‹ Institutes de JustinienChapitre 6 sur 357 · DE M. DV CAURROY. XI · texte numérisé non relu

DE M. DV CAURROY. XI

besoins. Il s était lait, en outre, recevoir au barreau et déjà les encouragements les plus flatteurs avaient accueilli ses débuts. S'il eût voulu se livrer sérieusement à la pratique des atï'aires , il eut certainement pu conquérir au Palais une situation brillante, mais sa vocation l'entraînait principalement du côté de la théorie. Déjà, en 1813, à l'âge de vingt-cinq ans, il avait fait paraître les Institutes de Justinien nouvellement traduites, avec notes et renvois. C'était un preinier essai auquel des travaux plus importants devaient ultérieurement se rattacher.

Dès cette époque, en effet, M. Du Caurroy s'était élevé contre les méthodes suivies dans l'enseignement du droit romain ; il s'indignait de voir substituer à l'étude des textes originaux celle de cahiers et de manuels, dont le moindre tort était de perpétuer la routine et d'encourager la paresse.— «Je n'ai jamais conçu, disait-il dans une de ses prew mièresApublications, la connaissance du droit séparée de »la connaissance des textes, et les lois romaines, plus que » toutes autres, me paraissent devoir être étudiées sur l'ori- )) ginal. V Ce fut la pensée de toute sa vie et la source première des réformes qu'il contribua si puissamment à faire entrer dans Técole.

M. Du Caurroy s'était donc déjà fait un nom dans la science lorsqu'en 1819 un concours s'ouvrit pour une chaire de droit romain devant la Faculté de Paris. Si le nombre des concurrents n'était pas considérable, en revanche leur talent, déjà connu, promettait une luttesérieuse et brillante. C'étaient MM. Blondeau, Demante, Du Caurroy, Duranton, de Portetz, etc. La cliaire fut en effet vivement disputée.

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M. Blondeau, qui depuis cinq ans la remplissait par intérim^ l'obtint d'une manière définitive, et M. Demante fut nommé suppléant à sa place. Quant à M. Du Caurroy, dont les épreuves avaient été généralement remarquées, il reçut, peu de temps après, la lettre suivante :

" 11 décembre 1819.

>; Je m empresse do vous annoncer, Monsieur, que la » commission vient de vous nommer suppléant à la fa- » culte de Droit de Paris. Les preuves de connaissances et » de talent que vous avez données au dernier concours » avaient ûxé son attention, et elle est très- satisfaite » qu'il se soit présenté sitôt une occasion de vous donner o une marque de ses sentiments.

fB'nuot.

» Hecevez, etc.,

» Le Président de la commission de l'Instruction PU7 » blique,

« Signé, Georges Cuvier. »

Cette lettre était doublement llatteuse, et par la nouvelle qu'elle contenait et par le nom de son signataire, bon juge assurémeni en fait de mérite, et doiit l'éloge était à lui seul un litre précieux. En nommant, au surplus, M. Du Caur^-

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roy professeur suppléant, Georges Cuvier avait sur lui d'autres vues qu'il s'empressa de réaliser dès l'année suivante (1820), en lui confiant la seconde chaire de droit romain.

M. Du Caurroy n'avait encore que trente-deux ans lorsqu'il fut nommé professeur en titre, mais ses travaux antérieurs l'avaient mis dès lors à la hauteur de ses fonctions. L'étendue de son savoir, la sûreté de sa méthode et la facilité de son éloculion devaient bientôt attirer autour de lui les élèves et grandir promptement sa réputation. Il n'était, d'ailleurs, pas homme à s'endormir sur de premiers succès et à tracer une fois pour toutes le cadre de son enseignement. Jamais, au contraire, il ne répéta sans examen nouveau les doctrines qu'il avait précédemment émises ;et maintes fois il lui arriva de condamner loyalement, lui-même, ce qu'il avait pris d'abord pour la vérité.

