NATURE ET PIN DE LA SOCIÉTÉ CONJUGALE
L'inclination et Taptitude donnée à l'homme pour la propagation de son espèce indiquent que celle-ci est conforme à la volonté divine, et que par conséquent la société de l'homme et de la femme, formée dans ce but et d'une manière convenable à procurer la naissance et l'éducation des enfants, est dans l'ordre de la nature. Aussi, selon Cicéron, qui se rencontre ici avec la Genèse, le mariage a été la première société de l'homme. Et quoiqu'il soit volontaire dans sa formation, sa constitution est néanmoins naturelle et immédiatement établie par le Créateur, comme la société paternelle qui en découle, la société universelle du genre humain, et la société religieuse, application de celle-ci; tandis que les autres associations participent {dus ou moins de l'institution humaine (1).
(1) <c Prima êocieiat ad qwm, anetore Arittotelô f J Folitieorum, eap, I), natura honimi jpropensi»»em indidit «^ iUi çiddem cutn bwtiU ôammunig, nempe^ qn^ oerwitur inier Tnarem et/œminam gratiâ générations. Est nan^que ounûtiê animof^, tibne mnatumdesiderium^ taie àiterwnpogt ee rêUnquendif çvale ipeum : ad çenerationieqiie actum^ tanquwok ad rem specierum eonsereoMoni omnmo neeeseariair^ whemenHorem fnuUOf qttàm ad aJiœ adiu, prùpensienem UHe natura impreeait : ioi euok" demque fjMm tanUtm oMorU nffectvm in/ter marein 0t fefmi^
8 SOCnftTÉ CONJUGALE.
Le mariage considéré dans Taûte même de sa formatai» vehfH çluùenf guo êoeietoi illa eontmeretur^ naturw auctéMT âsêâ volnit, Em hâe antem socUtate familiœ^ comnMinitat^ êoûietasvâf ortunt hahuU inter homineê, i> (Molina, de jHitUià, nUp. 22.) — Satjer expoee en ces termes le fondement des préceptes moratix qui règlent cette matière, c Deuê non pctuit nû» praeipere liberarvm edaeaUtmem parentibuêf guia JMttiHa ewigit vt qui gêneront etiain edueent : JEdueatio autem ett grande anus parentum annexum matrimonio, Undè êoïo pracepto (eum multi praeepta valdè onerosa negligant) ineundi matrimonMim^ non êotis protpectum fuitset fini crea~ tûmiêf propagatiani generii kumani, Itaqne Deiu dekuit nrgere ktminôê ad matrUnoniUM itimulo guodam valdè forti; nàm fines sues Dette oitinet in maindo aut per ttUnulot, avt per prœcepta, porro hi4! prœceptum fuisset inevjfficiene. Talis stimnîuM eet venerea voluptat^ evjut finie itaqtte ett propagatio generie humaniper matrimonium. Itaque matrmonium nemini est prmeeptwn ;«i petest et wlt ista veluptate earere : taie enim praeeptum esset inutile eùm hœo volttptas fnoveat sotie multas homines ad matrimonium ; atqui omnis leœ infttilis est nulla. Deus necessario prohihuit snb pana damnationis omnem hvjvs modi volvptatem extra matrimonium, quia pana levis contra tam fortem stimulum ferè nullam vim hahet, si enitn eam, permieisset emtrà matrimonium^ jam non esset stimulue .ad illud, Ergo nulle medio sufficiente Deus providisset gênera^ tioni et eduoationi filiorum. Qui talem voluptatem captât extra matrimonium^ non naturalitatis, sed mœre sensualitatis sti" mulum sequitur; adeoque sut ut entis rationalis dignitatem, etfinem iUius stimuli sanctissimum, propter volvptatem m>erè sensualem pessumdat et Jfruto fit similis» Itaque voVuptas illa qualiseumque est illieita et si libéré eapiatur (seu cogitatione, seu aspectUy seu tactUj aut quomodoeumquej semper est peœatum grave extra matrimonium : est enim prohiHta suh pana damnationis et legi moralitatis è diametro opposita, » Bâter, PhilosopMa practiea, t. II, § 76. solodorl, 1816.
SOCT&rÉ CONJUGALE. 0
tion est le consentement par lequel chacune des parties se donne à l'autre pour la fin spéciale de cette association. Considéré comme société déjà existante, on peut le déûnir une société amicale et constante de Vhomme et delà femme pour la procréation légitime et la bonne éducation des enfants, et pour le secours miUuel des ipaux.
Le mariage en effet a une double fin : Tune relative à l'humanité entière, la propagation de l'espèce ; l'autre regardant les époux eux-mêmes, l'accroissement de leur bien physique et moral par l'union de leurs forces : car Fauteur du genre humain a tellement distribué les inclinations et les aptitudes entre les deux sexes, que chacun d'eux semble être le complément et le soutien de l'autre. Aussi la nature de cette société consiste en une sorte de fusion de deux personnalités en une seule plus complète, qui devient un principe unique de propagation de la vie dans le genre humain, et qui satisfeit aux besoins divers des deux parties qui la composent C'est ce qu'exprime très-bien la définition du mariage donnée par la loi romaine : Conjunctio viri etmulieris individwim vitœ consuetudinemretinens.
Nous avons dit que cette société est amicale, parce qu'elle est fondée sur un amour parfait, duquel découlent comme de leur source les devoirs de chacune des parties envers l'autre, devoirs auxquels il serait presque impossible de satisfaire, si une affection trèsintime n'avait fait d'elles comme une seule personne. Or cet amour, en tant que raisonnable et pour répondre à la dignité humaine, doit s'attacher surtout aux qua-
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lités qui distinguent l'homme comme être moraJ, en reléguant à un rang fort inférieur celles qui ne regardent que la nature sensible.
Telleà sont la nature et la fin du mariage. Voyons maintenant quels en sont les propriétés et les effets.
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