REMINISCENCES
Plusieurs se sont étonnés, apparemment avec quelque raison, que la capitale du Canada, centre intellectuel presque autant que politique, et séjour permanent d’une élite de Canadiens-Français auxquels un dieu, tantôt conservateur et tantôt libéral, fait des loisirs, n'ait jamais eu de revue frençaise.
Cette lacune est, rait-il, à la veille de se combler, et c'est à l'Institut Canadien principalement qu’en reviendra l'honneur.
Ils sont nombreux et variés les services excellents que notre Institut a rendus à ln population canadienne de la Capitale. Depuis sa fondation, en 1852, il a été de toutes nos luttes pationales. Pas un effort sérieux ne s’est fait pour la revendication ou le maintien de nos droits, à Ottawa, auquel il n'ait pris une large part. Dans toutes les batuilles auxquelles nous nous sommes trouvés mêlés, on pouvait voir, aux que rangs, flotter son panache tricolore. Il s’est trouvé
nos défaites, quelque fois; à nos succès, toujours.
Tous les raliements des Canadiens de la Vallée de l'Outaouais se préparaient, se murissaient, autrefois, à l'Institut. Tous leurs grands mouvements nationaux en sont partis.
Là s’est élaboré, en dehors de la politique militante, en autant que la chose est possible au Canada, discrétement, en petit comité, la die de la plupart de nos hommes publics, maires d'Ottawa (1) et députés. Joseph Tassé lui doit son mandat fédéral; M. Belcourt l’adhésion de maint conservateurs indécis.
(1) Voici la liste des maires français d'Ottawa :— J. B. Turgeon, maire de la municipalité de By-Town, 1853, Eugène Martineau, 1872-1873: Dr. Pierre Saint-Jean, 18823 : Olivier Durocher, 1892-93 ; Thomas Payment, 1899-1900, La charte municipale de la ville date de 1855.
C'est que l’Institut d'Ottawa représente, personifie le peuple; et qu'en dehors du peuple il n'y a guère ici-bas de forces humaines saines .et durables, Quand les institutions de création violente ont fait leur temps et disparaissent dans le sang ou dans la boue, le peuple demeure.
Dans un pays libre, le peuple c’est le monde à l'état naturel.
Il y a quelqu'un, disait-on, au dixhuitième siècle, qui a plus d'esprit que Voltaire—c’est tout le monde. Il y a quelqu'un aussi, Vi est plus avisé que le premier ministre: qui est plus grand lévislateur que Lycurgue ; qui sait mieux que Platon quelle république lui convient ; qui est meilleur patriote que Papineau; qui a plus de sagesse que Solomon ; qui sait mieux vaincre que l’armée du roi de Prusse : qui est plus puissant que Napoléon ; qui, à de certaines époques de l’histoire, quand la mesure des privilèges, des abus, des empiètements, des iniquités est remplie et déborde, sait faire demander merci aux superbes qui se mettaient au dessus des lois humaines; qui est, dans sa colère, plus redoutable et plus altéré de sang que les divinités vengeresses de l'antiquité païenne ; qui, aux temps messianiques, s’est montré plus clairvoyant et plus humain que les Docteurs de la Synagogue ; qui est, à la surface. plus mobile qu? le miroir des eaux et, au fond, plus permanent que les pyramides d'Egypte; c'est, quand il rentre dans la possession de ses libertés et de ses droits naturels, le peuple, tout le monde.
La population française de By-Town se trouvait, au milieu du siècle dernier, dans une situation assez difficile. Jæœ Montferrand n'était plus là pour la défendre contre les Chéneurs, les Irlandais et autres assommeurs en goguette ; les forts à bras de Sorel se faisaient de plus en plus rares, et les trois nationalités, anglaise, irlandaise et canadienne, qui se partagent aujourd’hui la capitale, commençaient, dès lors, à Intter pour la prépondérance. A l’occasion, Anglais et Irlandais, tout comme aujourd’hni, s’unissaient pour accabler les nôtres.
Pas plus en ce temps-là qu’en celui-ci, d'ailleurs, les prétextes ne manquaient. Celui qu'on trouva, en 1851, fut d'exclure les Canadiens-Français d'un cabinet de lecture que les citoyens venaient de fonder en commun
L'Acte d'indemnité de 1849, qui rendait, quoique tardivement, justice aux Patriotes de 1837 et 1838, avait exaspéré messieurs les Anglais de l'Ontario.
