SENTIMENT DE FÉNÉLON SUR LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE
« Ce n'est pas par hasard que les uns naissent pauvres, les autres riches; les uns grands, les autres petits; les UDS rois, les autres sujets. Ce partage inégal des biens et des honneurs de ce monde est fait avec une sagesse infinie, qui sait ce qui convient à chacune de ses créatures... Cette inégalité de rangs et ces dignités qui révoltent souvent, quand on ne regarde que ceux qui en sont revêtus, deviennent pourtant justes, quand on les considère comme des suites de l'ordre établi pour conserver la paix de la société.
n Violer les droits de la subordination établie est donc un crime de lèse-majesté divine; vouloir renveraer la
6ap(5riori(â âùB rangs, réduire les hommes à une égalité imaginaire, envier la fortune et la dignité des autres, ne se point contenter de la médiocrité et de la bassesse de son état, c'est blasphémer contre la Providence, c'est attenter sur les droits du souverain père de famille, qtii<dODDe à chacun de ses enfants la place qui lui convient. Voilà le fondement sûr et immuable de toute autorité légitime.
» Rien, par conséquent, n*est plus faux que cette idée des amateurs de l*ijidépendaDce, que lotrte- autorité réside originairement dans le peuple, et qu^ellè vient de la cession qoe chacun fait, à un ou plusieurs magistrats, de^on drait inhérent de se gouverner soi-même.
u Cette idée n'est fondée que sur la fausée supposition que chaque homme, né pour soi, hors de toute société, est le seul ob)et.de ses cMûns, et sa règle i lui-mêBbe; qa'il naît absolument son maître et libre de se gouverner comme il veut. Nous avons déjà vu que Thomme, antécédemmect à tout contrat libre, à toute forme de gouvernement, à tout consentement exprès ou tacite, naît membre d'une société dont il doit préférer le bien public à son bien particulier, et par conséquent qu'il n'est ni son maître, ni sa loi à luimême.
» Il est vrai queie consentement libre ou forcé, exprès ou- tacite d'un peuple libre, à la domination d'un ou pissieurs^ peut bien être un canal par oti découle l'autorité suprême; mais il n'en est pas la source. Ce consentement n'est qu'une simple indication de la volonté de Dieu, qui manifeste par là à qui il veut que son autorité soitcooQée. Cest lui seuV qui présidé souverainement aux conseils des humains, qui les règle comme il veut; et qtii donne aux nations des maîtres pour être les instruments de sa Justice ou de sa miséricorde.
• Mais quoique la Providence dispose des^'ccuronnes à
son gr6, cependant elle n'approuve pas tout ce qu'elle permet. Il y a certaines lois générales qui nous sont les marques non seulement que Dieu permet les choses, mais encore quelles sont dans son ordre. Ces lois générales sont le fondement de ce qu'on appelle droit cwilf et elles sont établies pour être les règles constantes de nos devoirs et les signes certains de ce qui est de droit et de ce qui ne Test pas.
» Or, dans la politique, ces lois générales soat tons Jes établissements compatibles avec Tordre et Tunion de la société, qui étant de leur nature fixes et palpables, em^ pèchent que la subordination ne soit détruite et que la suprême autorité, si nécessaire parmi les hommes, ne soit sans cesse en proie à l'ambition de tous ceux qui voudraient y aspirer. > Fénélon, Essai sur k gouvernement civile chap. VI, page 351, édit. Lebel.
NOTE xvn.