CHAPITRE PREMIER
Fondation de l’Université catholique.
Conquête de la liberté de l’enseignement supérieur. - Loi du 12 juillet 1875. — Création de l’Université catholique de Paris. — Évêques fondateurs. — Ouverture de trois Facultés de Droit, de Lettres et de Sciences. — Inauguration.
Par la création de T Université napoléonienne, en 1806, l’État français avait monopolisé à son profit tout l’enseignement national : l’enseignement supérieur, donné dans les Facultés, l’enseignement secondaire, donné dans les lycées et les collèges, et l’enseignement primaire, donné dans les écoles populaires. Aucune part n’avait été faite à la liberté : Église, pères de famille, citoyens, tous devaient courber la tète sous le même niveau d’acier. L’enfant était devenu la chose de l’État ; l’État s’arrogeait le droit de le soustraire à la direction morale de ses parents et de l’élever à son profit et suivant ses principes.
Longtemps la France maîtrisée subit en silence ce
joug humiliant. Mais peu à peu, à mesure que l’expérience prouvait à quel point la noble tâche de l’éducation avait dévié de son véritable but, le sentiment de la liberté se réveilla dans les cœurs.
De toutes parts, sous la Restauration, s’élevèrent des gémissements et des plaintes ; on signalait, au sein de la jeunesse, l’affaiblissement des idées, l’amoindrissement de la foi, la perversion des mœurs et l’effacement des caractères.
Sans doute l’instruction n’était pas négligée, loin de là. Peut-être même, à aucune autre époque, n’y avait-on apporté plus de soins et de dévouement ; jamais l’État n’y avait consacré plus d’argent, jamais il n’avait eu à son service plus d’hommes de science et de mérite.
Mais au cœur du système se cachait le ver rongeur ; l’Université, sans concurrent ni contrôle, avait méconnu les conditions nécessaires de l’éducation véritable.
Le monopole avait fait ses preuves, il était jugé et condamné. Le monopole, loin d’être un instrument de progrès, paralysait l’esprit d’initiative et privait les intelligences de la salutaire influence de l’émulation, il dépouillait le père de famille de son droit sacré sur l’éducation de ses enfants, il investissait l’État d’une mission qui ne lui appartient pas, il amoindrissait la liberté des citoyens, et réduisait toujours de plus en plus le rôle de la religion au détriment des croyances.
Les catholiques, qui étaient les plus intéressés à la suppression de ce monopole, inscrivirent la liberté d’enseignement comme l’un des points essentiels de leurs revendications. Bien conduits à la bataille par des chefs habiles, et soutenus par l’opinion publique, ils finirent par faire brèche dans le monopole de l’Etat.
Deux dates célèbres, 1833 et 1850, marquèrent les deux premières étapes de leur conquête, la première,
FONDATION DE l’ UNIVERSITÉ CATHOLIQUE
sur le terrain de l’enseignement primaire, et la seconde, sur celui de l’enseignement secondaire.
C’était beaucoup : ce n’était pas assez. Ces deux pre^ mières conquêtes, bien qu’ayant rapidement produit de salutaires effets dans la population française ne pouvaient arriver à porter tous leurs fruits qu’autant que le système de liberté se compléterait. La liberté de renseignement supérieur s’imposait donc comme couronnement nécessaire de la liberté des deux premiers ordres d’enseignement.
Après la loi de 1850, les catholiques firent dans ce sens un premier effort qui resta sans résultat. Puis s’abandonnant, après le coup d’État, à une confiance excessive dans les flatteuses promesses de l’empereur, ils laissèrent sommeiller le projet, jusqu’au jour où les nouveaux attentats de la franc-maçonnerie contre la religion de la jeunesse et contre la souveraineté temporelle du Pape les firent sortir de leur quiétude, et les forcèrent de s’organiser et d’agir.
En 1866, une fille était née à la franc-maçonnerie, fille d’abord cachée, puis ouvertement reconnue, la Ligue de V Enseignement , duF.'.Macé. L’évêque patriote qui occupait alors le siège épiscopal de Metz, Mgr Dupont des Loges, fut le premier à saisir ses intentions habilement dissimulées. Elle se dépensait, en effet, à ses débuts, avec une extrême ardeur, en apparence, pour répandre l’instruction, en réalité, pour faire pénétrer partout les principes maçonniques et détruire la foi chrétienne. L’évêque eut le courage de la démasquer dans une lettre pastorale de 1868, qui eut un immense retentissement, et qui ramena l’attention publique sur la nécessité de la liberté de l’enseignement supérieur.
