Ibid
l’institut catholique de paris
La réduction avait surtout porté sur deux parties des sciences naturelles, la botanique et la zoologie, pour lesquelles il s’était présenté jusqu’alors très peu de candidats.
Cette insuffisance du nombre d’élèves pour les études scientifiques s’était fait sentir dès les débuts de l’Université. La culture des sciences, il faut le reconnaître, tenait jusqu’alors trop peu de place dans les séminaires et dans les collèges libres, et l’on y formait peu de recrues. D’autrç part, l’épiscopat gêné par la pénurie de prêtres, trompait à peine quelques sujets à envoyer à la Faculté libre pour les préparer au professorat. Les instances respectueuses, renouvelées chaque année par la direction universitaire deAunt l’assemblée des évêques, quoique bien accueillies, se heurtaient toujours à la même force d’inertie, résultat fatal des mêmes embarras.
En face de la nouvelle carrière qui s’ouvrait, hérissée de difficultés jusque-là inconnues, le vice-recteur, M. l’abbé Conil, qni était arrivé à l’âge de soixante-huit ans, et dont la santé s’affaiblissait, crut que l’heure était Avenue de remettre à des mains plus jeunes la direction de l’Institut catholique.
Il résigna donc ses fonctions en octobre 1880, et, le 4 novembre suivant, M. l’abbé d’Hulst, AÛcaire général, lui succédait. Ce fut seulement le 26 février 1881, que ces deux actes furent sanctionnés par les évêques réunis en assemblée plénière, et que M. l’abbé d’Hulst reçut le titre de recteur.
L’abbé Conil était resté cinq ans à la tête de l’Université, partageant avec Mgr Richard et M. l’abbé d’Hulst le soin de la direction. Sa démission mit fin à l’existence de la Commission directrice, et, depuis lors, l’autorité fut concentrée entre les mains du recteur.
RÉORGANISATION DE L’INSTITUT CATHOLIQUE
M. Conil emportait dans sa retraite, avec les regrets de ses collègues, F estime sincère que lui avaient valu l’aménité de son caractère, la sûreté de son jugement et son affectueux déA Ouement à la jeunesse. Il utilisa ses derniers jours dans la direction d’une communauté de religieuses et il s’éteignit pieusement à Lamalou, le 3 décembre 1881.
M. l’abbé d’Hulst (Maurice Le Sage d’Hauteroche), docteur en théologie et en droit canonique, vicaire général de Paris, était depuis longtemps désigné par l’opinion publique autant que par l’éminence de ses talents, pour présider aux nouvelles destinées de l’Institut catholique. La part très active qu’il avait prise, dès le début, à l’organisation de l’Université et surtout au recrutement des professeurs, lui assurait une autorité indiscutée. Le cardinal Guibert, qui l’avait une première fois refusé à la demande de plusieurs évêques, consentit enfin à en faire le sacrifice, mais non sans douleur. « Je ne puis taire, disait-il, en le présentant aux professeurs et aux étudiants, la vive peine que je ressens en éloignant de moi un collaborateur si dévoué et si intelligent. Je ne me console un peu que par la pensée du bien qu’il fera dans notre Institut (1). »
Pour lui donner un témoignage sensible de son affection et de sa reconnaissance, autant que pour accroître le prestige de l’Institut, le vénérable cardinal lui fit obtenir, peu de temps après, de la cour de Rome, le titre de prélat de la Maison du Pape.
Le nouveau recteur apportait à l’œuvre, avec son dévouement, le prestige de ses hautes qualités. Il ne dissimulait pas les regrets profonds que lui causait le coup douloureux dont venait d’être frappée l’Université,
1. Paguelle de Follenay, Vie du cardinal Guibert, t. II, p. 627.
et, dans ce profond désarroi, son œil pénétrant cherchait avec inquiétude de quel côté orienter sa marche. « Ce qui revit aujourd’hui sous nos yeux, disait-il aux évêques, dans la première réunion qui suivit son entrée en fonctions, c’est un ensemble d’enseignement qui a perdu le nom et les privilèges universitaires, et qui, pareil à un navire qu’un choc jette hors de sa route, se fraie lui-même, à traAœrs les mers, un chemin nouveau. »
Mais ; tout en s’inclinant devant la nécessité, il ne cachait pas les espérances qu’il nourrissait pour l’avenir:
« Ne croyez pas, disait-il, que facilement je m’en console. Croyez plutôt que j’assaisonne mon regret d’espérance...
« Est-ce à dire que nous ne ferons plus de Facultés, à Dieu ne plaise que nous renoncions à cet honneur et à cet avantage ! Que l’enseignement constitué dans notre École vienne à remplir et par le nombre et par le titre des chaires, et par les diplômes de ceux qui les occupent, les conditions légales d’une ou plusieurs Facultés, nous reprendrons, chemin faisant, ces titres honorables; mais rien ne nous obligera, rien ne nous pressera de le faire (1). »
Avec son entrée en fonctions, la préparation pratique à la licence ès lettres fut reportée à l’intérieur du séminaire. Moyennant une augmentation de la subvention annuelle que lui Aœrsait l’Institut, M. l’abbé Monier, supérieur du séminaire, reçut mission de recruter, à défaut de professeurs titulaires, un certain nombre de maîtres de conférence, et de pourvoir à leur traitement. Le discernement avec lequel il sut faire ses choix fut pour les candidats à la licence une garantie de succès, en