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que chacun en ressentirait personnellement et qui rejaillirait sur le pays entier.
La doctrine de l'intérêt bien entendu conduit donc chaque individu à voir une solidarité intime entre les intérêts privés et les intérêts publics, entre Ja société et la famille. Elle démontre que pour servir efficacement la famille, il faut servir en méme tems la société ; que pour être utile à la société, il faut commencer par porter un grand soin à la famille, puisque la famille est la bâse de la société. L’une et l’autre sont la même chose, l’une est le diminutif de cette chose, l’autre le superlatif; c’est la même chose en petit dans la famille, en grand dans la société. Mise en pratique elle grandit l’homme, en lui donnant toutes les qualités du citoyen, en le mettant dans l’exercice de ses droits ; elle grandit la société en lui donnant des membres intelligens et soigneux de ses intérêts.
Et dans la foule de considérations qui frappent l'esprit, dans la méditation de cette question, on voit respiendir, comme un point culminant, comme un jet de lumière, la pratique de la vertu qui va entrer dans le calcul des intérêts matériels, et devevenir, par là même, la bâse et le mobile de toutes les actions des hommes.
Pendant bien des siècles on s’est exclusivement appliqué à tenir les peuples dans l’exercice de la vertu, par des promesses de jouissances éternelles ou par la menace de tourmens infinis, dans une autre vie ; le tableau de ces jouissances et de ces tortures glissait souvent sur l’esprit, comme une toile panoramatique devant les yeux, et le crime est encore aussi commun à l’heure qu’il est, qu’il ne l’étaitil ya dix à quinze siècles, s’il ne l’est pas même davantage. Îlen serait ainsi de siècle en siècle, si la philosophie humaine ne parvenait à découvrir un moyen d’amener les hommes à la pra-
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tique de la vertu, sans les faire surtir du cercle au milieu duquel il s’agitent sur la terre.
Ce moyen, il m’a semblé l’apercevoir dans la doctrine de l’intérêt bien entendu. Quand cette doctrine, une fois répandue, aura rétabli entre la société et la famille, la connexité, sinon tout-à-fait la communauté d’intérêts, qui me semble avoir été décrétée à la création du monde, chaque individu comprendra, sans le secours de tableaux effrayans, que pour être utile à sa famille, il faut jouir, dans la société, de la considération et de l’estime que donne Ja vertu. Chacun comprendra que la pratique de la vertu est la première bâse de l’édifice de la fortune, et que s’il veut acquérir des biens et de la considération, il lui faut avant tout, avant le talent, éducation et l’amour du travail, un caractère irréprochable et un nom pur.
Et quand on se laisse aller à la contemplation méditative des sublimes résultats que produirait cette doctrine dans la société, on semble voir le monde arriver à cette pureté de mœurs, à cette harmonieuse existence qui feraient oublier la chute de l’homme, ou qui lui feraient racheter sa première faute ee
Pour me résumer en quelques mots, je dis: que pour parvenir à trouver le meilleur emploi qu’un citoyen puisse faire de son existence, pour la société et pour sa famille, il ne s’agit pas de parcourir en imagination des conditions factices, qu’il est possible de se peindre à l’esprit, mais qu’il est imposside trouver dans la vie ordinaire 2s hommes ; mais qu’il s’agit de chercher dans le cercle de ses actions habituelles, de ses occupations, de sa profession, de son métier, de son genre de vie, le point d’intersection où la famille et la société se touchent, et chacun trouvera presque partout que la société est intéressée dans les actes souvent les plus iasigni-
fians de la vie, et que de son côté la famille est intéressée dans les moindre faits qui portent un caractère public. Alors ayant toujours à l’esprit la solidarité de l’une et de l’autre, il comprendra que s’il oublie la société pour sa famille, il en retirera peut-être un avantage momentané, mais que lorsqu’il aura besoin de la protection de la société, il y remarquera l’absence de ce qu’il lui aura ravi, pour en bénificier sa famille.
Je comprends qu’il semblera au premier coup d’œil que la manière dont j’ai développé ma pensée, dans le cours de cet écrit, ressemble un peu à une pétition de principes et que je n’indique pas avec assez d’évidence le moyen d’arriver à employer le tems bien efficacement pour la société et la famille. Je ne doute pas que la concurrence n’amène une plus satisfaisante solution ; mais quoique je sois déjà prêt à m’incliner devant une exposition plus claire de la pensée d’autrui, je doute fort que j’aie à revenir sur l’intime conviction qui m’anime aujourd’hui, sur la vérité philosophique que je suis efforcé de démontrer.