Déjà s’était constitué à Paris, en 1867, sous la présidence du sénateur Dariste, la Société générale d’Éduca-
l’institut catholique de paris
tion et d’Enseignement, qui comptaitparmi ses membres, MM. Augustin Cochin, Cornudet, le Vicomte de Melun, le P. Gaptier, le P. Olivaint.
Cette Société s’était imposé la tâche d’organiser les catholiques, d’étudier les questions relatives à la liberté de l’enseignement à tousses degrés, et de la défendre contre toutes les attaques dont elle était l’objet. L’impiété des doctrines s’affichait partout sous le regard bienveillant des pouvoirs publics : Renan trônait au Collège de France, Sainte-Beuve au Sénat, et les matérialistes dans les Facultés de l'Etat, surtout dans celles de médecine. Mgr Dupanloup toujours sur la brèche, toujours écouté, lança une brochure retentissante sur le Péril Social, et la presse catholique réclama avec entrain la liberté de l’enseignement supérieur.
La Société d’ Education fit déposer au Sénat, par Léopold Giraud, une pétition appuyée par de nombreux signataires. Elle ne fut discutée qu’en mars 1868. Comme elle 11e posait pas nettement la question sur le terrain du droit, mais qu’elle prenait surtout pour point de départ les attaques dirigées contre la religion par les professeurs de l’enseignement public, elle suscita des oppositions passionnées, et le Sénat, pour ne pas reconnaître la vérité des faits incriminés, la repoussa par l’ordre du jour pur et simple. En attendant mieux, Févêque d’Orléans, dans une lettre éloquente, signalait à l’attention publique les Alarmes de V Episcopat.
Instruits par leur propre échec, les catholiques abandonnent le terrain des plaintes contre l’enseignement universitaire, pour se placer sur celui du droit commun ; ils réclament la liberté qui est due à tous les citoyens, et se concilient ainsi les suffrages des esprits vraiment libéraux. Une nouvelle pétition est présentée au Sénat par Kolb-Bernard et, cette fois, « au nom du droit ». En
FONDATION DE l’üNIVERSITÉ CATHOLIQUE
même temps, la presse catholique mène une vigoureuse campagne par la plume de François Beslay , Auguste Roussel, Arthur Loth, Louis et Eugène Veuillot, campagne de principe qui se trouve appuyée par Jules Simon et Renan lui-même. Se sentant la main forcée, le gouvernement nomme enfin, le 1er mars 1870, une Commission, présidée par M. Guizot, dont les travaux durent trois mois consécutifs et sont interrompus par la guerre.
Mais pendant ce temps les catholiques faisaient mieux que de réclamer la liberté ; ils la conquéraient et la mettaient en pratique avant même que le législateur ne la leur eût accordée. Dès 1868, en effet, la Société générale d’Education avait organisé, au Cercle du Luxembourg, avec l’aide de M. Beluze, une série de conférences et de cours publics, dans lesquels on abordait tous les genres de questions, et où l’on voyait figurer : MM. Bayle, Fournier, Alix, Lebaudy, l’abbé Noirot, Frédéric Passy, Cochin, deBroglie, de Franqueville, l’abbé Demimuid, Léon Gautier, Broutta, Thureau-Dangin, Egger, Audiganne, Digard, le P. Loyson et le P. Captier.
Faisant un pas de plus, elle créa en 1872, dans la rue Madame, une Ecole libre de Hautes Etudes , avec cours réguliers de religion, de littérature, d’économie sociale, d’histoire ecclésiastique, et une introduction à l’étude du droit et de la médecine. Elle fit appel à plusieurs professeurs dont les noms se retrouveront plus tard aux débuts de l’Université libre, l’abbé d’Hulst, l’abbé Demimuid, le P. Largent, M. Terrât, Antonin Rondelet, le P. Bayonne. Les élèves étaient peu nombreux ; mais ce n’était qu’un commencement et rien ne pouvait décourager les vaillants initiateurs.
Ce mouvement de préparation emportait simultanément la province ; partout s’organisaient des comités, à Lille, à Lyon, à Angers, à Bordeaux, à Toulouse, qui
recueillaient des fonds, s’assuraient le concours de professeurs distingués et jetaient ainsi les bases d’Universités locales.