Les Institutes expliquées pourraient être, à cet égard, le sujet d'une étude intéressante et curieuse. A chaque édition nouvelle on croirait voir un nouvel ouvrage, tant la rédaction précédente a été modifiée, corrigée, refondue dans l'intervalle.

Publiées pour la première Ibis (1), en 1822, avec

(1) Nous ne croyons pas, en effet, devoir tenir compte d'un opuscule imprimé sous le même titre en 1819 (Paris-Compère, lib. éd., 1 vol. in-12), et dont M. Du Caurroy se trouva si peu satisfait qu'il fit mettre immédiatement l'édition entière au pilon. C'est à cette eïécution volontaire que M. Du Caurroy faisait allusion deux ans après dans la Thémis, lorsque, résumant s-es observations critiques sur un Traité de droit civil romain par demandes et réponses, il conseillait à l'autnir la suppression de son livre et ajoutait : « ce ne serait pas le premier volume in-12 que son >) auteur aurait volontairement mis à la rame. Il est vrai que celui dont je pourrais

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une remarquable introduction de Jourdan, de regrettable mémoire, les Institutes expliquées eurent une seconde édition dès 1826. Trois autres éditions parurent successivement en 1829, 1832 et 1836. L'ouvrage n'embrassait originairement qu'une partie des Institutes; il s'était peu à peu complété et formait alors trois volumes, outre un appendice spécialement consacré aux actions; mais en 1841, au moyen de changements introduits dans la distribution des matières, M. Du Gaurroy ramena la sixième édition aux proportions de la première, c'est-à-dire à deux volumes seulement.

Jusqu'alors, la traduction et l'explication des Institutes avaient été l'objet de publications distinctes et tout à fait? indépendantes l'une de l'autre. N'était-ce pas un tort, surtout de I4 part de celui qui, depuis vingt-cinq ans, avait b constamment lutté pour ramener la jeunesse à l'étude des: i sources originales ? « '^

Une autre observation avait également été soumise à M. Du ^ Caurroy. Les innombrables citations contenues dans son ouvrage avaient, sans doute, le mérite de faciliter les recherches et de justifier ses propositions; mais, en même temps, elles présentaient un grave inconvénient, celui d'interrompre à chaque instant la phrase et de lui retirer sa clarté. M. Du Caurroy n'hésita pas à en convenir : c'était déjà beaucoup pour un auteur, mais il fit plus encore. Les observations '

» citer le sacrifice, n'était point un traité, ni surtout un traité par demandes »t \ >' réponses. >» {Thémis, t. lll, p. 470, article pseudonyme portant à tort|a signature Bourlet au lieu des Initiales A. T. H. Voyez la table de ce volume.)

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dont il avait reconnu la justesse n'exigeaient rien moins qu'un remaniement complet de deux ouvrages, c'est-àdire upi) travail considérable; mais que lui importait le travail lorsqu'il s'agissait d'améliorer! Il se mit donc résolument à l'œuvre, et, peu de temps après, en I8/1.6, il put offrir à la fois aux étudiants, sans excéder le nombre de deux volumes, le texte, la traduction et l'explication des Instiiut^&, réunis et classés suivant Tordre des titres. Quant aux citations renvoyées désormais au bas des pages, elles. ?3 conservaient toute leur utilité sans nuire à la clarté du style. Après avoir ainsi recommencé sept fois l'exposé de ses doctrines, tout autre que M. Du Caurroy aurait cru pouvoir songer enfin au repos. Pour lui, à peine avait-il publié la septième édition de son commentaire, qu'il s'occupait déjà de corrections nouvelles en vue de l'édition future, celle qui s'imprime en ce moment. Les Institutes expliquées auront donc eu, dans un espace de vingt-huit ans, de 1822 à i850, huit éditions successives, sans parler des contrefaçons étrangères. Jamais, au surplus, succès ne fut plus légitime : car jamais aucun auteur ne se dévoua plus complètement que M. Du Caurroy aux véritables intérêts de la science. Si l'on veut apprécier ce qu'il a fait pour renseignement , on n'a qu'à reporter ses souvenirs à trente-cinq années en arrière, et à voir ce qui se passait alors dans le sein même de l'école. Pour la masse des étudiants , le Code civil étaittout, et, depuis sa promulgation, la connaissance des lois romaines n'offrait plus qu'un intérêt de curiosité. Les plus studieux n'allaient guère au delà des opuscules de Lorry, de Ferrières ou deDelusseux, et, quant au Corpus

