‹ Institut catholique de ParisChapitre 48 sur 106 · Discours de rentrée du Recteur, 26 novembre · texte numérisé non relu

Discours de rentrée du Recteur, 26 novembre

l’école de théologie

Connelly. En 1884, une seconde chaire de texte avait été créée en faveur de M. l’abbé Boudinhon. Deux professeurs de la Faculté de droit, MM. Jamet et Cauvière, furent chargés, en 1893, après le décès de M. Connelly, de deux cours, l’un de droit civil, l’autre de droit administratif. Ces cours, auxquels on donna plus de publicité que par le passé, furent suivis par des auditeurs du dehors, laïques et ecclésiastiques, qu’attirait le côté pratique et actuel des questions qui y étaient traitées. Ils continuent avec grand succès et leur auditoire tend à se développer d’année en année.

L’histoire fut aussi représentée dans cette Faculté. En 1895, M. Pisani, docteur ès lettres, professeur de géographie à l’Ecole des lettres, y commença un cours d’histoire ecclésiastique contemporaine, destinée surtout à faire connaître aux étudiants la situation respective de l’Eglise catholique et des églises séparées dans les différentes parties du monde.

Un grand honneur, que l’on pouvait prévoir depuis quelque temps, vint enlever à la Faculté le professeur éminent qui y enseignait depuis dix-sept ans, et dont les savants écrits sur la matière sacramentaire avaient assis la réputation. Mgr Gasparri, que le Saint-Siège avait déjà choisi en 1895 comme membre de la commission relative aux ordinations anglicanes, fut nommé, en novenbre 1897, archevêque titulaire de Gésarée, et délégué apostolique au Pérou, à l’Equateur et à la Bolivie. Après s’être acquitté avec succès de cette haute mission, il fut rappelé à Rome et placé au poste éminent de secrétaire de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires, qu’il occupe encore aujourd’hui.

Si l’honneur fait à sa personne rejaillissait sur l’Institut catholique et en particulier sur la Faculté de droit canonique, le vide laissé par son départ menaçait d’être

l’institut catholique de paris

un péril pour renseignement du droit. Heureusement le choix des évêques appela à lui succéder un prêtre de Saint-Sulpice, M. l’abbé Many, docteur en théologie et en droit canonique, dont le haut mérite s’était fait connaître par de longues années d’enseignement au grand séminaire de Paris, et qui offrait à la Faculté, avec la même science, la même sûreté de doctrine que son éminent prédécesseur.

Sous des dehors modestes, la jeune Faculté se fortifie d’année en année et s’avance d’un pas ferme et assuré. La solidité de sa doctrine, soutenue par une méthode d’enseignement rigoureuse, a contribué à la renaissance parmi nous de l’étude du droit ecclésiastique, et inspiré peu à peu à la jeunesse le goût et l’amour de cette science si nécessaire, dont le déplorable abandon, aux siècles passés, a favorisé tous les empiétements du droit régalien, et causé une grande partie des malheurs actuels de l’Église de France.

Cependant le nombre des étudiants sérieux qui aspirent aux grades de cette Faculté ne s’accroît que très lentement. Il était, en 1900, de 23, non compris un petit groupe d’auditeurs libres, il ne s’est jamais élevé plus haut. C’est peu encore, mais c’est une élite qui donne bon espoir.

La Faculté a conféré jusqu’à ce jour (1907), 665 diplômes, dont 13 de doctorat, 143 de licence et 509 de baccalauréat.

Les orwrages publiés par Mgr Gasparri, De Sacramentis; par M. Boudinhon, le Canoniste contemporain , la Nouvelle législation de V Index, etc. ; par M. Many, de Missa, de Locis Sacris, de Sacra ordinatione , jouissent d’une juste considération près des canonistes et font autorité dans ces matières.

Aussi le Saint-Siège a-t-il reconnu publiquement le

l’école de théologie

mérite de ces maîtres. Tous trois ont été appelés par S. S. Pie X à prendre une part active au grand travail de codification de droit canonique entrepris par ce Pontife. M. Boudinhon et M. Many furent d’abord chargés de préparer, sous une forme législative, des parties déterminées du droit; puis, en octobre 1906, M. Many fut délégué à Rome, pour une période de trois ans, par S. Em. le cardinal Richard, archevêque de Paris, pour représenter l’Eglise de France dans les travaux préparatoires. Enfin, Mgr Gasparri reçut de Sa Sainteté le grand honneur et la lourde tâche de diriger l’ensemble des travaux, soit comme président de la Commission préparatoire, soit comme secrétaire de la Commission cardinalice.