En février 1872, la Société d’Éducation, appuyée par tous les comités catholiques de province, déposa sur le bureau de l’Assemblée nationale une dernière pétition demandant la liberté la plus complète de l’enseignement supérieur et insistant spécialement sur le droit à la collation des grades.
Tandis que l’élite des catholiques, MM. Chesnelong, de Champagny, Relier, le P. d’Alzon, Cornudet, Beluze, l’abbé Millault, réunis en Congrès, dans le cours des deux années suivantes, continuaient à discuter la question avec ampleur, la presse catholique s’appliquait à soutenir l’attention du public.
Enfin le débat fut porté à la tribune de l’Assemblée nationale et, le 12 juillet 1875, la liberté de l’enseignement supérieur était laborieusement conquise par une majorité de cinquante voix. Liberté bien parcimonieusement mesurée, suffisante toutefois pour ouvrir la carrière aux hommes de bonne volonté (1).
Il était temps. Car à peine ce minimum de liberté avait-il été arraché au pouvoir public, que déjà l’atmosphère politique se chargeait de nuages, et que le vent, jusque-là favorable, changeait rapidement de direction.
1. Voir le texte de la loi du 12 juillet 1875, en vingt-cinq articles.
Gf. M. Fonssagrives, La Conquête de la Liberté de l'Enseignement supérieur, Revue de l’Institut catholique, nos de janvier et avril 1905, de janvier et avril 1906.
M. Louis Grimaud, Histoire de la Liberté de l’Enseignement en France, depuis la chute de l’ancien régime jusqu'à nos jours, Paris, Rousseau. M. Liard, Enseignement supérieur en France, 1789-1893, Paris, Armand Colin ; M. Emile Bourgeois, La Liberté d' Enseignement, Paris, Ed. Cornély.
Ces trois derniers auteurs, surtout M. Liard et M. Bourgeois, semblent n’avoir pas connu ce grand 'mouvement d’opinion des catholiques, ou, s’ils l’ont connu, ils ont fait comme s’ils ne le connaissaient pas.
FONDATION DE l’üNIVERSITÉ CATHOLIQUE
Quelques mois plus tard, le vote de la loi n’eût plus été possible.
Aussi bien, ceux qui avaient le plus contribué à doter le pays de la nouvelle liberté, ne se faisaient aucune illusion sur les suites de ce changement de l’opinion. Quelques jours après la promulgation de la loi du 12 juillet, un groupe de députés catholiques se présentait chez le cardinal Guibert, archevêque de Paris. « Nous vous avons conquis, lui disaient-ils, la liberté de l’enseignement supérieur; hâtez-vous d’en profiter. Le pouvoir politique va nous échapper. Si nos successeurs, qui seront des adversaires, trouvent cette liberté vacante et inoccupée, ils n’hésiteront pas à la révoquer. S’ils se voient en face de faits accomplis, d’établissements légalement institués et déjà vivants, on peut espérer qu’ils renonceront à les détruire. Pour que des Universités libres puissent subsister demain, il faut qu’elles commencent d’exister aujourd’hui (1). » Le conseil était bon. L’archevêque n’hésita pas à le suivre.
En même temps, l’opinion publique, par un mouvement spontané, désignait Paris comme le centre indispensable d’un établissement d’enseignement supérieur chrétien. Elle se retournait vers les évêques, et, jugeant avec raison qu’ils étaient plus à même que personne de réunir, par un appel adressé à tous les catholiques, les ressources nécessaires, elle les invitait à prendre en main la direction de cette grande entreprise.
Un mois ne s’était pas encore écoulé que le vénérable cardinal Guibert, qui suivait d’un œil attentif ce courant de l’opinion, se plaçait résolument à la tête du mouvement. Le 11 août 1875, il réunissait chez lui les métropolitains des provinces contiguës à la sienne, les
1. Paguelle de Follenay, Vie du cardinal Guibert , t. II, p. 618, paroles citées de Mgr d’Hulst.
l’institut catholique de paris
arclievôques de Rouen, de Sens, de Reims et de Tours, auxquels s’adjoignaient les évêques de Meaux, d’Orléans, de Chartres, de Versailles et de Blois, suffragants de Paris, et il leur posait nettement les questions suivantes :
DeArait-on créer une Université libre ? Devait-on y travailler immédiatement ? Et, dans ce cas, où convenait-il de l’établir ?
