‹ Institut-Canadien en 1852 [microforme]Chapitre 62 sur 69 · QT TER mu · texte numérisé non relu

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Si l’Angleterre avait reçu en espèce, la balance de ses exportations sur ses importations depuis un siècle, nous dit l’Encyclopédie Britannique, elle aurait actuellement reçu Æ£400,000,000 en argent, ce qui est dix fois autant que tout le numéraire quelle possède.

Dans le Dictionnaire de la Conversation, je trouve l’état suivant du surplus des importations sur les exportations de la France, pendant seize années de paix:

Surplus total pendant 16 années, 8,852,100,000 francs, ce qui est probablement une valeur égale à un dixième de la propriété foncière de toute la France.

Suivant la logique de nos adversaires en économie politique, la France aurait donc fait un commerce des plus désavantageux pendant cette période. On voit de suite le faux côté de leurs prétentions.

Le Canada, notre pauvre pays, aurait été ruiné complètement dix fois depuis sa cession aux Anglais, s’il nous avait fallu payer en argent le surplus de nos importations, cependant il y a plus de numéraire dans le pays qu’il n’y en a jamais eu, et si l’on a plus de peine à s’en procurer, c’est que les besoins sont plus grands.

Je vais maintenant parler de l’éducation commerciale.

Quelle est la cause de l’état encore arriéré du monde entier dans ses relations commerciales ? Pourquoi les erreurs les plus grossières se glissentelles encore d’une manière si facile dans tous les rangs de la société, même chez ceux qui par leur position et leur mission de gouverner leurs semblables devraient être à l’épreuve de leurs attaques? Pourquoi ne s’entend-t-on pas mieux sur des questions que les transactions journalières de la vie mettent continuellement en contact avec tous les hommes de tous les pays ?

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La réponse est facile à faire. C’est le manque de connaissances acquises sur les principes sut lesquels repose le système du commerce qui en est la principale cause. C’est là où le besoin d’une éducation commeiciale se fait le plus sentir que l’on voit circuler les plus grossières erreurs sous ce rapport. Voyez en Angleterre où l’éducation commerciale est plus soignée, plus populaire, on y entend mieux l’économie ponte et l’on a déjà réduit en pratique un grand nombre de ses principes qui étaient naguères considérés comme devant-être des plus dommageables à la nation.

On s’imagine généralement que le commerce est une chose toute simple et qu’il n’est pas nécessaue d’être instruit pour l’exploiter avantageusement pour les individus comme pour les nations. C’est là une erreur malheureusement trop accréditée. La science du commerce est plus difficile à posséder qu’on ne le pense et ne à son utilité, nous la ressentons de plus en plus tous les jours. Il n’est presque pas une seule de nos actions ordinaires de la vie qui ne s’y rattache d’une manière ou d’une autre. Elle n’est pas seulement utile aux hommes du commerce, mais à tout le monde. Vous n’achetez rien, vous ne vendez rien, vous ne produisez rien, vous ne consommez rien sans qu’une question commerciale ou d’économie politique ne se présente à votre intelligence. Est-il un homme qui puisse dire qu’elle ne lui serait d’aucune utilité? Et si le commerce a si souvent été obstrué, arrêté, faussé dans sa route naturelle, n’est-ce pas dû au manque de connaissances des hommes en pareille matière ?

Je vais vous citer deux traits frappants de deux corps publics du Canada pour mieux exposer nos besoins sous ce rapport. Le premier est un réglement adopté par le conseil de ville de Montréal, le 30 octobre 1848, à l’effet d’imposer une taxe annuelle de

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£15 sur toute personne qui tiendra un étal privé, ou qui fera le commerce de viande ailleurs que dans les étaux des marchés de la corporation, sous peine d’une amende de £5 et de trente jours d’emprisonnement pour chaque jour qu’elle fera ainsi ce commerce sans avoir payé cet impôt.

Remarquons que les bouchers qui tiennent des étaux dans les marchés publics ne paient point de licence, qu’ils ne paient que le loyer de leurs places respectives, tel que l’individu qui commerce sur les viandes dans un étal privé paie le loyer à son propriétaire.

D’après quel principe, je vous le demande, le conseil a-t-il imposé cette taxe sur les étaux privés, tandis qu’il n’exige rien de ceux qui tiennent des étaux dans les batisses de la corporation? Si l’on voulait exiger une licence des propriétaires d’étaux privés, pourquoi n’en pas exiger des propriétaires d’étaux publics ?