Un exemple que nous avons encore sous les yeux, fera voir la nécessité de l’application de cette vérité, pour le bon ordre de la société et de la famille.
Nous avons vu dernièrement, en Californie, des bandes d’assassins et de voleurs massacrer et piller pendant quelque tems impunément. A quoi tenait Pimpunité qui a couvert leurs actes, dans les premiers Jours de leur apparition? Au fait bien simple que la doctrine de l’intérêt des familles et de la sociêté n’a pas été de suite bien entendue et mise en pratique. Les chefs de famille, à la première nouvelle des vols et des assassinats qui se commet-
taient à San Francisco, se renfermèrent dans leur maison respective, afin de la couvrir de leur protection et de la mettre à l’abri des entreprises des
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Une chose que j’ai toujours considérée comme des plus nuisibles au commerce dans le Bas-Canalla, c’est le privilège qu’ont les seigneurs de diminuer la valeur de nos blés, au moyen de la banalité, en fesant de la farine inférieure à celle que l’on peut obtenir dans les moulins qui ne sont pas protégés par un système aussi préjudiciable aux intérêts de notre population.
Le droit de banalité, comme vous le savez, donne au seigneur les moyens de forcer le censitaire à faire moudre son grain au moulin banal. Que le moulin soit bon ou mauvais, il importe peu, le droit existe. Le seigneur n’a donc pas d’intérêt à construire un moulin dispendieux puisqu'il est toujours certain que le revenu sera le même. Aussi, à deux ou trois exceptions près, les moulins des seigneuries du Bas-Canada sont de très mauvais moulins parce qu’il n’y a pas de compétition, de concurrence possible, la loi seigneuriale le défendant.
Qu’arrive-t-il, c’est que la farine de nos moulins seigneuriaux est généralement grossière et qu’elle se vend à un prix bien moins élevé que celle qui nous vient du Haut-Canada, ou encore, que celle qui est faite avec le blé du Haut-Canada, ou des Townships, dans le magnifique moulin de M. Gould, à Montréal.
La farine de nos moulins seigneuriaux n’est pas assez fine pour que nous puissions l’exporter avec avantage et sous ce rapport nous sommes dans une position inférieure à ceile de nos concitoyens du Haut-Canada qui ont partout des moulins capables de leur préparer de la fleur superfine qu’ils peuvent vendre avec avantage pour l’exportation.
La perte qui résulte de cet état de chose pour le Bas-Canada, qui est encore un pays à blé, quoiqu'on en dise, est immense et facile à concevoir.
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—. DE) Le baril de fleur contient 196 Ibs., ce qui fait un quintal et trois quarts. Eh bien! j’ai observé que lorsque la fleur se vend $4i le baril, ce qui fait $21 le quintal, en accordant 15 sous pour le baril qui la contient, notre farine se vend $2 ie quintal, ce qui fait une différence de 276 par quintal, ou de 25 p. 00, que nos cultivateurs perdent sur le prix de leur farine, par le seul fait que le droit de banalité existe dans le Bas-Canada et qu’ils sont obligés, par la nature de la tenure de leursterres, de faire moudre leur grain dans de mauvais moulins. Calculez maintenant quelle perte cela doit-être pour toute la population agricole des seigneuries ?
Si le droit de banalité était aboli, on verrait de suite s’élever de bons moulins à côté des mauvais, soit pour les remplacer ou pour leur faire concurrence. Le cultivateur ferait faire de la fleur superfine à meilleur marché qu’il ne paie actuellement pour faire faire sa farine et il la vendrait plus cher, en retirerait de plus grands profits.
Le commerce en souffre parce que le cultivateur qui vend pour $20 de farine, n’achète que pour $0 d’autres produits, tandis que s’il avait l’avantage de faire faire de la fleur superfine, au lieu de $20, il en recevrait $25 et acheterait en conséquence.
Cet état de chose est dû à la protection ac :ordée aux seigneurs par les lois du pays et est un exemple frappant de ce que peut produire, sur une plus ou moins grande échelle, le système de la protection et des privilèges accordés aux manufactures. Quelques individus en profitent au détriment de la masse du peuple, de la nation.