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Les Canadiens-Français de By-Town n'avaient en ce temps-là ni alliés, ni chefs. En revanche, ils avaient la Saint- Jeun Baptiste, que Duvernay venait de fonder.
S'inspirant de la Saint-Jenn Baptiste de Montréal, ils fondèrent l’Institut Canadien d'Ottaws.
L'Institut Canadien d'Ottawa est l'œuvre des nôtres, menacés 2 provoqués; c'est In pensée du peuple se revêtant d'une forme imposante ; c'est Minerve sortant armée du cerveau et du cœur de la divinité protectrice des Canadiens- Français de l'Ontario.
Son premier président fut J. B. Turgeon. (1) |
s membres se composèrent d'abord de tout ce que By- Town comptait de Canadiens-Français. Plusieurs parmi eux savaient lire ; quelques-uns pouvaient écrire,
(1) Voici, du mieux qu'il m'a été pessible de la reconstieuer, la liste des présidents de l’Institut Canadien, depuis sa fondatien :
ANNÉE NOMs ANNÉE Noms 1852 J. B. Turgeon 1884-85 Dr L. C. l’révost. 1853 Dr J. C, Trottier de Beaubien 1885-86 F.R. E, Campeau, Revenu 1853 JT. B. ‘urgeon de l'Intérieur 1854 John P-nassina 1886-87 F.R. LE. Campeau, Revenu 1855 Dr [. ©. Trottier de Beaubien de l'Intérieur 1856 P. Comte 1887-88 S. Drapeau, décédé 1857 2 av. Dr [. C. T. de Beaubien 1888-89 S. Drapeau, décédé 1857 8vet.J. B Richer 188c-90 E,F, É. Roy, décédé 1858 r J. C. T. de Beaubien 1890-01 E. F, E. Roy décédé 1859 Dr Saint-Jean 1891-02 À, Gobeil, Travaux Publics 1860 Dr Kiel 1892-93 A. Gobeil, Travaux Publics 1861 P. Comte 1893-94 Edouard Aubé, 1862 Dr Saint-Jean 1893-94 DrF. X. Valade, pour com- 1863 Dr Riel pee le terme.
1864 Dr Saint-Jean 1894-95 Dr F. X. V'alade 1865 J. B. Turgeon 1895.96 DrF. X. Valade 1866 Dr Saint-Jean 1896-97 A. A. Taillon. Banquier 1868 J. W. Peachy 1897-08 F.R. E. Campeau Fonction- 1870 Stanislas Drapeau naire public 1871-2 Eugène Dorion, décédé 1898-99 S. Lelièvre, Conseil Privé - 1872-73 Joseph Tassé, décédé .—— 1899-1900 S. Lelièvre démissionne avant 1874-75 Benjamin Sulte, Emp. Civil la fin de son terme
en retraite 1900-1901 T. G. Coursoiles, pour com- 1875-76 Benjamin Sulte, Emp. Civil pléter l'exercice
en retraite 1900-1901 B. Suite
1876-77 Alph. Benoit, Milice et Déf 1901-1902 À. Charron 1877-78 Alph. Benoit, Milice et Déf. 1902-03 A. Charron
1878-79 A. Laperrière, décédé 1903-04 A. Lemieux, Avocat
1879-80 A. Laperrière, décédé 1904-05 S. Genest, Employé Civil 1880-81 Pascal Poirier, Sénateur . 1905-06 J. G. A. Barrette, fonction’re 1881-82 A. Lusignan, décédé me 1907-c$ Rodolphe Girard, Homme de 1882-83 L. A. Olivier, décédé lettres,
1883-84 Dr L. C, Prévost.
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Quand vint le temps de donner un nom à la nouvelle institution, on l’appela LF CERCLE LiTTÉRAIRE, sans nullement hésiter et sans demander aux sociétaires aucun brevêt de maîtres es-lettres. Le président savait lire et écrire, cela suffisait pour les besoins du moment. Messieurs les Anglais auraient, tout seuls, leur Cabinet de Lecture, soit : mais les Canadiens-Françuis auraient, eux, un Cercle Littéraire!
