EST
L'étiquette exige, quand on est chez soi, qu'on trouve ces horreurs-l pes à fussent-elles totalement idiotes, si on ne veut pas passer, aux yeux des convives et de ses amis, ur un manant. Je feignis de trouver la chose plaisante. ‘en fis même quelques mots, que j'estimai assez heureux. Christin, un autre de mes amis, croyant sans doute que tout cela me faisait réellement plaisir, se retira et revint, à la fin du souper, avec six autres couplets's’adaptant à un air connu, qu’il chanta de sa voix de Stentor--
3e COUPLET
Chacun fit ce qu'il savait faire :
Monsieur Chabot fit un discours ; Pinard a bien voulu se taire,
Et Poirier fit des calembourgs.
L'esprit que celui récite
À sa source dans un carton ;
Et les calembourgs qu'il débite Nous font douter de sa raison.
À toute chose il faut une mesure; tout vase a des limites à sa capacité.
J'avais été, il me semble, héroïque. Je devins bientôt pusillanime—un roseau m’abattit— voici à quelle occasion.
M. ser cette année-là, publia un volume de poésies intitulé Mes Vers.
Toutes nos gloires nationales y sont chantées. Une pièce me fut naturellement dediée, en ma qualité de Président de l’Institut Canadien-Frençais d'Ottawa. Voici comme elle commence. —
Mon cher Président, Sous ta présidence, L'Institut attend
Des jours d’abondance ; Bon ! Bon!
La faridondaine,
Gaie ! gaie!
Lu faridondé
Des jours d’abondance !.
Nous faisions précisement, à ce moment-là. des efforts surhumains pour parer à la banqueroute.
Le lundi après que la recueil de M. Bélanger eut paru, je reçus par la malle un dessin représentant une corne d'abondance, tenue par quelqu'un qui me “ressemblait comme un frére.” Au bas de la caricature se lisait le couplet que je viens de citer.
Le lundi suivant, nouveau dessin, nouveau couplet. Chaque lundi que le bon Dieu ramenait m'apportait une strophe nouvelle du poême de M. Bélanger, avec une caricature nouvelle. Cela dura autant de lundis que la pièce à mon adresse a de couplets, deux ou trois mois,
Je n'y tins plus; d'autant que mes tortionnaires m'étaïent tout a fait inconnus, et que, dans le tas de mes amis, je n'osais en désigner aucun, de peur 4e me tromper, quoique je les soupçonnasse tous.
Si je rapporte ces icidents intimes et personnels, ce n'est pas précisement pour me vanter: mais pour montrer à la génération présente ce qu'était l'Institut Canadien en 1881.
Lusignan, qui me suivit, et Olivier, et le Dr Provost, et les autres Dre re de cette période là, n’eurent pas la partie plus belle ; excepté que durant l’année de présidence de Lusignan (lui aussi n’en fit qu'une seule) l’Institut fut veritablement un cercle littéraire, et que sous les deux années de Prévost, ce fut le rendez-vous de tout ce que la capitale comptait de “ beaux esprits.”
L'événement particulier le plus considérable qui se soit passé à l’Institut e, sans contredit, le Cours d'histoire que tit Benjamin Sulte, durant l'hiver de 1882, et qu'il a publié ensuite sous le titre de Histoire des Énolisns Frans
Sulte raccontant, chantant l'épopée canadienne de l'ancien régime, est l’un des causeurs les plus puissants—rien du rhéteur ni du declamateur, chez-lui—qu'il m'a été donné d'entendre. Le tout Ottawa remplissait la salle de l’Institut, les jours de son cours d'histoire.
C'est à l’Institut que la jeunesse canadienne d'Ottawa, appartenant à la génération qui précéda celle-ci, est redevable de la fondation, en 1873, du Club des Débuts, école d’élocution où se sont formés et d'ou sont sortis plusieurs des premiers orateurs et desplus utiles citoyens de la capitale. Nommons Eventurel, Tassé, les deux Olivier, le Dr Valade, Edouard Beauset, Oscar MacDonald, Gobeil, Charles et Louis Tuché,* Globenski, Marier, Pigeon, Tetu, Dionne, pour n'éffleurer que le dessus de la corbeille.
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Elles sont positivement épiques les luttes parlementaires qui se sont livrées pour la possession et la retention du pouvoir, ministériel au Club des débats: car c'était une institution strictement parlementaire, avec un premier ministre et son cabinet d’uncôté ; unchef d'opposition et ses partisans, de l'autre, et un orateur tranchant tant soit peu de l’autocrate.