Les moulins à farine n’ont pas besoin de protection en Canada et je n’en veux pas d’autres preuves que le fait que le propriétaire du moulin-modèle du Bas-Canada, M. Gould, est un franc et sincère li-
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Un autre fait vous fera voir que la nature ellemême est violée dans son cours ordinaire. On la force à prendre une voie détournée ; on la violente pour rendre notre condition moins désirable. Si le St.-Laurent, dont les eaux sont libres et qu'aucun pouvoir ne saurait arrêter dans sa course, sans causer une catastrophe, n’avait pas été détruit pour nous comme fleuve navigable, par toutes les restrictions arbitraires imposées aux vaisseaux étrangers, jamais les Américains n’auraient songé à creuser, à côté de ce fleuve immense, une rivière artificielle, un Canal gigantesque par sa longueur et qui rapporte à l’Etat de New-York des revenus assez considérables pour le mettre en état de payer sa dette publique dans un court espace de tems. Sila navigation du fleuve St.-Laurent eut été libre, jamais le canal Erié n’aurait été confectionné, notre fleuve aurait été la voie directe, naturelle de tout le grand commerce de l’ouest ; nos canaux au lieu de ne nous rapporter que £50,000 de revenus, quoique nous ayons £150,000 d’intérêt à payer anuellement sur la dette contractée pour leur confection, nous rapporteraient des revenus suffisants pour la payer totalement avant longtemps. Nous aurons beau faire, si nous continuons à nous renfermer dans notre petit cercle, si nous monopolisons, au moyen de restrictions commerciales, le grand fleuve dont nous ne ponvons pas utiliser la centième partie avec notre petite population, nous ferons peu de progrès.
—Mais, dit-on, si les américains ne nous donnent pas une réciprocité de commerce, pourquoi lenr donnerions nous l’usage libre de notre beau fleuve ?
— Pourquoi? mais plaisantez-vous ? Songez donc qu’en ouvrant le St. Laurent, vous pouvez avec un peu d’effort accaparer une grande partie du commerce de transit de l’ouest ; que leurs importations et leurs exportations non plus facilement
ns 2,14 cums
par le St.-Laurent, à bien meilleur marché et avec moins de perte de temps que par toute autre voie ; que les nombreuses flottes ui sillonneraient les eaux du St.-Laurent donneraient des revenus immenses à nos canaux et au pays, et que les relations de plus en plus intimes qui s’établiraient entre les deux peuples nous ameneraient bientôt à sentir le besoin, de part et d’autre, d’une réciprocité commerciale, politique et sociale, des plus entière.
Mais dénander pourquoi nous devrions ouvrir le St-Laurent à tous les vaisseaux, c’est anssi déraisonnable que si l’on demandait aux habitans de Boston pourquoi ils ouvrent leurs nombreux chemins de fer pour transporter les produits Canadiens au bord de la mer ?
Supposez que les Bostoniens eussent besoin d’une faveur de notre gouvernement et qu’elle leur fut refusée, croyez-vous qu’ils se renfermeraient chez-eux en disant: ‘“ Ah/ vous ne voulez pas nous accorder ce que nous vous demandons, eh bien !/ nous allons vous punir, vous ne passerez plus sur nos chemins de fer ! C’est fini.”
Croyez-vous qu’ils agiraient ainsi? qu’ils refuseraient l’argent que nous leur donnons tous les jours, en nous servant de leurs routes ferrées ?
Pourtant, voilà ce que nous disons, ce que nous fesons en empêchant le commerce de l’ouest de s’écouler par le St-Laurent. Nous fermons nos canaux aux Américains de l’ouest, tandis que ceux de l’est font tout en leur pouvoir, en multipliant leurs chemins de fer, pour attirer vers eux le commerce de transit que nous leur fournissons. Nous gardons nos canaux à rien faire, nous refusons l’argent de louest, les profits que nous pourrions retirer d’un commerce de ce genre, pour punir les Américains.
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l’est, tandis que nous agissons comme si nous ne comprenions pas l’intérêt de notre pays.
Je le répète ici, eton le verra d’ailleurs par le peu de suite de cette partie de mon travail, ce n’est pas un traité sur les manufactures que j’ai voulu écrire mais seulement quelques notes, jetées en passant sur cette matière et la politique commerciale la plus avantageuse à un pays. Je termine cette partie en citant deux auteurs, mais surtout l’excellente histoire de l’économie politique par M. Blanqui, qui attribue, à bon droit, aux restrictions sur le cornmerce la décadence commerciale de toutes les villes des Républiques Italiennes, et particulièrement de Vénise, au sujet de laquelle il dit :
‘ Tant que Vénise ne chercha la fortune que dans ia Jibre concurrence du talent et des capitaux de ses pro- ‘“ pres citoyens, elle grandit d’âge en âge et devint un mo- ‘# ment l’arbitre de l’Europe; mais dès qu’elle voulut ‘“ dominer les marchés par la tyrannie du monopole, elle ‘ vit se former contre son commerce une ligue bien autrement redoutable que celle de Cambrai. ”
‘ Nous ne voudrions pas d’autre argument en faveur tt de la liberté du commerce que le développement pro- “ digieux de l’industrie vénitienne pendant le long règne ‘“ de sa liberté.