En quitiaut le Cabinet de Lecture, Turgeon avait dit à Powel et à ses autres amis anglais : le Cabinet de Lecture que nous allons fonder subsistera, lorsque le vôtre sera depuis longtemps oublié.
Suivons le Cercle Littéraire de 1852 dans ses avatars et et dans ses déplacemente successifs, et voyons jusqu'à quel point la prophétie de son premier président s'est réalisée.
Aussitôt la concorde rétablie entre les Anglais et les Français de la ville, lo Cercle Littéraire, qui n'avait plus sa raison d'être... littéraire, devint l'Institut Canadien, qu’il est encore aujourd'hui.
Ici se place un incident qui montre combien précaire était l'entente cordiale qui existait, à cette date, entre les deux nationalités principales qui constituaient le Canada- Uni, et combien mal fermées etaient encore les cicatrices laissées ouvertes par la rébellion de 1837-38,
Au greffe, on refusa d'enregistrer la charte: “Constitution et Réglements de l'Institut” parce qu'elle était redigée en langue française Pour leur forcer la main, il fallut l'intervention du grand patriote canadien-français, Sir Georges-Etienne Cartier.
84 premières réunions du nouvel Institut avaient eu lieu dans la maison des pompiers, depuis longtemps disparue, sise rue Cumberland. Cette maison des pompiers manquait de -.. décors, sinon de pompe. On démenage, quelque temps après, dans la salle du marché de la Basse-Ville, C'est là que furent jetés ‘18 fondements de la bibliothéque, et qu’un “ Cabinet de Lecture” fut crée. Vrai cabinet de lecture, où les ouvriers, le peuple, venaient entendre la lecture des journaux de Montréal et de Québec, que leur faisaient Turgeon, Triolie et ceux d’entre les membres qui savaient lire.
De In salle du marché, l'Institut démenages, au bout de la rue King, près de larivière Rideau, dans un vaste bâtiment lequel, après avoir originairement servi de moulin quelconque, avait été converti en salle de manœuvre, puis en une maison d'école.
—5ÿ— Et l'Institut prospérait toujours.
transformations. Le village de 1852 s'était fait ville, en 1855, avec charte et constitution; et ln ville elle-même allait devenir cité, en 1865, et prendre le non d'Ottawa, pour être la capitale d’un grand empire futur.
À cause du trop grand éloiynement, et aussi parce que le local ne convenait plus à la foule qui se portait de plus en
lus nombreuse aux séances hebdomadaires, l'institut, en 859, fit retour à la salle du marché de la Basse-Ville, plus convenable et beaucoup plus centrale.
Il s'y fit de grandes choses, durant cette seconde station de la rue York. gôuvernement d'Ontario, à la demande de M, Scott, aujourd’hui leader du Sénat, lui octroya une allocation annuelle de trois cents dollars, qui subaiste encore; l'empéreur Napoléon III, sur les instances du R. P. Tabaret, fondateur et premier supérieur de l’Université d'Ottawa, lui fit présent d'une collection de livres illustrés, soixante et douze volumes, cadeau digne d’une Mujesté Impériale; et la première gazette française publiée en Ontario, croyons-nous, le Courrier l'Outaouais, fut fondé sous ses auspices, en 1860.
C'est à cette époque, soit, en 1848, qu'Ottawa fut désigné pour devenir la capitale des Canada-Unis.
A la suite d’une incendie qui, en 1862, détruisit le mobilier, les archives et une partie de la bibliothéque, on démenagea de nouveau.
C'est rue Sussex, en face de l'évêché, que, cette fois-ci, on s'installa.
Jusqu'ici l'Institut avait été surtout à la peine ; il allait être, pour quelque temps, à l'honneur.
Son séjour de la rue Sussex a été la période lu plus féconde et, peut-être, la plus glorieuse de son existence. L'âme des Canadiens-Français s'était refugiée dans ses murs. Qui était le premier à l’Institet, dans ce temps-là, était aussi le premier parmi les Canadiens-Français d'Ottawa.
