CHAPITRE Y
Mutilation de la liberté de l’Enseigoement supérieur
Retour offensif contre la liberté de renseignement supérieur. — Observations des évêques fondateurs. — Fonctionnement du jury mixte. — Loi du 18 mars 1880.. — Suppression du titre d'université, du jury mixte et des droits d’inscriptions.
Tandis que FUniversité libre de Paris poursuivait méthodiquement son organisation, ses développements furent brusquement arrêtés par un retour offensif de la puissance publique contre la liberté.
La loi du 12 juillet 1875, en accordant aux Français la liberté de l’enseignement supérieur, la leur avait déjà très parcimonieusement mesurée.
C’était encore trop aux yeux des partisans du pouvoir absolu de l’Etat ; trop surtout aux yeux des ennemis de la religion, qui voyaient, avec un dépit mal dissimulé, les progrès des Universités catholiques. Il fallait donc détruire, ou du moins réduire autant que possible, cette liberté rudimentaire. La loi du 18 mars 1880' y pourvut.
Ce mouvement de retour en arrière dans la voie du monopole avait commencé presque au lendemain du vote de la liberté .
La loi qui devait servir de charte aux Universités libres avait été comme le testament de l’Assemblée nationale. Six mois plus tard, cette Assemblée qu’animaient un esprit vraiment libéral et un souffle de. foi.
l’institut catholique de paris
faisait place aux deux Chambres instituées par la nouvelle constitution républicaine.
La Chambre des députés, élue en février 1876, comptait une majorité animée de sentiments peu favorables aux dispositions libérales de la loi.
Aussi, huit mois à peine après le vote du régime de la liberté, le nouveau ministre de l’Instruction publique, M. Waddington, par un brusque mouvement de recul, proposa l’abrogation des articles 13 et 14 de la loi du 12 juillet 1875, qui consacraient la collation des grades par un jury mixte. Ce jury était une bien faible concession faite à la liberté. Elle était encore trop grande. Le gouvernement continuait à tenir le droit de conférer les grades comme un droit régalien, et il affectait d’y voir une garantie d’ordre public dont l’Etat ne pouvait se dessaisir sans faillir h son devoir envers la société.
Aussitôt, les évêques fondateurs se réunirent en assemblée générale, à Paris, le 29 mars 1876, pour examiner la situation qu’une telle menace créait aux Universités libres.
Ils décidèrent qu’une démarche officieuse serait faite, en leur nom, par une commission de prélats, auprès de M. Dufaure, président du Conseil et ministre de la Justice et des Cultes, pour lui représenter la gravité de l’atteinte que le projet porterait aux Facultés libres, du tort qu’il causerait aux étudiants et à leurs familles, et de l’injure qu’il ferait aux professeurs de l’enseignement libre (1).
Les cardinaux de Bonnechose et Guibert allèrent, en effet, exposer au Président du Conseil les inconvénients du projet de M. Waddington.
Ils déposèrent entre ses mains, le 30 mars, des Obser-