XVI NOTICE SLK LA Vil-: lil LJiS OUVRAGES

juriste est h peine si quelques uns s'avisaient d'y recourir.

Tel était, le triste abaissement des études juridiques, lorsqu'une société de jeunes docteurs entreprit de les relever. C'est dans ce but que fut créée la Thémis, M. Du Caurroy fut un des fondateurs et resta pendant huit années un des rédacteurs les plus assidus de ce recueil. Oulre les dissertations sérieuses qu'il y fît successivement paraître, et dont quelques unes eurent, à l'origine, un grand retentissement, rarement il laissa passer un numéro sans y insérer quelque article de polémique légère, au bas duquel il dédaignait de mettre sa signature, mais où l'on reconnaissait aisément le cachet particulier de son style. Grâce au zèle, à l'érudition, au talent de ses rédacteurs, la Thémis exerça, sur l'enseignement du droit, une influence considérable. A l'exception de Jourdan,ses principaux fondateurs, MM. Blondeau , Demante et Du Caurroy ne tardèrent pas, d'ailleurs, à entrer dans l'école, et à pouvoir joindre ainsi désormais à Tautorité de leurs écrits l'action plus efficace et plus directe du professoral.

Presque au mèpae moment, une circonstance inattendue venait seconder merveilleusement leurs efforts : nous voulons parler des précieuses découvertes de Niebuhr et de M. Mai. La publication des Institutes de Gains, en 1821, et celle des Fragmenta Vaticana, en 1823, renversèrent bien des systèmes, démentirent bien des conjectures, et démontrèrent plus que jamais la nécessité d'étudier le droit sur les textes. M, Du Caurroy fut un des premiers à profiter de ces découvertes, qui, depuis lors, firent constamment j)artie de son enseignement ; il en fit même imprimer

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plusieurs fois le recueil ad usum prœlectionnm, dans un petit volume publié sous le titre de Juris civilis enchiridium.

Ces travaux divers avaient occupé M. Du Caurroy pendant vingt-sept années de professorat, lorsque, en 1846, il entreprit d'exécuter sur le Code civil un travail analogue à celui qu'il avait accompli sur les institutes. Son but était d'offrir aux élèves un livre élémentaire qui, sans excéder les proportions de leurs ressources, put néanmoins les guider sûrement dans leurs études. Il s'adjoignit, pour la rédaction de cet ouvrage, deux de ses collègues, auxquels il portait autant d'affection que d'estime, MM. Bonnier et Roustain. Leur active collaboration avait déjà permis de publier un ptemier vblume au commencement de 1818, lorsqu'éclatèrent des événements dont les suites devaient être fatales

^à M. Du Caurroy.

^ ti s'occupait habituellement fort peu de politique, mais

V ce qui se passa dans Paiis à là siiite de la révolution de février ne pouvait manquer d'agi^su^' son organisation essentiellement irritable et nerveuse Bientôt survint l'insurrection de juin, pendant laquelle il courut les plus graves dangers et vit son propre apparlement^'envabi par Témeute. On ne traverse pas impunément des émotions de cette nature, et, malgré l'énergie de son caractère, ou plu* *

. lot à cause de cette énergie même, M. Du Caurroy devait eh ressentir fortement le contre-coupV '''^'^

Une autre et plus grande épreuve lui était encore réservée. Son fils unique, jeune homme de grande et légitime espérance, qui, déjà reçu licencié, allait bientôt obtenir le grade do docteur, lui fut enlevé l'année suivante à Tàge de vingt-

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