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Si donc on comprenait bien cette doctrine de l’intérêt, le riche qui n’a pas d’enfants, ou qui est appelé par la loi, à payer pour l’éducation élémentaire plus qu’il ne serait obligé de le faire pour ses propres enfans, s’il était laissé libre, le riche, dis-je verrait de suite que, payer pour l’éducation de l’enfant pauvre, n’est pas une pure libéralité de sa part, mais qu’il y est intéressé pour la conservation et la sûreté de sa fortune.
Notre saciété est encore trop jeune, la population n’est pas encore assez dense, pour avoir donné lieu aux grandes questions sociales, quiagitent quelques parties de l’Europe; il est donc difficile, pour ne pas dire impossible, de faire sentir l’intérêt que peut avoir le riche, dans la diffusion de l’éducation, par des démonstrations prises sur notre état de société. Je dis difficile et même impossible, non parce que de telles questions soient impossibles ou même improbables ici, mais parce qu’elles n’ont pas encore originé et que je n’aurais pas à présenter aux yeux un fait déjà existant.
Mais c’est parce que je pressens la possibilité, sinon la probable apparition prochaine de ces luttes sociales, que je ressens le besoin de dire aux riches: prenez garde! Votre fortune, sinon voire fortune actusllement, votre sécurité d’abord, la paix de votre famille, puis votre fortune ensuite, sont et deviendront en danger, si vous ne vous hâtez de répandre l’éducation parmi le peuple. Le vieux monde est assis sur un volcan; des idées grosses d’orages, de spoliations et de sang sont répandues partout, et la force brutale et physique seule en retient l’explosion. Dans le vieux monde, ces idées font trembler ceux qui ont de la fortune ; personne n’est assuré de posséder demain ce que ses pères lui ont laissé, ou ce que vingt années de travail lui ont donné; les propriétés immobilières, les biens
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mobiliers, les créances, les rentes, tout est en danger. Les évènemens politiques, même les plus simples, font chanceler les fortunes qui semblent le plus solidement assises. Prenez garde! ces idées sont nées au sein de peuples, chez le squels le gouvernement, composé d’hommes riches et aristocrates, à regardé l’éducation comme un mal, ou du moins à tenu les populations dans l’ignorance, comme s’il avait cru qu’il fût plus facile de gouverner un peuple ignorant, qu’un peupie instruit.
Prenez garde! Cette envie du pauvre contre le riche, ces idées de spoliation, sont nées de l’ignorance, du vice et de la misère, dont l’ignorance est la mère. Or, les idées sont aussi légères que l’air, elles se propagent avec la rapidité du vent et de la lumière; elles peuvent arriver parmi nous, et croyez- le, partout où l’ignorance existe, elles prendront racine ; partout où l’éducation existe, elles ne toucheront le sol que pour y mourir.
Pendant un siècle entier, l’esprit de notre population s’est concentré dans le domaine politique, où il y avait tant d’abus à combattre, tant de réformes à opérer. Maintenant que uos institutions polittques ont laissé lieu, par leur amélioration, à moins d’acharnement dans la lutte, on peut s attendre à voir les plus grandes questions sociales en discussion. C’est ainsi qu’ont procédé tous les peuples. Avant d’attaquer les vices de l’état social, on a toujours commencé à réformer l’état politique ; car c’est par le moyen des institutions politiques seules que l’on peut parvenir à changer quelque chose dans l’ordre social. Le moment est done venu où notre population va commencer à améliorer ses institutions sociales.
Les luttes politiques sont vives, il est vrai, Sanglantes mêmes, mais généralement il n’y a que la surface de la société, la classe instruite, qui entre
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dans ces luttes. Les masses au milieu desquelles s’agitent péniblement les classes pauvres, y jouent plutôt le rôle de spectateurs que celui d’acteurs ; ou si les masses prennent leur part d’action dans les luttes qui ont pour but une conquête sociale ou une réforme politique, ee n’est pas précisément parce qu’elles tiennent fort à la réforme convoitée, parce qu’elles en comprenneut bien limportance, mais parce qu’elles sentent d’instinet qu’elle fait faire un pas à quelque réforme sociale.
Mais quand 1l s’agit d’une question sociale, qui touche à la condition intime des individus ou de leurs biens, ce n’est plus seulement une portion de la classe peu nombreuse des hommes instruits qui se jettent dans la lutte, ce sont les masses ellesmêmes, le corps le la société ; et les masses apportent dans l’opinion qu’elles embrassent leurs préjugés, leurs passions, leurs haines, le souvenir de longues souffrances ;—et c’est alors que cette lutte prend un caractère vraiment effrayant si les masses sont ignorantes.