Nous ne nous étendrons pas davantage non plus sur la Faculté de philosophie. Nous l’avons vu naître et grandir peu à peu dans l’histoire de l’Ecole théologique, jusqu’au jour où elle conquit son autonomie. /

Au début de l’Université catholique, la philosophie n’avait d’abord été enseignée aux étudiants qu’en vue du diplôme officiel de la licence ès lettres.

Mais à la suite de l’Encyclique Æterni Patris , dans laquelle Léon XIII signalait les dangers des systèmes philosophiques modernes et recommandait au clergé et au monde catholique le retour à la philosophie traditionnelle, étudiée d’après les principes et la méthode des grands docteurs du moyen âge, et surtout de saint Thomas d’Aquin, les évêques fondateurs de l’Université catholique ne cessèrent de faire effort pour entrer dans la Amie tracée par le Souverain Pontife.

Dès l’année 1883, les cardinaux Guibert et de Bonnechose écrivaient, au nom de tous leurs collègues, au cardinal di Luca, préfet de la Congrégation des Études : « Nous nous proposons très prochainement de demander

l’institut catholique de paris

un induit pour conférer le baccalauréat en philosophie. Le programme de ce baccalauréat, répandu dans les séminaires, y fera pénétrer les principes et les méthodes de la philosophie scolastique, et l’espérance d’obtenir le grade provoquera également parmi les élèves une émulation favorable au progrès des études philosophiques. Par là s’achèvera en peu de temps ce qui a été si heureusement commencé depuis quelques années dans la plupart des séminaires de France, pour obéir aux directions données par le Souverain Pontife et remettre en honneur la philosophie de saint Thomas d’Aquin (1). »

En raison de l’importance capitale qu’il attachait à cette question, le Saint-Siège ne cessa d’insister près des évêques pour rétablissement d’une chaire spéciale de philosophie scolastique, et il ne consentit à accorder aucune faveur à la Faculté de théologie tant que cette condition ne serait pas remplie.

Elle le fut, en 1888, quand la nouvelle chaire de philosophie scolastique fut créée et confiée, comme nous l’avons dit, au R. P. Bulliot.

Deux ans après, l’examen du baccalauréat en philosophie scolastique fut passé pour la première fois à l’Institut.

Le grade, brigué par quinze candidats venus du séminaire d’Issy, fut conquis par douze d’entre eux.

Après huit années d’un labeur opiniâtre, trop peu reconnu et trop peu encouragé par l’insuffisance du nombre de ses auditeurs, le R. P. Bulliot fut aidé dans sa tâche par un second professeur, le R. P. Peillaube, de la même Société de Marie (1896). Unissant leurs vues et leurs efforts, ils entreprirent d’appuyer la spéculation

1. Lettre de LL. EE. les cardinaux Guibert et de Bonnechose au cardinal Préfet de la S. Congrégation des Études, 10 février 1883. Archives de l’Institut catholique.

l’école de théologie

philosophique sur l’expérience . A l’imitation de l’Institut philosophique de Louvain, ils essayèrent de procurer à leurs éleves, à côté de leurs cours de métaphysique et de psychologie, un ensemble d’enseignements sur les mathématiques, la physique, la chimie et la biologie. Enfin ils fondèrent, sur la fin de 1900, une Revue de Philosophie, destinée à favoriser le mouvement de réveil de la philosophie scolastique, qui s’est complétée depuis par a pubhcation d’un Index philosophique annuel et d’une Bibliothèque de Philosophie experimentale.

Pour soutenir d’aussi généreux efforts, les évêques fondateurs n’hésitèrent pas à créer une troisième chaire de philosophie, celle d’éthique naturelle, et ils la confièrent, en la personne du R. P. Sertillanges, à l’Ordre des Freres Prêcheurs, dont la représentation s’imposait dans une Faculté de philosophie thomiste.