La suite de l’histoire de notre belle institution nationale est connue des contemporains : la fondation du superbe édifice en pierre de la rue York, en 1876; sa destruction par un incendie, en 1887 ; une existence flottante et imprécise, après 1887 ; et, finalement. son instaliation ici dans le Monument National, un des plus beaux et des plus somptueux édifices de ce genre qui existent au Canada,
By-Town, de son côté, avait également subi de profondes ,
= e La bâtisse de la rue Y.
aquise son zèle pour l'Institut, 1] départ pour Montréal, où la mort l'a
omme presque toutes les instit diennes-françaises, à l'exception, tout
aptismaux par le clergé catholique.
et le constant soutien.
toure d’une sollicitude xo éclairée.
hommes vraiment supérieurs,
ver pour avoir la permission
mes sur les p —Mais des jeunes gens, des é
me conviennent sont devant, et bien boutonnées depuis le
—Et l'opérette, hasarda Su Gran
— Attendez le deuxième acte, m président.
Au deuxième acte, le revois encore, et la comédie rep
ork dut son son existence lement aux efforts persévérants de feu Joseph Tassé, sou tour, fut redevable de son élection
À la Chambre des Communes, deux parlements durant, à la
popularité que lui avait en fut l'âme, jusqu'à son prématuréinent enlevé,
utions nationales cana- Baptiste, l’Institut Canadien d'Ottawa a été tenu sur les fonds Mgr Guigues, premier évêque d'Ottawa, Son successeur, n moins bienve
en fut le patron Mgr Duhamel, l’enillante et non moins
prit, énormement d'esprit. Plun souviennent. Comme tous les
il ne trouvait Pas mauvais que
d’autres, à l'occasion, en eussent aussi et s'en Un jour le directeur rt de l'Institut l’alla trou-
e Jouer une comédie dans laquelle il entrait des Personnages féminins,
—Je ne pe Pas vous autoriser à fa a
ire monter des femnches de l’Institut, fut sa
—Cela vous regarde. Quant à moi les seul
haut jusqu'a . Avant dec. retirer, M. Campeau, puis ue je l'ai nomme,
ans des opérettes,
deur, un peu intrigué, onseigneur, lui souflla le
le même chœur enleva
0 Carillon, je rit son cours ?
F Et c'est là votre opérette, demanda l'évêque au présient ?
—Oui, Monseigneur; des paroles entremélées de chant et de musique; une partie chantée et l'autre jouée.
—Je crois bien que c'est moi qui suis joué, murmura
l'évêque. Et souriant, de la meilleure grâce du monde, il resta Jusqu'à la fin de Ja comédie,
Une incident joliment du même genre, dont Mgr Duhamel fut le héros très spirituel, mais que j'hésite à rapporter, quoique ce ne fut pus l'évêque, cette fois-ci, qui fut Joué, permet, depuis une vingtaine d'années, à la dir
ection de représenter drames et comedies sur la scène de l'Institut, ou
lutot le tolère. C'est ce qui nous vaudra l'avantage, tout à ‘heure, d'assister à une première, œuvre de M. Girard, notre Président.
Le théâtre, sous tous ses aspects divers, à toujours fleuri, depuis qu'il est devenu
resarios. An elpomène et de Thalie.
Les auteurs dramatique, non plus, n'ont pas fait défaut.
Parmi ces derniers brille au premier rang Augustin Laperrière, le bon, le brave EPS ea Pour ne pas être destinée, peut-être, À pénétrer chez une postérité très reculée, son œuvre dramatique n'en a Pas moins eu son heure de
Célébrité locale.
C'était à l’époque où il n'était Pas encore permis de faire figurer des femmes sur le théâtre de l'Institut, Le public 18 dramatiques; et les grands
Campeau, Jules febvre,
collège, dont le repertoire, d'ailleurs, était épui ter à la fois et le public et les comédiens une idée géniale, ce fut de retoucher sur la scène française et d'en ter les
Cette opération, où il excellait, lui val matique.
Un soir qu'on représentait une pièce en vogue, les Pautres de Paris, affranchie de ges Personnages féminins, on put lire à l'affiche-
ms
LES PAUVRES DE PARIS Drame en cinq actes Mis EN PIÈCES PAR M. AUGUSTIN LAPERRIÈRE
Il y eut foule, ce soir-là, à l’Institut.
Pour confondre et faire tire les mauvais plaisants, Laperrière songen à composer un drame de son cru, une pièce canadienne, fleurant le terroir. Il fit la Cuverne de Wukefiieli.
