CHAPITRE XI
La Médecine.
.Nécessité d’un enseignement médical. — Tentatives pour l’établir. — Difficultés du projet : son ajournement. — Création de l’hôpital Saint-Joseph et du Comité charitable de Notre-Dame de Consolation. — Lien entre l’hôpital et l’Institut catholique. — Premiers essais d’enseignement médical ; les spécialités. — Les médecins de Saint- Joseph. — Concours annuel pour l’internat.
Ne pourrait-on pas s’étonner, à première vue, que dans l’organisation de l’Institut catholique, la médecine n’occupe pas une place prépondérante?
Cet étonnement ne serait que trop justifié, puisqu’après trente-deux ans d’existence on n'y trouve encore aucun enseignement médical.
Et cependant n’est-ce pas surtout en vue de cet enseignement que les catholiques avaient réclamé la liberté de l’enseignement supérieur et qu’ils s’étaient empressés de fonder des Universités ?
« C’est là, déclaraient plus tard les évêques assemblés, que le mal à combattre apparaît le plus profond, le plus menaçant, le plus évident à tous les regards. Le rôle du médecin comme représentant de la science, comme confident des familles, comme autorité sociale, comme allié ou adversaire des influences moralisatrices, est trop considérable pour qu’on ne puisse envisager sans effroi les tendances matérialistes et athées des
l’institut catholique de paris
écoles où il reçoit son initiation professionnelle. Cette considération a pesé d’un grand poids sur l’opinion pour rendre possible et faire accepter enfin par le Législateur l’abolition du monopole dans l’ordre de l’enseignement supérieur. En revendiquant le droit d’ouvrir des Facultés libres, les défenseurs de la cause catholique visaient surtout les Facultés de médecine fl). »
Mais quand on suit d’un œil attentif et impartial la marche des événements, bien vite on s’aperçoit que les motifs ne manquent pas pour expliquer cette grave lacune, et en même temps on conçoit l’espérance qu’un temps viendra où elle sera comblée.
Les catholiques du Nord ont eu l’honneur de marcher les premiers dans cette voie, et ce n’est que justice de rendre hommage à leur admirable générosité autant qu’à leur intelligence.
Des circonstances exceptionnellement favorables leur permirent d’avoir à leur disposition pour une longue période d’années et pour une faible contribution pécuniaire, un hôpital important et de construction récente. Grâce à des libéralités extraordinaires, au-dessus de tout éloge, ils purent établir tout de suite une Faculté de médecine avec ses amphithéâtres, ses laboratoires et ses diverses dépendances.
A Paris, la même bonne fortune ne s’est pas rencontrée. Peut-être aussi les conditions de la lutte étaientelles plus difficiles dans la capitale, en face de la première Faculté médicale du monde entier.
Jamais, pendant les premières années, période de lutte contre les difficultés de toute nature, la pensée de créer un enseignement médical ne cessa d’être présente à l’esprit des fondateurs de l’œuvre, et jamais les cir-
1. Lettre collective des cardinaux, archevêques et évêques fondateurs de l’institut, 15 janvier 1891.
LA MÉDECINE
constances ne leur permirent cle la faire passer dans la réalité des faits.
Ce fut en effet sur la création d’une Faculté de médecine que se portèrent tout d’abord les préoccupations des évêques, dès leur première réunion du 11 août 1875, c’est-à-dire moins de six semaines après le vote de la loi de liberté (1).
Tout en déclarant que cet enseignement était à leurs yeux le plus nécessaire de tous et le plus pressant, ils furent forcés de reconnaître que les difficultés d’une telle entreprise ne permettaient pas d’en venir immédiatement à l’exécution ; et comme ils avaient intérêt à prendre possession sans retard de la liberté nouvelle et à jouir de la prérogative du titre d’Université, que la loi accordait à la réunion de trois Facultés, ils crurent devoir commencer l’œuvre de l’enseignement supérieur par les parties qui pouvaient être le plus rapidement réalisées.
C’est pourquoi ils décidèrent l’organisation immédiate et simultanée des trois Facultés de droit, de lettres et de sciences, et remirent à plus tard la création de l’enseignement médical.
Mais ce délai, imposé par les circonstances, n’était point, dans leur pensée, un abandon de l’enseignement de la médecine. Non seulement ils proclamaient la nécessité de cette création, mais ils crurent tout d’abord à sa possibilité, et ils ne se réunirent jamais sans remettre la question à l’étude. Ils firent élaborer divers projets et s’entourèrent des lumières de médecins compétents, tels que les docteurs Moissenet, Berthis, Bucquoy, Guéniot, Ferrand et Desormeaux. Ils examinèrent tantôt la création d’une Faculté complète avec toutes ses dépendances, tantôt celle d’une Ecole avec annexe et hôpital,