Bien que cette Faculté ne compte encore qu’un trop petit nombre d’élèves régulièrement inscrits, elle commence à faire sentir son action au dehors, surtout dans les séminaires de la circonscription, et, dès maintenant elle a déjà reçu 8 docteurs, 30 licenciés et 680 bacheliers’

Si l’on rapproche les effectifs actuels d’étudiants de nos trois Facultés canoniques de ce qu’ils étaient U y a vingt ans, on pourra peut-être s’étonner, à première vue, qu’ils ne soient pas sensiblement supérieurs On aurait pourtant tort d’en conclure que leur importance numérique ne s’est pas accrue. Dans les premières années de l’Ecole, les élèves qui suivaient lesœursde théologie ou les cours de droit canonique étaient, pour la presque totalité, des séminaristes en cours d’études envoyés de Saint-Sulpice ou des Missions étrangères ou encore des novices des Pères Marianites et Oratoriéns Ils ne suivaient guère les cours de l’École qu’une année*

l’institut catholique de paris

ne prenaient pas de grade, et> en réalité, appartenaient à peine à l’Université,

Aujourd’hui, les élèves présents ont déjà terminé leurs études dans les séminaires. S’ils viennent à l’Institut, c’est dans le but avoué de recevoir un complément de formation intellectuelle, et ils lui appartiennent véritablement et tout entiers. Prêtres pour la plupart, ils suivent les cours deux ou même trois ans, et aspirent aux grades canoniques. Il est vrai que les diocèses de la circonscription continuent à fournir peu d’élèves envoyés à titre officiel par leurs Ordinaires; mais il en vient d’autres de partout, de la France et de l’étranger, du clergé séculier et des Ordres religieux. Il est donc incontestable que la situation de nos Facultés, au point de vue numérique, n’a cessé de s’améliorer d’année en année.

Si l’accroissement est lent, il est normal et ininterrompu et il n’est pas sans intérêt d’en suivre le progrès constant. A ses débuts, en effet, l’Ecole naît, petite et ignorée, puis elle évolue peu à peu; le principe de vie qui l’anime s’assimile d’année en année quelque élément nouveau; elle étend son enseignement, multiplie ses chaires, accroît sa population scolaire; elle devient d’abord une Faculté, puis celle-ci en enfante deux autres, qui forment, à leur tour, de nouveaux centres de vie active et d’opération féconde.

Rome a les yeux sur cette Ecole ; elle l’a consacrée par l’institution canonique et elle place en elle de grandes espérances, comme le prouvent les paroles suivantes :

De Instituto enim agitur saluberrimo , ac temporibus , m quæ incidimus , maxime opportune , in quo et errores circa fidem et præjudkatæ opiniones et quidquid bonis moribus advefsatur a præclarissimis Doctoribus refellitur , adeo ut idem Athœneum antiquæ illi Sorbonicæ Universitati, unde tôt viri omni doctrinæ vitæque laude

l’jécole de théologie

insignes prodierunt , quodammodo successerit magna cum spe eorumdem colligendorum fructuum. Quamobrem facere non possumus quin variarum disciplinarum Doctoribus gratulemur ex animo quorum ingenii virtutisque fama latissime pervagatur (1).

Rome invite, chaque fois que l’occasion se présente, les évêques-fondateurs à y envoyer le plus d’élèves qu’ils pourront.

Parisios mittere cdumnorum majorem qitam potuerint numerum penes Universitatem haud Episcopos pigeât, ut per studia profundius et majore amplitudine sub eæcellentiorum professorum düctu sive biennio sive quadriennio per acta, strenuus pro unaquaque diæcesi virorum numerus efformetur, qui scientia non quidem sufficienti et ordïnaria sed exquisita et caria præditi, Episcopis ipsis præsto sint, ut in ædificationem populi christiani et errores efficacius profligent, et fidem fortius contra hostes défendant (2).

Et encore : Quum magni intersit ad religionem conservandam ut etiam in laids sint quamplurimi qui peni tus catholicas disciplinas habeant notas , nemo non videt quam catkolid viri de religione ac de republica bene mereantur , si id contendant et laborent ut quam fre quentissimi istuc confluant juvenes erudiendi, qui a purissimis fontibus eas graviores artes hauriant, quibus eo magis opus est quo excultior nunc est adversariorum calliditas acriorque sollertia, omnia insectantium etexagitantium quæ ad Ccttholicam doctrinam pertinent (3).