Ce règlement a été fait dans le but de protéger les bouchers qui paient loyer à la corporation et il n’a eu d’autres résultats que de faire payer, aux pauvres des faubourgs, la viande plus chère qu’il ne l’a payaït avant. Cet impot n’a pas détruit les étaux privés ; leurs propriétaires ont payé la license de £15, puis ils ont vendu leur viande un sous plus cher par livre. Le pauvre qui demeure à une extrémité de nos faubourgs, qui n’a pas le temps d’aller aux marchés de la corporation et qui trouve un étal privé à sa porte, paie la viande un sous de »lus par livre, et les bouchers de la corporation ne vendent pas plus de viande qu’avant la passation de ce réglement. Voilà le résultat pratique de cette intervention inqualifiable, du conseil dans le commerce des viandes, et des plus mal calculée.

Ce résultat est si frappant, et d’ailleurs si naturel, que les bouchers du marché Bonsecours ne sont pas

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satisfaits du réglement. Ils viennent, par une requête, de demander au conseil d’étendre ce principe prohibitif à ses dernières conséquences. Et la corporation, une fois embarquée dans cette voie, ne sachant plus ou s’arrêter, va sans doute acquiescer à leur demande en prohibant, d’un seul trait de plume, tous les étaux privés et défendre le commerce des viandes ailleurs que dans les marchés publics ! (1)

Peut-on supposer des idées plus étroites en fait d’économie politique ?

Les étaux privés sont d’une grande utilité publique et même nécssaires dans toutes les grandes villes, parceque ceux qui sont éloignés des marchés peuvent, sans perte de temps, se procurer à leurs portes ce dont ils ont besoin.

La corporation appliquant le même principe de la prohibition aux autres branches de commerce, devrait faire bâtir des magasins sur la rue Craig, et défendre à tous les marchands de vendre des marchandises ailleurs que dans ses magasins, sous les peines les plus rigoureuses. Pourquoi pas ? Le principe est déjà mis en pratique pour la viande. Allons, messieurs les conseillers, ne faites donc pas l’ouvrage à demi, accomplissez votre œuvre !

L’autre fait est un acte de notre législature par

seil,recommandant l’adoption de cette mesure et ce rapport doit-être pris en considération dans la prochaine séance du conseil.

exclusivement d’exiger jusqu’à 8 p. 00 d’intérêt sur tout l’argent qu’elle prêtera sur des biens-fonds, tandis que les lois usuraires ne permettent à aucun autre capitaliste d’exiger plus de 6 p. 00. C’est le monopole s’exerçant sous l’égide des lois du pays et prouvant peu en faveur des connaissances usuelles de la majorité de notre chambre d’assemblée.

Je n’ajoute pas de commentaires à ces deux traits de nos hommes publics ; ils parlent le langage des faits et font voir jusqu’à quel point nous avons besoin de connaissances pour nous guider sur de pareils sujets.

Nous avons jusqu’à présent trop négligé l’éducation commerciale dans nos maisons d’éducation supérieure tout aussi bien que dans nos écoles primaires. Il serait temps de lui dévouer un peu plus d'attention que nous ne l’avons fait par le passé. C’est aux hommes qui s’intéressent à l’instruction publique qu’est dévolue la tâche de réformer notre mode d’enseignement sur ce sujet. C’est aux jeunes hommes qui se livrent aux études, à ne négliger aucune occasion d’acquérir des connaissances ui leur seront, plus tard, d’une utilité inappréciable, même indispensable s’ils ne veulent pas être inférieurs aux hommes d’affaires des autres pays. Qu'ils y songent donc et que rien ne les arrêtent dans la poursuite d’une œuvre aussi éminemment utile pour eux et pour leur pays.

Quant aux moyens de nous procurer une bonne éducation commerciale, ils sont bien simplesetilne Æ ‘1

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La première chose qu’il faudrait faire serait Ja “e publication d’un bon ouvrage sur toutes les opéra- À ‘“<c tions commerciales, afin d’en bien faire comprendre e

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la nature et le but. Dans les écoles modèles et dans nos colléges, l’on devrait donner un cours régulier et pratique sur cette branche d’éducation, comme la chose se fait avec beaucoup de succès aux Etats-Unis, en Angleterre et en France. Ces deux choses me paraissent d’une absolue nécessité si nous voulons faire quelque rrogrès.

Mais, c’est une fois que la jeunesse est sortie des maisons d’éducation qu’il faut l’engager à se livrer aux études sérieuses et utiles de l’économie politique. C’est dans des réunions comme celles qu’offre l’Institut-Canadien à la jeunesse de notre ville qu’elle trouvera les moyens de compléter son éducation, en prenant part à la lecture des journaux et des livres de sa bibliothèque, aux essais, aux discussions et aux travaux intellectuels de tous genres qu’enfantent une réunion de jeunes hommes aux aptitudes diverses et aux talents plus ou moins briilants.

