‹ Institut-Canadien en 1852 [microforme]Chapitre 58 sur 69 · A ET · texte numérisé non relu

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Mais bientôt quand on a vu que c’était un voisin qui dirigeait les affaires de la paroisse ; quand on à vu que tous les jours, on pouvait faire des représentation à ce voisin, sur toutes les matières qui pouvalent intéresser la naroisse, que sice voisin était sourd aux justes réclamations, s’il taxait sans un besoin pressant, on pourrait le remplacer, l’année suivante, par un autre voisin de meilleure volonté, plus honnête, moins intriguant ou qu’on pourrait soimême le remplacer et diriger les affaires ;—de ce moment la municipalité a perdu les fausses couleurs qui la rendaient impopulaire.

Bientôt encore on a pu comparer les facilités que procurait ce nouveau système, pour les améliorations de voierie, pour le règlement des difficultés qui pouvaient originer entre voisins, de même qu’entre diverses paroisses ou sections ‘de paroisse, avec l’ancienne sujétion de la population entière à un Grand Voyer dont les caprices, les faveurs et les haines fesaient souvent la loi —et la municipalité a pris son véritable caractère d’institution bienfaisante et populaire.

Mais que serait devenue cette institution bienfaisante et populaire, quel bien aurait-elle produit, si chacun n’avait compris qu’il y allait de son intérêt privé, si chacun n’avait vu qu’il mettait en péril sa fortune et la paix de sa famille, s’il ne la surveillait continuellement, s’il ne lui prétait son CONCOUTS ACtif? Il serait arrivé que quelques individus, comprenant mieux leurs propres intérêts et le parti que l’on peut tirer de cette institution, se seraient placés à la tête du gouvernement municipal, et là auraient combiné des plans de voierie, des modes de taxation qui auraient nc leurs propriétés hors des atteintes de l’impôt ; 1ls auraient étendu cette privauté à leurs parens, à leurs amis, à ceux qui les auraient corrompus, et de la sorte, le voisin indifférent aurait

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payé la part d’impôt de son voisin intelligent etintrigant, il aurait senti bientôt un fardeau insupportable sur ses épaules, et cette institution bienfaisante serait d:venue un fléau pour lu. Ce mal, comme je lai déjà dit, aurait été si prompt et si cuisant qu’il n’aurait pu durer.

Ainsi les résultats fâcheux de l’indifférence en matière municipale tenaient si étroitement à leurs causes, que tout le monde les à aperçus comme d’instinct, et la population est passée de l’ancien régime au nouveau sans transition violente. Presque instantanément la famille a élargi son cercle et identifié ses intérêts avec une plus nombreuse famille : la famille paroissiale, la famille municipale. Les notions de l’intérêt ont atteint un horizon plus éloigné, et l’on a compris que pour être utile à sa famille, il fallait de toute nécessité travailler à être utile à la paroisse, —et vice versà, qu’être utile à la paroisse, soutenir son voisin contre l’empiétätion et l’injustice de deux ou trois autres paroissiens haineux et mal intentionnés, c’était s’assurer la protection, nou seulement du voisin secouru, mais de tous les partisans de la cause juste.

Je le répète, en cette matière, les conséquences du laisser-faire et de l’éloignement du gouvernement municipal s’enchainent si naturellement, si vulgairement, que l’esprit le plus ignorant en est de suite frappé.

Mais il est une autre institution dont une partie de notre population ne jouit encore qu’à contre cœur, quoiqu’elle soit de nature à produire de plus utiles résultats pour le pays.

Je veux parler de la direction de linstruction populaire, des écoles élémentaires qui est actuellement laissée au peuple.

La doctrine de l’intérêt bien entendu, je le sens bien, ne peut être parfaitement comprise que lors-

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que l’éducation a pu, en se répandant, ouvrir les yeux du peuple et l’habituer à substituer à la routine instinctive, qui dirige l’ignorant, cet esprit de calcul méthodique, que l’on peut appeler le rudiment de l’économie politique. Jusque là l’homme ignorant ne fait reposer sa fortune cue sur l’unique base de son travail, et tant qu’il a de la santé et du travail, il croit que rien ne peut lui fermer la voie de la fortune. Il ne calcule pas que pendant qu’il dévoue ses jours, qu’il use ses bras à accroître le bien-être de sa famille un autre méprise ces travaux ardus et s’applique à faire sa fortune par l’exploitation du laborieux, mais ignorant artisan. Il ne calcule pas qu’une partie du fruit de ses sueurs, puisse être enlevée à ses enfans et profiter à son voisin, sans même qu’il ne s’en aperçoive.

Voilà ce que le défaut d’éducation empêche Pignorant et pauvre artisan d’apercevoir.

Le riche ignorant, soit qu’il ait reçu sa fortune de son père ou qu’il l’ait acquise par lui-même, n’ayant pas d’autres idées d’économie que le pauvre dont ie viens de parler, croit sa fortune assurée, tant que l’incendie n’a pas détruit ses propriétés, ou le vol vidé ses coffres-forts. Il ne voit pas les risques auxquels est exposé sa fortune, au sein d’une population ignorante et il se sent peu disposé à faire quelques sacrifices, pour répandre l’éducation au delà du cercle de sa famille. Et s’il fait ces sacrifices, il n’est inspiré que par un dévouement patriotique et désintéressé. Ce désintéressement est sublime, sans doute, mais tant que ces sacrifices ne seront inspirés que par lui, les exemples en seront si rares, qu’il ne faut pas s’attendre à le voir produire de grands résultats our le pays. IL s’agit d’y raêler un peu de l’influence de l’intérêt, qui touche tont le monde, afin que l’égoïste soit amené, comme le bon citoyen, à faire sa part de sacrifices.

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