comme dans un suaire !
En effet, quelle était la carrière ouverte devant la jeunesse de ce temps? Rien que la vie nonchalente, monotone, étouffante .des bureaux et des comptoirs. Si le jeune homme sentait en lui quelque disposition pour l’art de la parole, ces dispositions s’évanouissaient dans la longue somnolenoe à laquelle le commandait l’absence d’un théâtre où il eut pu donner cours aux inspirations de son talent naissant. S’il éprouvait le désir de manifester sa pensée sur un sujet littéraire, politique ou industriel, il ne pouvait exprimer ses impressions par aucune voie quelconque. Toutes les bonnes pensées qui germaient dans son esprit étaient donc étouffées à l’heure même, ou du moins ce n’était qu’après des travaux soutenus d’une audace vraiment héroïque qu’il réussissait à se faire jour sur le seul théâtre qu’il pût atteindre : la presse. Et le plus souvent ceux qui parvenalent à se faire une position par ce moyen, devaient généralement s’acquérir quelque réputation dans quelque circonstance accidentelle et hors des habitudes généraies.
Nous sommes encore si près de l’époque que je viens de peindre que nous pouvons tous reconnaître l'exactitude de ce tableau par les derniers vestiges
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qui nous restent de ce temps. Comment se compose aujourd’hui l’âge mur de la société canadienne ? Nous y trouverons, comme il y a eu de tout temps, des hommes d’un mérite que leurs neveux ne sont sans doute pas destinés à surpasser. Ainsi si nous prenons pour démonstration cette classe d’hommes qui se trouvent aujourd’hui à la tête de l’opinion publique, des affaires et des partis politiques, nous y remarquerons, comme je viens de le dire, des.hommes distingués et de caractère à faire honneur à leurs nationaux.—Mais n’est.il pas étonnant de voir leur petit nombre? Ne semblerait-1l pas, quand on s’arrête à cette considération, qu’il a existé par le passé un système de monopole pour le savoir et le talent, que l’intelligence et la science ont êté inféodées au profit de quelque famille ou de rares individus privilégiés? Le fait du petit nombre de nos hommes publics, de personnes propres au service de la société, est tellement palpable, qu’il n’est personne d’entre vous qui n’en ait déjà fait la remarque. On dirait qu’une épidémie a moissonné dans les hautes régions de notre société et n’a laissé à la surface que quelques rares Deucalions pour repeupler cette terre dévastée ? L’histoire du passé ne reproduirait toujours que le même fait et ne nous montrerait encore que quelques noms disséminés sur une longue période de temps.
À quelle cause attribuer cette rareté d’hommes remarquables, si ce n’est à l’absence par le passé de tout théâtre pour y développer les ressources in-
tellectuelles de la nation ? Nous en étions arrivés à un tel point que la mort de trois ou quatre hommes dans le pays aurait pu nousAivrer à la merci des nationalités rivales qui nous entourent. A cette heure même supposez qu’il disparaisse de la scène politique les trois ou quatre hommes qui tiennent entre leurs mains les fils de l’opinion publique, sous toutes ses couleurs, qu’arriverait-il ? C’est qu’à l’instant même, il se ferait un vide immense autour de nous ; il eu résulterait une désorganisation totale; et pendant que nous remonterions l’appareil du vaisseau délabré, dont nous serions l’image, nos intérêts nationaux pourraient rétrograder de vingt années. Ces trois ou quatre hommes sont les derniers vestiges des temps passés ; ils représentent à nos yeux le spectacle uniforme de la société canadienne jusqu’à l’époque actuelle. Ont-ils dû leur haute positiou à des talents transcendants ? Ce n’est assurément pas leur faire injure de dire que la circonstance de la rareté des hommes a été pour beaucoup dans leur élévation. Mais n’enssent-ils pour tout mérite que celui d’avoir traversé, pour y arriver, les obstacles presque infranchissables qui entravaient autrefois la noble ambition du service public et le talent, ils auraient droit, par cela seul, à une page illustrée dans notre histoire.