A la représentation, quand l'acteur chargé du rôle principal, Falurdeau. dût pénétrer dans la enverne, il arriva que, soit que l'ouverture fut trop petite, on que Falardeau fut trop gros, il resta urrêté à mi-chemin, sans pouvoir ni remonter, ni descendre.
Il finit, cependant, par passer. Mais comme il lui fut impossible de remonter par le même chemin, la pièce se terminu sous terre. Ce fut un des plus éclatants succès dramatiques dont Ottawa se souvienne.
Les pièces à succès de l'Institut n'étaient pas seulement celles qu'on représentait sur la scène. Il y en eut d'improvisées, aux séances hebdomadaires du jeudi, qui mériteruient autant que les autres de passer à la postérité.
Les séances hebdomadaires terminées, c'était, au foyer, je veux dire à la salle commune, l'heure des bons mots, des anecdotes, des histoires. Parmi les conteurs, Oscar Mucdonald, le sypathique et spirituel fondateur du CANADA, que nous, ses amis, regrettons toujours, brillait au premier rang. }! avait uve verve plutôt caustique, quoique sans mauvaiseté, qui, le plus souvent emportait le morceau. Les victimes de ses bons mots malicieux étaient invariablement choisis parmi ses meilleurs amis.
Un soir qu'il raccontait une histoire bien drôlatique, il s’aperçut que ses auditeurs se dérobaient, l'un après l’autre, et passaient dans la salle voisine. Bientôt il n’en resta plus qu'un, Napoléon Boulay.
Il le saisit au collet.
—Tu vas rester ici à m'écouter, toi, au moins, mon in......isérable, et tu m’entendras jusqu’au bout.
Et tenant sa victime d’une main, et de l’autre gesticulant, il termina l’anecdote commencée.
Les rieurs, cette {ois-là encore, furent de son côté.
Les rieurs étaient invariablement du côté de Campeau et de Chateauvert—Chatenu, comme nous l’appelions—quand ils
Ve
improvisaivut quelques unes de leurs inénarrables fantaisies. Au nombre de celles-ci était ln préface obligato dont se terminaient nos soupers intimes et nos réunions d'amis. Cotte préface, chantée sur l'air liturgique, mais avec un refrain franvais, consistait à dire son fait à chacun des convives, dans un
Jatin de cuisine à mettre les marmitons dehors ; mais, en même
temps, assez limpide pour être compris par tout le monde.
Ce que personne n'eut osé dire en français, Campeau aidé de l'acolyte Chatenuvert, ou . hat ruvert escorté par Campeau, le chantait aux convives, en Int. . Personne n'était épargné. Mousseau, Secrétaire d'Etat, se trouvant, un soir, à l’une de nos réunions, se fit dire, ou plutôt chanter, en latin, tout ce que les employés de son ministère avaient de griefs à lui reprocher, et, en même temps, co qu'ils attendaient d'augmentations de lui. Peu de temps après, le ministre s'exécuta de bonne grâce.
L'Institut Canadien a donné naissance à plusieurs usages, qui sont devenus des institutions de premier ordre, à Ottawa, entre autres, ia fête aux huîtres.
Inaugurée vers 1870, cette fête subsiste encore, sans que la rareté extrême du bivalve et lu hausse du prix *emblent diminuer aucunement le nombre de ceux qui se pressent, chaque aunée, à ces agnpes ultru-fraternelles.
La fête aux huîtres est aux Cunadiens-Français d'Ottawa ce qu'est le diner du Lord Maire aux Anglais de Londres— une affaire nutiunale et internutionale. L'internationalisme consiste en ce que ministres fédéraux, sommités civiques, présidents des sociétés sœurs, étrangers de marque, de passage à Ottawa, y sont invités et s’y rendent.
Tout comme à Londres, on y boit et l'on y mange. Mais des huîtres comme les malpèques, les caraquettes et les bouctouches, je dirai avec la chanson: “Ils n’en ont pas en Angleterre.”
Tout comme à Londres on y fait des discours; mais, par EEE bien mieux que chez le Lord Maire, on s'y amuse.
’en sais quelque chose, puisque, aussi bien, j'étais Lord Maire, en 1881.