Joseph Garnier, le savant rédacteur du Journal des Economistes, de Paris, a écrit :
‘ S'il n’y avait dans le monde entier aucune barrière “ douanière ou politique pour l’entrée ou la sortie des ‘# marchandises, nous vivrions sous le régime absolu de la ‘{ liberté de commerce, du laissez-faire, laissez-passer ap- “ pliqué à la circulation de la richesse, avec d’autant plus d'intensité que les communications seraient plus sures, “ plus rapides et moins coùteuses.
Qu’arriverait-il à ce degré de liberté? Il s’opérerait “une division spontanée du travail, selon les conditions “ particulières à chaque peuple; le capital se distribuerait “ selon la même loi naturelle. Chaque pays ferait donc
‘t mieux et à meilleur compte les produits de sa spécia- ‘lité: la consommation, animée par l’abondance et le ‘ bon marché, exciterait la production qui réagirait à son ‘ tour sur la consommation, et il y aurait le moins possi- ‘© ble d’efforts perdus, de vaines tentatives et de capital ‘‘ aventuré.
4 C’est là un axiome, c’est-à-dire une vérité basée sur ‘“ le bon sens, que personne ne peut contester ; qui dé- ‘ coule encore naturellement des principes de la division ‘ du travail ; qui est une conséquence de la liberté du tra- ‘“ vaïil; qui s’accorde avec les mille emplois de la terre ‘ et du capital; qui est enfin en harmonie avec l’expé- ‘ rience de la Suisse, de la Toscane et de l’Angleterre, et ‘avec tous les faits que nous fournissent des réformes ‘4 partielles dans tous les pays et dans toutes les indus- ‘4 tries.??
‘ Dans cette hypothèse, l’humanité, perdant le moins ‘€ possible de ses forces productives, le niveau de la ri- ‘ chesse publique s’élèverait rapidement, et la facile satis- ‘t faction des besoins physiques laisserait aux travailleurs «€ les loisirs nécessaires à la culture de l’esprit, et leur ins- ‘ pirerait le goût des jouissances morales.”
Mesdames et Messieurs,
On raconte que lord Georges Bentinck, membre célèbre de la chambre des communes, en Angleterre, avait une passion fort prononcée pour les chevaux et la chasse aux renards. Pendant les dixhuit premières années qu’il fut au parlement, on le connaissait moins en chambre qu’aux courses d’Ascott et d’Epsom ; il était le roi des sportsmen, parait-il, mais s’étant enfin fait violence pour se livrer à des études sérieuses, il devint un orateur plein de verve et de puissance, un maitre habile en fait d’escrime parlementaire ; un des membres les plus actifs et des plus influents de la chambre des communes, mais ce ne fut pas sans regretter bien des fois ces combats du turf qui l’avait longtemps enivré.
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M. Disraëéli rapporte que le lendemain même d’une course célèbre, il rencontra lord Bentinck dans la bibliothèque de la chambre, seul et visiblement agité.
‘6 Le 22 mars, dit M. Disraéli, sa motion en faveur des ‘ colonies, avait été repoussée et le 24, son cheval Surplis, ‘ dont il s’était défait pour ne plus s’occuper que des in- ‘ térêts de son pays, avait gagné le grand prix, le Derby, ‘ si longtemps l’unique but de son ambition. Il n’avait ‘“ plus rien pour le consoler, rien excepté son orgueil, et ‘“ cet orgueil même l’abandonna en présence d’un ami “ qu’il savait lui être sympathique. 11 laissa donc échap- ‘“ per une sorte de soupir superbe en murmurant :
‘6 Toute ma vie j'avais rêvé ce prix, et pourquoi l’ai- ‘je sacrifié ?
6 —J’essayai en vain de le distraire.
‘6 Vous ne savez pas ce que c’est que le Derby? me ‘ dit-il avec le même murmure.