J’ai retracé, 1l y a un instant, quelques uns des effets que produisait pour les individus l’absence de théâtre d’exercice pour la jeunesse d’autrefois ; je viens de marquer l’un des maux sans nombre
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qu’il en résultait pour la masse de la société; mais à l’énoncé de celui-là seul, 1l s’en présente une foule à l’esprit. Et remarquons-le bien, je ne soulève pas ici une question de métaphysique sur laquelle il me faudrait donner des développements oratoires pour la rendre intelligible ; c’est purement une question de faits, sur laquelle je n’ai qu’à vous rappeler des observations que vous avez dû faire longtemps avant moi.
Ce n’est pas seulement dans l’ordre politique que l’on peut observer par le passé la rareté des hommes remarquables ; le même fait se retrouve dans toutes les parties, dans toutes les couches de l’ordre social. Partout même faiblesse, même pauvreté ; partout rareté de spécialités marquantes. On pourrait peut-être contester la cause à laquelle j’attribue ce fait pour les hommes étrangers à la vie publique proprement dite; mais on est obligé d’y revenir, quelqu’effort d’imagination que l’on fasse pour découvrir une autre influence qui ait pu agir. Car quel était pour la société le premier effet de l’absence d’occupations littéraires pour la jeunesse ? C’était de rendre l’étude ingrate et stérile en l’individualisant et en la privant de cette récompense morale que donne un succès public ; c’était d’inspirer une indifférence insouciante pour la littérature et par là tuer le gout pour les connaissances même de pur agrément. Or quand il n’existe pas de gout pour les études frivoles et légères, il est absurde d’en supposer pour les études sérieuses. De là donc dé-
Te
SR: Ps coule un caractère général d’insouciance morbide pour les ressources de l’esprit et l’amélioration des facultés, qui s’empreignait dans la société entière. Alors, ceux qui étudiaient une profession ne calculaient pas ce qu’ils avaient à apprendre, mais seulement le nombre d’années et de jours qui les séparaient du terme d’nn établissement projeté. S'ils n’avaient négligé que l’étude de leur profession, ils n'auraient pas beaucoup été en arriére des jeunes gens d’asjourd’hui ; mais toute étude leur offrait les mêmes répugnances et tombaient sous la même aversion. Pour la plupart, les professions n’étaient qu’un métier qui se suivait plutôt par routine que d’après les connaissances qui en font un art libéral, C’était là le caractère de la généralité de ceux qui embrassaient une profession. Ceux même qui y brillaient, n’avaient pas à rechercher les voies difliciles de la science ; c’était avec de laudace que l’on ouvrait la carrière et avec du charlatanisme que l’on maintenait une position usurpée. Il y avait bien queiques exceptions à cette règle générale, mais tellement rares et pour cela tellement saillantes que vous pourriez désigner de suite celles qui nous restent de cette époque. Toutes les professions étaient atteintes du même mal ,;—1l n’est pas même jusqu’à la profession religieuse qui ne s’en soit ressentie. C'est là une remarque que vous avez pu faire encore comme moi. N’est-1l pas étonnant que dans le clergé, où toutes les habitudes de la vie sont si propres à exercer les
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tr’autres ;—n’est-il pas étonnant, dis-je, que le passé ait produit si peu d’hommes remarquables dans
l’art de la parole? Pourtant les mœurs du temps
étaient telles, qu’il est impossible d’en faire un reproche raisonnable à l’ordre religieux. Le ciergé, dans tous les pays, se tient au niveau du reste de la société. Si la sociéte se distingue par son éducation et ses gouts littéraires; si la société produit à la tribune politique ou au barreau des hommes éminents par les connaissances et i’eioquence, le clergé sent de suite qu’il aura pour auditeurs des juges plus compétents ; que les oreilles ont acquis une certaine délicatesse ponr les sons qui les frappent ; que des esprits habitués à des lectures de haute portée, à des discours fleuris par le style, animés par des gestes plus recherchés, requièrent plus d’habileté, d’art et de gout chez les orateurs religieux. Alors on recherche les talents les plus marquants dans l’ordre relisieux, pour les produire à la chaire ; caron sent que pour maintenir la dianité de l’ordre et pour exercer quelqu’influence sur les âmes, il faut aux besoins religieux de la population des aliments plus exquis. Tous les dégrés de la société sont ainsi solidaires les uns des autres et si le clergé n’a pas, var le passé, des biographies dignes de l’attention des savants et des littérateurs, ce n’est pas qu'il ait manqué de sujets dans son sein, c’est que les mœurs n'étaient pas de nature à les faire rechercher ; c’est que l’insouciance uni-
facultés intellectuelles, les dispositions oratoires en.