L’illustre évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, s’attacha a démontrer à ses collègues, avec la chaleur communicative de ses convictions, qu’il n’y avait pas lieu d’hésiter, que la création d’une Université libre s’imposait, qu’il n’y ai7ait pas un instant à perdre, et que Paris était tout naturellement indiqué pour en être le siège. Déjà le nord de la France avait pris position ; la création d’une Université à Lille était décidée, et les ressources nécessaires en partie réunies. Mais jamais cet établissement ne pourrait répondre aux exigences de la France centrale. C’était Paris qui en aATait le plus besoin ; c’est à Paris que l’on rencontrerait le plus de professeurs distingués, que l’on réunirait le plus d’étudiants, et que l’on recueillerait le plus d’argent (1).
L’éloquence du vaillant champion de la liberté entraîna l’assemblée. Il fut décidé àl’unanimité que les éA7êques ^associeraient pour créer légalement à Paris, non des Facultés isolées, mais une Université proprement dite, qui porterait dans tous les actes officiels le nom & Université libre, conformément aux termes de la loi du 12 juillet. Un peu plus tard, le 6 octobre, il fut entendu pour se mettre en harmonie avec l’opinion publique qui s’était déjà prononcée, qu’en dehors des actes officiels, elle s’appellerait Université catholique de Paris (2).
1. Procès-verbaux des Assemblées épiscopales. Séance du 11 août 1875.
2. Procès -.verbaux des Assemblées épiscopales. Séance du 6 octobre 1875.
FONDATION DE l’üNIVERSITÉ CATHOLIQUE
De l'aveu de tous les évêques associés, l’enseignement le plus urgent à fonder, pour répondre à l’attente du public et aux besoins moraux et religieux de la société, celui qui avait surtout motivé, depuis si longtemps, la campagne en faveur de la liberté, était l’enseignement de la médecine. Mais l’avis unanime fut qu’en raison des difficultés que soulevait un tel projet, il était impossible d’y songer pour le présent, et qu’on ne pouvait qu’en préparer l’ouverture pour une époque rapprochée.
La création d’une Faculté de théologie, quoique jugée très désirable, fut aussi ajournée. Celle que Mgr Pie, évêque de Poitiers, s’apprêtait à fonder dans sa ville épiscopale, fut considérée comme devant suffire aux besoins les plus pressants.
Comme il importait de bénéficier tout de suite du titre d’Université, que l’article 5 de la loi du 12 juillet n’accordait qu’au groupement d’au moins trois Facultés (1), l’assemblée décida que l’ouverture des trois Facultés de lettres, de sciences et de droit, serait préparée pour la fin de 1873 (2).
La question du local fut aussi résolue immédiatement et sans difficulté. Construire tout de suite des batiments neufs, on n’y pommait songer; il fallait aller vite, et le temps manquait. D’autre part, il importait de ne pas s’engager dans des frais trop considérables. Il fallait donc se borner aux locaux essentiels. On crut les trouver dans le vieux couvent des Carmes, propriété indivise des séminaires diocésains, situé dans la rue de Vau girard, où Mgr Affre avait déjà établi, en 1845, l’École des Hautes Études ecclésiastiques.
Les bâtiments de ce couvent, construit au commence-
1. « Quand ils (les établissements d’enseignement, supérieur) réuniront trois Facultés, ils pourront prendre le nom d’Universités libres. » Art. b.
2. Procès-verbaux des Assemblées épiscopales. Séance du il août 1875.
l’institut catholique de paris
ment du xvne siècle, étaient, en raison même de leur ancienneté, en assez mauvais état; mais certaines parties plus rapprochées de la rue de Vaugirard et occupées à ce moment par l’Ecole Bossuet, étant de construction plus récente, pouvaient se prêter à l’installation des cours. Un débris important de l’ancien enclos des Carmes offrait une précieuse ressource pour établir un jardin botanique. L’église, construite en 1613 et intéressante surtout par son dôme, se prêterait à merveille aux cérémonies religieuses d’une Université catholique. Enfin l’immeuble était assez rapproché du quartier des Écoles pour permettre de recueillir le bénéfice de ce voisinage, et assez éloigné pour qu’on n’en ressentit pas trop les inconvénients.
Le cardinal Guibert l’ayant mis à la disposition de l’établissement projeté, les évêques acceptèrent cette offre avec empressement. L’École Bossuet était, il est vrai, installée dans la partie antérieure des bâtiments; on décida de prendre les mesures nécessaires pour la transporter ailleurs (1).
