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CHAPITRE IV

Création d’un Séminaire universitaire

Nécessité d’un Séminaire universitaire. — Transformation de l’École des Carmes. — Coup d’œil rétrospectif sur cette École. — Contrat entre les Évêques et le Supérieur général de Saint-Sulpice pour la direction du Séminaire. — Supérieurs et Directeurs. — Développements du Séminaire des Carmes.

L’om^erture d’une Ecole de théologie, que l’on espérait voir bientôt changée en Faculté, entraînait une autre création : celle d’un Séminaire universitaire.

Aussi les évêques s’en préoccupèrent-ils en même temps. Dans leur réunion des 30 et 31 janvier 1878, ils examinèrent longuement sur quelles bases il conviendrait d’asseoir le Séminaire supérieur, et surtout comment on pourrait en assurer le recrutement sans affaiblir leurs séminaires diocésains, qu’ils voulaient maintenir dans leur plein fonctionnement.

La discussion fut ramenée, dans les assemblées suivantes, sur ce point essentiel du recrutement. Elle fut toujours empreinte d’un sincère désir de favoriser les études théologiques dans le jeune clergé; pourtant jamais elle n’aboutit à une résolution nette, ni à un engagement formel de la part des évêques d’entretenir régulièrement un certain nombre d’étudiants à l’École de théologie. L’avenir de l’École fut donc remis au bon vouloir de chacun des évêques, qui auraient à s’inspirer des

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possibilités et des circonstances locales. C’était évidemment un point faible dans la constitution du nouvel organisme.

La création du Séminaire ne présentait par elle-même aucune difficulté . Il suffisait de transformer l’Ecole des Carmes, depuis longtemps existante, et de lui donner une nouvelle direction plus en harmonie avec celle des autres séminaires de France et avec le but désormais poursuivi.

C’est ce qui eut lieu.

L’École des Carmes fut fondue, au point de vue de l’enseignement, dans la nouvelle Université . Elle pouvait contenir environ soixante-quinze étudiants ; les évêques assignèrent les premières places aux étudiants en théologie, estimant qu’il suffirait, pour les débuts, de leur en réserver un tiers ; les élèves de lettres et de sciences pourraient continuer à occuper les deux autres tiers.

L’École des Carmes perdait donc son autonomie comme école ; mais en donnant naissance au Séminaire supérieur, elle disparaissait dans une auréole de gloire.

Elle laissait derrière elle un souvenir impérissable. Elle jouissait d’un grand renom dans les milieux scientifiques et littéraires, et avait rendu d’éminents services au clergé de France. Plusieurs de ses anciens élèves honoraient l’épiscopat français, et elle avait préparé l’avènement de l’Université libre, qui en avait été en quelque sorte le développement et le couronnement naturel.

« Elle sembla providentiellement destinée à devenir pour nos collèges catholiques, une pépinière de maîtres distingués. Elle le fut en effet; car les vingt-neuf années qu’elle garda son autonomie, elle donna plus de deux cents licenciés ecclésiastiques à l’enseignement. C’était peu de chose assurément pour tant de collèges ; mais c’était assez pour créer un mouvement d’études dans le

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clergé, pour introduire dans l’enseignement la connaissance de bonnes méthodes et pour faire sentir que la liberté de l’enseignement supérieur serait le juste complément de la liberté de l’enseignement secondaire (1). »

Les destinées de cette Ecole furent trop intimement liées à celles de l’Université naissante pour que nous n’en rappelions pas ici brièvement l’intéressante histoire.

Ce fut le 5 novembre 1845 que l’École des Hautes Études ecclésiastiques, fondée par Mgr Affre, archevêque de Paris, prit possession du couvent de la rue de Yaugirard, avec M. l’abbé Gruice pour supérieur (2).

L’École ne comprenait d’abord que des étudiants ecclésiastiques, venus pour se préparer à la licence ès lettres et ès sciences.

Bientôt Mgr Sibour autorisa l’adjonction d’une section pour de jeunes laïques qui voudraient se préparer aux écoles de l’État.

