DES PROPRIÉTÉS. DE LA SOCIÉTÉ CONJUGALE
SECTION I
De la nécessité du mariage.
PROPOSITION
Le mariage est absolument nécessaire au genre humain; néanmoinSj régulièrement, il demeure libre pour l'individu.
350. — Preuve de la première partie contre hee communistes. Sa raison fondamentale est que la société humaine ne saurait subsister dans son état naturel sans cette association constante de Thomme et de la femme; cai^, si cette assodaition était fortuite et fugitiTe, comme chez les animaux, elle ne suffirait pas (surtout dans Tétat présent de la nature humaine, si portée ici aux abus), pour la propagation et l'éducation physique delà race, comme le démontrent la physiologie et l'expé-^ riênce ; mais elle serait surtout insuffisai^te pètrr l'édi^ cation morale des ehfknts. Or, isi celle-ci était univèr^ sellemênf négligée, comme il arriverait dans cette hypothèse, bientôt tôûft le getire humîsiin serait réduit à la
condition ded brutes; ce quirépugùeab6oluiaent,$.la nature raisonnable et moi^e de l-homme.
Et de fait, l'expérieilce montre qUe lit fréquence de ces unions passagères diûiinue la fêeocfdité des fenfmiei^ et abrège la vie des enfants^ abandonnés la plupart dU temps où même étouffés par leurs parents. Et puis le petit nombre de ceux qui survivent, privé cte toute éducation morale, végète dans un état de dégtJMlatiùn qm réagit sur toute la sodété* Si dohc cette' licence da mœurs devenait dominante, l'état physique et moral du genre humain en serait profondéméht altéré» Geoi n'a pas besoin d'ôtré confirmé par des raisonnements «t des autorités empruntées au christianisme; puisque^ parmi les païens mémas, Aristôte a poursuivi éhei Platon et victorieiisement réfuté, danis ses liVréà sur là politique, la honteuse chimère du communisme, que Fon reproduit aujourd'hui. Ce n'^i donc pas seulemeht la prospérité, mais bien la conservation elle-même 'de l'espèce humaine, qui réclament la société conjugale^ telle que presque tous (es peuplés, guidép par la nàtur^^ l'ont retenue, au moins quant à sasubstanee. ' u
Prewûe de la seconde partie: Ouoiqué la iiècéssité de conserver l'espèce demande qu'une portion notable des hommes se marie; lorsque le gehre htimain est déjà suffisamment multiplié, comme il eàt certain par Texpérience que le plus grand nc^bre, poussé' pat* l'instinct delà nature et attiré par les biens pix>pre8 à l'état du mariage, continuera dé s'y engager, on lie voit pas de raison pour y obliger les autres au détriment de leur liberté haturelle. H y «nkème desnièlifs
li NÉCESSITÉ DU H ARIÀGE.
qui peuvent en éloigner raisonnablement placeurs personnes. Car, dans la condition présente^ cet état entraine une foule de désirs, de besoins et d'obligations, relativement à Tordre matériel, qui enchaînent pour ainsi dire Thomme au bien sensible et lui créent des obstacles pour les occupations spirituelles, qui sont cependant son plus grand bien. Un tel état, hors le cas de nécessité, ne peut donc être obligatoire, et il est par luimême moins parfoit qu'un honnête célibat ; aussi les anciens disaient-ils qu'il ne convenait pas au sage de se marier (1). Dans l'hypothèse que nous considérons, il reste donc libre à chacun de s'abstenir du mariage ; ce qu'il peut faire pour deux motifs : ou pour se livrer plus fiicilement à ses passions, tout en évitant les charges et les obligations du mariage, ce qui est absolument condamnable, ou, au contraire, pour vaquer avec une plus grande liberté à la pratique de la vertu; cette dernière abstention, loin d'être blâmable, est digne d'éloges et a été fort estimée chez divers peuples, comme ce qui élève au plus haut point la dignité humaine (2). D'ailleurs, en supposant toujours le genre humain déjà multiplié, loin que le célibat de quelques-uns nuise à la société et les rende inutiles au bien public, ce genre de vie les rend plus propres à certains offices nécessaires dans la cité, comme la milice, par exemple. L'expérience montre aussi qu'il entre dans le plan de la Providence qu'un certain nombre de personnes s'abstiennent du mariage pour quelques bons motifs, et
(1) Yoyes Ta{Mtfelli, Eiêoitwi' le drûit naturel, § 1516. " (2) Voyes & ThomaB, Sugplem^ q. 41, a. 1-2, 2 ; q. 162, a. 2.