Jeunes hommes de l’Institut, à qui je m’adresse plus particulièrement, en terminant ce sujet, si j’avais un conseil à vous donner, je dirais: ‘‘ laissez, ‘ laissez de côté autant que possible la lecture des ‘“ ouvrages légers pour vous plonger dans des ‘ études plus sérieuses. Ne lisez de romans et ‘ autres écrits de ce geure que juste ce qu’il vous ‘en faudra pour délasser votre intellect fatigué de ‘ Jectures plus arides, moins séduisantes.

‘ Ouvrez cette bibliothèque sur les rayons de ‘“ laquelle j’apperçois déjà tant d’ouvrages utiles ‘ que nous négligeons un peu trop, malheureuse- ‘ ment, il faut l’avouer. Prenez de temps à autre ‘ et tour à tour, J.-B. Say, Adam Smith, Joseph ‘ Garnier, Blanqui, Garnier-Pagès, le dictionaire ‘ de la conversation, le cours complet d’opérations ‘ commerciales, le dictionnaire de l’industrie com- ‘“ merciale, agricole et manufacturière, et quelques

‘6 autres de ces excellents livres où vous puiserez ‘ des renseignements qui vous serviront dans toutes ‘€ vos relations publiques et privées avec le monde.

‘ N’imitez pas la conduite de Pierre le Sot qui ‘ s’en allait chercher un héritage et qui avait une ‘ telle peur de l’eau qu’il ne put se résoudre à pas- ‘ ser une rivière qu’il lui fallait traverser. Vous ‘* savez, ou vous ne savez pas, que Pierre le Sot s’é- ‘€ tait assis au bord de la grève tant il avait peur de ‘6 se noyer.

‘€ Quelqu’un lui ayant demandé ce qu’il fesait là, “€ il répondit tout bonnement : j’attends que l’eau ait ‘€ fini de passer pour traverser la rivière.

‘ Jeunes amis, le temps passe, n’attendez pas ‘ que les connaissances viennent à vous, mais allez ‘6 à leur recherche.

‘6 Faites vous violence un peu, si vous n’avez ‘€ pas un goût particulier pour des études graves; ‘€ montrez un peu de bonne volonté, persistez, et ‘€ bientôt les jouissances réelles, durables, de plus ‘° en plus vivaces que vous retirerez de la lecture ‘ de ces ouvrages, vous compenseront amplement ‘ de la perte de quelques jouissances passagères ‘ que vous pourriez retirer de la lecture d’auteurs ‘€ Jégers et dont le souvenir passe comme ces bru- ‘ mes que le soleil d’un matin dissipe et fait dispa- ‘6 raître.??

Voilà, messieurs, quelques uns des moyens de nous procurer et de perfectionner l’éducation commerciale dont nous avons grand besoin. Ne l’oublions pas et disons avec Quesnay et Say:

‘ Que la nation soit instruite des lois générales de l’or- ‘ dre naturel qui constituent évidemment les sociétés.”

© QUESNAY, 1lème maxime.

‘ Et l’on verra moins souvent l’affligeant spectacle de

‘ ces sottises, de ces faussses opérations, si fatales au bon-

‘ heur des particuliers et à la prospérité des nations.” J. B. Say.

puiserez ins toutes e monde.

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B. Say.

Mesdames et Messieurs,

Un cultivateur était un jour occupé à percer plusieurs trous de tarrière dans le côté de sa grange, lorsque l’un de ses voisins s’approchant de lui, lui demanda,—mais mon ami Jean, que fais-tu donc là ?

—J’ai tellement rempli ma grange, répondit-il, qu’il y fait noir comme la nuit et je voudrais faire entrer le jour par ces petits trous, afin d’y travailler pius commodément.

Si dans le cours de l’essai sur le commerce, que vous venez d’entendre lire, j’ai pu, moi aussi, percer un tout petit trou, dans la grande voûte qni enveloppe les intelligences, pour y faire pénétrer un trait de lumière, un rayon du soleil des connaiïssances utiles, je m’estimerai heureux de mon travail, tout en espérant que d’autres ouvriers plus habiles que moi viendront agrandir de plus en plus les ouvertures par lesquelles les lumières sont destinées à remplacer les ténèbres.

La partie de cet essai, traitant du projet de bâtir un

Institut-Canadien a été retranchée d’ici et intercalée dans Particle: [nstitut-Canadien en 1852, page 7.

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