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verselle pour les beaux arts ne fesait pas sentir le besoin de quelque chose de mieux ; c’est enfin que le clergé se tenait à la hauteur du reste de la s0ciété.
Si ncus revenons pour un instant aux effets qu’a produit l’absence de gout pour l’étude, dans Pordre politique ; nous nous trouvons à une époque et dans des circonstances où nous pouvons apprécier dans toute son étendue le mal qu’il en est résuité.
Si quelque circonstance amène une vacance dans la hiérarchie administrative, législative ou judiciaire, voyez donc s’agiter à l’instant autour de vous cette multitude de petites ambitions, cette foule de nullités qui growillent aux pieds du pouvoir, qui toutes s’arrogent des droits et des aptitudes pour remplir la place vacante et que l’on pourrait peut-être croire sur parole, si les intrigues qu’elles mettent en jeu, les flagorneries rampantes de leurs sollicitations ne trahissaient la valeur du prétendant. Or à l’heure qu'il est, il n’y a pas dans l’état de si hautes dignités qui ne réveilient l’ambition la plus
infime. Le succès de quelques unes aiguise les autres et leur fait concevoir des espérances dont lPextravagance ne serait que ridicuie, si elle ne devenait dangereuse par les encouraszements qu’elle reçoit. Mais comment voulez-vous qu’il en soit autrement ? Les hommes propres aux emplois publics sont tellement rares qu’il suflit de quelques vacances remplies par eux pour les épuiser ; alors vous avez beau tourner les yeux de tout côté, vous n’ap-
perce mérit du w l’oreil Jeur il cède fants, de sor teurs ( si cha des fa sés pi Pabser les au qui sor cités, 1 nous a, ternaii inconv perme le moi De ] néglice publie.
Voil tant qi pour }° Et pou ya qu'ils f
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qu’a l’or- 1e et écier suité.
dans iciai- > VOUS le de r, qui pour urrait ’elles leurs ndant, de si la plus ise les s dont ne dequ’elle oit alpublics vacanrs vous s n’ap-
percevez personne qui puisse être désigné par son mérite. Il arrive que n’ayant plus la considération du mérite pour se guider, on est obligé de prêter l'oreille à des prétendants qui n’ont à alléguer que leur indigence et les besoins de leurs familles ; on cède aux instances d’un père plaidant pour ses enfants, d’un fils appuyé de la haute recommandation de son père, d’un parent ou d’un ami des solliciteurs de haut lieu. Pourriors-nous agir autrement, si chacun de nous était le distributeur des grâces et des faveurs dun pouvoir? il est probable que, pressés par les mêmes circonstances, empêchés par l'absence d’hommes aux aptitudes spéciales, dociles aux sentiments de charité et de bienveillance qui sont naturels à l’homme et qui sont seuls sollicités, nous obéirions aux nécessités du moment et nous agirions de même. Caril y a rarenrent l’alternaiive de choisir le moindre de deux maux ; les inconvénients sont tous de la même gravité et ne permettent d’échapper à un mal pire en optant pour le moindre.
De là, nous le sentons amêrement découlent la négligence, l’ineflicacité et les abus dans le service publie.
Voilà tout autant de maux qui étaient inévitables tant qu’aurait duré lapathie qui existait autrefois pour l’étude dans la classe instruite de la société. Et pour ceux qui appréciaient la grandeur du mal, il y avait un resret profond dans la comparaison qu'ils fesaient de notre population avec les popula-
tions étrangères.