46 PL oui, lui répondis-je, c’est le ruban bleu du ‘e turi.
‘6 C’est en effet le ruban bieu du turf, répéta-t-il ‘et s’asseyant lentement à la table, il se plongea dans un ‘in-folio de statistique.??
S’il en est parmi vous ce soir qui regrettent actuellement l’excellente musique dont M. Gauthier a pour habitude de gratifier l’Institut ou tout autre genre d’amusement, qu’à l’exemple de Georges Bentinck, tout en regrettant leur ruban bleu, ils prennent la résolution d’écouter encore quelques instants ce que j’ai à leur dire sur un sujet aussi peu séduisant que celui du commerce, mais dont utilité ne le cède en rien à un volume de statistique.
Je vais donc maintenant examiner la troisième proposition que les exportations doivent être plus considérables que les importations pour la prospérité d’un pays.
Ceux qui soutiennent cette thèse, commettent encore une erreur et cela vient de ce qu’ils ne réfléchissent pas assez sur cette question ; ils se lais-
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sent aller à la première impression qui leur vient et croient que parce que nous recevons plus de marchandises que nous en expédions, nos affaires doivent être ruineuses pour le pays.
Pour être plus bref sur ce chapitre, j’ouvre le cathéchisme d’économie politique de J.-B. Say, où je trouve la question et la réponse suivantes :
‘ Qu'est-ce que la balance du commerce ?—C’est l’état ‘ des exportations d’un pays comparé avec l’état de ses ‘importations. Une nation gagne d’autant plus que la ‘ somme des produits qu’elle importe surpasse la somme ‘ des produits qu’elle exporte.”
Procédons encore par comparaison pour mieux faire comprendre le sujet. Vous exportez pour £1000 de produits. C’est là la valeur des articles lorsqu’ils sortent du pays. Une fois rendus à leur destination, leur valeur est bien plus grande, car il faut ajouter les frais de transport, de commission, d’assurance, d’enmagasinage et les profits du vendeur. On peut donc porter cette augmentation, pour les produits du Canada, à 40 p. 00. Ainsi, sur votre exportation de £1,000, il y aura donc une ausmentation de £400, une fois rendue à sa destination; à Liverpool, je suppose. Le marchand exportateur vendra donc Æ£1,400 ce qui lui en aura couté £1,000, et au lieu de n’importer que pour £1,000 de marchandises, 1l en importera pour £1,400, aux prix du marché de Liverpool, car rendus ici, ces effets auront encore augmentés de 40 p. 00, c’est-àdire de la somme de £560, ce qui fait que le pays se sera réellement enrichit de £960, en recevant pour la valeur de £1,960 de produits pour ses £1,000 d’exportations.
—Mais dit-on, le Canada a importé, en 1850, pour £4,245,000 de marchandises, tandis qu’il n’en a exporté que pour £2,995,428, ce qui fait une différence de £1,249,572, contre nous et nous allons
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être ruinés bien vite, si nous continuons ainsi, à envoyer tant d’argent hors du pays chaque année.
De grâce fesons donc le même calcul que nous venons de faire et nous trouverons la clef de ce qui nous embarasse.
Exportations du Canada—,1850.. 2,995,428 0 0
Ajoutez 40 p. 00.............. 1,198,171 4 0 Ce qui fera un total de.......... £4,193,599 4 0 Importations....,............... 4,245,000 0 0 La différence sera de........... £ 51,410 16 0
Maintenant, observez que presque toutes les marchandises importées sont entrées aux bureaux des douanes, tandis que toutes les exportations ne le sont ‘pas, et qu’en 1850, il a du sortir du pays pour plus de £50,000 de marchandises dont nous n’avons pas d’état.
Vous voyez de suite qu’il faut qu’un pays importe plus de marchandises qu’il n’en exporte, car sans cela, il ferait de mauvaises affaires, c.-à.-d. qu’il n’augmenterait pas sa richesse en échangeant ses produits.
L’argent ne sort pas du pays pour payer ies marchandises, comme certaines personnes le suppusent erronnément. Quel est le marchand qui se chargerait de quelques tonneaux d’argent pour aller faire ses emplètes ? Les remises se font au moyen de lettres de change dont la valeur est payée à leurs échéances par la vente de produits exportés d’un pays à un autre. Chaque pays n’importe d'effets, qu’en proportion de ses moyens et besoins, et s’il arrive une année que les importations soient plus élevées que les besoins du pays l’exige, le marché se trouve encombré de marchandises et l’année suivante, les marchands diminuent leurs importations, et ces transactions se régularisent ainsi.