L’abbé Gruice était secondé dans la direction de X Ecole ecclésiastique par l’abbé François Hugonin, et, dans la direction de X Ecole préparatoire, par l’abbé Louis Isoard.

Ges trois prêtres distingués étaient destinés à occuper plus tard trois sièges épiscopaux : M. Gruice, celui de Marseille, M. Hugonin, celui de Bayeux, et M. Isoard, celui d’Annecy.

En 1862, M. Gruice ayant été élevé à l’épiscopat, M. Hugonin prit la direction de l’École ecclésiastique, et M. Isoard, celle de l’École préparatoire.

En 1866, M. l’abbé Thénon, ancien élève de l’École normale supérieure et de l’École d’Athènes, succédait à

1. J. Guibert, Le Cinquantenaire de la loi de 1850 , Revue du Clergé français , 15 décembre 1899.

2. Mgr Foulon, Discours à la séance solennelle de rentrée de l’Institut catholique, 19 novembre 1884. — P. Pisani, La Maison des Carmes , Poussielgue, 1891.

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M. Isoard ; et, bientôt après, par suite de la nomination de M. Hugonin au siège épiscopal de Bayeux, il était placé simultanément à la tête de l’Ecole ecclésiastique (1er mai 1867).

Moins de dix -huit mois plus tard, en octobre 1868, il laissait la direction de l’Ecole ecclésiastique à M. l’abbé Maricourt, précédemment professeur au collège de Juilly, et se consacrait exclusivement à l’Ecole préparatoire, à laquelle il avait joint un externat de sa création, qu’il nomma Y École Bossuet.

Pendarit l’année terrible, 1870, M. Maricourt s’était retiré en province et M. Thénon était resté seul dans la maison des Carmes. A la rentrée qui suivit, M. Maricourt fut relevé de ses fonctions ; M. Thénon reprit la direction de l’Ecole ecclésiastique, et l’Ecole préparatoire disparut, cédant la place à l’Ecole Bossuet, qui occupait toute la partie des bâtiments situés sur la rue de Yaugirard.

C’est là que le trouva la loi du 12 juillet 1875, qui autorisait la liberté de l’enseignement supérieur. Lorsque le cardinal Guibert eut assigné à la future Université les locaux qu’il occupait, M. Thénon se vit dans la nécessité de transférer ailleurs son Ecole Bossuet ; il fut assez heureux pour trouver une bonne installation dans le voisinage, rue Madame.

Quant à l’Ecole des Carmes, un savant ecclésiastique qui, depuis longtemps, y professait la littérature française, M. l’abbé Ledein, en prit la direction. L’Etat qui, depuis l’origine, lui accordait une subvention, cessa dès lors de la soutenir, et l’année suivante elle fut adoptée et subventionnée par l’Université catholique. M. Ledein continua à diriger cette Ecole pendant les trois premières aimées de la formation de l’Université, sans qu’il y eut de frontières bien délimitées, sur le terrain de l’enseignement, entre ses attributions et celles du nou-

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veau corps enseignant. Les étudiants de l’École relevant tout à la fois de l’un et de l’autre, cette- situation avait un caractère d’indétermination qui s’expliquait par la succession des faits, mais qui n’aurait pu se prolonger sans malaise.

Aussi, en 1878, quand les évêques décrétèrent la fondation d’une École de théologie et, comme suite, édite d’un Séminaire universitaire, les positions se tranchèrent d’elles-mêmes. M. Ledein fut relevé de ses fonctions de directeur et nommé curé de Saint- Jean- Saint-François, d’où il passa, en 1883, à la cure de Saint-Pierre de- Chaillot. C’est alors que l’École des Carmes fut remplacée par le Séminaire constitué dans d’autres conditions.

Au moment de la rentrée d’octobre 1878, la direction de ce Séminaire universitaire fuit confiée par les évêques à la Compagnie de Saint-Sulpice. Un contrat fut passé à cet effet, le 31 janvier 1879, au nom des évêques fondateurs, entre Mgr Richard, archevêque de Larissa, coadjuteur du cardinal Guibert, et M. l’abbé Icard, supérieur général de la Société.