Pindustrie individuelle toute florissante qu’elle était, n’était animée d’aucun esprit public ; et nos industriels, si riches, si bien entendus dans l’administration de leurs affaires privées ne portaient qu’une attention médiocre aux affaires publiques et bien peu d’entre eux cherchaient à acquérir les dispositions requises pour y prendre une part active.
Chez nos concitoyens d’origine étrangère au contraire, il semblait que les affaires publiques et les intérêts privés ne fussent qu’un ;—tous, qu’ils fussent négociants, médecins, agriculteurs ou avocats, tous prenaient un intérêt aussi vif pour les affaires publiques que pour leurs intérêts de famille ; et il résultait de là qu’un grand nombre de personnes, dans toutes les professions, acquéraient, sans souvent s’en appercevoir, les dispositions nécessaires à l’accomplissernent des plus hauts devoirs du citoyen. C’est que chez eux il y avait, dès un âge tendre, des moyens faciles d’étnde ; c’est qu’il ex-
istait entre eux, cet heureux échange d’idées et de
connaissances qui se fait au sein des assemblées discutantes et des clubs; c’est que le commerce, l’agriculture et les professions ayant chacun un centre où se réunissaient les hommes les plus éminens, la jeunesse y trouvait l’instruction et l’amusement tout ensemble. La conséquence toute naturelle de cette confrontation des talents, dans les assemblées
Chez nous quelques hommes seulement se trouvaient propres aux emplois publics ;;
délibér nmour p travail oressiv oout de populat amélioi Il y:
oueil n mais à paraître Ainsi n distingu avec le prétenti intérêts qw’elle gers et Fait ;— endorm la surfai sont ass Lors 1 03 Cooccuper droit pa liotes q peut av plus. ( égaux, !
délibérantes, était une émulation aiguisée par l’amour propre ; cette émulation excitait au travail, le travail produisant nécessairement la perfection pro- Jressive dans tous les genres d’étude, répandait le oout des lettres et des beaux arts et jetait dans la population un eutraînement général vers toutes les améliorations intellectuelles.
Il y a, messieurs, des aveux qui coûtent à l’oreueil national; mais pour ma part je n’hésiterai Jjanais à faire ceux que je croirai propres à faire disparaître notre infériorité là où elle peut exister. Ainsi nous prétendre animés de l’esprit public qui distingue quelques unes des nationalités étrangères avec lesquelles nous vivons, ce serait je crois une prétention aussi déloyale que préjudiciable à nos intérêts nationaux bien entendus, —déloyale, parcequ’elle ne rendrait pas justice à nos co-sujets étrangers et que l’évidence du contraire nous démentirait ; préjudiciable parcequ’elle serait de nature à endormir ceux de nos concitoyens qui ne voient que la surface des choses, en leur fesant croire qu’ils sont assez bien pour ne rien désirer de mieux.
Lors même que nous nous croirions les égaux de nos co-sujets d’origine étrangère, si nous voulons occuper le premier rang, celui auquel nous avons droit par notre nombre, disons encoïe à nos compaliotes que nous sommes en arrière, si l’argument peut avoir sur eux l’effet de faire faire un pas de plus. Car non seulement nous devrions être leurs égaux, mais noùs devrions leur être supérieurs par
et
la qualité comme nons le sommes par la qnantité. Je n’entends pas dire que la prétention de leur être supérieurs par le mérite individuel serait raisonnable, mais je dis que nous devrions l’être par le mérite collectif ; at c’est là une des prérogatives du plus grand nombre sur le plus petit.
Pour parvenir à ce but, messieurs, c’était de les imiter ; c’était de créer des sociétés de réunion et de discussion, où la jeunesse put faire son éducation du monde en cuitivant les rudiments de conhaissances acquises dans les études scolaires.
L’anmiversaire qui nous réunit aujourd’hui rappelle à notre mémoire le plus solide jalon qui ait été jeté dans la route des améliorations intellectuelles pour notre population. (Ça été le premier essai tenté avec avantage parmi nous et une révolution de six années de progrès en proclamerait à elle seule le succès, si les conséquences de ce premier pas n'étaient déjà si sensibles.