Ceci m'amène, et il y a longtemps que je cherchais un biais pour y arriver, à rappeler que moi aussi j'ai été président de l'Institut Canadien-Français d'Ottawa, et me fournit l’occasion, à la manière des grands conteurs classiques, Enée chez la veuve Didon, par exemple, de racconter mon épopée.
Infandum, regina, jubes renovare dolorem.
Troie était tombé : en d'autres termes, l'Institut n'était Us....,,.sur la rue Sussex : mais avait, depuis cinq ans, émenagé dans le magnifique édifice de la rue York.
Comme il arrive souvent, À l'enthousiasme qu'on avait Vu, quelques années auparavant, lorsque nous étions pauvrement logée, secouer la , >pulation canadienne jusqu'à lui faire
e grandes choses, avait succédé une indifférence, une apathie presque universelle, maintenant que nous avions pignon Sur vue et que nous logions dans un hotel somptueux,
Personne n'allait plus guère à l'Institut, excepté la
vieille garde, lusieurs causes avai jt contribué à en éloigner le public.
D'abord la politique s : était glissé par la porte d'à côté, Les libéraux boudaient soûs la tente d'Achille,
Ensuite, il s'étuit fait un triage—nous sommes au temps où les Custors tenaient encore les clefs du paradis—entre les bons et les méchants: entre les citoyens bien pensants et les autres.
Etaient citoyens bion bensants, tous ceux qui pensaient comme la classe ‘bien jus C'est lucide ce ogme-là,
faisaient pas œuvre de Castors—on les 2 aussi les mauvais catholiques. Ceux-là étaient condamnés aux ténèbres
siastique plus pre à enseigner à nos enfants les sciences et les lui sont étrangères, et s'il est, au surplus,
Lgie
dans un grand séminaire, s’il en ignore le premier mot, on m'avait, quoique Conservateur, c'est-à-dire orthodoxe et bon catholique, changé de classe. J'avais cessé d'être un citoyen
—Jamais, lui dis-je, sentant le poids lourd de mon indignité.
Il m'avous qu'à cause de la déseruon de plus en plus &rande du public, l'Institut s'en allait... ...à rien; et, ce qui
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était plus grave, se trouvait dans un sérieux embarras d'arent. Une commission d'hommes d'affaires—il y avait aussi l'Institut, en ce temps-là, les orthodoxes en affaires —que le Président avait chargé d'exuminer les finances, avait fait ve port que rien ne pouvait désormais sauver l'Institut que la liquidation (Textuel) Los dettes s'élevaiont, je crois, à près de six mille dollars-
Tassé m'explique qu'il serait désastreux pour le public, et surtout pour lui, que l'Institut tombât en ce moment-là. Personne ne voulait de ln présidence. J'etis son ani, je l'avais toujours été, je pouvais bien faire cela pour lui, dussais-je attacher non nom à la chute de l'Institut.
La perspective n'était Pas brillante. Mais ln vanité, la pensée que J'alluis devenir président de quelque chose aidant, J'acceptui. Sans enthousinsine et à deux conditions, toutes fois; c'est que sur les trezo membres dont se Composait le Conseil de direction, j'aurais le choix de sept; et que je pourrais inviter les méchants, les Canadiens mal-pensants, à faire retour à l'Institut.
J'eus carte blanche: or: m'accorda tout ce que je demandai, comme à quelqu'un qui va mourir.
Donc, Pour reprendre ma narration où je l'ai laissée, nous nous trouvions, à l'automne de 1881, autant de convives qu'en PouYait contenir la salle du festin de l'Institut, attablés de- Vant des pyramides de bouctouches et de malpèques,
mime l'assistance était non seulement nombreuse, mais choisie, je jubilais, j'exhultais L'encens des g'‘adeurs me montait capiteusemeut à la tête.
Malheureusement Pour moi, mes me!'leurs amis—cetto gente cst sans pitié—etaient aussi de la fête.
discours de Chapleau terminée, Sulte fut appelé à chanter. On savait qu'il avait composé une pièce de vers Pour la circonstance.
Voici, à titre d'échantillon, le Premier couplet de cette chanson, à laquelle on fit les honneurs du rappel. Elle avait pour titre: Notre Président.
Il est du pays
Du pays des hnitres, C'est là, mes amis,
Le plus beau d’ses titres.
Et cela se continuait six couplets durant.