DES LEGS UNIVERSELS ET PARTICULIERS
Le legs universel a cela de propre qu'il peut augmenter ou diminuer; le tout à la perte ou au profit du légataire. Par exemple, si le testateur a vendu de ses immeubles, et acheté des meubles du prix, il a fait le protit du légataire universel des meubles; au contraire, il lui a fait tort, si, du prix des meubles, il a acheté des immeubles. Tout de même, a[)rès la mort du testateur, tout l'accroissement et toute la diminution du legs uni-
versel a encore cela de particulier que bien souvent l'on doute de ce qu'il doit contenir, comme si l'on ne convient pas de ce qui doit être réputé meuble ou acquêt ; ce qui doit être décidé par les règles que nous en avons marquées en leur propre lieu ; et ces deux propriétés du legs universel, de pouvoir croître ou diminuer, et d'être capable d'ambiguïté, conviennent aussi à une autre espèce de legs qui contient plusieurs choses sous un même nom, comme les meubles meublants, la bibliothèque, les outils d'un artisan, etc. Il ne faut pas appeler ce legs universel, parce que nous ne nommons ainsi que celui qui comprend généralement tous les biens d'une même espèce : comme tous les meubles, tous les acquêts, ce qui compose en quelque façon un patrimoine séparé, et fait que celui qui en est légataire est tenu des dettes comme un héritier; or, ce legs, fait sous un nom collectif, n'oblige point aux dettes. Aussi, on ne doit point le qualifier legs particulier, parce qu'il comprend en effet plusieurs choses sous une appellation générale. Il faut donc l'appeler, comme en latin, legs d'universalité. 11 est certain que la quantité n'en est point déterminée, si ce n'est qu'un troupeau fût réduit à si peu de bêtes, ou une bibliothèque à si peu délivres, qu'ils n'en méritassent plus le nom ; et que les questions les plus ordinaires touchant ces sortes de legs sont pour savoir ce que l'on y doit comprendre. Cela se juge par l'usage de la langue française, et plus mûrement encore par la façon ordinaire de s'exprimer dans le pays du testateur, et par l'ancienne en particulier; autrement, pour décider ces questions en général, il faudrait composer des traités