Avant d’en dire d’avantage et pour me mettre à Paise dans l’énumération des bienfaits que notre population devra aux fondateurs de l’Institut, je dois me laver du soupçon qui pourrait planer sui moi, de faire mon panégyrique personnel. Je n’a pas eu l’honneur de participer à l’heureuse initiative qui a doté Montréal de cette institution et jai le regret d’avoir négligé dans le temps de m2 joindre à cette Œuvre patriotique qui vaudra à ses auteurs la reconnaissance de leurs concitoyens.
Je vous ai décrit l’état moral de la population ca-
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nadienne et surtout de la jeunesse avant l’époque de la fondation de l’Institut-Canadien ; vous avez déploré avec moi l’insouciance dans laquelle nous étions plongées sur les ressources que l’on peut tirer de la culture de l'intelligence ; mais autant nous avons pu éprouver de répugnance et d’humiliation à faire ces aveux, autant nous éprouvons de joie à saluer l’époque de rénovation qu’ont inaugurée les fondateurs de l’Institut.
À l’énonciation seule du changement qui s’opère alois parmi la jeunesse, 1] semble qu’on ressent comme la secousse d’un choc électrique qui nous pousse irrésistiblement vers tous les genres de progrès. Vous et moi qui avons vu le mouvement inaccoutumé qui agita la jeunesse d’alors, ne voyons nous pas uue colonne de démarcation qui s’élève devant nos yeux comme une borne entre deux siècles ? Cet évènement est venu donner un corps à une idéalité, il a fait entrevoir la possibilité sinon la probabilité de la réalisation des rêves ambitieux qui tourmentaient la tête de l’adoiescence.
Giâce à l’Institut, le jeune homme en entrant dans le monde trouve immédiatement sa place. Si déja 1! a fixé le but où doivent tendre les travaux de sa jeunesse, il trouve à sa portée les moyens d’utiliser ses aptitudes spéciales. Le commerce n’est plus pour lui un métier mécanique et routinier où les connaissances et les talents sont des hors-d’œuvres inutiles ; il voit au contraire que le commerce offre à son ambition les mêmes chances de succès que
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les autres professions ; qu’il offre plus de fortune même que les professions libérales proprement dites, avec tous les avantages moraux qui les font estimer, c’est-à-dire la gloire et la récompense pour Je talent laborieux.
En effet, depuis la création de sociétés de discussion, l’exercise de la parole n’est plus le monopole exclusif des membres du barreau, comme il l’était autrefois ; il est ouvert à tout le monde et chacun, quelque soit sa position sociale, peut briguer les honneurs rendus dans tous les pays à l’orateur disert. Or l’exercise de la parole est peut-être la seule préparation eflicace pour ceux qui ont le gout de la vie publique et qui s’y disposent. On s’est plaint par le passé de ce qu’il y avait tant d’hommes de loi dans l’administration des affaires publiques ; partout en effet on ne voyait que des avocats et on attribuait à ce fait bien des conséquences fàcheuses, dont les avocats se défendaient de leur côté souvent avec avantage et souvent aussi comme ils défendent une mauvaise cause. Mais pouvait-il en être autrement? Eux seuls, par leur profession, avaient l’occasion d’acquérir la connaissance usuelle et pratique des affaires ;: eux seuls connaissaient les tours et détours dans lesquels il faut souvent s’engagser pour arriver à un but ; eux seuls apprenaient la route de la tortueuse obliquité qui peut parfois
conduire à une fin. Car en politique corame en matière lègale, la ligne droite n’est pas toujours la plus courte. Il faut une certaine habileté pour lut-
ter € l’em se ai tard mi d saint pécu une } se Jet autre!
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ter dans les rangs d’un parti; pour savoir discerner l’embuche de la loyauté, pour reconnaître une fausse amorce et ne voir souvent que le bruit d’un pétard dans un coup de canon ; pour découvrir l’ennemi dans un flatteur, le larron sous le manteau d’un saint, l’espion sous le masque d’un partisan, le péculateur sous l’écorce d’un économiste, Il faut une longue étudre préparatoire pour celui qui veut se jeter dans cette lutte variée. Le barreau étant autrefois le seul théâtre de discussion et de préparation, 1l est donc bien naturel qu’il y eût un aussi grand nombre d’avocats dans l’administration des affaires. Mais la création de sociétés de discussion commencée par l’Institut a ouvert une êre nouvelle.
