‹ Institutes du droit naturel privé et public et du droit des gensChapitre 118 sur 129 · DES LOIS ET DES MCEURS · texte numérisé non relu

DES LOIS ET DES MCEURS

« On a toujours cru qu'il y avait dans la société quelque chose de mystérieux et qu'il n'était pas bon de sonder. Remonter à Torigine de tous les droits, c'est un jeu périlleux. On peut reprocher aux politiques modernes de ne tenir aucun compte de la nature humaine; on dirait qu'à leurs yeux l'homme est un pur esprit, tant ils le soumettent aux abstractions, aux formules de géométrie sociale... Les peuples obéissent à de grands sentiments, et non à de froids calculs... Les notions du juste ne s'impriment fortement dans lésâmes qu'accompagnées de signes matériels, et sous on cortège d'habitudes et de traditions qui les rendent presque palpables. La symbolique du droit a exercé un puissantempire. ..La mémoire frappée des cérémonies juridiques ne pouvait plus se détacher des idées qu'elles expriment... Le législateur moderne a effacé le droit vivant, passé dans les mœurs et les usages, et dont la connaissance se transmettait pari-éducation de la ftimilieet par le témoignage des anciens. L'abondance des lois a remplacé les mœurs; c'est par des lois qu'on a prétendu guérir les vices de l'ordre social. La société chrétienne s'est maintenue jusqu'au XVI» siècle. L'Europe se brise alors ed morceaux soiis ie choc des idées payennes ressuscitées. La manie légisiative et réformatrice s'empare du monde. Montaigne signale le danger dé ces utopies : « Nous preMm, ditril, un m<mdâ déHà faii et fmné

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à certaines coutumes; rtoiM ne V engendrons pas comme Pyrrha ' et comme Cadmus ; par quelque moyen que nous ayons loi de U redresser et venger de nouveau, nous ne pouvons guère le tordre de son accoutumé pli que nous ne rompions tout, > (BssaiSf L. iU.) La France a plusieurs fois vérifié ces paroleis d'un si grand sens. La discussion ébranle plus d'âmes qu'elle n'en affermit; et si la religion reposait uniquement sur la raison, elle ne tiendrait pas longtemps... La société politique n'çst pas une œuvre d'art et de raisonnement ; elle vit de traditions sucées avec le lait et passées dans le sang.,. 1a foi sociale tarit quand tout est livré aux chances des discussions et des scrutins. . . La conscience des peuples ne se forme que par l'habitude, et elle est un frein et un levier puissant... Le législateur moderne ne s'aperçoit pas que ce^ IqIs n'exiatent que sur le papier; ce .qui ne veut pas dire qu'elles ne sont pas obéies. L'obéissance devient aussi une habitude; mais alors elle n'offre aucun appui solide au gouvernement. Car le peuple n'est plus identifié à son gouvernement, comme dans les sociétés où le gouvernement n'est que la mise en exercice des sentiments et des traditions populaires* Un grand déploiement d'administration et de police est seul capable, de suppléer à cette absence de moours publiques dont le poids tient tout

l'ordre public en équilibre

On ue choisit pas un gouvernement» par la raison toute simple qu'on ne choisit pas ce qu'on a déjà. Il n'y a que «iaos Hérodote que l'on voit les Persans délibérer sur la forme de gouvernement qu'ils adopteront. Hérodote amusait les Grecs. Les choses se passent différemment ; la question est toiyours tranchée au moment ou s'ouvre la discussion; et le peuple adhère par instinct de conservation... Bans. ces circonstances, il s'attache nécessairement à l'élément gouvernemental qui s'offre à lui, comme un noyé qui

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