L’Université naissante ne songea tout d’abord qu’à s’installer dans ce vieux consent, le moins mal possible et sans conditions d’avenir ; car tout le monde était convaincu, à ce moment, que de nouvelles constructions ne tarderaient pas à remplacer ces reliques d’un autre âge. Cet espoir se fût réalisé si les avis de Mgr Dupanloup avaient prévalu dans le conseil des évêques. Ce vaillant prélat voulait qu’on mit à profit le premier moment d’enthousiasme et il affirmait sans hésiter que si l’on construisait, la générosité publique se chargerait de
1. L’École Bossuet fut transportée par M. Thénon, son fondateur, dans la rue Madame, tout proche du couvent des Carmes, où elle ne tarda pas à prendre une installation plus favorable à son développement.
FONDATION DE l’üNIVERSITÉ CATHOLIQUE
payer. Mais il ne fut pas suivi. L’occasion une fois manquée ne revint plus, et les circonstances critiques dont nous parlerons bientôt firent ajourner indéfiniment la reconstruction . L’administration universitaire vécut assez longtemps dans cette situation précaire, qui ne lui garantissait pas de lendemain; ce fut seulement longtemps après, en 1898, qu’elle s’assura la jouissance de l’immeuble, avec toutes ses dépendances, batiments, chapelle et jardin, par un bail régulier, qui la mit à l’abri de toute tentative d’éviction.
Pour faire face à la dépense de premier établissement, l’assemblée des évêques résolut d’ouvrir une souscription générale au moyen d’un appel collectif des évêques associés. Pour fournir aux frais d’entretien, elle arrêta qu’une quête annuelle aurait lieu dans toutes les églises des diocèses associés, et que des souscriptions particulières seraient recueillies dans tous les diocèses de la circonscription.
Enfin il fut bien arrêté que « l’Université serait l’œuvre de l’Épiscopat ». Une partie sans doute de la gestion temporelle et la responsabilité légale seraient confiées à des administrateurs choisis par les évêques associés, selon les prescriptions de l’article 4 de la loi (1) : mais les évêques garderaient pour eux l’autorité dirigeante et souveraine en matière d’enseignement, de discipline, de nomination et de révocation des professeurs.
Avant de se séparer, l’assemblée nomma une commission permanente pour préparer les solutions pratiques. Elle était composée de Mgr Richard, archevêque de Larisse, coadjuteur de Paris, de Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, et de Mgr Mabille, évêque de Yer-
1. « Les établissements libres d’enseignement supérieur devront être administrés par trois personnes au moins. » Loi du 12 juillet 1875, art. 4.
l’institut catholique de paris
sailles. M. l’abbé d’Hulst, vicaire général de Paris, en fut nommé secrétaire (1).
Les évêques, pour éclairer leur marche, s’entourèrent de tous les renseignements nécessaires. Ils firent appel aux lumières et à l'expérience des hommes les plus compétents et les plus dévoués, et consultèrent très particulièrement la Société générale d’ Education et d' Enseignement, si habilement dirigée par M. Ghesnelong et M. Relier.
On avait peu de temps devant soi ; aussi ne perdit-on pas un instant.
Le 8 septembre paraissait une lettre collective des évêques annonçant au clergé et aux fidèles la création d’une Université libre à Paris, et l’ouAœrture d’une souscription destinée à couvrir les frais de premier établissement.
Après avoir exposé, en termes clairs et précis, les graves motifs de cette entreprise, elle faisait un éloquent appel à la foi, au patriotisme et à la générosité des catholiques français, et réclamait leur participation morale et matérielle à cette œuvre de régénération.
« C’est pour vous, Parents chrétiens, leur disait-elle, que les évêques travaillaient en demandant la liberté de l’éducation ; c’est encore pour a^ous qu’ils se dévoueront en mettant en exercice la liberté conquise. S’ils viennent maintenant réclamer A^otre concours, vous voudrez bien vous souvenir que l’œuArre pour laquelle ils le sollicitent est avant tout la Apôtre (2). »
L’élan du corps épiscopal allait croissant avec un admirable entrain. La lettre du 8 septembre était signée de Adngt-quatreéAœques. Chaque mois amenait denouAœlles adhésions. Le nombre des prélats associés s’éleA^a bientôt
1. Procès-verbaux des Assemblées épiscopales. Séance du 11 août 1875.