Ce serait une présomption extravagante et ridicule d’attribuer à cette institution la rénovation qui s’opère actuellement et qui sera mieux sentie dans quelques années. L’Institut ne prétend pas à la haute destinée de créer une pépinière d’homrmnes propres aux affaires publiques. Mais l’exemple donné par cette société, exemple déjà suivi à Québec et dans plusieurs paroisses, produira cet effet. L’Institut en dehors du mérite d’avoir ouvert une ecouie à la jeunesse de Montréal, ne prétend à aucun autre mérite qu’à celui d’avoir donné l’exemple aux autres parties du pays et à faire ailleurs indirectement ce qu’il fait ici directement.
Pour nous qui avons suivi jour par jour les progrès de la jeunesse dans cette nouveile carrière, nous voyons déjà avec une proforde satisfaction des jeu-
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nes gens engagés dans les arts mécaniques rivaliser par leurs talents et leurs connaissances avec les hommes appartenant aux plus nobles des professions libérales ; nous avons devant les yeux le spectacle de ces jeunes gens relevant de leur humilité et anoblissant les arts mécaniques en ouvrant à toutes les classes de la société la perspective des grandeurs humaines et des honneurs attachés aux dignités publiques qui leur semblait interdite; nous voyons le commerce, le notariat, la médecine disputer au barreau l’exercise cultivé de la parole et détruire le monopole que les circonstances avaient consacré dans la personne de ses membres ; nous voyons l’art d'écrire popularisé parmi la jeunesse de toutes les classes et prenant un caractère d’art usuel et mis à la portée de tous. Voilà ce que, nous, membres de l’Institut, avons pu apprécier dans l’intimité de la vie de cette jeunesse au milieu de laquelle nous vivons.
La société canadienne qui ne voit que les dehor, des mouvements de la jeunesse, dans les diverses paities du pays, qui n’a pas, comme nous, pu en juger la vilalité et examiner de près les ressorts puissants qui l’ont soulevée de la torpeur d’autrefois et qui la maintiennent et la poussent sur la voie ascendante du progrès, la société a pu néanmoins reconnaître le changement qui s’est opéré par un fait qui pourrait à lui seul démonirer le pas immense qui sépare la jeunesse d’aujourd’hui d’avec celle d’autrefois.
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Arrêtons nous à Montréal seulement et voyons entre quelles mains se trouvent actuellement les organes des différentes couleurs de l’opinion publique parmi les canadiens-français ? Je ne redoute pas ici l’imputation que l’on pourrait me faire d’attirer les yeux de ceux qui m’écoutent sur une section plutôt que sur une autre de la jeunesse canadienne française de Montréal. Pour justifier une telle imputation, il me faudrait oublier les premiers rudiments de la délicatesse et du savoir vivre et surtout 1l me faudrait commettre une injustice flagrante envers cette partie de la jeunesse, avec laquelle mes opinions politiques sont en dissentiment. Je ne suis auimé ni de l’outrecuidance de faire l’éloge d’un parti où j'aurais des intérêts personnels, ni de cette passion mesquine de parti qui nie à des adversaires politiques le mérite qui leur appartient. Si j’avais Jinfortune d’être animé de pareils sentiments, je ferais une malheureuse exception au reste de la jeunesse d’aujourd’hui qui se distingue, grâce à Dieu par l’élévation de son cœur, la libéralité de ses sentiments, la fraternité bienveillante et douce de ses relations ; je représenterais en un mot bien mal en cette occasion la jeunesse qui donne aujourd’hui le spectacle d’une petite république de frère où la jalousie et l’envie sont ignorées, où l’union des cœurs est si intime qu’ils semblent batre d’une seule et même pulsation. Non, quand je parle de la jeunesse à laquelle est actuellement confiée la direcüon de l’opinion publique par la presse, c’est de la
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