WTIÏ \OTTCR SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
cinq ans par une longue et cruelle maladie. Celte perte, qui brisait tous ses projets d'avenir, fut affreuse pour M. Du Caurroy. Vainement s'efforça-t-il de vaincre sa douleur, il ne réussit qu'à la comprimer en lui-même et à lui donner ainsi plus de force. Vainement aussi chercba-t-il, dans le travail, la seule distraction qui lui fut désormais permise. L'ardeur qu'il y apporta vint elle-même aggraver le mal. Au mois de mai de cette année, de premiers accidents alarmèrent sa famille. Personne ne supposait néanmoins qu'ils fussent de nature à inspirer des craintes immédiates, lorsque , le 28 juin dernier, au moment où il faisait au Luxembourg sa promenade habituelle, M. Du Caurroy, fut tout à coup frappé, pour ne plus se relever. Une heure auparavant il , corrigeait encore les épreuves du second volume de son Commentaire sur le Code civil.
M. Du Caurroy n'avait que soixante-deux ans. Il pouvait^ promettre encore bien des années à la science. Mais si sa carrière fut trop courte, il a du moins eu 1 avantage de ne pas se survivre à lui-même et de disparaître dans toute la vigueur de son talent.
Nous ne croyons pas faire injure au successeur, encore inconnu, de M. Du Caurroy en disant que la perte de^ ce dernier se fera longtemps sentir dans la faculté de Paris. Ce que nous pouvons affirmer, en tout cas, c'est que cette perte laissera de sincères et profonds regrets dans le cœur de tous ceux qui ont eu le bonheur d'approcher M. Du Caurroy et de vivre dans son intimité, car jamais homme ne fut plus loyal envers tous, plus dévoué pour ses amis, plus généreux pour ses adversaires. Nul ne posséda, à un
DK M. Dl CAl'RROY. \IX
plus haut degré, le sentiment du devoir; nul n'apporta plus d'abnégation et d'énergie au soutien de toutes les causes justes et honnêtes, et ne se montra plus constamment fidèle à ce grand principe du droit et de la morale : Fais ce que dois, advienne que pourra!
P. -H. Templier,
avocat à la Cour d'appel de Paris.
octobre 18 50.