1. Lettre de S. Ém. le cardinal Satolîi, Préfet de la Congrégation des Études, à Mgr Péchenard, recteur de l’Institut catholique, 22 janvier 1902. Archives de l’Institut.

2. Lettre de la S. Cougrégation des Études à Mgr d’Hulst, 14 juin 1895. Archives de l’Institut.

3. Lettre de S. Em. le cardinal Satolli à Mgr Péchenard, 28 juillet 1905. Archives de l’Institut.

L?INSTITUT catholique de paris

L’appel de Rome est formel. Le jour où cet appel sera mieux entendu et mieux suivi par le clergé de France, les Facultés canoniques de Paris pourront enfin rendre à la religion les précieux services qu’elle a le droit d’en attendre.

Il semble que ce jour est proche, car la basse et odieuse persécution quia enlevé aux Sociétés des Prêtres de Saint-Lazare et de Saint-Sulpice la direction des grands séminaires de France, a eu pour contre-coup de ramener aux études théologiques un grand nombre de prêtres distingués. De ces prêtres, plusieurs sont d’anciens élèves de l’Institut ; d’autres y sont envoyés par leurs évêques pour se former à l’enseignement. Si Rome se décide, comme nous le souhaitons, à ne plus permettre l’enseignement dans les grands séminaires qu’à des prêtres pourvus du grade de docteur, les Facultés canoniques ne tarderont pas à voir se grouper autour d’elles une élite intellectuelle dont elles seront les inspiratrices et les guides.

« Honorée de la confiance du Siège apostolique, l’Ecole théologique de Paris met tout son soin à s’en rendre de plus en plus digne par la parfaite orthodoxie de ses doctrines. Venue à la vie au milieu d’une mêlée confuse où s’entre-choquent toutes sortes de systèmes contradictoires, où le naturalisme professe les théories les plus contraires à la foi chrétienne, où la jeunesse inexpérimentée paraît pressée de rompre avec les enseignements traditionnels pour courir au-devant des plus dangereuses nouveautés, et où la sagesse a peine à retrouver son chemin, elle s’est établie fermement sur le terrain des saines traditions, et elle entend s’y maintenir sans défaillance. Assurément, elle ne s’interdit aucune des recherches qui passionnent les esprits dans le domaine de la philosophie, de l’archéologie et de l’histoire, et elle pous-

l’école de théologie

sera ses investigations aussi loin que possible; c’est son droit et son devoir. Mais en naviguant sur des mers périlleuses ou mal connues, elle a toujours l’œil ouvert sur l’étoile qui lui indique sa route ; elle n’oublie point la recommandation de l’apôtre : « Gardez votre dépôt, évitez les nouveautés profanes, et les objections d’une fausse science (1) » ; elle tient le plus grand compte des décrets du Concile du Vatican sur la révélation, la foi et la raison, et des règles si fermes et si sages, tracées par la main de Léon XIII dans ses encycliques Æterni Patris et Providentissimus Deus sur l’étude de la philosophie et de l’Écriture sainte, et dans sa Lettre au clergé de France.

« En inculquant à ses jeunes nourrissons cet esprit de sagesse, fait de soumission à l’Église, de respect pour la Tradition et de saine liberté dans la recherche scientifique, cette École théologique a conscience de préparer à la religion des défenseurs vraiment éclairés, aussi éloignés de la timidité qui comprime l’essor légitime de l’esprit et fournit un thème aux déclamations des ennemis de l’Église, que de la témérité qui pousse inconsidérément vers les opinions aventureuses (2). »

Nées du mouvement provoqué par le besoin de liberté dans l’enseignement supérieur, ces Facultés se sont appliquées à réaliser cet idéal d’indépendance qui est la condition sine qua non du vrai progrès.

Pleinement catholiques, toutes dévouées à l’Église, elles n’ont d’autre passion que le culte du vrai et du bien. Affranchies du joug officiel dans leurs programmes, elles ne connaissent pas cette servitude intellectuelle qui retient la vérité captive. Elles peuvent, à leur gré, se

1. Depositum cuslodi, devitans profanas vocnm novitates et oppositiones falsi nominis scienliæ. I Timoth., vi, 20.

Page 1