Toutes les ressourses, sauf l'argent, dont un gouvernement régulier et malhonnête sait disposer pour se maintenir au pouvoir, furent mises à contribution, au Club des débats.
On allait solliciter des recrues par tous les quartiers de la ville, en faveur de l’un ou de l’autre parti, tout comme on sollicite des votes à une élection politique. Les consciences étaient tiraillées sans merci. Tel chef de cabinet n’hésitait pas, pour detacher un membre inttuent du parti opposé, à taire miroiter à ses yeux les étincellements d’un portefeuille ministériel. Tel, un gouvernement fédéral ou provinciul.
Facilis descensus averni. Quand le Club fut dénoncé du haut de la chaire et finalement supprimé, vers 1878, plusieurs de ses membres étaient mûrs pour lu politique. A preuve, c'est que le dernier ministère s'était maintenu, trois mois durant au pouvoir, avec une minorité de votants pour l’appuyer.
Un fait que plusieurs ignorent et qu’il vaut Îa peine de rappeler, c'est que l'idée première de la Société Royale du Canada, fondée ensuite par Lord Lorne, a germé à l’Institut canadien &’Ottawa.
En 1877, à l'occasion du 25e anniversaire de la fondation de l’Institut, J. C. Taché, Joseph Tassé, Benjamin Sulte, Alphonse Benoit et quelque autres littérateurs de la capitale,fondèrent la Société Littéraire du Canada. Le but de cettesociété était de grouper tout ce que le Canada comptait décrivains de marque et de les mettre périodiquement en rapport les uns avec les autres, les réunions annuelles devant avoir lieu, à tour de rôle, dans l’une des grandes villes du Dominion.
La première réunion se tint à Ottawa. S'y rencontrèrent, ou en tous cas y furent invités, Chauveau, Buis, Legendre, Bourrassa, Faucher de Saint-Maurice, l'abbé Casgrain, Poisson, Néré Beauchemin, Frechette, Eventurel. Donnely, Marchand, DeCelles, Prud’homme, Nantel, Routhier, Provencher, Oscar Dun, Dansereau, Bellemare, David, Tremblay, Tarte, Tardivel, Gagnon, Gelinas, Levasseur, Prendergast, Chouinard, sans compter le contingent assez considérable fourni par Ottawa et les invités de langue anglaise. Chauveau présida la réunion.
Il serait nssez difficile, maloré les progrès que nous faisons, parait-il, dans les lettres, les sciences, et les beaux-arts, de rassembler, aujourd’hui, plus de talents incontestés, de former un groupe de Canadiens-Français plus brillant, que celui qai se réunit à l’Institut Canadien d'Ottawa, en 1877.
Le gouverneur général, frappé de l'éclat des lettres fran- Gaises au (‘anada, s’aboucha avec Faucher de Saint-Maurice ; et, avec le concours du gouvernement, fonda la Société Royale du Canada, sur le modèle ébauché de la Société Littéraire de l’Insticut-Canadien.
Et, désor ais, le nom de Lord Lorne sera porté sur les ailes des lettres Canadiennes,aussi longtemps que la langue an-
laise retentira dans l'enceinte du Parlement Fédéral, et que e doux parler de France, sera enseigné dans les écoles de la Province de Québec, c'est-à-dire aussi longtemps que durera le monde.
Ce que Lord Lorne x fait pour les lettres et les sciences, Lord Grey est en voie de le faire pour la musique et le théâtre. Les noms des deux nobles Lords iront ensemble à la postérité, à coté de celui de Richelieu, fondateur de l’Académie française.
Où en est aujourd'hui notre Institut Canadien ? Assurément il n’est pas mort, puisque, après plus d’un demi siècle de fécondité, il retrouve encore assez de vigueur pour lancer la première revue française publié en Ontario.
Mais il passe assurement à travers une crise dangereuse. Que ceux à qui ses destinées sont aujourd'hui confiés me permettent de leur appeler que l’Institut a ét‘ fondé par les Canadiens-Français d'Ottawa pour les Canadiens- Français d'Ottawa ; et que, s'il était bien démontré que l'intérêt des notres demande, par exemple, que le Monument National et l'Institut Canadien, qui, divisés s’affaiblissent mutuellement, enjarrivent au plus vite à une entente cordiale, peut-être serait-il non seulement de l'intérêt, mais du devoir des sociétaires de l'une et l'autre institution de se fusionner, afin de former ensemble la plus utile et la plus forte organisation nationale qui soit vue à Ottawa.
PASCAL POIRIER, (Ancien Président de l'Institut.