Parrmi les masses ignorantes, les questions sociales ramène l’homme à l’état de nature primitive. Alors ce n’est plus de la pondération des droits et des devoirs des hommes, comme êtres intelligens, que peut sortir la solution de telles questions :—le suprême arbitre de la lutte est la force brutale. Si la victoire échet aux masses, il arrive ce que l’on a vu pendant le règne de la Terreur en France, la vie et les propriétés des riches simultanément tombées sous les pieds d’hommes insensiblement ramenées à la férocité des betes fauves.
Les sociétés l’Amérique généralement ne seront jamais dans des conditions à faire craindre une crise aussi terrible. On ne verra Surtout jamais une sanciante immolation de l’humanité, comme on en a vu en France. Mais ies sociétés d’Amérique, où
l’éducation ne sera pas promptement répandue, sont exposées aux mêmes dangers pour la propriété.
Et si les hommes qui pensent se refusent ici à croire à la probabilité du retour de pareilles crises pour la propriété, ils ne peuvent refuser, à moins d’être accusés d’étroitesse de vues, de croire au moins à la probabilité du retour des discussions qui précèdent ces crises. Pour cela il faudrait déjà fermer les yeux sur ce qui se passe devant nous. Or je ne prétends pas démontrer autre chose que ces discussions seules, en supposant qu’elles n’amênent aucun résultat, sont suflisantes pour troubler la paix des familles, en mettant en question, peut-être pendant un demi siècle, la propriété bien ou mal acquise.
J’ai dit que les grandes questions où la propriété Fien acquise pouvait tomber dans la discussion publique et chanceler sur sa base ne pouvaient originer qu’au sein d’une population ignorante, et je n’hésite pas à le répéter. Car les différens membres d’une société instruite se respecteront toujours trop eux-mêmes et comprendront trop bien l’intérêt personnel qu’ils ont dans le respect qu’il faut porter à la propriété, pour oser l’attaquer injustement.
Toutes les classes de la société peuvent se partager en deux grandes démarcations: ceux qui possèdent et ceux quin’ontrien. Invariablement, dans les classes ignorantes comme dans les classes instruites, ceux qui n’ont rien désirent tous acquérir et prendre leur rang parmi ceux qui possèdent. Seulement la classe ignorante qui travaille à acquérir ne comprend pas que si elle ne respecte pas la propriété de ceux qui possèdent, on ne respectera pas la sienne quand elle aura réussi à posséder. Tandis que la classe instruite, qui sait apprécier la force du droit moral et ceile du droit de la force, comprend que si, pour parvenir à posséder, elle emploie la
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force contre le droit, pour dépouiller ceux qui possèdent, elle n’acquerra rien de stable, puisquelle aura donné l’exemple d’exposer tout en proie au droit du plus fort.
Je ne fais que toucher en passant l’un des divers intérêts que peut avoir la classe riche dans la diffusion de l’éducation; j’en pourrais citer plusieurs autres, mais en le fesant je sortirais du cadre que je me suis tracé pour rester dans les limites du texte du concours.
Personne ne devra s’étonner de voir que je ne m'adresse pas aux sentimens de patriotisme et d’honneur national, qui doivent porter tous les bons citoyens à travailler ardemment à la diffusion des lumières. Je m’adresse à ceux que ces nobles sentimens n’ont encore pu toucher. On doit le sentir, mon but est de montrer qu’il existe un autre motif qui dait porter tout le monde à répandre l’éducation ; celui de l’intérêt. Je veux en un mot démontrer que le sacrifice, en cette circonstance, n’est pas seuiement beau, mais qu’il est utile.
Dans une famille le père fait de grands sacrifices, pour donner de l’éducation à ses enfans ; eh! bien, si l’on scrute les motifs intimes qui dirigent cette conduite du pêre, on verra que le plus souvent, le calcul des avantages matériels, que procure l’éducation, prédomine dans ces motifs. En effet le père ne songe pas seulement que l’éducation, que possèdera son fils, donnera du lustre et du relief à sa famille, il voit dans cette éducation les élémens d’une fortune personnelle que pourra se créer le fils ; et si son fils acquiert de bonne heure et par lui-même des moyens de subsistance, il aura moins besoin de morceler la fortune paternelle; ce fils sera fort, d’une force qui lui sera propre ; et cette famille qui tirait toute sa valeur, toute son importance d’une souche, reposera désormais comme sur un double trone.