Aux termes de ce contrat, « le Supérieur de Saint- Sulpice est chargé de la direction spirituelle et disciplinaire du Séminaire interne de l’Université catholique de Paris, appelé communément Séminaire des Carmes. Il appliquera à cette direction trois membres de* sa Compagnie. Le nombre des directeurs serait augmenté plus tard si le besoin s’en faisait sentir au jugement de Nos Seigneurs les Evêques. Il ne sera pas tenu de fournir des professeurs pour les cours de l’École, ni pour des conférences sur les matières théologiques, scientifiques ou littéraires,

« On recevra dans le Séminaire interne de l’Université, avec les ecclésiastiques qui doivent suivre les cours supérieurs de théologie, ceux qui suivront les cours des

Facultés des sciences et des lettres. Ils devront tous être présentés ou agréés par leurs évêques respectifs. »

Cette nouvelle organisation eut pour effet de fermer désormais la maison à quelques jeunes laïcs qui, jusquelà, y avaient trouvé le gîte et le couvert. La situation si intéressante de ces jeunes gens, et le désir exprimé par leurs parents de les placer sous une surveillance ou une direction paternelle, firent ouvrir dès ce moment les yeux aux administrateurs de l’Université sur l’utilité que présenterait une maison de famille aménagée à leur usage. Toutefois cette idée n’eut pas de suite à ce moment, elle ne devait se réaliser que quelques années plus tard.

Le premier supérieur du Séminaire fut M. l’abbé Monier, ancien professeur de théologie au grand séminaire de Metz, qui le dirigea de la rentrée d’octobre 1878 à celle de 1897. Il dirigea depuis le séminaire de Saint- Jean, que M. Captier avait fondé spécialement pour les aspirants à la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Cette maison, qui formait une des meilleures sources de recrutement des cours de l’Institut catholique, fut supprimée par la Compagnie en 1905, à la suite des mesures de proscription prises par le président du cabinet des ministres, M. Combes.

M. Monier eut pour successeur, à la tête du Séminaire des Carmes, M. l’abbé Guibert, ancien élève de l’Institut, chanoine honoraire de Luçon, précédemment professeur de sciences au séminaire philosophique d’Issy.

Depuis la création du Séminaire, les deux supérieurs furent assistés, dans la direction, par MM. les abbés deFoville, Charrier, Birot, Farges, Bettembourg, Guillemon, Ollive et Roger, plus spécialement chargés du soin de la chapelle ou de l’économat.

Sous leur sage conduite, le Séminaire des Carmes ne

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cessa de croître, jusqu’au jour où il atteignit son plus haut développement. En 1878, il comptait environ 35 étudiants ; dès 1882, il en avait 43, et, d’année en année, il s’éleva jusqu’à 76, chiffre maximum qui puisse trouver place dans ses cellules et qui est demeuré constant.

Nous verrons plus tard comment l’accroissement du nombre des étudiants ecclésiastiques amènera les évêques à fonder, en 1899, un second Séminaire universitaire sur le modèle de celui des Carmes.

Les souvenirs de l’ancienne Ecole furent religieusement conservés dans le Séminaire. Les portraits de Mgr Cruice, de Mgr Hugonin, de M. Thénon et de M. Ledein, peints par les soins de M. l’abbé Monier, décorent aujourd’hui le réfectoire commun et rappellent sans cesse aux étudiants les nobles traditions de l’Ecole qui les a précédés. Le portrait de M. Monier est venu s’y ajouter depuis. Le parloir du Séminaire s’est aussi embelli, par les soins de M. l’abbé Guibert, de celui de Mgr d’Hulst et de celui, d’après Bonnat, de l’éminent cardinal Lavigerie, qui fut l’un des premiers élèves et la plus haute illustration de l’ancienne Ecole des Carmes.

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